‹ Scènes de la vie de jeunesse (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · DEUXIÈME LECTEUR · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LECTEUR

Jusqu'à présent je n'ai point encore vu un seul poil du manchon de mademoiselle Francine; et, pour cette jeune fille, je ne sais pas non plus commentelle est faite, si elle est brune ou blonde.

Patience, ô lecteurs I patience. Je vous ai promis un manchon, et je vous le donnerai à la fin, comme mon ami Jacques fit à sa pauvre amie Francine, qni était devenue sa maîtresse, ainsi que je l'ai expliqué dans la ligne en blanc qui se trouve au-dessus. Elle était b'onde, Francir.o, hîonde et gaie, ce qui n'est pas commun. Elle aval! i^^noré l'amour jusqu'à vingt

ans ; mais un vague pressentiment de sa un prochaine lui conseilla de ne plus tarder si elle voulait le connaître.

Elle rencontra Jacques et elle Taima. Leur liaison dura six mois. Ils s'étaient pris au printemps, ils se quittèrent à l'automne. Francine était poitrinaire, elle le savait, et son ami Jacques le savait aussi : quinze jours après s'être mis avec la jeune fille, il l'avait appris d'un de ses amis qui était médecin, c Elle s'en ir 5 aux feuilles jaunes, » avait dit celui-ci.

Francine avait entendu cette confidence, et s'aper* çut du désespoir qu'elle causait à son ami.

— Qu'importent les feuilles jaunes? lui disail-elle, en mettant tout son amour dans un sourire; qu'importe l'automne, nous sommes en été et les feuilles sont vertes : profitons-en, mon ami... Quand tu me verras prête à m'en aller de la vie, tu me prendras dans tes bras en m'embrassant et tu me défendras de m'en aller. Je suis obéissante, tu sais, et je resterai.

Et cette channante créature traversa ainsi pendant cinq mois les misères de la vie de bohème, la chanson et le sourire aux lèvres. Pour Jacques, il se laissé

tt4 SCÈNES DE LA VIE DE JEUNESSE.

sait abuser. Son ami lui disait souvent : c Francine va plus mal, il lui faut des soins. » Alors Jacques battait tout Paris pour trouver de quoi faire faire rordonnance du médecin; mais Francine n'en voulait point entendre parler, et elle jetait les drogues par les fenêtres. La nuit, lorsqu'elle était prise par la toux, elle sortait de la chambre et allait sur le carré pour que lacques ne l'entendit point.

Un jour qu'ils étaient allés tous les deux à la campagne, Jacques aperçut un arbre dont le feuillage était jaunissant, jfl regarda tristement Francine, qui marchait lentement et un peu rêveuse.

Prancîne vit Jacques pâlir, et elle devina la cause fle sa pâleur.

— Tu es bote, va, lui dit-eîle en Tcmbrassant, nous ne sommes qu'en juillet ; jusqu'à octobre, il y a trois mois ; en nous aimant nuit et jour, comme nous faisons; nous doublerons le temps que nous avons à passer ensemble. Et puis, d'ailleurs, si je me sens plus mal aux feuilles jaunes, nous irons demeurer dans un bois de sapins : les feuilles sont toujours vertes.

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lE MANCHON 0E FRANGINE. 9SS

Au mois d'octobre Franeine ftit forcée de rester au lit. L'ami de Jacques la soignait. «. La petite ehambrette o& ils logeaient était située tout au haut de la maison ei donnait sur une cour où s'élerait un arbre^ qui chaque jour se dépouillait davantage. Jacques avait mis un rideau à la fenêtre pow eacdier eet arbre à la malade; mais Francine exigea qu'on retirât le rideau.

—0 mon ami, disait-elle i Jacques, je ta donnerai cent fois plus de baisers qu'il n'a de feuilles... Et elle ajoutait ; Je yais beaucoup mieux, d*aUleurii... Je vais sortir bientôt; mais aomme il fera froid, et que je ne veux pas avoir 1#9 mains rouges, tu m'achèteras un manchon.

Pendant tonte la maladie, ce manchon fut son rêve unique.

La veille de la Toussaint, voyant Jacques plus désolé que jamais, elle voulut lui donner du courage; et, pour lui prouver qu'elle allait mieux, elle se leva.

Le médecin arriva au môme instant : il la fit recoucher de force.

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— Jacques, dit-il à Foreille de l'artiste, du courage i Tout est fini Francine va mourir.

Jacques fondit en larmes.

— Tu peux lui donner tout ce qu'elle demandera maintenant, continua le médecin : il n'y a plus d'es« poir.

Francine entendit des yeux ce que le médecin avait dit à son amant.

— Ne récoute pas, s'écria-t-elle en étendant les bras vers Jacques, ne Tëcoute pas, il ment. Nous sortirons ensemble demain, .. c'est la Toussaint; il fera froid, va m'acheter un manchon ... Je t'en prie, j 'ai peur des engelures pour cet hiver.

