‹ Scènes de la vie de jeunesse (volume 3)Chapitre 11 sur 21 · DIGRESSIONS · texte numérisé non relu

DIGRESSIONS

Comparée à la cause futile qui lui donne naissance, on pourra trouver plus qu'étrange la scène par où commence cette histoire. En effet, un orage d'été, qui éclate soudainement et surprend une partie de campagne, il n'y a pas là matière suffisante à de sérieuses alarmes, et la syncope de madame Céleste de Vauxchamps, ainsi que les anathèmes de son mari, pourront paraître des enfantillages tout au plus excusables dans l'intimité conjugale.

Pourtant, nous répondrons que ce caprice atmosphérique, qui peut, lorsqu'il est imprévu, exciter une contrariété passagère, avait pour le comte et sa femme toutes les proportions d'un événement.

Pour eux, ces nuages sombres étaient gonflés de désastres ; pour eux, les éclairs qui déchiraient le ciel étaient des caractères enflammés, où ils lisaient une prophétie effrayante comme celle du festin biblique; et dans les sourds éclats du tonnerre, ils entendaient distinctement les grondements de la fatalité qui s'approchait d'eux.

Et cependant, au moment même où le comte et sa femme demeuraient terrifiés en face d'un accident aussi

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vulgaire, on disait d'eux, en vingt endroits différents, qu'ils éiaient les gens les plus complètement heureux qui fussent au monde.

Envieux ou de bonne foi, ceux qui disaient cela avaient raison — en même temps qu'ils avaient tort; attendu que le mieux est l'ennemi du bien, et qu'être trop heureux, c'est commencer à ne plus l'être. — Paradoxe! allez-vous dire, monsieur, — ou madame, les paradoxes sont des vérités — un costume de carnaval, ce qui fait qu'on ne les reconnaît pas tout d'abord. Au reste, si vous voulez nous suivre, vous en verrez bien d'autres dans les chapitres prochains.

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