‹ Scènes de la vie de jeunesse (volume 2)Chapitre 4 sur 9 · A LA LIBRAIRIE NOUVELLE · texte numérisé non relu

A LA LIBRAIRIE NOUVELLE

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LE SABOT ROUfrE

Il SABOT ROUGI

Saint-Clair est un village d'environ cent cinquante feux, situé sur la lisière de la forêt de Fontainebleau, où se trouvent de nombreux gisements de grès qui depuis longtemps su£Bsent à Tentretien du pavé de Paris.

Comme dans tous les pays où la nature particulière du sol a créé une industrie spéciale^ Texploitation des carrières de grès est devenue pour les riverains de la forêt une sorte de métier naturel. Aussi, dès qu'un enfant commence à avoir Tàge du travail, onTcuvoie au rocher comme on renverrait à la mer dans les provinces du littoral maritime, ou aux mines dans les départements qui produisent la houille. Mais^ si les travaux

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s LE SABOT ROUGE.

dans la carrière exigent peu d'apprentissage, ils ré. clament en revanche une grande dépense de forces^ et, outre les dangers accidentels^ comme les éboulements ou les explosions^ ils sont soumis à des influences [ pernicieuses dont la science a constaté les effets. L'impalpable pulvérin de grès qui se dégage des blocs^ lorsqu'on les débite, pénètre dans les organes et peut, avec le temps^ déterminer des altérations assez graves pour causer la mort. Les ouvriers qui travaillent aux carrières appellent cette affection la maladie du sable.

Cependant, malgré les dangers inhérents au métier^ Texploitation du grès manque rarement de bras; car, dans un pays de petite propriété où chacun possède à peine son toit et son champ, dont le rapport est insuffisant pour assurer Texistence^ lliabitant pauvre trouve une ressource dans une occupation où le salaire relativement élevé^ compense à ses yeux les périls et les fatigues du labeur,

 cette industrie^ dont vivent un grand nombre de lamilles, les hameaux situés dans le rayon de la forêt de Fontainebleau en ajoutent une autre non moins productive^ mais plus dangereuse, puisqu'elle place ceux qui s'y livrent en état permanent d'hostilité avec btloi. Nous voulons parler du braconnage^ délit aussi commun dans le voisinage des forêts que la contrebande peut rètre à la frontière, et d'autant plus difficile à réprimer^ qu'il trouve presque un encouragement chei les gens même qui craindraient de le conmiettre. -*

tB SABOT BOUGB. i

Si aoti^ qae soit la surveillance des agents spédanx, ai bien armée de peines sévères que puisse être la lé* gislatioQ^ il est des pays où die ne pourra jamais détruire complètement le braconnage ; car il est des pays où cette industrie occulte est une tradition héréditaire^ une sorte de passion native du sol môme.

Le village de Saint^^lair était noté dans toutes les garderies du canton comme recelant le plus grand nombre de braconniers. Voisin de Tune des parties les plus giboyeuses de la forêt, et entouré de toutes parts par une agglomération de bois communaux, la position accidentée de ce hameau en rendait la surveillance plus difficile qu'ailleurs. Aussi^ de tous temps^ Saint- Glair avait-il été un véritable nid de maraudeurs. Il n'était point de maison où ne se trouvât^ dans un coin mystérieux, quelque engin prohibé dont les enfants même ne fussent en état de faire usage. — Malgré Tévidente complicité de presque tous les habitants de Saint- Clair^ il était rare que les gardes de l'État pussent cons- ' tater quelque délit dont la répression vint servir d'exemple, et ceux des particuliers se bornaient à faire leur devoir sans y ajouter le zèle. Quanta la gendarmerie, lorsqu'elleétaitrequise pour quelque expédition aiihameaude Saint-Clair, eUey marchait dans l'attitude d'une troupe qui va àrennemi^lesahreanpoiogetlaca rabinearmée. Ces précautionsétaient justifiéesd'ailleurs parlarésistance quel'autorité avait souvent rencontrée dans ce pays, où Ton parie encore avec enthousiasme du siège soutenu pendant un jour et une nuit dans

â LE SABOT ROUGE.

Tauberge du Sabot rouge par dix braconniers contre toute la brigade de gendarmerie du canton, obligée de recourir à Tassistauce d'un détachement de la garnison pour avoir raison des mutins. Cette affaire^ dans laquelle le sang avait coulé, envoya aux assises sept ou huit personnes 9 parmi lesquelles deux furent condamnées au bagne. On put croire pendant quelque temps que les habitants de Saint-Clair étaient disposéa à s'amender; mais, si les rigueurs de la justice les avaient d'abord frappés d'intimidation^ l'habitude^ plus forte que la crainte^ les ramena bientôt au mépris de la loi; et^ deux ans après le siège du Sabot rouge, les choses en étaient revenues au point où elles se trouvaient auparavant.