Jacques allait sortir avec son ami; mais Francine retint le médecin auprès d'elle.

— Va chercher mon manchon, dit-elle à Jacquet, prends-le beau, qu'il dure longtemps.

Et quand elle fut seule, elle dit au médecin :

— 0 monsieur, je vais mourir, et je le sais- Mais avant de m'en aller, Irouvez-moi quelque chose qui me donne des forces pour une nuit, je vous en prie; rendez-moi belle pour une nuit encore, et que

je meure après, puisque le bon Dieu ne veut pas que je vive plus longtemps. . .

Gomme le médecin la consolait de son mieux, un vent de bise secoua dans la chambre et jeta sur le lit de la malade une feuille jaune, arrachée à Tarbre de la petite cour.

Francine ouvrit le rideau et vit Tarbre dépouillé complètement.

— C'est la dernière, dit-elle en mettant la feuille sous son oreiller.

—Vous ne mourrez que demain, lui dit le médecin, vous avez une nuit à vous.

— Ahi quel bonheur! fit la jeune fille... une nuit d'hiver elle sera longue.

Jacques rentra; il apportait un manchon.

Il est bien joli^ dit Francine; je le mettrai pour sortir.

Elle passa la nuit avec Jacques.

Le lendemain, jour de la Toussaint, à V Angélus de oiidi, elle fut prise par Tagonie et tout son corps se aiit à trembler.

—J'ai froid âux mains, marmurâ-t-eilô; doiiilô-ttioi mon manchon.

Et elle plôûgeà ses j^tttitfeft màiiois dâûâ la fôHltore.

— G'est fini, dit le Médeôiii I Jad^tues^ ta rembJrasser.

Jacques colla ses lèvres à celles de âôn atilie. Att dernier moment éû vdalait lui retirer le manchOD, mais elle y cramponna ses mains.

— Noii> non^ dit-elle} lais(lez4e''moi : nous ^(ymmes dans rhiver ; il fait froid. Ah 1 mon pauvre Jacques.*. Ah I mon pauvre Jacques*. « qu'est-ce que tu vas devenir? Ah I mon Dieuf

£t le lendemain Jacques était seul.

PREMIER LEGTEU&4

Je le disais bien que ce n'était poiQt gai, cette histoire.

— Que voulez-vous, lecteur? on ne peut pas toujours rire.

C'était le matin du Jour de là Totissaint ; Francine venait de mourir.

LE MANCHOM DE FRANC INB. t99

Deux hommes veillaient aa chevet : l'un^ qui $0 tenait debout, était le môdeciu; l'autre, agenouillé près du Hl, collait ses lèvres aux mains de la morte, et semblait vouloir les y sceller djins un baiser déses péré : c'était Jacques, l'amant de Francine. Depuis plus de six heures il était plongé dans une douloureuse insensibilité. Un orgue de Bark^ie qui passa sous les fenêtres vint l'en tirer.

Cet orgue jouait un air que Francine avait l'habitude de chanter le matin en s'éveillant*

Une de ces espérances insensées qui ne peuvent nattre que dans les grands désespoirs traversa l'esprit de Jacques. Il recula d'un mois dans le passé, à l'époque où Francine n'était encore que mourante; il oublia l'heure présente, et s'imagina un moment que la trépassée n'était qu'endormie, et qu'elle allait g'i<veiller tout à l'heure la bouche ouverte à son refrair liitinaL

Mais les sons de l'orgue n'étaient pas encore éteinte que Jacques était déjà revenu à la réalité. La bouclie de Francine était éternellemenl close pour les chau- &0ÛS, et le sourire qu'y avait amené sa dernière pensée

8'effaçait de ses lèvres, où la mort commençait à nattre.

-^Du courage! Jacques, dit le médecin, qui était l'ami du sculpteur.

Jacques se releva et dit en regardant le médecin :

—C'est fini, n'est-ce pas, il n'y a plus d'espérance?

Sans répondre à cette triste folie, l'ami alla fermer les rideaux du lit; et, revenant ensuite vers le sculpteur, il lui tendit la main.

— Francine est morte... dit-il, il fallait nous y attendre. Dieu sait que nous avons fait tout ce que nous avons pu pour la sauver. C'était une honnête fille, Jacques, qui t'a beaucoup aimé, plus et autrement que tu ne l'aimais toi-même; car son amour n'était fait que d'amour, tandis que le tien renfermait un alliage. Francine est morte.. . mais tout n'est pas fini, il faut maintenant songer à faire les démarches nécessaires pour l'enterrement. Nous nous en occu-

erons ensemble, et pendant notre absence nous pr^e*

ns la voisine de veiller ici.

