‹ Scènes de la vie des États-UnisChapitre 7 sur 8 · UNE · texte numérisé non relu

UNE

Comment un perroquet troubla par ses discours le bonheur de la belle Anita.

« Miss Anlta, je vous aime.

— Aimez-moi.

— Anita, vous êtes belle comme le soleil, la lune et les étoiles ; vos yeux sont profonds comme la mer et bleus comme le ciel ; votre front est blanc comme rivoire le plus pur.

— On me Ta dit en vers et en prose.

— Je vous prends pour femme ; prenez-moi pour mari.

— Oui, rien n^est plus simple. Vous m'épousez, je vous épouse, et votre martyre est terminé. En vérité, mon cher Mayoribanks, vous êtes d'une fa-

tuité incroyable. Quoi ! vous me trouvez belle, vous me le dites, vous jurez de m'aimer toujours, et me voilà conquise; ou, si je demande quelque répit, vous criez à l'ingratitude. Non, non, mon cœur vaut bien qu'on l'assiège. Qu'avez-vous fait pour que je croie votre amour étemel ?

— Anita, je vous aime depuis deux ans.

— Quoi! deux ans entiers! Rare constance et qui mérite d'être louée dans les siècles à venir ! On lira sur votre tombe cette glorieuse épitaphe : « Ci-gît « James Mayoribanks, le modèle des amants! Il c aima pendant deux ans la même femme , et n^ « cessa de l'aimer qu'après l'avoir épousée. »

— Anita, que faut-il que je fasse ?

—Aimez-moi cinq ousix ans encore, mon cher James, et revenez me demander ma main.... Ce jourlà, je vous promets d'y réfléchir sérieusement. J'ai dix-huit ans ; on dit que je suis belle, mon père est le premier distillateur de whiskey du Maryland et n'a pas d'autre volonté que la mienne ; mes concitoyens (parmi lesquels vous êtes) me font l'honneur de trouver mes caprices adorables ; mes concitoyennes me déchirent à bellesdents: vais-je échanger une position si belle contre un mari impérieux, ou jaloux, ou froid, ou ennuyeux, qui me gardera pour lui seul, qui surveillera ma conduite, qui suivra tous mes pas, qui m'embarrassera d'un ménage, d'une famille, qui me parlera de ses affaires, de ses

Spéculations sur les grains ou sur les cotons, qui me prêchera Téconomie, qui me rompra la tête avec la politique, les élections, les journaux, et tout cet amas de graves niaiseries que les hommes ont inventées pour tuer le temps? Non, mon cher James ; je vous aime et vous estime infiniment, mais je ne m'exposerai à tous ces ennuis pour personne. »

Mayoribanks frappa de sa cannelé tronc d'un sassafras.

« Ainsi , dit-il en se levant, vous êtes inflexible ?

— Comme la justice divine, répondit Anila en *riant.

— Je n'ai donc qu'à me poignarder! Adieu, Anita.

— Où courez-vous avec cet air tragique ?

— Anita, ne vous jouez pas de moi , je vous en supplie. Vous me connaissez. S'il arrive quelque malheur, n'accusez que vous-même.

— Comme il dit bien cela, le tigre ! Vous feriez pâlir Macready dans le rôle d'Otello. Venez ici, jaguar indompté, asseyez-vous. Vous m'aimez ?

— Plus que la vie !

—.Bien. Vous êtes prêt à mourir pour mon sei^ vice ?

— A l'instant même.

— Et à tuer aussi, je pense?

— A tuer?... Je ne comprends pas cette plaisanterie, dit Mayoribanks.

— Bon ! il hésite déjà ! Mon cher James, j'ai fait

iV4 UNS FANTAISIE AMSRIGAINE.

yœu de n*aiiner que rhomme qui m'aime assez pour tuer mes ennemis. Je suis sanguinaire, moil

— Qui dois-je tuer î

— Très-bien; Maoready ne répliquerait pas mieux. Quelle férocité dans vos yeux gris, dans vos narines ouvertes » dans vos dents blanches et aiguds ! Ahl mon cher James, si jamais je tous épouse^ à quoi serai-je exposée !

— Le nom de YOtre ennemi, Anita 1

— Vraiment^ vous êtes prêt à le tuer sur Theure, sans miséricorde, avec un vrai poignard ? James précieux, si vous le faites^ je suis à tous ^ je le jure !

— Je le tueraii Anita y mais loyalement. Nous nous battrons à coups de poignard comme deux braves gentlemen^ et je le tuerai pour Tamour de vous.

— Vous le jurez sur votre foi de gentleman» sur votre honneur?

— Sur mon honneur et ma foi| je le jure ! »

Anita éclata de rire«

« mon ami, dit-elle, c'est ainsi qu'il faut aimer. Votre dévouement me ravit* Il est ce qu'il doit être, moitié sublime et moitié idiot. Mais je neveux pas le mettre à une trop rude épreuve. James , je suis la plus malheureuse des femmes si vous ne me donnez pas un perroquet bfanc.

— Un perroquet blanc! dit Mayoribank» étonné.

— Vous délibérez, je crois ?

— Pardon, miss Anita; je vais réparer ma faute. Je cours au marché. Ce soir, vous aurez le plus beau perroquet blanc qui ail jamais paru à Baltimore.

— Au marché, monsieur! qui vous dit que je veuille des perroquets qu'on vend au marché? Je veux le perroquet blanc de miss Oecilia, la sœUr du colonel Persifer Antrobus. Au marché ! pour qui me prenez-vous? Suis-je femme à qui Ton offre un kakatoès de hasard? Non, celui de miss Anlrobus me plaît. Son plumage est d'une blancheur admirable ; sa voix est grave et nasillarde comme celle d'mi ministre presbytérien* C'est le perroquet qu'il me faut, et, si vous avez la cruauté de me le refuser, James, j'en mourrai de chagrin.

