‹ Scènes de la vie de théâtre (volume 2)Chapitre 2 sur 56 · I. — PROLOGUE · texte numérisé non relu

I. — PROLOGUE

Le cabinet du directeur. — Ameublement sévère* — Sur la pendule, un bronze quelconque, Homère ou Sapho, avec cette inscription : « Offert par les artistes du théâtre de Château- Landon à leur ancien directeur et ami J, Boulingrin. » — Coffre-fort imposant. — Bureau immense. — Le fauteuil du directeur est placé dans l'ombre, celui des visiteurs est en pleine lumière. — Sur un guéridon, une pile de journaux avec leurs bandes non décachetées, pour montrer qu'on dédaigne les critiques. — Çà et là quelques manuscrits non déroulés, pour éloigner les jeunes auteurs.

BOULINGRIN, directeui du Théâtre International

a SCÈNES DE LA VIE DE THÉÂTRE.

cinquante ans, l'air d'un homme désabusé, œil moi ne; ÉVARISTE, auteur dramatique; trente ans; a renoncé au grand art pour embrasser les affaires.

boulingrin. — Alors, combien serez- vous?

évariste. — Nous serons trois : Séricourt, Valfleury et moi.

boulingrin. — Et Trézard?

évariste. — Trézard n'en est pas.

boulingrin. — Ah! pardon ! Il faut qu'il en soit. C'est lui qui a eu l'idée.

évariste. — La belle affaire 1... Tout le monde Ta eue, lidéel On sait bien qu'il vous faut une revue.

boulingrin. — C'est possible, mais...

évariste. — Enfin, soit... Nous n'avons pas le temps de discuter. Je prends Trézard.

Ce n'est pas lui qui nous gênera... Pour ce qu'il fait!...

boulingrin. — A propos, vous avez un titre?

évariste. — Oui et non... Que diriez-vous de : Tout le monde sur le pont?

boulingrin. — Peuh!...

évariste. — Et: On rend l'argent?

boulingrin» — C'est bien vieux, ça !

évariste. — Aimeriez-vous mieux : Les Folies de Vannée ï

l'envers d'une revue.

boulingrin. — Trop simple.

évariste. — Ou encore : Je vas Vdire à ton père?

boulingrin. — Vous trouvez ça drôle, vous?

évariste, froissé. — Drôle... drôle... Ça dépend comme on le dit... Si vous le dites mal....

boulingrin. — Enfin» nous trouverons le titre plus tard. Combien avez-vous de tableaux?

évariste. — Tant qu'il vous en faudra.

Combien avez- vous de femmes?

boulingrin. — Vingt à vingt-cinq.

évariste. — Une goutte d'eau... Vous ne pouvez rien faire avec ça. Il vous en faut au moins soixante.

boulingrin. — Peste ! comme vousy allez !...

Soixante femmes ! . . .

évariste, riant. — Oh ! pour ce qu'elles vous coûtent!...

boulingrin. — Ce ne sont pas les appointements, parbleu! ce sont les costumes.

évariste. — Si vous avez déjà peur...

boulingrin. — Maisnon! Je n'ai pas peur...

je calcule; voilà tout.

évariste. — Et vous engagez Rosita?

boulingrin. — Mais Rosita demande trois cents francs par représentation...

évariste. — Eh bien! vous les lui donnerez.

boulingrin. — Jamais de la vie!

évariste. — Voyons, mon cher, ce n'est pas sérieux. Nous faisons une affaire ou nous ne la faisons pas. Si vous ne voulez rien risquer pour réussir...

boulingrin, avec amertume. — Hélas! j'ai déjà couru tant de risques! Quand m'apporterez-vous votre manuscrit?

évariste. — C'est aujourd'hui le dix... A la fin du mois.

boulingrin. — J'y compte... Mais venez me revoir. Nous causerons de tout cela.

évariste. — C'est convenu... A bientôt, (il va pour sortir.) Sérieusement, vous tenez à Trézard?

boulingrin. — Je vous l'ai dit : Je suis engagé.

évariste. — Pauvre ami !... Heureusement que vous allez gagner de l'argent avec nous.

boulingrin. — Je l'espère bien. (Évaiiste sort. — On frappe.) Entrez !

l'huissier. — Monsieur... c'est ce monsieur qui est déjà venu trois fois.

boulingrin. — Dites-lui d'attendre.

l'envers d'une revue.

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