Jacques se laissa entraîner par son ami. Toute la journée ils coururent, à la mairie aux pompes funèbres, au cimetière. Comme Jacques n'avait point

LE MANCHON DE FRANGINE. Ml

d'argent, le médecin engagea sa montre, une bagne et quelques effets d'habillement pour subvenir aux frais du convoie qui fut fixé au lendemain. ^

Ils rentrèrent tous deux fort tard le soir; la voisine força Jacques à manger un peu.

— Oui, dit-il, je le veux bien; j'ai froid, et j'ai besoin de prendre un peu de force, car j'aurai à travailler cette nuit.

La voisine et le médecin ne comprirent pas.

Jacques se mit à table et mangea si précipitamment quelques bouchées qu'il faillit s'étouffer. Alors il demanda à boire. Mais en portant son verre à sa bouche, Jacques le laissa tomber à terre. Le verre qui s'était brisé avait réveillé sa douleur un instant engourdie. Le jour où Francine était venue pour la première fois chez lui, la jeune fille, qui était déjà souffrante, s'était trouvée indisposée, et Jacques lui avait donné à boire un peu d'eau sucrée dans ce verre. Plus tard, loFsqu'ils demeurèrent ensemble, ils en avaient fait xxae relique d'amour.

Dans les rares instants de richesse, l'artiste achetait

pour son amie une ou deux bouteilleB d'Un \ ïn for^ tifiant dont Tugage lui était prescrit, et c'était dansôe verre que Fraticifid buvait ta liqueur oâ SA tetidres&6 puisait une gaieté phanoapte.

Jacques resta plus d'une dew-l^@ur6 k rogarder sans rien dire^ les morceaux épars 4^ ce fragile et cher souvenir, et il lui sembla que son cœur aussj venait de se briser et qu'il en sentait les éclats chirer sa poitrine. Lorsqu'il fut revenu à lui, il ra massa les débris du verre et les jeta dans un tiroir. Puis il pria la Voisine d*âller lui chercher deux bougies et de faire monter uh seaii d'èaii par le portier

Ne t'en va pas, dit-il âii médecin, qui n*y songeait aucunement, j'aurai besoin de toi tout k l'heure.

On apporta l'eau et les bougies; les deux amis restèrent seuls.

— Que veux-tu faire? dit le médecin en voyant Jacques qui, après avoir versé de l'eau dans une sébile en bois, y jetait du plâtre on à poignées

— Ce que je veux faire, dit l'artiste, ne le devinestu pas? je vais mouler la tête de Franclne; et coilune

tE MANCHON DE FRANGINE. Mf

je manquerais de couras^e si je restais seul, tu ne t'en iras pas.

Jacques alla ensuite tirer les rideaux du lit et abaissa le drap qu'on avait jeté sur la figure de la morte. Là main de Jacques commença à trembler, et un sangiolt étouffé monta jusqu'à ses lèvres.

— Apporte les bougies, cria-t-il à son ami, et viens me tenir la sébile. L'un des flambeaux fut posé à la tète du lit, de façon à répandre toute sa clarté sur le visage de la poitrinaire; l'autre bougie fut placée au pied. A l'aide d'un pinceau trempé dans l'huile d'olive, l'artiste oignit les sourcils, les cils et les cheveux, qu'il arrrangea ainsi que Francine faisait le plus habituellement.

— Comme cela elle ne souffrira pas quand tiouslui enlèverons le masque, murmura Jacques à lui-même.

Ces précautions prises, et après avoir disposé la tète de la morte dans une attitude favorable^ Jacques commença à couler le plâtre par couches successives jusqu'à ce que le moule eût atteint l'épaisseur nécessaire. Au bout d'un quart d'heure l'opération était terminée et avait complètement réussi.

Par une étrange particularité un changement s'était opéré sur le visage de Francine. Le sang, qui n'avait pas eu le temps de se glacer entièrement, réchauffé sans doute par la chaleur du plâtre, avait aiflué vers les régions supérieures, et un nuage aux transparences rosées se mêlait graduellement aux blancheurs mates du front et des joues. Les paupières, qui s'étaient soulevées lorsqu'on avait enlevé le moule, laissaient voir l'azur tranquille des yeux, dont le regard paraissait receler une vague intelligence; et des lèvres, entr'ouvertes par un sourire commencé, semblait sortir, oubliée dans le dernier adieu, cetle dernière parole qu'on entend seulement avec le cœur.

Qui pourrait afllrmer que l'intelligence finit absolument là où coiomence l'insensibilité de l'être? Qui peut dire que les passions s'éteignent et meurent juste avec k dernière pulsation du cœur qu'elles ont agité? L'âme ne pourrait-elle pas rester quelquefois volontairement captive dans le corps vêtu déjà pour le cercueil, et, du fond de sa prison charnelle, épierun moment les regrets et les larmes? Ceux qui s'en vont ont tant de raisons pour se défier de ceux qui restent !