— Et si miss Anlrobus refuse de le vendre î dit Mayoribanks.

— En ce cas, monsieur, dit Anila en souriant, je suis votre servante ; ne revenez jamais. Sérieusement, James, n'êtes- vous pas honteux d'une pareille supposition? Quoi! vous m'offrez de tuer mes ennemis sans calculer ni le nombre ni le danger; et quand je vous demande de m'acheter un perroquet, le plus innocent des kakatoès, vous prévoyez qu'on refusera de le vendre ? Que serait-ce donc si je vous avais demandé, comme fil Oiiune au brave Amadis,

de conquérir la Chine et la Grande-Tartarie?

Avouez la vérilé, James : vous avez peur de déplaire à miss Gecilia.

— Pourquoi non? Miss Antrobus est ma cousine au sixième degré, et je respecte eu elle le sang de Gecilius Galvert, auteur commun de nos deux familles.

— Gecilius Galvert! qu'est-ce que cette parenté dont je n'avais jamais entendu parler ?

— Quoi ! ignorez-vous que Gecilius Galvert, baron catholique de Baltimore en Irlande, remonta le Pattawomeck et le Piscattaway jusqu'à la célèbre ville de Yoamaco; qu'il dina le 1" septembre 1632 avec l'illustre Patuxent, chef des Susquehannahs, d'un anas valisneria^ autrement dit d'un canard sauvage rôti, d'un raton laveur bouilli, d'un écureuil en daube et de plusieurs crabes accommodés à la sauce blanche? Ignorez-vous qu'assis à l'ombre d'un chêne et fumant avec Patuxent le calumet de paix, le noble lord jura qu'il y aurait alliance éternelle entre son peuple et les Susquehannahs ; qu'il reçut par lettre patente de Gharles I" la propriété du Maryland, à la condition d'apporter tous les ans à Windsor deux arcs d'Indiens, et que de cette patente date la fondation de cette colonie? Ignorezvous encore que miss Helena Galvert, petite-fille de Gecilius, fut enlevée le 15 juin 1740 et épousée le Jendemain par le colonel Marcus Sloane, que scal-

pèrent quinze ans plus tard les Onnontaguès du Canada ? Ignorez-vous que ma bisaïeule, miss Mary, fille d'Helena, épousa le 1'' décembre 1770 le Commodore Ralph Mayoribanks, qui battit les Anglais sur mer en tant de rencontres, et qui aurait planté le drapeau américain sur la Tour de Londres, si les dieux l'avaient permis? Ignorez*-vous enfin que miss Alice Sloane, sœur de ma bisaïeule, épousa le major Antrobus, de qui descendent miss Cecilia et le colonel Persifer ?

— Dq sorte, dit Anita, que le major Antrobus et le Commodore Mayoribanks ayant épousé deux descendantes de lord Baltimore, je n'aurai pas mon perroquet blanc! J'ai cru trouver en vous un ami, et je me vois sacrifier à une arrière-cousine dont le grand-père s'est fait scalper par les Onnontaguès!

— Anita , dit Mayoribanks d'un ton sérieux , vous aurez votre perroquet, je le jure. Youlezvous aussi que je vous apporte la tête du colonel Antrobus ?

— Que vous êtes bon, mon cher James! répondit la jeune fille d'une voix languissante; mais que

. pourrais-je en faire ? C'est le perroquet de miss Cecilia que je veux, et non la tête de Persifer. Mon bon James, je compte sur votre parole. Comptez sur la mienne. Si j'ai mon perroquet ce soir, demain je suis prête à vous épouser.

298 UNB FANTAISIE AMËRIGAINE.

A ces motSi Anita desceudit* avec une grâce négligente du hamac dans lequel elle était couchée, et découvrit aux yeux ravis de James la cheville la mieux faite et la plus jolie cpi'on pût voir^ Il baisa» comme un chevalier du moyen âge, lu main qu'elle lui tendaiti ef partit à la conquôte du perroquet.

Qj^Qi?

Comment James Mayoribanks vint heureusement à bout d'une négociation difficile.

James Mayoribanks élailj par sa naissance el son caractère^ l'un des plus nobles etifants de la vaillante Amérique. Il avait des ancêlres, chose rare aux États-Unis, et il en était fier; Je n'ose dire qu'il fût le plus savant ou le plus habile homme du Maryland; mais, pour franchir un fossé ou une haie, à pied ou à cheval, il était sans pareil; Il Usait peu, réfléchissait encore moins, aimait à boire, à chasser^ à se battre, à galoper* Orgueilleux jusqu'à la férocité, il ne ménagait ni sort argent, ni sa vie, ni la vie des autres hommes. La moindre contradiction le mettait en fureur, et ses querelles ne finissaient qu*à coups de poignard. Vingt-deux rencontres, dans lesquelles il avait tué ou blessé tous ses adversaires, le rendaient illustre et redoutable.

Baltimore, qui est la ville la plus turbulente du monde entier, sans en excepter New-York, le rccon^

naissait pour maître. A peine âgé de vingt-trois ans, il y régnait de fait et sans aucun titre légal. Sa volonté était plus respectée que la loi , ou plutôt c'était la loi même.

Ce gentleman ainsi fait, fort comme Hercule et brave comme un lion, deux fois millionnaire, et généreux comme un Bohême, mais plus féroce qu'un tigre d'Hyrcanie, s'avisa un jour d'aimer la belle Anita Bradley.

