‹ Scènes de la vie de jeunesse (volume 3)Chapitre 21 sur 21 · LES · texte numérisé non relu

LES

Une blouse d'étoffe bleue taillée avec élégance et coquettement serrée sur les hanches par une étroite ceinture, une toque en velours bleu, ornée d'un gland de soie, un pantalon d'étoffe bleue, tel était invariablement le costume auquel notre héros devait son surnom.

Bleuet était l'enfant unique de laborieux artisans. Ses premières années s'étaient écoulées en proie à ces cruelles maladies qui déciment l'enfance, et Dieu seul sait les larmes et les nuits d'insomnie qu'il coûta à sa mère. Aussi, lorsqu'à force de soins elle fut parvenue à lui faire mettre les deux pieds dans la vie, elle fit à ce pauvre enfant une existence comme n'ont point ordinairement les enfants des pauvres. Bleuet fut gâté outre mesure ; ses caprices, et il en était rempli comme tous les êtres maladifs, ses moindres volontés faisaient loi ; sa mère n'avait d'autre

préoccupation que de les deviner et d'autre bonheur que de les satisfaire, au prix de mille privations qu'elle s'imposait en cachette de son mari. Elle tenait, en outre, son fils dans un état de costume fort au-dessus de sa position, de même qu'en toutes choses ; elle le distinguait des autres enfants de sa classe ; la digne femme ne pouvait s'arrêter à cette idée que son fils était condamné à gagner son pain à la sueur de quelque pénible travail, elle l'habituait elle-même à l'oublier, aussi l'oubliait-il.

Au moment où commence celte histoire, Bleuet était un bel écolier de dix ans dont la nature et le caractère démentaient l'humble origine. Ses manières naturellement maniérées, si cela peut se dire, sa délicatesse, ses traits fins, le tour choisi de son langage, tout cela n'était pas d'un enfant du carrefour, et on l'eût pris volontiers pour l'héritier de quelque riche et noble maison, tant il avait de superbe en sa petite personne ; ce défaut, qui d'ailleurs n'était que superficiel, était du à l'aveugle tendresse maternelle. Au reste, est-il bien vrai que l'orgueil soit un défaut? Quoi qu'il en fût, l'orgueil de Bleuet le préserva de ces camaraderies de coin de rue qui se forment entre les enfants du même quartier; et il en résulta qu'il ignora le vocabulaire pittoresque mais vulgaire du gamin de Paris. Maintenant que voici notre petit héros posé, faisons-le agir. Dans la mêmemaison que lui, et au premierétage, demeurait mademoiselle B..., dont le père était alors en voyage. Cette belle personne n'avait pu le suivre à cause d'une grande infirmité qui la forçait à garder la chambre. Elle s'était frac-

turé la jambe en faisant une chute, et les médecins l'avaient condamnée à une immobilité presque absolue. Confiée par son père aux soins d'une gouvernante, elle ne recevait qu'à de rares intervalles les visites de quelques amis intimes de sa famille. La jeune malade, qui s'ennuyait beaucoup dans son isolement, s'imagina un jour de faire connaissance avec son jeune voisin, qu'elle avait plusieurs fois surpris immobile à sa fenêtre pendant qu'elle faisait delà musique. Un jour, elle pria sa gouvernante de faire venir l'écolier. Mais Bleuet jugea qu'il était de bon goût de se faire prier, et voulut connaître le motif pour lequel la dame du premier le faisait appeler.

— Elle a un service à vous demander, réj)on(lit la gou* vernante à tout hasard.

— Mais, reprit Bleuet, que ne vient-elle me le demander elle-même ici?

— Mademoiselle B... ne peut pas marcher, sans cela elle serait venue; vous seriez bien aimable de descendre un instant auprès d'elle.

— C'est bien; dites-lui de ma part que j'aurai l'honneur de passer chez elle tantôt.

La gouve'riiante se r'elir"à assez étonttée de là façon avec laquelle ce jeune drôle avait accueilli son invitation. Elle en fit part à rtiademoiselle B...