Cette auberge du Sabot rouge était plutôt un cabaret qu'une hôtellerie^ car Saint-Clair n'étant pas un endroit de communication, le passage d'un voyageur n'y est point un fait familier. Ceux que le hasard y amenait, trouvaient bien juste le gîte et le repas^ encore fallait* il qu'ils ne se montrassent pas exigeants. La clientèle ordinaire se composait des ouvriers carriers qui^ avant de se rendre au chantier, c'est ainsi qu'on désigne la carrière^ entraient au cabarei pour y boire Teau-de-vie ou le'vin blanc, libation matinale dont l'usage^ resté fréquent parmi les ouvriers^ a donné naissance au aicton proverbial : tuer le ver. Le dimanche et les jours fériés^ les paysans venaient jouer aux boules sur un terrain préparé ; le soir, la jeunesse du pays s*y rassemblait, à la danse* dans une sorte de grange qui

servait encore de salle de spectacle, où les charlatans et les saltimbanques forains obtenaient quelquefois du maire la permission de venir débiter leurs drogues ou donner une représentation du théâtre des marionnettes.

Le Sabot rouge était tenu par les époux Pampeau^ et le sieur Eustache Pampeau^ lui-même, avait dans le village la réputation d'être la meilleure pratique de son cabaret. Né d'ailleurs à l'ombre de la côte dorée où mûrissent les grands crus qui sont Thonneur de la vigne bourguignonne, il semblait avoir dans le gosier un morceau de cette éponge altérée^ qu'un préjugé bachique partageait jadis entre Tordre des Templiers et la corporation des sonneurs. Doué d'une de ces robustes santés pour lesquelles Texcès estjpeut-être une , hygîèneTEîïsf&ïïe Pampeau, qm à cinquante ans n'avflotjamais été malade^ rappelait à l'imagination un le ces frères quêteurs des abbayes rabelaisiennes^ montrant sous le capuchon monacal une large face de silène, où brille l'œil émerillonné du satyre.

Pendant les premiers temps de leur mariage , sa femme avait essayé de le corriger de son penchant à l'ivresse, si nuisible, aux intérêts de leur maison; miais toutes les remontrances qu'elle avait pu lui faire étant restées sans résultat, elle avait renoncé à d'inutiles querelles et laissait Pampeau vivre à son aise en compagnie des liquides de son établissement. Le cabaretier savait, au reste, jusqu'à un certain point, concilier sa passion avec le devoir et faisait exception

e IiB SABOt BOÛGti

aveclés gènâeh^qui l'usage immoâéréde Iftbobson engendre l'habitude delaparesse. Chez lui^ l'ivresse même n'excluait ni le goût ni la possibilité du travail, et il mettait une sorte d'amour-propre ft prouver & sa femme^ lorsque celle-ci le gourmandait, que le gain qu'il retirait de sonmétier de tisserand pouvait nourrir ou plutôt abreuver son vice.

Arexempledes clients dUiSâ&of rotijrdquiinscrivaient leurs dépenses non payées sur une ardoise^ Pampeau> ne sachant ni lire ni écrire, s'était ouvert un compte particulier sur un de ces cadres destinés dans les cafés à marquer les points des joueurs au billard. La double rangée de billes rouges et blanches qu'on fait glisser sur une tringle lui servait à désigner le nombre des litres de vin ou des petits verres qu'il consommait [ùiistache apportait la pluB grande probité dans cette tenue de livres originale. Dés quil avait épuisé les deux séries de billes du inarquoity il se débitait auprès de SM temme du chiffre qu'elles représentaient et en re^ commençait une nouvelle ; il appelait cela tourner la page. Bien qu'il eût confiance en sa solvabilité^ il était rare qu^il laissât grossir sa dette^ et lorsqu'il avait renouvelé deux ou trois fois le marquoir, il venait, selon son expression^ ressusciter Crédit en se payant loi* même entre les mains d'Héloïse Pampeau^ sa femme, qtie^ dans cette circonstance^ il obligeait à le régaler d'une tournée hors de compte.

