LA REPRISE DES FORÇ A TS D E L'HOS' \E UR
Il y eut un silence. Saint-Phar, impassible, regardait le plafond. Robinet reprit d'une voix étranglée par l'émotion :
— Vous m'avez parlé, je crois?
Saint-Phar, au temps où il était acteur, avait
joué les rôles de dignité. Il excellait dans l'art de se contenir; et c'est avec le plus grand calme, d'un air souverainement poli et froid, qu'il répondit :
— Nullement, monsieur... nullement.
Robinet, lui, n'était pas calme. Il répliqua :
— C'est qu'il m'avait semblé...
■ — Quoi, monsieur?
— Que vous haussiez les épaules.
Un imperceptible sourire éclaira les lèvres de Saint-Phar.
Robinet n'y tint plus :
— Et je n'aime pas cela, entendez-vous! Cerneuil s'était levé. Il avait compris que le
moment était venu de soutenir son collaborateur.
— Nous n'aimons pas cela, ajouta-t-il... et nous ne le souffrirons pas !
Saint-Phar se leva à son tour :
— Pardon, messieurs, fit-il sans se départir de sa dignité, je vous ferai observer que vous êtes ici sur mon théâtre et que, sauf moi, personne n'a le droit d'y élever ia voix.
— Allons doncl
— Je dis : personne!
Et sur ce mot : personne, accentué nettement, Saint-Phar regarda les auteurs de la Ceinture de fer avec un air de suprême autorité.
Robinet éclata le premier :
— Ah! c'est ainsi que vous le prenez? Eh bien, restez-y sur votre théâtre ! nous n'y mettrons plus les pieds.
— Ah ! mais non, par exemple !
— Dirigez-le comme vous pourrez...
— Ce n'est pas nous qui vous y aiderons ! Saint-Phar sourit de nouveau et murmura :
— Je l'espère bien !
Robinet bondit :
— Qu'est-ce que vous espérez?
— Que vous ne m'aiderez pas à me ruiner.
— Nous?
— Oui... vous!
— Et comment cela, s'il vous plaît?
— En m'apportant des pièces comme celles que vous faites.
Saint-Phar, si calme d'abord, commençait à s'échauffer. 11 continua :
— Des pièces qu'on répète pendant un an sans pouvoir en sortir.