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Au moment où Jacques songeait à conserver sos traits par les moyens de l'art, qui sait? une pensée d'outre-vie était peut-être revenue réveiller j^rancine dans son premier sonmieil du repos sans fin. Peutêtre s'était-elle rappelé que celui qu'elle venait de quitter était un artiste en même temps qu'un amant ; qu'il était l'un et l'autre, parce qu'il ne pouvait être l'un sans l'autre; que pour lui l'amour était l'âme de l'art, et que, s'il l'avait tant aimée, c'est qu'elle avait su être pour lui une fenmie et une maîtresse, un sentiment dans une forme. Et alors peut-être Francine, voulant laisser à Jacques l'image humaine qui était devenue pour lui un idéal incarné, avait su, morte, déjà glacée, revêtir encore une fois son visage de tous les rayonnements de l'amour et de toutes les grâces de la jeunesse; elle ressuscitait objet d'art.

Et peut-être aussi la pauvre fille avait pensé vrai; car il existe parmi les vrais artistes de ces Pygmalions singuliers qui, au contraire de l'autre, voudraient pouvoir changer en marbre leurs Galatées vivantes.

Devant la sérénité de cette figure, où l'agonie n'offrait plus de traces, nul n'aurait pu croire aux Ion-

SGO SCÈNES DE LA VIE DE JEUNESl^fi.

gnes souffrances qui avaient servi de préface à la mort. Francine paraissait continuer on rêve d'amour; et en la voyant ainsi, on eût dit qu'elle était morte de beauté.

Le médecin, brisé par la fatigue, dormait dans un coin.

Quant à Jacques, il était de nouveau retombé dans ses doutes. Son esprit halluciné s'obstinait à croire que celle qu'il avait tant aimée allait se réveiller; et comme de légères contractions nerveuses, déterminées par l'action récente du moulage, rompaient par intervalles l'immobilité du corps, ce simulacre de vie entretenait Jacques dans son heureuse illusion, qui dura jusqu'au matin, à l'heure où un commissaire vint constater le décès et autoriser l'inhumation.

Au reste, s'il avait falla toute la folie du désespoir pour douter de sa mort en voyant cette belle créature, il fallait aussi pour y croire toute l'infaillibilité de la science.

Pendant que a voisine ensevelissait Francine od avait entraîné Jacques dans une autre pièce, où il trouva quelques-un» de ses amis, venus pour suivre

le convoi. Les bohèmes s'abstinrent vis-à-vis de Jacques, qu'ils aimaient pourtant fraternellement, de toutes ces consolations qui ne font qu'irrite** la douleur. Sans prononcer une de ces paroles si difficiles à trouver et si pénibles à entendre^ ils allaient tour k tour serrer silencieusement la main de leur ami.

— Cette mort est un grand malheur pour Jacques, fit run d'eux.

— Oui, répondit le peintre Lazare, esprit bizarre qui avait su vaincre de bonne heure toutes les rébellions de la jeunesse en leur imposant l'inflexibilité d'un parti pris, et chez qui l'artiste avait fini par étoufier l'homme» oui; mais jan malheur qu'il a volontairement introduit dans sa vie. Depuis qu'il connaît Francine, Jacques est bien changé.

— Elle l'a rendu heureux, dit un autre.

— Heureux ! reprit Lazare, qu'appelez-vous heureux? Comment nommez-vous bonheur une passion qui met un homme dans l'état où Jacques est en ce moment? Qu'on aille lui montrer un chef-d'œuvre: il ne détournerait pas les yeux ; et pour revoir encore une fois sa maîtresse^ je suis sûr qu'il marcherait sur

un Titien ou sur un Raphaël. Ma matlresse à moi est immortelle et ne me trompera pas. Elle habite le Louvre et s'appelle Joconde.

Au moment où Lazare allait continuer ses théories sur Tart et le sentiment on vint avertir qu'on allait partir pour l'église

Après quelques basses prières le convoi se dirigea vers le cimetière... Comme c'était précisément le jour de la fête des Morts, une foule immense encombrait l'asile funèbre. Beaucoup de gens se retournaient pour regarder Jacques, qui marchait la tête nue de^ rière le corbillard.

— Pauvre gargon I disait Tun, c'est sa mère sans doute.

— C'est son père, disait un autre.

— C'est sa sœur, disait-on autre part.

Venu là pour étudier l'attitude des regrets à cette fête des souvenirs, qui se célèbre une fois l'an sous le brouillard de novembre, seul, un poëte, en voyant passer Jacques, devina qu'il suivait les funérailles de sa maîtresse.

Quand on fut arrivé près de la fosse réservée, les

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bohémiens, la tète nue^ se rangèrent autour. Jacques se mit sur le bord; son ami le médecin le tenait par le bras.

Les hommes du cimetière étaient pressés et voulurent faire vivement les choses.

— Il n'y a pas de discours, dit l'un d'eux. Allons! tant mieux. HoupI camarade f allons, là!