Cependant cette double personnalité de oabaretierel d'ivrogne donnait quelquefois naissa&oa à des épisodes

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blsarfes. Lorsqu'il arrivait à Pampean de laisseï^ at-^ tarder le règlement de son compte^ il s'emportait en de belles colères contre son inexactitude et reprochait à sa femme de se montrer trop complaisante envers les mauTaises pratiqaes« An milieu de son ivresse, il se préoccupait d'être son débiteur^ et cette idée suffisait pour lui faire trouver son vin amer. Un huissier de Nemours racontait que dans une de ces circonstances^ il avait un jour reçu la visite d^ustache^ lequel était furieux contre lui«mème et voulait se faire assigner \ chez le juge de paix au payement d'une somme ar« j riérée»

En réalité, lapins grande place occupée par Pampeau dans sa propre maison était encore celle tenue par son verre^ et sa seule manière de se rendre utile dans son cabaret consistait à en être la vivante enseigne. Hors les heures qu'il passait quotidiennement à faire courir la navette sur le métier» il n'était bon à rien. Propriétaire d'un bout de jardin attenant à sa maison et de quelques perches dispersées sur le terroir de la commune^ il ne lui arrivait pas deux fois dans Tannée d'y mettre le pied, r— Si c'était de la vigne, disait-il à sa femme, passe encore, je suis Bourguignon ; mais des légumes, c'est dans le département du pot-au-feu, cela te regarde. Aussi laissait-il à Hélolse tous les soins du ménage, tous les soucis du commerce ; il ne l'aidait point même dans les travaux de force qui réclament le bras d'un homme.

Néanmoins les deux époux vivaitot en assez bonne

8 LE SABOT ROOGS.

intelligence ; Pampean avait^ d'aîllenrs, qnélqaes-nnes

Aes qualités de aon vice. Doué d'une nature franche,

il était d'une intarissable bonne humeur^ et^ le verre en main, il savait trouver dlieureuses saillies qni^ le soir^ couraient les veillées et flattaient ramour-propre de sa femme, brsqu'elle les entendait répéteren allant emplir ses seaux au puits communal^ besogne fatigante que son mari lui abandonnait comme toutes les autres, sous le prétexte ingénieux qu'un marchand devin ne pouvait aller puiser de Teau sans paraître suspect àses voisins.

Pampeau était, en outre, cité dans le pays pour Té* tendue extraordioaire de sa voix^ dont Ténorme volume reculait la limite d'extension ordinairement assignée au son humain. Cette particularité^ qui lui aurait permis de rendre Técho poitrinaire^ lui fournissait souvent Toccasion de prélever un impôt sur la curiosité des gens des environs. Le rustique Stentor pariait de briser les vitres d'une chambre fermée en chantant à franc gosier le refrain favori, dans lequel se résumait sa philosophie :

Toujours Je passerai ma vie^ Toujours joyeux, toujours content La bouteille est ma seule amie.

Je suis un amoureux constant

Lorsqu'on lui tenait le pari, arrosé avec abondance, sur le dernier vers de ce couplet. Eustache lan^tuno

note ÎDCoiiDue au registre yocal^ mais qui avait^ en effet, sur les objets fragiles la puissance d'une détonation. Sous le choc de cette vibration pénétrante et prolongée^ non-seulement les vitres éclataient, mais encore tous les ustensiles ménagers contenus dans les dressoirs et dans les buffets. Les assiettes et les verres^ les cuivres et les ferrailles, tou^ les corps mis brutalement en contact avec Téclat de ce poumon d'airain, réveillaient' leurs sonorités particulières et formaient un chœur de bruits étranges, qui semblait saluer dans la personne d'^ustache Pampeau le démon du charivari.

En sa qualité de beau chanteur^ le cabaretier du Sabot rouge était le premier invité à toutes les noces qu'on célébrait non-seulen\ent à Saint-Clair^ mais dan^ toutes les communes environnantes, à deux et trois lieues à la ronde. Eustache pouvait d'ailleurs mettre son riche organe au service d'un répertoire varié qui lui permettait, selon les circonstances et selon le précepte^ dépasser du grave au doux, du plaisant au sévère. Sa mémoire musicale était meublée de chants en l'honneur des braves et de chants en ï'honneur des belles. 11 alternait volontiers la romance sentimentale^ usée sur les orgues de Paris, avec un des noëls bourguignons de son compatriote Lamonnoye ou avec quelques-uns de ces rondeaux bachiques dont les rimes, ayant le goût un peu salé du terroir gaulois, faisaient d'eux-mêmes sauter les bouchons des bouteilles. Quelquefois, ar milieu du silence nocturne, troublé

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lugubrement par les cris des oiseaux des ténèbres, les gens de Saînt-Claîr qui rentraient tardivement du marché, en pressant du fouet ou du talon Tallure de leur mule paresseuse ou de leur âne rétif^ entendaient venir au-devant d'eux, sur les chemins de la forêt, Técho d'une voix chantant avec la sereine conviction que donne llvresse :

TôuJoaM Je pasMrai ma vi6 , Toi^ouv joyeax^ toi^onn oontent*»»»»

"^ S'arr^tant un moment sur la route déserte^ ils fQttaient alors à leur oreille leor main à demi fermée, en forme de cornet à recueillir le son, et, selon le point éloigné d'où leur arrivait ce refrain qui pouvait, sans altérer sa sonorité, traverser les fureurs du vent d'équinoxe, ils se disaient entre eux : Il y a ce soir une noce à Sorques ou à Rédoses*

C'était en effet Eustache Pampeau lui--mème, installé jans doute à quelque repas nuptial, et se torchant la bouche à la nappe du souper, où f 1 payait son écot de bonne humeur eu brisant avec sa note fantastique la vaisselle du nouveau ménage.

