II. — SUITE DU PRÉCÉDENT
Un mois plus tard. — Même décor. — Sur la cheminée deux ou trois feuilles de papier timbré. — Quelques cheveux blancs déplus sur la tète du directeur.
BOULINGRIN, déjà présenté.
ÉVARISTE, déjà présenté.
SÉRI COURT, auteur dramatique, soixante-treize ans ; a débuté en 182a; membre fondateur de la Société chantante des Enfants de Momus; le nombre de ses œuvres a servi de base à diverses statistiques; quelques savants ont calculé que les. lignes qu'il a écrites, mises bout à bout, iraient de Paris à San-Francisco ; d'autres, que le poids du papier qu'il a noirci représente deux fois et demi ce que pèserait l'obélisque s'il était en plomb.
VALFLEURY , auteur dramatique, quarante ans, ne cultive l'art que pour pouvoir encourager les artistes.
TRÉZARD, associé d'auteur dramatique, n'a pas d'âge, sait lire, écrire et signer.
boulingrin. — ... Voyons, récapitulons les tableaux. Vous avez?
évariste. — Le Laboratoire, les Entrailles de la terre, l'Institut...
boulingrin. — L'Institut vu de l'extérieur?
évariste. — Mais non! la salle des séances...
vous savez bien? c'est l'entrée de Galuchet au milieu de cette réception..,
boulingrin. — Qu'il entre autrement î Je ne vais pas faire un décor de cinq mille francs pour une scène qui dure trois minutes.
évariste. — Par exemple !
valfleury. — Dites tout de suite que vous ne voulez pas jouer la pièce.
boulingrin. — Comment!...
séricourt. — Vous coupez le tableau principal !
trézard. — C'est insensé!...
boulingrin. — Voyons, messieurs...
évariste. — Vous l'aviez trouvé charmant, ce tableau-là !
boulingrin. — Permettez...
évariste. — Vous avez ri...
boulingrin. — C'est possible.
évariste. — Il ne fallait pas rire, alors!
boulingrin. — Écoutez-moi donc, sapristi!
Je ne vous demande pas de couper la scène; je vous dis qu'on pourrait l'arranger autrement. Si Galuchet arrivait devant l'Institut...
TOUS, ensemble. — Oh!
boulingrin. — Eh bien, quoi?
évariste. — Vous n'y pensez pas...
séricourt. — Comment voulez- vous...
l'envers d'une revue.
trézard. — C'est insensé!...
boulingrin. — Bon ! bon! ne nous mangeons pas! Vous voulez votre intérieur? Vous aurez votre intérieur. N'en parlons plus. Quels sont les autres tableaux?
évariste. — Il y a l'Exposition maritime et fluviale, avec les inventions de l'année.
boulingrin. — Ah! oui... toutes les industries représentées par des femmes... C'est une bonne idée.
séricourt. — Excellente ! J'en ai fait l'épreuve pour Ja première fois lorsqu'on a inventé le moule à café... (Se tournant Yers Érariste.) Vous n'étiez pas encore né, vous.
évariste. — Heureusement!
séricourt. — C'était la petite Théodorine qui jouait ce rôle-là... Elle chantait :
Je suis le nouveau moule, Accourez tous en foule...
Ça faisait un effet extraordinaire.
valfleury. — Ça en ferait encore* boulingrin. — Et qu'est-ce que nous avons
après l'Exposition maritime?
évariste. — L'Exposition de géographie...
Toutes les femmes réunies dans un congrès
pacifique.
boulingrin. — Un congrès ? J'aimerais mieux un banquet.
séricourt, à Évariste. — Il a raison. Je. me souviens qu'en 1848...
boulingrin. — On pourrait placer un peu de danse après le banquet pour finir gaiement; nous intitulerions ça le quadrille des Nations.
valfleury. — Oui... ce serait assez gai.
boulingrin. — Voilà un tableau. Qu'avezvous encore?
évariste. — La scène du verglas... Toutes ces dames tomberont par terre. C'est un effet sûr.
boulingrin. — Mais vous avez déjà cet effet là dans le tableau du Skating-Rink ! .
évariste. — Ça ne fait rien... Elles tomberont d'une autre manière. Pourvu que le public s'amuse.. •
séricourt. — On verra l'effet à la lecture.
valfleury. — C'est toujours pour lundi?
boulingrin. — Oui... Ainsi, soyez exacts, n'est-ce pas?
trézard, gravement. — Sois tranquille...
Je vais les faire travailler.
■mp
l'envers d'une revue.