Bleuet fit toilette, il se pommada pendant une heure, mit des gants, et àe fâcha contre sa mère, qui ne voulait pas lui laisser emporter une canne. Qu'est-ce que l'on me

veut donc? se demandait-il en sonnant de façon à tout rompre.

La femme de chambre vint ouvrir.

— Annoncez-moi à votre maîtresse, fit brèvement l'écolier.

La camériste le regarda d'un air moqueur, et d'une voix plus moqueuse encore, elle annonça : Monsieur Bleuet.

— Vous m'avez fait demander, mademoiselle, dit l'écolier , lorsqu'il se trouva en face de la jolie malade.

— Oui, Monsieur, et je vous prie de me pardonner le dérangement que je vous cause... J'ai un grand service à vous demander, et comme on m'a dit que vous étiez un jeune homme très-aimable, j'ai pensé que vous ne me refuseriez pas.

Bleuet, qui avait repoussé le fauteuil qu'on lui avait offert, se tenait droit comme un 1 devant la jeune demoiselle ; et, comme il ne manquait point d'un certain tact, quoiqu'il fut intérieurement flatté de la politesse avec laquelle on le recevait, il eut l'idée que toutes ces belles phrases pouvaient bien servir d'enveloppe à quelque perfidie ; aussi se tint-il sur ses gardes, et prêt à la riposte^ s'il y avait lieu.

— Monsieur, reprit mademoiselle B... en s'efForçant de ne point rire, voici ce que je réclame de votre obligeance : Vous avez une très-jolie voix, et je veux vous prier de m'apprendrela chanson Au clair delà lune.

Pour le coup, malgré son aplomb, Bleuet fut décontenancé, il ne s'attendait pas à celle-là.

LES PREMiftRIS AMOURS DU JEUNE BLEUET. 589

Un niîage de pour[)re lui monta au visa^je. Mais madomoisellcB..., qui éiait une vaillante personne, ne s'émut point du terrible regard que l'écolier lui i.mça de toute la flamme de ses yeux noirs, elle continua tranquillement :

— Ah î OUI, je voudrais bien savoir cette jolie chanson que vous chantez si bien, et vous serez fort aimable de me l'apprendre; au reste, je vous payerai vos leçons.

A ce mot de payer, Bleuet commença à battre la mesure avec son pied, ce qui indiquait le degré le plus élevé au thermomètre de sa colère.

— Oui, je vous payerai vos leçons, deux gâteaux le cachet.

Bleuet devint écarlate, et regarda autour de lui s'il n'y avait rien à casser.

Cette intention était si évidente, que la demoiselle eut grand peur pour sa pendule, point que paraissaient menacer les foudres de Bleuet-Ouragan.

— Eh bien, monsieur Bleuet, vous ne répondez pas? dit la malade.

Mais tout à coup elle s'aperçut qu'elle avait été trop loin avec cet enfant, qui avait une nature de sensitive. Cette innocente plaisanterie avait fait une profonde blessure à l'amour-propre de Bleuet ; il éclata en larmes et tomba sur le tapis en proie à une violente crise de nerfs.

Quand il revint à lui, il se trouva à demi couché sur un

divan, et la tête appuyée sur la poitrine de mademoiselle

B..., qui lui faisait respirer des sels.

En se retrouvant dans les bras de la jeune demoiselle, l'écolier ressentit une singulière impression. Comment était-il là? Il ne s'en rendait pas encore compte ; mais il s'y trouvait bien sans doute; car, pour prolonger le charme de cette position, il feignit un évanouissement qui n'existait plus, et pendant quelque temps encore, il put voir les regards de mademoiselle B.., arrêtés sur lui avec une tendresse et une inquiétude infinies.

Et il l'entendit murmurer à plusieurs reprises : Pauvre enfant! Pauvre enfant!

Cette voix caressante, ces belles mains blanches, cette haleine embaumée qui effleurait son visage, tout cela causait au pauvre Bleuet un émoi qui lui était inconnu ; mais que devint-il, grand Dieu! lorsque la belle demoiselle, très-alarmée de sa pâleur et de son immobilité, essaya de l'en tirer en lui prodiguant toutes ces charmantes câlineries de langage que savent inventer les femmes pour apaiser les enfants? Et voyant qu'il ne bougeait pas et qu'il avait toujours les yeux fermés, mademoiselle B ..., tout à fait inquiète, étreignit plus étroitement l'écolier entre ses bras et l'embrassa sur le front, en lui disant tout bas :

— Mais réveille-toi donc, parle-moi donc, mon petit ami! A ce baiser, caresse de sœur aînée à un jeune frère malade, Bleuet tressaillit, rougit extrêmement et ouvrit les yeux.