Au retour de ces liesses matrimoniales, prolongées par Tusage jusqu'à une heure avancée de la nuit, il arrivait souvent que le cabaretier du Sabot rauge^ ayant laissé son équilibre au fond des gobelets, s'éga* rait sur les routes ou dans les chemins de traverse. La première pierre où buttait son pied chancelant loi 8e^

LE SABOT ROUGB. tl

vait d'oreiller^ et une heure de scmiineil sur llmmide rosée avait sur soa ivresse une vertu pareille à celle que les anciens attribuaient à la plante du lierre dont ils se couronnaient le front pendant les festins. On sait que le proverbe a créé une divinité spécialement pré^ posée à la protection des ivrognes. Ce n'était pas seulement un Dieu, mais tout un Olympe qui surveillait Pampeau, et le préservait des accidents de toute na^' ture provoqués par Tintempénoice. Aussi en était-il arrivé à nier le danger^ et disait^il quelquefois, en imitant un mot resté populaire :

— • Le pavé sur lequel je dois me fendre là tête n*est pas enoore taillé.

Un jour^ il reçut cependant un avertissement qui altéra sa sécurité. Revenant, une nuit du mois de novembre, d'un hameau voisin où on Tavait convié à fêter la première cuvée de la vendange^ en arrivant à la fourche formée par deux chemins dont Tun devait le ramener chez lui, Ëustache, égaré dans le double brouillard de Tivresre et de la nuit^ prit un sentier op« posé, au bout duquel il sentit tout à coup le tetrain ievenir mouvant et humide sous ses pieds. Il était entré dans une sorte de mare où Ton menait les bes» tiaux s'abreuver. Les efforts qu'il tenta instinctivement pour se retirer l'enfonçaient encore davantage dans la marne vaseuse de Tabreuvoir^ où les pluies diluviennes de Tautomne avaient répandu asses d'eau pour qu'un homme put s'y noyer. Ëustache^ qui ne savait pas nager^ eut bientôt le sentiment du danger

tt LE SABOT ROUGE,

qu'il courait^ cor il était déjà dans Teau jusqu'aux épaules^ et la vase continuait à fléchir sous le poids de son corps. U cria au secours, et fit un appel mental i sa Providence ordinaire. Le secours qu'il demandait lui arriva par une de ces voies détoiuméesfamilibres à la Providence. Elle mit le feu à ime. bergerie voisine de la mare où par négligence elle avait laissé choir l'ivrogne, et les gens qui accourirent chercher de Teau pour éteindre Tincendie le repêchèrent au mxh ment où il allait complètement disparaître.

En racontant son aventure à sa fem me, Eustache lui déclara qu'il avait fait un vœu pendant son péril aqoa* tique. Hélolse crut naturellement qu'il avait promis de ne plus boire.

«^ Oui, lui répondit-il, de ne plus bdre de Tean. C'est bien ça.

Le VŒU de Pampeau était seulement un vœu fait à la prudence, et, depuis sa chute dans Tabreuvoir, il ne s'aventura plus la nuit, en expédition bachique^ sans être accompagnéde son chien, qu'il avait patiemment dressé à marcher devant lui, tenu en laisse comme les chiens d'aveugle, et, pour plus de précaution, portant, suspendu à son cou un petit falot allumé.

Séparé de son chien, le portrait du cabaretiei Saint-Clair devant rester une figure incomplète, nous croyons utile de donner un croquis de cet animal qui, après la bouteille, tenait la plus grande place dans les affections d'Eustache Pampeau,

LB SABOT ROUGB; t9

Toto était un hideux caniche^ et^ pour le peindre fidèlement d'un seul mot^ si saint Roch Teût rencontré U l'aurait renvoyé à saint Antoine.

Toto était ^é dans le fourgon d'un saltimbanque qui parcourait les foires en arrachant les dents à la pointe d'un sabre. Son maître le présentait à sa clientèle comme un élève du fameux MunUo, la gloire scientifique de la race canine. En réaUté^ Toto était surtout rélève de ses instincts^ et l'habit de marquis dont il était revêtu pour la parade cachait un franc chevalier d'industrie. S'il avait réellement su jouer aux cartes^ comme le prétendait son instituteur, il eût été imprudent de faire sa partie, Toto devait tricher.