Et la bière, tirée hors de la voiture, fut liée avec des cordes et descendue dans la fosse. L'homme alla retirer les cordes et sortit du trou; puis, aidé d'un de ses camarades, il prit un pelle etcommençaà jeter de la terre. La fosse fut bientôt comblée. On y planta une petite croix de bois.

Au milieu de ses sanglots le médecin entendit Jacques qui laissait échapper ce cri d'égoïsme :

~ 0 ma jeunesse! c'est vous qu'on enterre t

Jacques faisait partie d'une société appelée les fiuveurs d'eauj et qui paraissait avoir été fondée en vue d'imiter le fameux cénacle de la rue des Quatre- Vents, dont il est question dans le beau roman du Grand homme de province. Seulement il existait nm

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grande différence entre les héros du cénacle et iei$ Buveurs d'eau, qui, comme tous les imitateurs, avaient exagéré le système qu'ils voulaient mettre en application. Cette différence se comprendra par ce fait seul que, dans le livre de M. de Balzac, les membres du cénacle finissent par atteindre le but qu'ils se proposaient et prouvent que tout système est bon qui réussit; tandis qu'après plusieurs années d'existence la société des Buveurs d'eau s'est dissoute naturellement par la mort de tous ses membres, sans que le nom d'aucun soit resté attaché à une œuvre qui pût attester de leur existence.

Pendant sa liaison avec Francine, les rapports de Jacques avec la société des Buveurs d'eau devinrent moins fréquents. Les nécessités d'existence avaient forcé l'artiste à violer certaines conditions, signées et jurées solennellement par les Buveuts d'eau le jour où la société avait été fondée.

Perpétuellement juchés sur les échasses d'un orgueil absurde, ces jeunes gens avaient érigé en principe souverain, dans leur association, qu'ils ne devraient jamais quitter les hautes cimes de l'art »

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c'est-à-dire que, malgré lear misère mortelle, aucun d'eux ne voulait faire de concession à la nécessité. Ainsi le poëte Melcbior n'aurait jamais consenti h abandonner ce qu'il appelait sa lyre pour écrire un prospectus commercial ou une profession de foi. C'é^ tait bon pour le poète Rodolphe, un propre à rien, qui était bon à tout, et qui ne laissait jamais passer une pièce de cent sous devant lui sans tirer dessus, n'importe avec quoi. Le peintre Lazare» orgueilleux porte^ haillons, n'eût jamais voulu salir ses pinceaux à faire le portrait d'un tailleur tenant un perroquet sur ses doigts, comme notre ami le peintre Marcel avait fait une fois en échange de ce fameux habit surnommé Matbusalem, et que la main de chacune de ses amantes avait étoile de reprises. Tout le temps qu'il avait véca ea communion d'idées avec les Buveurs d'eau, le sculpteur Jacques ayait subi la tyrannie de l'acte de société; mais dés qu'il connut Francine, il ne voulut pas ^associer la pauvre enfant, déjà malade, au régime qu'il avait accepté tout le temps de sa solitude. Jacques était par-dessus tout une nature probe et loyale. Il alla trouver le président de la société, l'exclusif

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Lazare, et lai annonça que désormais il accepterait tout travail qui pourrait lui être productif.

— Mon cher, lui répondit Lazare, ta déclaration d'amour était ta démission d'artiste. Nous resterons tes amis, si tu veux, mais nous ne {serons plus tes associés. Fais du métier tout à ton aise; pour moi, tu n'es plus un sculpteur» tu es un gâcheur de plâtre. Il est vrai que tu pourras boire du vin, mais nous, qoi continuerons à boire notre eau et à manger notre pain de munition, nous resterons des artistes.

Quoi qu'en eût dit Lazare, Jacques resta un artiste. Mais pour conserver Francine auprès de lui il se livrait, quand les occasions se présentaient, à des travaux productifs. C'est ainsi qu'il travailla longtemps dans l'atelier de Tornemaniste Romagnési. Habile dans l'exécution, ingénieux dans l'invention, Jacques aurait pu, sans abandonner l'art sérieux, acquérir une grande réputation dans ces compositions de genre qui sont devenues un des principaux éléments du commerce de luxe. Mais Jacques était paresseux comme tous les vrais artistes, et amoureux à la façon des poètes. La jeunesse en lui s'était

LE MANCHON DE FRANGINE. tit

éveillée tardive, mais ardente; et avec un pressentiment de sa fin prochaine^ il voulait tout entière Tépuiser entre les bras de Francine. Aussi il arriva souvent que les bonnes occasions de travail venaient frapper à sa porte sans que Jacques voulût y répondre, parce qu'il aurait fallu se déranger, et qu'il se trouvait trop bien à rêver aux lueurs des yeux de son amie.

