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SUR LA SCÈNE, AVANT LE LEVER DU RIDEAU

Fragments de dialogues.

— Vous avez sonné, Lucien?

— Allons! les chœurs... placez-vous !

— ... Oui, la salle se garnit.

— Je ne vois pas Sarcey.

— Vous ne pouvez pas le voir... il lit un journal.

— Le Phylloxéra!... approchez!

— Faites donc attention ! vous marchez sur ma robe !

— ... La pièce eut un succès énorme,et comme

j'avais dîné la veille chez un de mes amis avec le célèbre critique Duvicquet...

-rr Où donc ?

^ Dans l'a vant-scène... des diamants gros comme des noisettes !

— Voyons, toi !... veux-tu ramasser ta corbeille?

— Silence, les insectes !

— Quatre mille cinq cents au bureau...

— Ah! ma chère., tu ne te figures pas comme il est jaloux !

— ...Au premier rang, Entre Fournier et Vitu.

— Répondez que je suis avec le Prince.

— Suis-je belle, hein?

— ,,, Non! vois-tu.., c'est indigne! Je le jouerai ton Dégel, mais c'est indigne! indigne I

— Eh bien, monsieur Trézard... vous êtes ému?

— Moi, sa maîtresse! ! ! Il en a menti!

— Mademoiselle Gilberte I cinq francs d'amende !

— Flûte I

— ...Et on finissait sur l'air de : Oui, je l'ai vue...

Oui, je l'ai vue, Cette revue...

— Le diras-tu bien, cette fois ?

l'envers d'une revue. 4i

— Oh! oui, va! « Chaste !... je suis chaste... »

— Allons! place au théâtre !... Vous êtes là, Crochard ?

— Oui, monsieur.

— Frappez !

On frappe les trois coups. L'orchestre joue l'ouverture. Tout le monde se range sur la scène et l'on n'entend plus que de faibles chuchotements entremêlés de soupirs.

— Au rideau !

La toile se lève.

A MONSIEUR ALFRED LAMBERTIN, conseiller de préfecture

à Montbrison.

Mon cher ami,

Tu me grondes de ne pas avoir répondu à tes dernières lettres et tu me traites de paresseux... Paresseux! Le reproche, venant d'un ancien Parisien comme toi, est bien fait pour m'étonner; tes deux ans de province n'ont pas pu te changer au point de te laisser croire sérieusement qu'un homme vivant à Paris ressemble à un oisif de Montbrison, et je ne devrais pas avoir besoin d'énumérer les diverses occupations que me crée mon existence a d'homme inoccupé ». Mais j'ai une autre, excuse à te donner, une excuse à laquelle tu

ne t'attends pas du tout et qui va te stupéfier en te désarmant.

Je suis en train de faire une tragédie...

Le coup est rude, n'est-ce pas? et tu te demandes si tu dois rire ou pleurer? Tu peux rire : c'est ce que beaucoup de nos amis ont fait, et il s'est trouvé nombre de gens pour me démontrer que mon entreprise était absurde. Mais que veux- tu? Je suis l'homme de toutes les audaces, et celle-ci m'a particulièrement tenté. Je crois sincèrement que la poésie n'est pas morte et que nous traversons une crise littéraire au bout de laquelle j'entrevois un nouveau i83o. Il ne me déplairait pas d'être l'Alfred de Vigny de cette renaissance classique.

Tu as vu que, grâce aux mardis du Théâtre- Français, Corneille et Racine sont devenus à la mode ; le Misanthrope fait sept mille francs de recette, et le succès de la Fille de Roland prouve surabondamment que l'alexandrin n'est pas mort avec Casimir Delavigne. Pourquoi ne profiterais-je pas, à mon tour, des bonnes dispositions du public? Il me semble que M. Perrin serait enchanté d'être agréable â un homme du monde qui ne demande qu'à faire oeuvre d'écrivain.

Mais je t'ai assez expliqué mon projet; un

autre jour, j'espère l'apprendre qu'il a réussi, en te conviant à une première qui fera du bruit, je te jure. Ah! si je pouvais déjà en être là!

En attendant, je me dis toujours et de tout cœur

Ton vieil ami,

GASTON DE RIVESALTES.

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