Miss Anita était la blonde fille de M. Nalhaniel Bradley, du Rhode-Island, ancien cabaretier, qui était devenu l'un des plus respectables, je veux dire l'un des plus riches citoyens du Maryland. Le malheur éternel des parvenus est d'exciter la haine de leurs anciens amis et le mépris des nouveaux. Anita, parfaitement belle, spirituelle et vaine, fut cruelle* ment blessée de voir que l'argent de son père et sa propre beauté ne pouvaient pas l'introduire dans la haute société de Baltimore: car le planteur vbginien qui vit du travail de ses nègres méprise le Yankee qui vit de sa propre industrie. Anita, fille d'un ca* baretier, eut beau donner des bals magnifiques; pas une des filles de l'aristocratie de Baltimore ne daigna danser dans la maison du vieux Bradley. Anita fut réduite (quelle humiliation!) à ne recevoir que des filles de marchands.

Heureusement, James Mayoribanks la vit et l'aima. . Aussitôt l'étoile d'Anita, un moment obscurcie, re-

parut plus brillante. Miss Bradley fut enviée de toutes les filles à marier de Baltimore. Quel homme, mieux que James, savait faire sa cour aux dames ? Un gentleman, dans un banquet, ayant refusé d'avouer qu'Anita était la plusbelle des femmes, fut saisi à bras tendus par le brave Mayoribanks, et jeté par la fenêtre. On le releva tout meurtri. Un autre, pour quelque sacrilège du même genre, fut forcé de se battre à coups de sabre et eut le crâne fendu. Un troisième, menacé d'un sort pareil, se hâta de s'excuser et de rétracter d'imprudentes paroles. C'est par ces foyeuseiés que James maintenait son empire et la gloire de la belle Anila.

Un nuage troublait encore le bonheur de miss Bradley: c'était la rivalité de missCeciliaAnlrobus, cousine de James. Cecilia était la plus adorable brune qu'on pût voir. Sa beauté était le moindre de ses charmes. Elle avait le chant du rossignol avec la souplesse du boa constrictor et la perfidie des panthères»

Le seul Mayoribanks, retenu dans les fers de miss Bradley, résista aux avances gracieuses de Cecilia. Malheureusement, Cecilia n'aimait que l'insensible James. Désir de femme est un feu qui dévore; miss Antrobus rêva jour et nuit de se venger de sa rivale. Toutes les perfidies qu'une civilisation raffinée permet aux femmes bien élevées furent mises en œuvre pour blesser la fille de l'ancien cabaretier.

Ceciliô, flère de son nom et du souvenir de lord Baltimore, fit exclure la pauvre Anita de toutes les réunions aristocratiques*

Miss Bradleyi de même que Galypso, était inconsolable. On se console de perdre son bien, son père, sa mère, son mari oii ses etifants^ mais on ne so console pas du dédain d'une rivale. Par malheur, l'injure n'était pas de celles qu'on venge à coups de poignard. James ^ tout^puissant qu'il était, ne pouvait rien contre cette conspiration féminine. Ânita, trop sage d'ailleurs pour ne pas voir le danger d'une confidence, cachait son désespoir à son amant.

Au reste, elle rendait coup pour coup et blessure pour blessure. Elle devina bieii vite le secret motif de la haine ^e Gecilia, et triompha de cette découverte» Mayoribanks, qu'elle aimait, fut victime de sa coquetterie. Traité tantôt comme un fiancé, tantôt comme un indifférent, il passait vingt fois en une journée de la joie d'être aimé au désespoir le plus profond. L'impatiente Gecilia souffrait cruellement de ne pouvoir détacher de sa rivale celui qu'elle aimait* Peu à peu, la haine croissant de part et d'autre^ les coups d'épingle devinrent des coups de poignard. Miss Antrobus, irritée de ne pouvoir pas enlever James à son ennemie, s'exerça pendant plusieurs semaines à faire répéter à son perroquet cette phrase fatale :

« Ya vendre du whiskey, Anita. »

Anita l'apprit, et jugea le moment venu de livrer une bataille décisive. Il fallait en môme temps s'ernparel* de cet odieux perroquet, et par un coup d'éclat brouiller irrévocablement James avec sa rivale. A ce prix, elle consentait à épouser son amant. On a vu dans le chapitre précédent comment elle l'avait envoyé à la bataille.

Mayoribanks partit aU pas de charge» Il entra chez miss Antrobus de l'air d'un conquérant à qui rien ne résiste, et baisa galamment la main de la belle Getiilia, qui se préparait à sortir.

Elle le fit asseoir, et s'assit elle-même à l'ombre d'un plaqueminier;

c Monsieur, dit-elle d'un air réservé, quel bon vent vous amène?

-" Le désir de vous voir, miss Gecilia, dit James. Jamais je ne vous vis si belle. »

Gecilia rougit légèrement et sourit- Cette rougeur et ce sourire signifiaient beaucoup de choses; mais James allait toujours droit devant lui comme un boulet de canon, et n'était pas homme à flirter en lemps prohibé.

« Persifer se plaint de ne plus vous voir, Repritelle.

-* G'est la faute de Persifer, dit-il. J'étais ce matin encore au club des Amis de la liberté.

— G'est une magnifique chose que d'aimer la liberté et d'aller au club de ceux qui l'aiment.

dit CeciKa ; mais passez-vous là toutes vos journées?

— Je monte à cheval, et je chasse quelquefois.

— Quoi n'aimez-vous que les chevaux et les chiens ? Le bruit court qu'on vous voit quelquefois dans une société moins sauvage, et que vous êtes fort au courant des prix du whiskey. »

Mayoribanks sentit le coup et voulut détourner la conversation. Justement le perroquet, perché à quelques pas de lui, le regardait d'un œil mélancolique.

« Yous avez là un bien beau perroquet, dit- il d'un air indifférent.

— C'est un citoyen du Brésil, unique dans son espèce. Regardez, je vous prie, ce plumage blanc qui jaunit sous les ailes, et cette huppe aux longues plumes effilées qu'il relève et jette en avant. C'est le plus beau des kakatoès. Il est doux, il est docile, if parle autant qu'on veut, pourvu qu'on lui donne à boire et à manger; il en remontrerait à tous les orateurs du Congrès.