Toto avait deux ans quand il devint le commensal du S(û>ot rouge^ où sou maître l'avait laLssé en payement d'un écot. Ce ne fut pas sans protestation qu'Héloise Pampeau avait consenti à recueillir ce nouvel hôte. Sa qualité d'artiste n'était pas une recommandation aux yeux de cette ménagère économe, qui partageait les instincts de défiance répandus dans les cam- [ pagnes contre la race errante des baladins. Elle dut céder cependant à l'insistance de son mari. Pampeau supposa que les talents acrobatiques et autres dont le caniche était pourvu attireraient la pratique à son cabaret. Pendant deux on trois dimanches, Toto augmenta en eflet les recettes du Sabot rouge; mais Eustache ayant négligé de lui apprendre quelques nouveaux tours, une fois qu'il eut épuisé son répertoire^ déjà peu varié>Toto^ suivant une expression de l'argot

M 1.8 SAIOT ROOGBt

dramatique, cessa d'aToir une influenee sur Taffièhe.

N'étant plos^ d'ailleurs, excité par Témulation que

; font naître le succès et les applaudissements, U renonça

I officiellement à Tart et rentra dans la nature^ -«Voici

i par quelle porte t i

Un jour qu'on ratait chargé de tourner la broche^ ~- besogne dont il s'était acquitté {usque-U avec aur tant d'adresse que de fidélité, -^ Toto détourna le rôti; et pour éviter la correction dont on le mena^t^ se sauva dans ks bois qui environnent Saint-Clair, en emportant le gigot. H ne rentra au Sabùi tougB que le lendemain matin^ tenant encore dans sa gueule, comme preuve de son crime^ Tos du gigot qu^ll achevait de ronger. Hélolse l'attacha & un arbre de son jardin, I»it un échalas et commença à gourmer le voleur. «^ L'èchalas s'étant rompu avant qu'elle crût la édrrection satisfaisante, elle en prit un nouveau et recommença à frapper ranimai, dont l'impassibilité persistait à ne pas vouloir accuser réception des coups qu'il recevait. Il poussa à la fin deux ou trois cris que la cabaretière prit pour des excuses. ^ Elle laissa Toto rompu^ mais non corrigé, *— car le surlendemain il déroba le pot-au-feu pendant que sa maltresse avait le dos tourné, et prit la route du bds où il passa la nuit comme il avait déjà ibit. Au retour de cette seconde escapade, il alla de lui-même se placer au pied de l'arbre où la première fois il avait été châtié, et se laissa lier posiflquement par la cabaretière furieuse, dont la colère ne s'était calmée qu'après la rupture du

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troisième échalas. Elle i>nt croire pendant quelque temps que cette double correction avait enfin corrigé le caniche de sa gloutonnerie. Cétait une erreur: Toto n'avait aucunement renoncé à la viande de boucherie ; seulement il avait apprécié le prix auquel on la lui faisait payer, et, trouvant le bœuf trop cher à trois échalas brisés sur ses côtes, il préférait le gigot qui ne lui en coûtait que deux; ce fût pourquoi, sans doute, il respecta la marmite autant par goût que par économie ; mais la première fois qu^ vit flamber Tàtre et sa maltressé décrocher la rôtissoire, il se tint sournoisement aux aguets, et, profitant de la minute où il avait échappé à la surveillance, captura le rôti attendu par des ouvriers carriers qui avaient reçu leur paye.

Lorsqu'il revint le lendemain, selon son habitude, ee fut un des carriers, chargé d'exercer la rancune de ses camarades, qui lui administra la correction au-devant de laquelle il allait naturellement, sachant bien qu'il avait un compte à régler. Il reçut patiemment et sans résistance le nombre de coups auquel l'avait habitué Tancien tarif. Mais la correction s'étant prolongée, Toto protesta contre cette augmentation par des hurlements plaintifs, et ayant réussi à rompre la corde qui le retenait captif sous le châtiment, il se sauva dans le bois, où il demeura, cette fois, plusieurs jours.

Lorsqu'il reparut au Sabot rmge, il s^ montra d'une sobriété qui allait jusqu'à l'abstinence, et flairait dé-

daignensement^ sans y toucher, la pâtée que son maître loi préparait avec une sollicitude particulière. Ce changement ne fiit pas le seul qu'on pût remarquer dans ses instincts. Toto^ dont la gloutonnerie était égalée par la paresse^ et qui passait sa vie^ couché en rond^ au soleil^ ou dans les cendres de Tàtre^ renon^ subitement à ses goûts de far niente et s'accoutuma au vagabondage. Parti dès le matin, il allait on ne savait où pour ne rentrer que le soir^ altéré comme le sol en temps de canicule, ou comme son maître en tout temps, portant la langue pendante, Toreille ensanglantée, ayant llialeine courte et sifflante, le museau terreux, le lainage de son poil poudreux, rempli de feuilles mortes, de ronces ou d'aiguilles de pin. A peine revenu, il faisait une apparition dans le cabaret, comme pour constater sa présence, lappait précipitamment un demi seau d'eau, et disparaissait aussitôt pour aller rejoindre Pampeau sur le galetas où celui-ci l'avait habitué à venir lui tenir compagnie.