— Enfin, dit mademoiselle B...., comment te trouves-tu ?

LES PREMIÈRES AMOURS DU JEUNfe ÎBLEUET. ^91

— Laissez-moi m'en aller, dit Bleuet, en essayant de se dégager.

— Non, quand lu seras tout à fait remis. Et la jeune fille le retint auprès d'elle.

Dis-moi que tu n'es plus fâché contre moi. Bleuet garda le silence.

— Tu m'en veux encore ?

— Qu'est-ce que je vous avais fait pour vous moquer de moi?

Mademoiselle B..., ne trouva pas de meilleure réponse qu'un second baiser.

A celte récidive, l'écolier sentit mourir le peu de rancune qui lui restait encore.

— Eh bien! non, dit-il, je ne vous en veux plus; mais laissez-moi m'en aller.

— Pourquoi ? Tu es pressé d'aller tout conter à ta mère, pour qu'elle vienne me faire des reproches.

— Je ne suis pas un rapporteur, répondit Bleuet, qui était complètement remis.

— Eh bien ! alors, dit mademoiselle B.., faisons la paix, et reste encore un peu ici : tu as les yeux rougis, la mère verrait que tu as pleuré.

Mais Bleuet insista pour s'en aller.

— Au moins, dit la jeune fille, tu viendras me revoir. Et elle ajouta : Excuse-moi seje ne te reconduis pas; mais, tu le vois, je ne peux pas bouger.

Bleuet vit encore une méchanceté là-dessous. Et, reprenant sa mine grave, il répondit :

— Non, je ne reviendrai pas vous voir. Je ne veux pas vous servir de joujou, moi !

Quel drôle de petit bonhomme ! pensa mademoiselle B.. quand elle fut seule. Il est bien amusant!

Cependant cette scène avait porté un grand trouble dans l'esprit de l'écolier, il ne dormit point de la nuit. Le lendemain, il fut distrait à sa classe. Il ne sut pas ses leçons, ne fit pas ses devoirs, et rentra chez lui accablé de pensums.

— Qu'as-tu donc? lui dit sa mère en le voyant arriver Tair tout triste. *

— Rien, répondit-il. Et, prenant sa grammaire, il s'en alla à la fenêtre et essaya d'étudier. Mais, hélas ! monsieur Lhomond n'était pas homme à lui fournir ce qu'il cherchait, le pauvre Bleuet, car ce n'était ni l'accord des verbes avec le sujet, ni les règles du participe, — c'était tout simplement un prétexte quelconque pour retourner chez la belle demoiselle qui s'était si bien moquée de lui. Ce prétexte, mademoiselle B... le lui fournit elle-même. Elle était aussi à sa fenêtre, et lisait un roman. Elle aperçut l'écolier qui la regardait à la dérobée, et qui baissait les yeux sitôt qu'elle levait les siens vers lui. Voyant que ses appels de regards n'étaient pas ou ne voulaient pas être compris par Bleuet, mademoiselle B.... essaya d'un autre moyen : elle laissa tomber son livre dans la cour, en s'écriant assez haut pour être entendue : Ah ! mon Dieu, mon livre I

L'écolier vit et entendit; et pensa que c'était là un prétexte tout trouvé avec lequel il pouvait se présenter chez

mademoiselle B..., tout en sauvegardant sa dignité. Il s'élança dans l'escalier, ramassa le livre, et en toute hâte le reporta à la lectrice, en elle-même très-enchantée de son subterfuge, et admirant beaucoup l'intelligence décelai qui l'avait si bien comprise.