— Combien vaut-il î

— Fi donc ! monsieur, laissez à la porte ces manières de parler que vous avez apprises chez les Yankees, et reprenez le langage et les manières d'un genlilhonmie et d'un descendant de lord Baltimore. Mon perroquet n'a pas de prix.

— Quoi ! si je vous offrais dix fois, vingt fois ce qu'il vous coûte ?

— Encore l décidément, mon cher cousin, il faut vous défier de la société des débitantes de whiskey. Mon perroquet n'est pas à vendre. C'est un présent qu'on m'a fait.

— - Eh bien I donnez-le-moi, miss Antrobus. Je le garderai en souvenir de vous. »

Ceciiia sourit.

« William, dit-elle en s'adressant au perroquet, approche ici, et dis-nous quelque chose pour témoigner à ce gentleman ta joie de le voir. »

Le perroquet s'envola lourdement sur les genoux de sa maîtresse , et prononça distinctement ces mots :

Va vendre du whiskey , Anita!

James, qui jusque-là soupçonnait à peine l'inimitié des deux jeunes filles, comprit tout d'un coup la cause du caprice d'Anita, et garda le silence.

« Admirable kakatoès ! dit Ceciiia en baisant le perroquet avec tendresse ; va, tu es plus savant que le révérend docteur Robertson, et plus éloquent que tous les Pères de l'Église. Si saint Augustin ressuscitait, parlerait-il mieux que toi ?

— Miss Ceciiia, dit James, votre perroquet est ravissant; donnez-le-moi, je vous en prie, en échange de mon beau cheval noir Tempestas^ que vous aimez.

306 UNE FANTAISIE AMÉRIGAIIfE.

— Gardez Tempestas , mon clier cousin, j'ahne mieux William.

— Mifis Cecilia, voulez-vous aussi Neptunus^ qui a remporté le prix aux dernières courses?

— Mon cher Mayoribanks, Tempestas et Neptunus ne valent pas une seule des plumes de mon beau kakatoès. »

James eut beau supplier et offrir jusqu'à cent mille dollars, Cécilia demeura inexorable. Elle jouissait enfin de sa vengeance. Elle avait humilié sa rivale aux yeux de son amant. Hélas I c€ triomphe si court devait avoir des suites bien funestes.

Mayoribanks sortit plein de rage, et, pour apaiser sa colère, monta à cheval et partit au galop. Tout en galopant il réfléchissait.

a Au diable les haines de femmes! dit-il. C'est un écheveau que rien ne peut débrouiller. Aiiila veut son perroquet; Cecilia ne le donnerait pas pour un million. Que faire? Maudit animal ! Solle invention d'enseigner la parole à ces brutes 1 Plût au ciel que le Brésil et ses perroquets, et ceux qui les élèvent, et ceux qui les écoutent, fussent tous, avec " une pierre au cou, jetés au fond de la Chesapeak ! Anita va me mettre à la porte, et je l'aurai bien gagné.... Belle diplomatie que la mienne! Dieux immortels ! perdre en une heure le fruit de deux ans de constance ! Ah l si je pouvais seulement, pour me calmer, fendre le crâne à quelque chrétien ! »

Au bout d'une heure, il revint chez miss Bradley. En le voyant, elle poussa un cri de joie.

« Ah I mon bon James, que je suis contente de vous voir ! Eh bien ! ma commission est faite, n'est-ce pas? Où est-il, ce cher perroquet, que je l'embrasse? Cher James ! bon James ! quelle bonté vous avez de comprendre et de satisfaire ainsi tous mes caprices ! Oh! comme je vous aimerai quand nous serons mariés !

— Chère Anita, dit Mayoribanks, pardonnezmoi. »

Et il raconta sa conversation avec Gecilia« Miss Bradley l'écouta dans un profond silence et pâlit. « Ainsi I vous revenez seul? dit-elle.

— Seul.

— Monsieur Mayoribanks, oubliez que .vous m'avei connue.

— Anita !

— Anita! Qui m'appelle ainsi? Vous, monsieuri Je ne vous connais plus. Quoi ! vous m'aimez, vous savez qu'on m'offense, et vous ne m'avez pas vengé ! Dieu ! à quelle honte élais*je réservée ! Qui craignez-vous? Miss Antrobus, peut-être, ou le colonel Persifer?

— Persifer l dit James avec hauteur.

— Vos fanfaronnades ne m'en imposent pas, monsieur. Vous craignez la colère de Persifer : le colonel Anlrobus est un des plus braves honjmes

du Marylaiid. Ce n'est pas lui qui laisserait insulter sa sœur ou sa fiancée !

— Eh bien, de gré ou de force, miss Anita, dans une demi-heure, vous aurez voire perroquet, je le jure. »

A ces mots, il sortit, et courut, sans s'arrêler, chez Cecilia.

Miss Antrobus était assise avec son frère au parloir.

Le colonel Persifer était un homme de vingt-six ans, grand, sec et vigoureux, habile aux exercices du corps comme presque tous les créoles; en un mot, le digne rival de Mayoribanks. Du reste, aussi froid et réservé que Mayoribanks était impétueux et violent, il avait peu de sympathie pour son cousin.

James , échauffé de sa course et indigné du discours outrageant d'Anita, entra dans le parloir avec les dispositions les moins conciIiantes.il fut ravi d'y trouver Persifer, et de pouvoir du même coup provoquer le colonel et conquérir le perroquet.

«t Miss Cecilia , dit-il sans saluer Persifer, avezvous réfléchi ? Voulez-vous me vendre votre perroquet?

— De quel ton singulier vous parlez ! dit Cecilia. Mayoribanks, vous me faites peur.

— Miss Antrobus , dit encore James d'une voix altérée, vendez- moi votre perroquet, je vous en

S jpplic. Voulez-vous deux cent mille dollars ? c'est la moitié de ma fortune, mais je vous la donnerai avec joie.