Un écrivain cynégétique, dont l'autorité n'est pas contestée, a prétendu qu'à l'état sauvage tous les chiens sont chasseurs, quelle que soit leur race.

Toto était retourné à Folat sauvage, et, depuis le jour où on lui avait interdit la cuisine du Sabot rouge, il avait pris le parti d'aller se nourrir au merveilleux garde-manger que la nature ouvrait à sa voracité dans un rayon de dix Ueues.

11 eût d'ailleurs été difficile qu'il échappât à la contagion de braconnage répandue dans un pays où les

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chats eux-mêmes, renonçant à leurs habitades sédentaires et dédaigneux du vulgaire butin qne^leur offre la chasse domestique, vont se mettre à Taffut du gi* hier que la verte odeur de la plaine attire le soir hors du bois.

Tous les matins, Toto partait pour les taillis, poussait en forêt une pointe aventureuse, et lorsqu'il rentrait au logis, au coucher du soleil, il pesail ordinairement un lapin ou im lièvre de plus qu'au ^ départ.

Pampeau ne devait pas ignorer longtemps la nouvelle profession adoptée par le marquiSy surnom qu'on vait donné au caniche, sans doute à cause du costume sous lequel on l'avait jadis vu travailler au Sabot rouge. Le manège du hardi maraudeur n'avait pu échapper aux gardes du pays, dont les plaintes arrivaient au Sabot rouge et menaçaient de se formuler en procès-verbaux,

Eftayé par l'idée d'une poursuite qui entraînerait à des frais, Eustache promit de surveiller son chien. Mais la première fois qu'il voulut l'attacher, Toto rongea la corde et prit sa course. On l'enferma dans la cave, il se sauva par le soupirail. On le mit aux arrêts dans le grenier, il se rappela ses anciens exercices d'acrobate et s'échappa par la lucarne en faisant un saut de vingt pieds. Sa passion pour la chasse lui donnait le génie de l'évasion.

Non-seulement les gardes se plaignaient, mais en- «ore les chasseurs légaux du pays et les braconniers

It LE BAfit)t ftOVCE.

eirt-mêines^ à qui Toto faisait concurrence en venant rdeyer le gilder pris dans leurs collets^ on en courant, an temps de l'édosion^ les jennes volées de perdreaux louges on de fiiisandeaux, espoir de la prochaine ou- Tertore.

lA MAISON DE FAILLI

Ua des plnB fidèles babitoés da Sabot rouge était l6 beau-père du oabaretier loi-mème, un vieil ouvrier carrier noumié Cantain^ qui depuis son veuvage se pré« tendaitattaqué de lamaladiedu sable^ pour donner un prétextée sa paresse^ et combattait cette afiection chimérique par un traitement que la régie des alcools eût sans doute beaucoup mieux apprécié que la Faculté.

Pourrintelligencede oequivasuivre, il est nécessaire de remonter de quelques années dans la vie de ce per* sonnage, dont l'histoire 6ert> pour ainsi dire, de point de départ à ce récit.

Cantain avait épousé une filla de la commune de

Pontisy^ située à un quart de lieue de Saint-Clair. Cette fille, nommée la Boussotte, sans doute à cause de son teint et de ses cheveux^ était alors servante au Sabot rouge, chez le prédécesseur de Pampeau. Elle y avait été fort compromise par un garçon appelé Claudet^ dont le père était garde du prince de ***, alors propriétaire du château de Pontisy.

Cantain et sa femme n'étaient pas riches ; ils ne possédaient pour tout bien que la maison qu'ils habitaient. Cette méchante masure, dont une tolérance municipale laissait encore subsister la toiture de chaume^ si dangereuse en cas d'incendie^ s'appelait dans le pays la Maison de paille. Elle n'avait d'antre attenance que quatre ou cinq perches d'un terrain sablonneux^ dont la culture ingrate était d'un rapport presque nul. Les Cantain n'avaient, en outre, aacnn avantage futur à espérer de leurs parents^ tous denx étant nés de familles qui^ de père en fils, ne laissaient à leurs héritiers que leur ombre au soleil. Us s'étaient mariés sans amour, et Cantain lui-même n'ignorait pas les propos tenus sur le compte de la servante dn Sabot rouge.

