II. — SUITE DU PRECEDENT
Un mois plus tard. — Même décor. — Sur la cheminée deux ou trois feuilles de papier timbré. — Quelques cheveux blancs déplus sur la tète du directeur.
BOULINGRIN, déjà présenté.
ÉVARISTE, déjà présenté.
SÉRICOURT , auteur dramatique, soixante-treize ans ; a débuté en 1822; membre fondateur de la Société chantante des Enfants de Moynus; le nombre de ses œuvres a servi de base à diverses statistiques; quelques savants ont calculé que les lignes qu'il a écrites, mises bout à bout, iraient de Paris à San-Francisco; d'autres, que le poids du papier qu'il a noirci représente deux fois et demi ce que pèserait l'obélisque s'il était en plomb.
VALFLEURY , auteur dramatique, quarante ans, ne cultive l'art que pour pouvoir encourager les artistes.
TRÉZARD, associé d'auteur dramatique, n'a pas d'âge, sait lire, écrire et signer.
BOULINGRIN. — ... Voyons, récapitulons les tableaux. Vous avez?
ÉvARisTE. — Le Laboratoire, les Entrailles de la terre, l'Institut...
BOULINGRIN. — L'Iustitut VU de l'extérieur?
ÉVARISTE. — Mais non! la salle des séances...
b SCENES DE LA VIE DE THEATRE.
VOUS savez bien? c'est l'entrée de Galuchet au milieu de cette réception...
BOULINGRIN. — Qu'il entre autrement! Je ne vais pas faire un décor de cinq mille francs pour une scène qui dure trois minutes.
ÉVARiSTE. — Par exemple !
VALFLEURY. — Dites tout de suite que vous ne voulez pas jouer la pièce.
BOULINGRIN. — Comment!...
sÉRicouRT. — Vous coupez le tableau principal !
TRÉZARD. — C'est insensé!...
BOULINGRIN. — Vojons, messicurs...
ÉVARISTE. — Vous l'avicz trouvé charmant, ce tableau-là !
BOULINGRIN. — Permettez...
ÉVARISTE. — Vous avez ri...
BOULINGRIN. — C'cst pOSSiblc. *
ÉVARISTE. — Il ne fallait pas rire, alors!
BOULINGRIN. — Écoutez-moi donc, sapristi! Je ne vous demande pas de couper la scène; je vous dis qu'on pourrait l'arranger autrement. Si Galuchet arrivait devant l'Institut...
TOUS, ensemble. — Oh!
BOULINGRIN. — Eh bien, quoi?
ÉVARISTE. — Vous n'y peuscz pas...
SÉRICOURT. — Comment voulez- vous...
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TRÉzARD. — C'est insensé!...
BOULINGRIN. — BoH ! bon! ne nous mangeons pas ! Vous voulez votre intérieur ? Vous aurez votre intérieur. N'en parlons plus. Quels sont les autres tableaux?
ÉVARisTE. — Il y a l'Exposition maritime et fluviale, avec les inventions de l'année.
BOULINGRIN. — Ahloui... toutes les industries représentées par des femmes... C'est une bonne idée.
sÉRicouRT. — Excellente ! J'en ai fait l'épreuve pour la première fois lorsqu'on a inventé le moule à café... (Se tournant vers Évariste.) Vous n'étiez pas encore né, vous.
ÉVARISTE. — Heureusement !
SÉRICOURT. — C'était la petite Tkéodorine qui jouait ce rôle-là... Elle chantait :
Je suis le nouveau moule, Accourez tous en foule...
Ça faisait un efiet extraordinaire.
VALFLEURY. — Ça en ferait encore.
BOULINGRIN. — Et qu'cst-ce que nous avons après l'Exposition maritime?
ÉVARISTE. — L'Exposition de géographie... Toutes les femmes réunies dans un congrès pacifique.
BOULINGRIN. — Un coiîgrès ? J'aimerais mieux un banquet.
sÉRicouRT, à Évariste. — Il a raison. Je me souviens qu'en 1848...
BOULINGRIN. — On pourrait placer un peu de danse après le banquet pour finir gaiement; nous intitulerions ça le quadrille des Nations.
VALFLEURY. — Oui... ce serait assez gai.
BOULINGRIN. — Voilà uu tableau. Qu'avezvous encore^
ÉVARISTE. — La scène du verglas... Toutes ces dames tomberont par terre. C'est un effet sûr.
BOULINGRIN. — Mais vous avez déjà cet effet là dans le tableau du Skating-Rink !
ÉVARISTE. — Ça ne fait rien... Elles tomberont d'une autre manière. Pourvu que le public s'amuse...
SÉRICOURT. — On verra l'effet à la lecture.
VALFLEURY. — C'est toujours pour lundi?
BOULINGRIN. — Oui... Aiusi, soyez exacts, n'est-ce pas?
TRÉZARD, gravement. — Sois tranquille...
Je vais les faire travailler.
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