LES FOLLES DANSEUSES
— Liaa ! Lina ! veux-tu descendre?
Un long bâillement se fait entendre dans la soupente. Un bras sort du lit, s'allonge, puis retombe lourdement.
Madame Chenu, debout au bas de l'échelle, frappe plusieurs fois sur le bois de lit avec son manche à balai.
— Voyons, Lina!... Il est six heures...
Lina ! !
Cette fois, Evelina a entendu. Elle enfile un jupon et une camisole, elle dégringole l'échelle, et la voilà debout au milieu de la loge; elle est encore toute fardée de la veille et, en se frottant les yeux, elle étale le noir resté sur ses sourcils.
— Eh bien, t'es propre! s'écrie madame Chenu... Je te demande un peu si tu n'aurais pas pu défaire ta figure hier au soir...
— Je n'avais plus de cold-cream...
Madame Chenu bondit :
— Tu n'avais plus de cold-cream ! Je t'en ai acheté une once avant-hier... Qu'est-ce que t'en fais, alors? tu le manges?
— Marie Bourgard n'en avait pas... Je lui en ai prêté.
— C'est ça î il faut que j'en ragète, moi ! Tu ne pouvais pas lui prêter ta chemise aussi, pendant que tu y étais ?
— Elle m'a bfen donné de son savon...
— Pour ce qu'il lui coûte, son savon!... ses parents en vendent.
— Enfin, je...
— Enfin, tu te feras toujours gruger, voilà ce qu'il y a de sûr!
— Mais, maman...
— Allons, pas d'histoires!... A l'ouvrage et plus vite que ça !
Évelina sort de la loge en traînant le balai que sa mère lui a mis dans les mains. Elle balaye la cour, puis elle va à la pompe, tire deux seaux d'eau, les verse dans la fontaine et aide madame Chenu à faire les escaliers.
Pendant ce temps, M. Chenu s'est levé. Il est sorti pour aller chercher le lait et a pris son verre de vin blanc avec l'épicier du coin. Il revient, il allume le feu, il fait chauffer, le