La Cantain n'était rien moins que jolie ; rousse et marquée de petite vérole^ elle offrait le type rustique dans son aspect lourd et quasi difforme^ mais elle avait des cheveux pour lesquels une duchesse aurait donné son écrin. Physiquement mieux doué qu'elle, son mari était un grand et vigoureux garçon^ dpnt la force apparente annon^it qu'il appartenait à cette race de

L£ SABOT ROUGE, fi

bœu£s» humains asservis nativement au joug des fatigues exceptionnelles. L'union de ces deux êtres qui n'avait été ni une affaire de sentiment, ni une affaire d'intérêt^ fut pourtant heureuse. — On avait dit d'eux que c'était la famine qui épousait la misère ; ils donnèrent dès les premiers mois de leur mariage un démenti à ces prédictions^ par la scrupuleuse probité qu'ils mirent chacun de son côté dans l'apport des qu€dités réciproques qui formaient leur unique dot à Tun comme à l'autre.

Gantain trouva dans sa femme une créature active, ne laissant jamais à la mousse le temps de croître dans sa main, selon une locution proverbiale. Économe^ sobre^ soigneuse d'elle-même et de son intérieur, elle réalisait toutes les vertus domestiques, qui rendent possible l'existence de certains ménages pauvres et déroutent les calculs de l'arithmétique. — Son mari se montra reconnaissante sa manière du bien-être nouveau qu'elle introduisait dans sa vie. Sans effort, presque à son insu, il modifia certaines rugosités de sa personne et de son caractère. — Sa bouche, habituée à mâcher le juron, en divint moins prodigue. — Bien qu'il eût toujours été laborieux autant par goût que par nécessité, étant garçon, il n'avait pu échapper complètement aux entralnementsde Fàgeet del'exemple et passait pourun des meilleurs gobelets de l'endroit, mais à gobelet plein, bourse vide, dit un proverbe qui n'est pas bourguignon . Cantain cessa de paraître le dimanche au cabaret* et se montra fort indifférent aux plaisanteries que cet

Sf ^ LE SABOT ROUGE.

éloignement, attribué à la volonté de sa femme, loi attirait de la part de ses anciens camarades, n passait dans son ménage tout le temps qu'il ne donnait pas à son tritvail^ et, sans chercher à lui donner un nom, it éprouvait un sentiment de plaisir lorsqu'au retour de la carrière, en descendant les chemins de la forêt^ il voyait de loin fumer le toit de sa maison. — Sans le remarquer lui-même, il marchait alors d'un meillenr pas qu'àPépoque où il savait ne devoir trouver chez lui que la soUtude, et s'il fredonnait encore en marchant quelque refrain emprunté au licencieux répertoire des chantiers, il s'arrêtait instinctivement en approchant du seuil de sa demeure.

La Cantain^ dont la nature un peu fière ne s'était pas soumise sans ensouffriràla servitude chezles étrangers, puisait dans le sentiment de sa liberté la jouissance qu'éprouve l'esclave affranchi à supporter des fatigues contre lesquelles il eût prostesté au temps de son esclavage, et qui lui semblent moins pénibles parce qu'elles ne lui sontimposées que par lui-même. Quant au carrier^ il n'avait pas tardé à comprendre le bénéfice delà vie régulière, et lorsqu'il comparait sa situation actuelle avec le passé , il ne pouvait s'empêcher de trouver douce ^la tyrannie de l'ordre.

Une sorte d'affection placide existait dans le ménage et se prouvait quotidiennement entre les deux époux, moins par les paroles qxké par un échange de bons procédés^ dont les étrangers^ bien plus qu'eux-mêmes^ auraient pu apprécier la délicatesse.

1<E SABOT nuuue* It

Cantain gagnait soixante dix ou quatre-yingts francs par moisj selon les époques où Texplioltation [plus ou moins acUv9 de la earriôre ro.clamaitunplus ou moins grand nombre de bras« C'était aveo ce gain modeste qu'il fallait faire face à toutes les dépenses que oom* portent les besoins d^ deux pewonnes*

Tous les samedis» U carrier remettait i sa femme l'argent qu'il avait re^u pour son travail de la semainet et se réservait seulement une somme modique destinée à son tabac et & la petite mesure d'eau^de^vie qu'il avait coutume d'emporter au chantier.

A une époque où les récoltes donnaient quelques inquiétudes^ il y eut sur les grains une hausse subite* En revenant du marché la Gantain ne put s'empêcher de se plaindre de cet enchérissement qui atteignait le ménage dans une consommation de première nécessité et devenait plus menaçante aux approches de l'hiver* Elle craignait d'être obligée de demander une taille au boulanger, et ce petit morceau debois rayé quotidienne* ment l'effrayait plus qu'une grosse maladie.

— Farine à crédit fait du pain amer^ disait-elle à son mari.

11 existe encore dans les campagnes de ces probités rétives pour lesquelleis devoir et une humiliation^ et qui ne la subissent que lorsqu'elles y sont contraintes par les plus impérieux besoins. Pour ces naturos lente? à se dépouiller de leurs sains préjugés > la dette dans la pauvreté ^ c'est une ronce dans un champ de pierreit

n LE SABOT ROUGE.