Cette seconde entrevue fut beaucoup plus calme qu la première, et mademoiselle B.... s'arrangea de telle façon qu'elle s'attira la confiance entière de l'écolier. Il alla fort loin dans ses confidences, et lui avoua même qu'à force de chercher un moyen de se venger de la mystification de la veille, il avait oublié ses leçons, ce qui lui procurait, ajouta Bleuet, trois ou quatre jours de retenue.

— Oh ! mon Dieu ! mon pauvre garçon, dit mademoiselle B... en riant, tu m'en voulais donc, puisque tu pensais à te venger.

— Oui, dit Bleuet, qui mentait alors ; et pour quitter ce terrain, il entama la longue litanie des chagrins d'école, et fit rire jusqu'aux larmesmademoiselleB... en lui faisant le portrait de son maître, M. Cortier, l'homme féroce qui donnait des pensums de trois cents lignes. Et ce matin même il m'en a donné quatre ! s'écria Bleuet, de façon que je ne pourrai pas jouer d'ici jeudi.

— Mais c'est terrible cela, dit mademoiselle B.... Eh bien, écoute : puisque indirectement j'étais de moitié dans la faute, je partagerai la punition, je t'aiderai à faire tes pensums.

— Toutes les fois que j'en aurai? dit Bleuet enchanté.

— Oui.

t'é SCÈNES DE LA YIE DE JEUNESSE.

— Alors j'en aurai tous les jours, s'écria l'écolier, qui dévoila ainsi le secret de sa flamme.

A compter de ce jour, Bleuet devint le commensal de la belle malade, à qui ses espiègleries faisaient oublier son triste état. Tous les jours, au retour de la pension, il montait chez elle et y restait jusqu'à minuit. Du reste, tout ce temps n'éiait pas entièrement consacré à la passion, et mademoiselle B... ne voulut pas que Vamour fît oublier la grammaire à Bleuet. Elle lui servait d'institutrice, et elle avait autant à se louer de Vé\è\e que de V amant, qui, lorsque vint la distribution des prix, apporta trois couronnes aux pieds de sa belle maîtresse.

Nous insistons sur ces mots, parce que nous savons quelle valeur ils auront auprès des lecteurs. Et d'ailleurs. Bleuet était très-amoureux de mademoiselle B..., assez amoureux pour prendre au sérieux les enfantillages de cette belle personne ennuyée, et distinguant parfaitement les caresses qu'il recevait d'elle d'avec les caresses de sa mère. Enfin, notre héros était en proie à une grande passion en miniature. De son coté, celle qui en était l'objet avait accepté le rôle de bien-aimée, et le jouait avec le plus grand sérieux du monde, mettant même une pointe de naturel dans quelques détails, comnde si elle voulait se faire illusion à elle-même.

D'ailleurs, les yeux qui la trouvent belle et la voix qui le lui dit seront toujours écoutés par une femme, ne fussent que les yeux et la voix d'un enfant. Les femmes ont toujours besoin d'entendre le mot : Je vous aime; et, qiifel qu'il

Soit, elles savent gré à celui qui le leur dit, surtout s'il est le premier et s'il est le seul.

Les deux amants étaient donc Ircs-heureux et avaient grand soin de se brouiller une fois par semaine, afin de se ménager les douceurs du raccommodement; les brouilles, du reste, n'étaient pas de longue durée, et chacun de son côté y mettait du sien pour les faire cesser, mademoiselloB... à cause de l'ennui, Bleu^^t à cause des pensums en retard, tons deux à cause d'eux, car l'égoïsme est le prénom de l'amour.

Tout fut complet dans cotte passion : Bleuet eut un rival et faillit avoir un duel. Ce rival était delà grande et terrible famille des cousins, et comme tous les cousins sont des amoureux donnés par la nature, le beau Léon s'en vint soupirer près de sa cousine, qui le laissa faire, pour donner delà jalousie à l'autre et rire un peu.

Quand l'écolier trouva le beau Léon aux pieds de mademoiselle R..., il se frotta les yeux avant de croire à une pareille perfidie. Comment, le matin, sa maîtresse l'avait embrass'.'^sur le front et l'avait appelé son cher Bleuet^ et pendant qu'il s'arrachait l'esprit aux épines de la déclinaison rosa, elle se laissait embrasser les mains par un autre homme !