Lorsque Francine fut morte, le sculpteur alla revoir ses anciens amis les Buveurs. Mais l'esprit de Lazare dominait dans ce cercle, où chacun des membres vivait pétrifié dans l'égoïsme de l'art. Jacques n'y trouva pas ce qu'il venait y chercher. On ne comprenait guère son désespoir, qu'on voulait calmer par des raisonnements; et voyant ce peu de sympathie, Jacques préféra isoler sa douleur plutôt que de la voir exposée à la discussion. Il rompit donc complètement avec les buveurs d'eau et s'en alla vivre seul.

Cinq ou six jours après l'enterrement de Francine, Jacques alla trouver un marbrier du cunetière Montparnasse, et lui offrit de conclure avec lui le marché suivant : le marbrier fournirait au tombeau de Fran-

cine un entourage que Jacques se réservait de dessiner, et donnerait en outre à l'artiste un morceau de marbre blanc, moyennant quoi Jacques se mettrait pendant trois mois à la disposition du marbrier, soit comme ouvrier tailleur de pierres, soit comme sculpteur. Le marchand de tombeaux avait alors plusieurs commandes extraordinaires; il alla visiter l'atelier de Jacques, et, devant plusieurs travaux commencés, il acquit la preuve que le hasard qui lui livrait Jacques était une bonne fortune pour lui. Suit jours après la tmnbe de Franeine av^it un entourage, au milieu duquel la croix de bois avait été remplacée par uiie croix de pierre, avec le nœn gravé en creux.

Jacques avait heureusement affaire à un honnête homme, qui comprit que cent kilos de fer fondu et trois pieds carrés de marbre des Pyrénées ne pouvaient point payer trois mois de travaux de Jacques, dont le talent lui avait rapporté plusieurs milliers d'écusw II offrit à l'artiste de l'attacher à son entreprise moyennant un intérêt, mais Jacques ne consentit point. Le peu de variété des sujets à traiter répugnait h sa nature inventive ; d'ailleurs il avai*

ce qu'il voulait, un gros morceau de marbre, des entrailles duquel il voulait faire sortir un chef-d'œuvre qu'il destinait à la tombe de Francine.

^u commencement du printemps la situation de Jacques devint meilleure : son ami le médecin le mit en relation avec un grand seigneur étranger qui venait se fixer à Paris et y faisait construire un mî^gnifique hôtel dans un des plus feeaux quartiers. Plusieurs Artistes célèbres avaient été appelés à concourir au luxe de ce petit palais. On commanda à Jacoues une cheminée de salon. Il me semble encore voir les cartons de Jacques ; c'était une chose charmante : tout le poëme de l'hiver était raconté dans ce marbre qui devait servir de cadre à la flamme. L'atelier de Jacques étant trop petit, il demanda et obtint, pour exécuter son œuvre, une pièce dans l'hôtel, encore inhabité. On lui avança même une assez forte somme sur le prix convenu de son travail. Jacques commença par rembourser à son ami le médecin l'argent que celui-ci lui avait prêté lorsque Francine était morte; puis il courut au cimetière, pour y faire cacher s:us un champ de {[0»*»'*^^ *^^^^ où reposait sa matlresse.

Mais le printemps était venu ayant Jacques, et sur la tombe de la jeune fille mille fleurs croissaient au hasard parmi l'herbe verdoyante. L'artiste n'eut pas le courage de les arracher, car il pensa que ces fleurs renfermaient quelque chose de son amie. Comme le jardinier lui demandait ce qu'il devait faire des roses et des pensées qu'il avait apportées, Jacques lui oidonne de les planter sur une fosse voisine nouvellement creusée, pauvre tombe d'un pauvre, sans clôture, et n'ayant pour signe de reconnaissance qu'un morceau de bois piqué en terre, et surmonté d'une couronne de fleurs en papier noirci, pauvre offrande de la douleur d'un pauvre.Jacques sortit du cimetière tout autre qu'il n'y était entré. Il regardait avec une curiosité pleine de joie ce beau soleil printanier, le môme qui avait tant de fois doré les cheveux de Francine lorsqu'elle courait dans la campagne, fauchant les prés avec ses blanches mains. Tout un essaim de bonnes pensées chantait dans le cœur de Jacques. En passant devant un petit cabaret du boulevard extérieur, il se rappela qu'un jour, ajant été surpris par l'orage, il était entré dans ce boaclion

LE MANCHON DE FRANGINE. t77

avec Francine^ et qu'ils y ayaient dtné. Jacques entra et se fit servir à dtner sur la même table. On lui donna du dessert dans une soucoupe à vignettes; il reconnut la soucoupe et se souvint que Francine était restée une demi-heure à deviner le rébus qui y était peint; et il se ressouvint aussi d'une chanson qu'avait chantée Francine, mise en belle humeur par un petit vin violet qui ne coûte pas bien cher, et qui contient plus de gaieté que de raisin. Mais cette crue de doux souvenirs réveillait son amour sans réveiller sa douleur. Accessible à la superstition, comme tous les esprits poétiques et rêveurs, Jacques s'imagina que c'était Francine qui, en l'entendant marcher tout à l'heure auprès d'elle, lui avait envoyé cette bouffée de bons souvenirs à travers sa tombe, et il ne voulut pas les mouiller d'une larme. Et il sortit du cabaret pied leste, front haut, œil vif, cœur battant, presque un sourire aux lèvres, et murmurant en chemin ce refrain de la chanson de Francine :

L*ainour rôde dans mon quartier, n faut tenir ma porte ouverte.