Revenant un soir de la carrière, où il avait reça sa paye^ Cantain la remit tout entière à sa femme^ et comme elle lui faisait observer qu'il oubliait de garder Targent nécessaire à son tabac et à son eau-de-vie^ il refusa de le prendre.

— Faut se nourir avant de nourir ses défauts, rèpondit-il^ — et tirant de sa besace sa pipe et sa petite fiole à eau*de-vie^ il alla les serrer dans un coin de l'armoire.

Cette privation^ celle de fumer surtout^ devait loi coûter cependant ; c'était son unique plaisir, sa distraction unique^ et on renonce difficilement à une habitude^ que le temps a naturalisée besoin. Mais si peu coûteuse qu'elle fût^ cette habitude occasionnait une dépense^ et il n'y a pas de petits chiffires pour les petits budgets. L'argent du tabac et de Teau-de-vie aidait a rétablir dans celui du ménage l'équilibre dérangé parla cherté du pain. Cependant^ les premiers jours^ après son repas^ Cantain^ en se levant de table^ tournait machinalement dans la maison avec l'attitude d'un homme an-, quel il manque quelque chose, et son regard^ qui de temps en temps s'arrêtait sur l'armoire où sa pipe était serrée^ disait assez de qiioi il manquait.

Au chantier^ les camarades du carrier n'avaient pas été sans remarquer qu'il ne fumait plus, et cette abstinence^ dont celui-ci n'avait pas cru devoir leur expUqaer la cause^ était devenue de leur part un motif de plûn" sauterie.

Un des carriers prétendit un jour que c^était la Can^

LE HABO'T AOUGE. 29

taîn qui avait cassé la pipe de son mari, parce que l'odeur du tabac lui était désagréable.

Cette supposition^ accueillie par de grossiers éclats de rire^ fut suivie d'autres propos du même goût, auxquels Cantain paraissait vouloir rester sourd; assis sur un quartier de roc^ il mangeait tranquillement un morceau de pain avec du fromage aigre.

Son mutisme dédaigneux encouragea les agressions de ses camarades^ et Tun d'eux, un de ses voisins^ nommé Roussel) qui semblait prendre à tâche de faire sortir le carrier de son indifférence^ s'avisa de dire, en lui jetant un coup d'ceil narquois ;

— Bah ! la Roussotte est une délicate qui n'aime pas la pipe parce qu'elle a été habituée à l'odeur du cigare.

Ces paroles étaient à peine achevées^ que celui qui les avait prononcées se recula instinctivement de plusieurs paS; comme l'artificier s'éloigne du projectile dangereux auquel il vient de mettre le feu.

Un silence général avait accueUli cette remarque, dont le sens injurieux ne pouvait échapper à personne, puisqu'elle rappelait par allusion, au souvenir de tout le monde, l'époque où la Roussotte était courtisée au Sabot rouge, par le fils Claudet, le seul garçon du pays qui fumât des cigares.

Tous les regards des carriers étaient fixés sur Cantain i'i Roussel^ qu'une dizaine de pas séparaient à peine Tcui de l'autre.

Cantain s'était levé subitement et tout droit, eonuxie mû par un ressort»

A ce moayementdéjà agressif, Roussel avait encore reculé^ et, se trouvant arrêté par un énorme bloc de grès sur lequel étaient posés ses outils^ il s^y appuya après avoir eu la précaution de passer la main derrière son dos, et de s'emparer d'un marteau à manette trèscourt, mais d'un poids de quinze kilogrammes, et qui sert à enfoncer dans le rooher le coin de fer destiné i le foire éclater.

Cette attitude défensive n'arrêta cependant point Gantain^ et Roussel^ voyant qu'il continuait à s'avancer, éleva sa masse de fer au-dessus de lui dans une posir tion de garde haute^ qui allait placer le mari de la Roussette, s'il faisait un pas de plùs^ sous la perpendiculaire menaçante du pesant marteau.

Ce dernier pas^ Cantain le fit cependant de la même allure tranquille dont il avait fait les autres.

«— Prends garde ! lui crièrent ses camarades, pétrifiés par cette sorte d'attention anxieuse qui paralyse les mouvements.

Roussel et Cantain étaient souffle à souffle. Assurant dans sa main, par une vigoureuse pression des doigts, le manche du marteau dont la masse carrée profilait un angle d'ombré sur le firont découvert de Cantain, Roussel lui dit à voix base : — Ne me touche pas.

Roussel était de cette race de méchants hargneux qui sontle tourmentdesfàibles. Même dans ses querelles de cabaret^ lorsqu'elles se terminaient en lutte, il ne portait jamais le premier coup, et^ pour montrer quelque

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