— Vous tenez donc iDeaucoup à ce vilain kakatoès? demanda Persifer,

— Monsieur, dit James , je n'ai pas l'honneur de vous parler.

— Oh ! oh ! vous le prenez bien haut, mon jeune coq, » dit le colonel en se levant.

Les yeux de James étincelaient de colère. Gecilia, craignant quelque f&cheuse querelle, se jeta entre les deux adversaires.

« y pensez-vous , messieurs? dit-elle; en ma présence !

— Miss Àntrobus, dit James , recevez mes excuses. J'emporte votre perroquet. »

A ces mots , il saisit le kakatoès , et s'élança au dehors. A peine revenu de sa surprise, Persifer courut sur ses traces et lui cria :

« Tu fuis, Mayoribanks ! »

James se retourna et l'attendit de pied ferme.

« Rends-moi ce perroquet ! reprit Antrobus.

— Tu ne l'auras qu'avec ma vie.

— En gardé, donc ! »

Jamais on ne vit plus beau combat sous la lumière du soleil. Les deux adversaires, d'une Ibrce, d'une adresse et d'une intrépidité presque égales, s'élançaient l'un sur l'autre d'un bond comme deux

tigres. Chacun d'eux était armé d'un boune-knife h la lame larçe et tranchante.

Autour d'eux, atth*ée par le bruit, s'assemblait la foule des curieux. Les habitants de Baltimore, habitués aux scènes de ce genre, prennent à les contempler un plaisir de connaisseurs. Ils aiment à juger des coups. Les policemen font ranger la foule, et empêchent les femmes et les enfants de se jeter étourdiment dans la bagarre.

Mayoribanks et Antrobus excitaient la terreur et l'admiration. James surtout était le favori de la populace, et l'on pariait généralement cinq contre un en sa faveur. Persifer, moins généreux et plus froid, excitait peu de sympathie.

Mayoribanks, tenant de la main gauche son perroquet et de la droite son bowle-hnife, se précipite le premier sur son ennemi. Persifer l'évite et le bowie-hrUfey frappant avec force la porte d'une maison voisine, se brise près de la garde. Antrobus s'élance à son tour et frappe Mayoribanks. Celui-ci pare à demi le coup avec son bras gauche, et, quoique légèrement blessé, cherche à désarmer son adversaire.

Tous deux se saisissent au corps et veulent se renverser mutuellement. Dans la lutte, Persifer laisse tomber son poignard, et James jette la poignée du sien. Le combat allait finir faute d'armes, lorsqu'un citoyen obligeant, dont l'historien regrette

de n'avoir pas conservé le nom, tremblant pour le succès de son pari, présente à Mayoribanks son propre revolver chargé et amorcé.

« Qui me donnera un revolver ? » s'écria à son tour Antrobus.

Un autre citoyen s'avance et lui oflfre son revolver. Le combat recommence.

« Place I » dit James d'une voix retentissante.

Tous deux tirent en même temps. La balle d* Antrobus va frapper un mulâtre , placé au premier rang de la foule.'Le mulâtre tombe mort. Les voisins s'écartent avec empressement.

De son côté , Antrobus est blessé. Une nouvelle décharge frappe James à l'épaule. Antrobus tombe percé d'une seconde balle dans la poitrine, et se relève sur un genou pour tirer encore. James tire à son tour et briïle la cervelle à son ennemi.

Pendant tout le combat, les spectateurs avaient gardé le plus parfait silence. Chaque parieur craignait de compromettre son enjeu en dérangeant les deux champions. Lorsque Antrobus expira, tous ceux qui avaient parié en sa faveur furent cruellement désappointés et poussèrent des cris de fureur contre le brave James, qui perdait'son sang par: deux blessures. Quelques-uns menaçaient de l'arrêter. Un Irlandais surtout, plus hardi que les autres, et irrité d'avoir perdu un pari de vingt dollars, osa saisir James par le bras.

Celui-ci se retourne et lui casse la tète d*un coup de pistolet. D*autres Irlandais , amis du défunt , se jettent sur Mayoribanks , le désarment après des efforts inoulSy et, sans pouvoir lui aiTacher son kakatoès, l'emmènent en prison.

Le triste cortège passa sous la fenêtre d*Anita, qui reconnut son amant, et le perroquet, et le funeste effet de ses reproches. En la voyant, James ût un dernier effort, entraîna près de la fenêtre ceux qui le tenaient, et lui donna le perroquet.

« Êtes-vous contente, Anita? » dit-il.

Et il se laissa emmener.

La jeune flUe prit le perroquet, ferma la fenêtre avec soin, et, comme il est d'usage en pareil cas chez les demoiselles bien élevées, s'évanouit.

Un magistrat ami de Tordre.

Une heure après ce triste événement, M. Andrew Stephenson , maire de Baltimore , recevait dans sa maison la visite du commissaire de police Smith.

Andrew Stephenson était un grand vieillard de bonne mine, dont les cheveux blancs inspiraient le respect et la sympathie. Il avait amassé une belle fortune en achetant les sujets du sultan de Dahomey pour en faire présent, à cinq cents dollars la pièce, aux planteurs de Cuba. Poli, du reste, et bien élevé, il avait visité les principales villes de l'Europe et brillé partout par ses fêtes et son luxe. Excepté rhabitude qu'il aA'ait contractée dès l'enfance de se moucher dans ses doigts , et, qu'il avait gardée jusque dans les salons de l'aristocratie européenne, c'était le modèle du parfait gentleman. Il buvait, sans qu'il y parût, cinq ou six bouteilles de sherry ou de vin de Champagne, et tenait tête à tous les convives et à tous les toasts. H montait fort bien à

cheval , boxait encore avec grâce, et se plaignait qu'on laissât perdre dans ïes querelles particulières le noble et antique usage de faire sauter, avec le pouce et l'index , l'œU de son adversaire. De tout temps, et dans tous les pays, les enfants furent inférieurs à leurs pères.