Ce refrain dans la bouche de Jacques, c'était encore

i78 SCÈNES DE LA ViB DE JEUNESSE.

un souvenir, mais aussi c'était déjà une chanson; et peut-être, sans s'en douter, Jacques fit-il ce soir-là le premier pas dans ce chemin de transition qui de la (Hstesse mène I la mélanoolie, et de là à l'oubli. Hélas I quoi qu'on veuille et quoi qu'on fasse, l'éterlelle et juste loi de la mobilité le veut ainsi.

De môme que les fleurs qui» nées peut-être du corps de Frandne, avaient poussé sur sa tombe, des sévei de jeunesse fleurissaient dans le cœur de Jacques, où les souvenirs de l'amour ancien éveillaient de vagues aspirations vers de nouvelles amours. D'ailleurs Jacques était de cette race d'artistes et de poètes qui font de la passion un instrument de l'art et de la peisie, et dont Tesprit n'a d'activité qu'autant qu'il est mis en mouvement par les forces motrices du cœur. Qhes Jacques, l'invention était vraiment fille dusentimenty et il mettait une parcelle de lui-même dans les plus petites choses qu'il faisait. Il s'apergut que les souvenirs ne lui sufiisaient plus, et que, pareil à la meule qui s'use elle-même quand le grain lui manque, son cœur s'usait faute d'émotion. Le travail n'avait plus de charmes pour lui; l'invention, jadis fié-

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vreuse et spontaiiêe^ n'arrivait plas que sous l'effort de la patience; Jacques était mécontent^ et entiait presque la vie de ses ànciéna amis les Buveurs d'eau.

Il cheircha à se distraire, tebdit la main aux plai^ sirs, et se créa de nôtiTelles liaisons. Il fréquenta le poëte Rodolphe, qu'il avait rencontré daiisun café, et tous detix se prirent d'une grande sytnpathie Tun pour l'autre. Jacques lui avait expliqué ses ennuis ; Rodolphe ne fut pas bien longtemps à en comprendre le motif.

-^ Mon ami, lui dit-il, je connais ça... et lui frappant la poitrine à l'éndt^oit du c09ur^ il ajouta { Vite et vite, il faut rallumer le feu là-dedanâ; ébauchée sans retard une petite passion, et les idées vous re* viendront.

— Âh ! dit Jacques^ j'ai trop aittié Francine.

-^ Çk ûervoUs «œipéGlidra pas de l'aimer toujours. Vous l'embrasserez sur les lèvres d'une autre.

— 0ht dit Jacques; seulement si je pouvais rencontrer une femme qui lui ressemblât {.«^ Et il quitta Rodolphe tout rêveur»

m SCÈNES DE LÀ VIE DE JEUNESSE.

Six semaines après, Jacques avait retrouvé toute sa verve, rallumée aux doux regards d'une jolie fille qui s'appelait Marie, et dont la beauté maladive rap« pelait un peu celle de la pauvre Francine. Rien di plus joli en effet que cette jolie Marie, qui avait dii* huit ans moins six semaines, comme elle ne manquait jamais de le dire. Ses amours avec Jacques étaient nées au clair de la lune, dans le jardin d'un bal champêtre, au son d'un violon aigre, d'une contrebasse phthisique et d'une clarinette qui sifflait comme un merle. Jacques l'avait rencontrée un soir où il se promenait gravement autour de l'hémicycle réservé à la danse. En le voyant passer roide, dans son éternel hs^bit noir boutonné jusqu'au cou, les bruyantes et jolies habituées de l'endroit, qui connaissaient l'artiste de vue, se disaient entre elles :

— Que vient faire ici ce croque-mort? Y a-t-il donc quelqu'un à enterrer ?

£t Jacques marchait toujours isolé, se faisant intérieurement saigner le cœur aux épines d'un souvenir dont l'orchestre augmentait la vivacité, en exécutant une contredanse joyeuse qui sonnait aux oreilles

LE MANCnOTf DE FAANCINE. SSi

de l'artiste^ triste comme un De profunUs. Ce fut au milieu de cette rêverie qu'il aperçut Marie qui le regardait dans un coin, et riait connue une folie en voyant sa mine sombre. Jacques leva les yeux, et entendit à trois pas de lui cet éclat de rire en chapeau rose. Il s'approcha de la jeune fille, et lui adressa quelques paroles auxquelles elle répondit; il lui offrit son bras {)our faire un tour de jardin : elle Accepta. Il lui dit qu'il la trouvait jolie comme un ange, elle se le fit répéter deux fois; il lui vola des pommes vertes qui pendaient aux arbres du jardin, elle les croqua avec délices en faisant entendre ce rire sonere qui semblait être la ritournelle de sa constante gaieté. Jacques pensa à la Bible et songea qu'on ne devait jamais désespérer avec aucune femme, et encore moins avec celles qui annaient les pommes. Il fit avec le chapeau rose un nouveau tour de jardin, et c'est ainsi qu'étant arrivé seul au bal il n'en était point revenu de même.