Hélas ! oui, moucher enfant, per^cfe comme V oncle ^ Shakspeare vous le dira plus tard.

En voyant l'écolier, le cousin s'écria :

— Ah ! ah ! voici le petit Bleuet, dont vous m'avez parlé; il est gentil.

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Au prix d'un mois de retenue, Bleuet auraitvoulu avoir vingt ans poursouffl icr cenionsieur qui, non contentde lui prendre ?a place, se permettait encore l'air insolent; il n'avait que dix ans, et à défaut d'une épée il aflBla une épigramme.

— Si vous m'appelez encore Bleuet, je vous appelle Boussof, vous, dit-il, en désignant la flambantechevelure du cousin qui sortit en riant quoique piqué au fond.

Après son départ il y eut une scène. Bleuet fut superbe. Il voulait rompre, je ne sais pas même s'il ne parla pas de se tuer. Mademoiselle B... lui jura qu'elle n'aimait que lui ; cela ne satisfit Bleuet qu'à demi. Le lendemain, il feignit une indisposition pour ne pas aller à sa pension; dès le matin, il était chez sa maîtresse, qu'il ne quitta pas de la journée; le jour suivant, sa mère le força à aller à sa classe. Ce jour-là fut un jour terrible, et le vénérable M. Cortier, dont il a été parlé, a dû en garder le souvenir. Jamais de mémoire scolaire il n'avait vu pareille insubordination.

Le soir Bleuet, en arrivant, courut chez mademoiselle B... il la trouva seule. Mais avant tout, il regarda s'il n'y avait point traces de cousin. — Aucune.

— Hélas I malheureux Bleuet, comme on vous trompait I Le beau Léon était venu, et il avait profité de votre absence pour embrasser sa cousine; car ça embrasse beaucoup, le cousin.

Le lendemain était précisément la fête de mademoiselle B.... Bleuet s'en souvenait à temps, et songea à la lui souhaiter dignement. En arrivant à la classe, il s'arrangea de façon

à se faire mettre au cachot et y passa sa journée à composer une pièce de vers, et quels vers, {îrand Dieu I Mais au moment où il achevait une belle copie de son œuvre, arrive le terrible ^I. Gorticr, qui fourre le poëme dans sa poche et annonce au poëte qu'il ne lèvera son écrou qu'après la récitation, sans faute, de l'histoire des dix premiers rois de la seconde race.

Cependant l'amour fit faire un miracle à Bleuet; il ne recula point devant cette énorme dose de Carlovingiens, et deux heures après, il savait sa leçon par cœur. — Quel funeste abus de la mémoire !

Il fut mis en liberté, mais il était huit heures du soir, mais il n'avait plus son poëme. Mais quand il arriva chez lui, ou plutôt chez sa maîtresse, il apprit par la gouvernante que mademoiselle B..., avec la permission du médecin et pour essayer ses forces, était sortie en voiture.

— Seule ? demanda Bleuet.

— Non, avec son cousin, qui était venu lui souhaiter sa fête. Et la gouvernante fit voir à Bleuet un bel oranger qui était dans le salon.

— C'est bien, dit l'écolier.

Il remonta chez lui, et redescendit un instant après avec une petite boîte qu'il plaça lui-même sur la table de mademoiselle B...

Celle-ci l'ouvrit en rentrant, et y trouva toutes sortes de hochets amoureux donnés par elle à l'écolier dans le beau temps de leur passion.

— Voici le petit Bleuet qui me rend ma foi, dit-elle en

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riant à son cousin en lui tendant la main. Il m'a bien amusée, ce petit garçon, ajouta-t-elle.

Ici se terminent les premières amours du jeune Bleuet, si indignement trompé par mademoiselle B..., qui, lorsqu'elle fut guérie, épousa son cousin. Aujourd'hui, la première idole de l'écolier est une splendide étoile de beauté, et lorsque Bleuet la rencontre, il ne rentre jamais chez lui sans regarder, en rêvant, un pensum ennèremenl écrit de la main de mademoiselle B..., il y a quinze ans. Mon Dieu! oui, madame, — Déjà quinze ans.

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