« Monsieur, dit Smith en entrant, voici du nouveau.

— Tant mieux, dit Stephenson; je ne savais que faire de ma soirée. »

U frappa sur un timbre. Un nègre parut.

« Tom, dit le maire, donne-nous deux verres de sherry-eobbler, »

Le nègre obéit. Les deux magistrats aspirèrent gravement le sherry-cobbler avec leurs chalumeaux. Après quelques gorgées , chacun d'eux alluma un cigare.

« Voyons maintenant votre histoire, dit Stephenson.

— M.James Mayoribanks a tué deux hommes, répondit Smith.

— Encore ! Ce garçon-là va bien , en vérité. Si nous le laissons faire, il dépeuplera Baltimore. Avec quoi les a-t-il tués ?

— A coups de revolver.

— Mauvais 1 mauvais ! La jeunesse d*aujourd'hui ne respecte plus les anciennes traditions qui ont lait la gloire de ce noble pays. De mon temps ,

UNE FANTAISIE AMiiRIGAINË. 3i5

c'est avec de longs dirks écossais qu'on s^ouvrait le ventre ou la poitrine. C'était un plaisir de sentir le fer pénétrer dans la chair de son ennemi. Aujourd'hui, on s'assassine à dix pas de distance. J'en suis fâché; Janaes s'est mieux conduit en d'autres occasions.... Quels sont les morts î Des Irlandais, je ^nse. Entre nous , il n'y a pas grand mal à nous défeire de cette vermine.

-^ Ah l monsieur, plût à Dieu que ce fussent des Irlandais, mais c'est le plus pur sang du Maryland qui vient de couler dans cette malheureuse affaire. L'un des deux mi le colonel Persifer Antrobus.

-^ Que dites-vous ? Antrobus ! Quoi ! c'est le colonel Persifer que Mayoribanks vient d'assassiner ! <Ut Stepbenson en se levant tout à coup.

— C'est lui-même , monsieur; mais le combat a été loyal, au dire de tous les spectateurs.

— Les spectateurs n'y entendent rien , répliqua le maire indigné. Je sais mieux que vous ce qui 6'est passé. Persifer n'a pu succomber que sous une infâme trahison.

-* Mais.... dit Smith.

— Monsieur, reprit Stephenson avec hauteur, souvenez- vous que vous me devez votre place , et tAchez de faire votre devoir. A-t-on arrêté Mayoribanks 1

— n est déjà en prison.

-^ Bien. Je vais mander le eoixmer. Veiller sur

316 UNE FANTAISIE AHËRICAIKE.

le prisonnier ; s'il s'échappe , vous m'en répondrez. »

Smith sortit la tête basse.

« Bonne affaire ! dit Stephenson resté seul. Me voilà délivré du seul homme qui pouvait me faire ombrage. Excellent Mayoribanksl Va, je te ferai pendre si haut que ton cadavre sera vu des deux Amériques. Ah l tu me braves , tu fais, rosser mes policemen , tu violes mes ordonnances , et tu crois que le vieil Andrew n'osera pas se venger ! La potence est dressée , mon bon James, et tu danseras au bout de la corde, je t'en réponds I »

Il se promenait eu se frottant les mains avec joie.

«t Pauvre Persifer ! dit-il après un instant de réflexion. Sa naort va faire de Cécilia la plus riche héritière du Maryland. Il faut que je la marie. Avec qui? Ehl parbleu l avec moucher fils George, le plus damné vaurien de Baltimore. Elle le convertira, ou, s'il résiste à la conversion, ma foi! je m'en lave les mains. J'en suis débarrassé. J'ai rempli mon devoir de père de famille. Franchement, Persifer est mort à propos. »

Après cette réûexion philosophique, il prit sa canne , et d'un pas leste alla présenter ses condoléances à la pauvre Cécilia.

Elle était assise près du corps de Persifer, et le regardait dans un sombre silence. Elle songeait au

motif de ce funeste combat, et se repentait amèrement d'avoir méprisé les offres de Mayoribanks. Le désespoir d'avoir perdu son frère et le remords de l'avoir perdu par sa faute lui déchiraient le cœur.

Stephenson entra sur la pointe du pied , sans faire de bruit. Elle \evn les yeux et aperçut le vieillard.

« Ah ! c'est vous , monsieur, dit-elle d'une voix faible.

—Miss Cécilia, dit le vieil Andrew en lui serrant la main , je jure que vous serez vengée de cet infâme assassin.

— Hélas! dit miss Antrobus, je n'ai ni le désir ni l'espoir de^la vengeance. Mon pauvre Persifer est mort, cruellement frappé par une main loyale.

— Miss Cécilia, on vous trompe, dit Stephenson. Tous les témoins assurent que votre malheureux frère a été tué par surprise et par trahison. Mais vous êtes encore trop faible, ma chère enfant, pour songer à une juste vengeance , ajouta-t-il d'un ton affectueux et paternel. Laissez-moi le soin de vous faire rendre justice , et, dès à présent, usez de moi comme d'un ami et d'un père. Ma maison sera la vôtre. V

— Je vous remercie , répondit miss Antrobus , touchée de tant de sollicitude , je ne veux pas quît-

ter la maison où mon frère et nM)i nou» sommes nés» où nous avions espéré de Tivre ensemble et si longtemps. »

Elle fondit en larmes.

« C'est assez pour un jour, pensa Ite vieux Stephenson. Il serait maladroit d'insister davantage. Voyons maintenant le coroner et les té* moins. >

II prit congé de la jeune fille et sortit* A quelques pas de là , il rencontra le coroner qui venait commencer l'instruction. Il le prit à part.