Cependant Jacques n'avait pas oublié Francine : suivant les paroles de Rodolphe, il l'embrassait tous les ioars sur les lèvres de Marie, et travaillait en

Mi SCÈNES DE LA VIE DE JEUNESSE*

secret k la figure qu'il youlait placer sur la tombe de la morte.

Dn jour qu'il avait reçu de Targ^ent^ Jacques acheta une robe à Marie, une robe noire. La jeune fille fut bien contente; seulement elle troura que le noir n'était pas gai pour Tété. Mais Jacques lui dit quil aimalt beaucoup le noir, et qu'elle lui ferait plaisir en mettant cette robe tous les jours. Mane lui obéit.

Un samedi, Jacques dit à la jeune fille :

— Viens demain de bonne heure, nous irons à la campagne.

— Quel bonheur t fit Marie. Je te ménage une surprise, tu Terras ; demain il fera du soleil.

Marie passa la nuit chez elle à achever une robe neuve qu'elle avait achetée sur ses économies, une jolie robe rose. Et le dimanche elle arriva, vêtue de sa pimpante emplette, à l'atelier de Jacques.

L'artiste la reçut froidement, brutalement presque.

— Moi qui croyais te faire plaisir en me faisant cadeau de cette toilette réjouie t dit Marie, qui ne s'expliquait pas la froideur de Jacques.

— Nous n'irons pas à la campagne, répondit celui' ci, tu peux t'en aller, j'ai à travailler.

Marie s'en retoarna chez elle le cœur gros. En roate, elle rencontra un jeune IiemmB qui savait rhistoire de Jacques^ et qui lai avait fait la cour9 k elle.

-^ Ties84 mademoiselle Marie^ vous n'dtes donc plus en deuil? lui dit-il.

— » Bn deuil, dit Marie^ et de qui?

— Quoil vous ne savez pas? C'est pourtant bien connu; cette robe noire que Jacques vous a don*née...

— Eh bien? dit Marie.

— Eh bien, c'était le deuil : Jacques vous faisait porter le deuil de Francine.

A compta de ce jour Jacques ne revit plus Itfarie.

Cette rupture lui porta malheur. Les mauvais jours revinrent : il n'eut plus de travaux et tomba dans une si affreuse misère, que, ne sachant plus ce qu'il allait devenir, il pria son ami le médecin de le faire entrer dans un hôpital. Le médecin vit du premier coup d'oeil que cette admission n'était pas difficile à obte**

nir. Jacques, qui ne se doutait pas de son état^ était en i-oule pour aller rejoindre Francine.

On le fit entrer à l'hôpital Saint-Louis.

Comme il pouvait encore agir et marcher, Jacques pria le directeur de ThApital de lui donner une petite chambre dont on ne se servait point, pour qu'il pût y aller travailler. On lui donna la chambre, et il y fit apporter une selle, des ëbauchoirs et de la terre glaise. Pendant les quinze premiers jours il travailla à la figure qu'il destinait au tombeau de Francine. C'était un grand ange aux ailes ouvertes. Cette figure, qui était le portrait de Francine, ne fut pas entièrement achevée, car Jacques ne pouvait plus monter Tescalier, et bientôt il ne put plus quitter son lit.

Un jour le cahier de Texterne lui tomba entre les mains, et Jacques, en voyant les remèdes qu'on lui ordonnait, comprit qu'il était perdu ; il écrivit à sa famille et fit appeler la sœur Sainte-Geneviève, qui l'entourait de tous ses soins charitables.

— Ma sœur, lui dit Jacques, il y a là-haut, dans la chambre que vous m'avez fait prêter, une petite figure en plâtre; cette statuette, qui représente un

LE ftUNCUON DE FRANGINE* t&S

ange» était destinée à un tombeau, mais je n'ai pas le lemps de l'exécuter en marbre. Pourtant j'en ai un beau morceau chez moi, du marbre blanc veiné de rose. Enfln... ma sœur, je tous donne ma petite statuette pour mettre dans la chapelle de la commu* nauté.

Jacques mourut peu de jours après. Cîomme le couToi eut lieu le jour même de Touverture du saton» les Buveurs d'eau n'y assistèrent pas. c L'art avant tout, > avait dit Lazare.

La famille de Jacques n'était' pas riche, et l'artiste n'eut pas de terrain particulier.

n fut enterré quelque part.

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