‹ Scènes de la vie de théâtre (volume 2)Chapitre 24 sur 56 · COMMENT ON COLLABORE · texte numérisé non relu

COMMENT ON COLLABORE

évariste, avec humeur. — Oh! voyons!...

mon petit!

valfleury. — Ça ne va donc pas?

évariste. — Si! mais j'en suis toujours à la grande scène du deuxième acte.

valfleury. — Je te l'ai bien dit : tu n'en sortiras pas.

évariste. — Allons donc !

valfleury. — Je te défie d'en sortir. C'est une scène très dure... Cette femme qui vient réclamer son amant à la jeune fille qu'il vient d'épouser...

évariste. — C'est en situation. Écoute :

(Lisant.) « Vous dites que vous l'aimez, qu'il vous aime!... Enfant! savez- vous ce que c'est que l'amour? Connaissez- vous ce sentitiment divin... »

valfleury. — Je n'aime pas beaucoup « divin ».

évariste. -- Veux- tu « ardent »?

valfleury. — Si tu n'as rien de mieux...

évariste. — Rien de mieux... rien de mieux... Trouve autre chose, alors!

valfleury. — Je n'ai pas à trouver, moi !

Ce n'ai pas moi qui ai fait la phrase.

évariste. — iEn attendant, si tu me laissais lire?...

valfleury. — Vas -y!

COMMENT ON COLLABORE. Io5

évariste, reprenant. — c Connaissez- vous ce sentiment ardent qui élève nos âmes jusqu'au ciel... » (S'arrêtant.) Voilà pourquoi j'avais mis « divin ».

valfleury. — Oui... oui... continue.

évariste. — « Et qui nous fait goûter les joies réservées à ses élus... »

valfleury. — Aux élus de qui?

évariste. — Aux élus du ciel, parbleu ! Il me semble qu'on ne peut pas s'y tromper!

valfleury. — Oh! je veux bien, moi!

évariste. — c Avez- vous jamais tressailli sous les baisers ardents... » Non! « ardents • ne va plus... Voilà ce que c'est! Tu m'as fait changer...

valfleury. — Eh bien, mets « brûlants »!

évariste. — Brûlants... ardents... c'est la même chose.

valfleury. — Alors, . mets « glacés » I Des baisers glacés... C'est bon, ça !

évariste. — Oui... au kirsch.

valfleury. — Enfin...

évariste. — Enfin, si tu m'interromps à chaque mot, nous n'arriverons jamais au bout de la scène... Nous ne nous occupons pas du style, nous cherchons le mouvement.

valfleury. — Je ne dis plus rien.

évariste. — « Avez- vous jamais tressailli

lo6 SCÈNES ©E Ï.A. TTE DE THÉÂTRE.

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sous les baisers de l'homme qui vous tenait enlacée? avez- vous frissonné au contact de cette main qui pressait la vôtre ? avez- vous senti cette haleine brûlante... » Tu vois bien! « cette haleine brûlante qui vous enveloppait comme un voile et toi» illuminait comme un rayon... »

VALFLEURY. Hum !

évariste. — Qu'*st-ce que tuxlis?

VALFLEURY. — Va tOUJOOTS.

évariste. — * .,. tœmmeun rayon?... Vous vous taisez?... Ahl vous avez compris ! Entre la maîtresse et Tépouse il n'y a de place que pour un seul sentiment, «t c'est vous qui me faites pitié ! »

valfleury. — Ce£t la scène de Paul Forestier entre Léa et Camille?... ,

évariste. — Oui, mais plus forte... Augier a esquivé la situation.

valfleury. — Comment?

évariste. — La scène n'aboutit pas. Léa exhale sa colère inutilement; quand elle atout dit, elle «'arrête.

valfleury, — Eh bien?

évariste. — £h%ien, je vins plus loin, moi !

Ma maîtresse dit â la femme mariée : « Vous n'avez pas le droit de garder mon amant, je le reprends et je J'*inpoî$e ! <•

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