« Quel malheur pour Baltimore ! lui dit-il< La vie des citoyens n'est plus en sûreté; la policij est impuissante; les jeunes gens des meilleures familles s'égorgent au milieu de la rue* Il faut &lre un ' exemple, monsieur, pour rétablir' l'ordre ; il faut faire un exemple. »

Il répéta ces mots avec affectation. Le coroner le regarda en clignant de l'œil.

« Vous haïssez donc beaucoup ce pauvre Mayoribanks 7 dit-il.

— Qui? moi, monsieur, je bâtirais James Mayo* ribanks ou tout autre de mes administrés ! Vous oubliez, monsieur, à qui vous parlez. Soixante ans d'une vie honorable et sanâ reproche défendent assez le vieil Andrew Stephenson contre tout soup* çon de partialité. Je dis qu'il faut faire un exemple, voilà tout. Peu importe qu'il s'agisse de M. MayO''

UNE FANTAISIE AMÉRICAINE. 3i9

ribanks ou de tout autre membre obscur de la communauté. Je dis qu'il est temps que les plus hautes tètes se courbent sous l'inexorable niveau de la loi , et que la potence fasse justice des récalcitrants.

— James vous a fait une rude guerre pendant trois ans.

— Croyez-vous que je m'en souvienne? A cette heure où l'assassin doit être écrasé sous le poids du remords et le sentiment de son crime , croyezvous que je veuille encore l'accabler ? Non, non, je laisse ce soin à la justice et à la Providence , qui sait, quand il le faut, amener le châtiment sur la tête du scélérat par les voies les plus inattendues.

— Vous prêchez à merveille, dit le coroner.

— Encore un mot , ajouta Stephenson à voix basse. Si par vos soins James Mayoribanks est pendu, comptez sur ma reconnaissance et sur trois mille dollars. »

Le coroner ne parut pas étonné de ce changement de ton.

— Et s'il n'est pas pendu , dit-il , si les témoins conviennent que le combat est loyal, qu'arriverat-il?

— Monsieur, répondit Stephenson , j'ai des amis dans le conseil exécutif de l'État et dans les deux Chambres; je vous ferai destituer comme prévari-

, caleur. Entre ces deux alternatives, faites votre choix.

— J'y penserai, » dit le coroner, en entrant dans la maison de Gécilia.

De son côté, Andrew Stephenson courut aux bureaux du Baltimarean Courier and Enquirer.

OQ^O

Un journaliste impartial.

A rentrée des bureaux du journal, M. Stephenson fut arrêté par un colosse de six pieds de haut, qui le regarda de travers.

« Que voulez-vous? demanda -t-il d'une voix rauque.

— Yoir M. Alexander Macpherson, éditeur du Baltimorean Courier and Enquirer.

— Tenez-vous faire quelque réclamation ? dit le géant. C'est moi qui suis chargé d'y répondre, et je m'acquitte de cette hesogne , j'ose le dire , à la satisfaction générale. »

Tout en parlant , il agitait un énorme gourdin. AndreMT sourit.

« J'apporte de l'argent à M. Macpherson, dit-il. Voici ma carte.

— De l'argent! Passez, monsieur. Alexander Macpherson est toujours visible pour les gentlemen bien élevés. »

322 UNE FANTAISIE AMfiRIGAmE.

Stephenson fut introduit dans le bureau de M. Alexander. L'éditeur faisait une addition. C'était un petit homme sec avec une figure d'usurier et un regard insolent et moqueur. En voyant entrer le maire , il se leva , lui donna une poignée de main et attendit.

« Mon cher Macpherçon , dit Andrew, on a bien de la peine à parvenir jusqu'à vous. Tous êtes gardé comme un prince, Qu'çst-ce que ce bouledogue que j'ai vu à l'entrée et qui a pensé me dévorer?

— C'est mon rédacteur responsable, dit l'éditeur. Il est chargé d'assommer les gens qui se trouvent offensés de mes attaques. Tous les jours, trois ou quatre imbéciles , sous prétexte que j'offense leur honneur, ou leur famille, ou leur rehgion, ou leurs intérêts , ou leurs chiens , ou leurs chats , viennent m'égorgér dans mon bureau. J'ai voulu résister quelque temps ; chaque jour de la semaine était marqué d'une aventure nouvelle. Le lundi , j'étais roué de coups de bâton en pleine rue ; le mardi, je recevais un soufflet; le mercredi , j'étais appelé en duel; le jeudi.... que sais-je î J'ai pris le bon parti. Lisez cet avis qui est en tête du journal.

« Les personnes qui croient avoir à se plaindre « de la rédaction du journal sont priées de s'adres- « ser à M. John Potter, de TArkansas. C'est un « gentleman d une force herculéenne , qui prend

UNK FÀI^TAISI^ AMfiKIGAING. 333

sans effort un homme d'une seule main et le lance à dix pas. U a dans ses poches douze bonnes raisons à l'adresse de chacun des réclamants. Ces douze raisons sont les douze canons de ses deux revolvers, toujours chargés et amorcés.

M. John Potter, qui est un gentleman de manières exquises et d'une éducation parfaite, n'a pas son pareil dans le maniement du sabre, du bâton et de la carabine. U fendit le crâne, l'an dernier, à M. George Sutter du Wisconsin , qui avait eu le tort de l'appeler mouche de Besse; il brisa d'un coup de poing la mâchoire inférieure de M. Charles Bowie , de la CaroUne , qui s'était servi par mégarde , à la table de l'hôtel Hopkins, une aile de dindon sauvage que notre honorable ami convoitait; il a tué d'un coup de pistolet M. O'Gonnor, jeune Irlandais qui le regardait sans le saluer. En un mot, c'est un digne républicain , qui sait protéger ses amis et se faire craindre de ses ennemis. *

— Voild une idée de génie, » dit Stephenson.

Alexander s'inclina avec modestie.

c Monsieur^ continua le maire, vous avez sans doute entendu parler d'un crime qui vient d'être commis il y a quelques heures î

— Parlez-vous de la mort du colonel Antrobus?

