DES FORÇATS DE L'HONNEUR
C'était à une répétition de la pièce nouvelle qui devait passer œ incessamment » au Théâtre-Populaire. Les auteurs, Robinet et Cerneuil, étaient à l'avant-scène, et Stéphane venait de dire pour la cinquième fois : « Ah! madame... fasse le ciel que je n'arrive pas trop tard ! » lorsque Robinet le pria de recommencer cette phrase.
C'est à ce moment que Saint-Phar haussa les épaules...
Il faut vous dire qu'il y avait un froid entre Saint-Phar, l'inteHigent directeur du Théâtre- Populaire, et ceux qu'on appelait « les heureux
auteurs du Comte Edouard ». Après le vif succès de ce drame à la Renaissance- Historique, Saint-Phar avait demandé une pièce aux heureux auteurs. Ceux-ci la lui avaient promise; ils avaient justement une idée admirable... et quel titre ! La Ceinture de fer, cinq actes et huit tableaux, avec un rôle magnifique pour Stéphane; c'était deux cents représentations assurées; avant quinze jours ils auraient livré le manuscrit, etc.. Et, six mois après cette promesse, on n'avait pas encore lu les deux derniers actes de la Ceinture de fer, tandis que les trois premiers, sans cesse remportés et rapportés pour les changements faits en scène, surexcitaient depuis plusieurs semaines les nerfs des auteurs, des acteurs et du directeur. Le directeur avait pris le parti k de ne plus rien dire ». Il restait à sa place, immobile et muet, se contentant de mordiller le bout de ses doigts et de tenir ses yeux fixés sur les toiles du haut, lorsque Robinet se levait pour faire une nouvelle observation.
Voilà où en étaient les choses, lorsque le directeur du Théâtre-Populaire se laissa aller au susdit mouvement d'épaules.
Robinet l'avait vu. 11 se tourna vivement vers lui:
- Vous dites, monsieur?