— Précisément.

— Qu'appelez-vous crime î dit Alexander, C'est une fort belle bataille qui fait grand honneur aux deux adversaires. James Mayoribanks n'a pas son pareil pour expédier un homme avec promptitude et dextérité. A peine John Potter lui-même oseraitil lui tenir tête,

— Mon cher Macpherson, dit le maire en lui présentant une petite liasse de banknotes, on a surpris votre bonne foi. Tous n'en douterez pas, je crois, quand vous aurez compté les mille dollars que je vous apporte. Le colonel Persifer a été lâchement assassiné sous les yeux d'un peuple indigné qui a failli faire justice du meurtrier.

— En vérité, monsieur, dit l'éditeur, j'aurais cru tout le contraire. Reprenez vos mille dollars, et écoutez ceci , qui vous convaincra pleinement de la loyauté de Mayoribanks.

En même temps, il prit sur la table une épreuve à demi corrigée et lut ce qui suit :

« La ville de Ballimore est consternée d'un événement aussi terrible qu'imprévu. Le colonel Persifer Anlrobus ayant insulté gravement M. James Mayoribanks, ce jeune gentleman, forcé de se défendra a tué le colonel d'un coup de pistolet. Tout le monde s'accorde à dire que la victime avait mérité son sort, et que la conduite de M. Mayoribanks est aussi généreuse que loyale. »

— J'arrive trop tard, dit Stephenson; l'avocat de

Mayorîbanks m'a prévenu. Entre nous , mon cher Macpherson, combien vous a-t-il donné?

— Monsieur, dit le journaliste d'un air digne, je dédaigne de répondre à celte injure. Mon intégrité est à l'abri du soupçon. Et en supposant, monsieur, ajouta-t-il après une pause , que j'aie vu l'avocat de M. Mayoribanks, que vous importe? Vous n'avez pas, je pense, l'intention de surenchérir ?

— Pourquoi non ? dit le maire. Que pensez-vous de deux mille dollars? »

Macpherson sourit avec dédain.

« Mon cher monsieur, dit-il , je vais vous parler franchement. Mayoribanks vous gêne ; cela est clair, car je ne suppose pas que vous preniez grand intérêt à la mort du colonel Antrobus.

— Monsieur, je suis chargé de veiller à la sûreté publique , et je prends intérêt à la santé de tous mes concitoyens. Qui les frappe me frappe.

— Bien; c'est votre affaire. De mon côté, je suis neutre. Que Ralph soit pendu ou non , cela m'est fort égal. Le compte rendu du procès va doubler la vente de mon journal. C'est donc une excellente affaire, et, en bonne justice, je devrais de la reconnaissance à M. Mayoribanks.

«Or, celte reconnaissance que je lui dois, et à laquelle je manque , vaut bien mille dollars , ci 1,000 dol'

« Secondement , son avocat m'a donné

9te UNS FANTAISIE AMÉRtCAINE.

de sa pari deux mille dollars pour plaider sa cause devant le public; je serai

forcé de les rendre, ci ,4 2 000.

« Troisièmement, j*ai quelque scrupule de nommer trahison un combat loyal et régulier, et d'enVoyer h la potence un homme qui n*a fait que ce qu*on voit faire tous les jours aux gentlemen les plus honorables de Baltimore. Ce scrupule , joint à quelques autres petites choses dont je vous épargne le détail, vaut bien, au plus bas prix, cinq mille dqjlars, ci , 5 000

8 000 dol* « Total , huit mille dollars. Voyez si la pendaison de M. Mayoribanks vaut cette somme, Si cela est, je passe dans votre camp avec armes et bagages,

— Huit mille dollars I dit le maire effrayé. Y pensez-vous? Pour ce prix, j'aurai les douze jurés, le coroner^ Yaitorney et l'avocat de James.

— Eh bien 1 dit l'éditeur, ayeis-les et n'en parlons plus.

— Mais, mon cher ami, reprit Stephenson, ce prix est exorbitant. Combien vous a*t-on donné pour annoncer, il y a trois mois, la nouvelle de la perte du steamer Ontario^ qui arriva le lendemain sain et sauf?

— Mille dollars; mais J'avais des intérêts dans l'affaire. Cette nouvelle fit baisser de vingt dollars les actions de la Compagnie Weller^ et j'en achetai douze cents qui furent revendues le lendemain avec un bénéfice énorme.

— Huit mille dollars! répéta le mairtfi Qti'il en coûte pour faire pendre un ennemi I

— Voyons, dit Alexander, je veux faire quelque chose pour vous: car vous êtes bon homme et vous me plaisez. Comptez-moi cinq mille dollars et je vous tiens quitte de tout. »

Stephenson soupira et lui donna un bon Sur la banque de Baltimore.

Le soir parut dans le Baltimorean Courier and Enquirer un article foudroyant contre le pauvre James. Son père était un brigand; sa mère une femme de mauvaise vie ; lui-même, le dernier des scélérats. Tous les bandits de Baltimore le reconnaissaient pour chef. Il avait assassiné par trahison le colonel Persifer Antrobus. La potence seule pouvait faire justice d'un si grand criminel. Sa mort devait rendre la paix, l'ordre et le calme à Baltimore.

Cet article souleva contre James tous les gens paisibles de la ville. Si méprisé que fût le journaliste, son journal, fort bien rédigé d'ailleurs et administré avec une grande habileté, exerçait une prodigieuse influence sur le public. James fut cruellement calonînié par ceux qui n'auraient pas osé

bmver son regard quand il était libre et heureux. En Amérique, les jurés qui décident detout, obéissent eux-mêmes tantôt à leur conscience, tantôt à l'argent, à la peur, ou à l'entraînement de l'opinion publique ; c'est ce qui faisait le danger de Mayoribanks.

on^r)o

Réflexions de James.

En prison, James fui commodément installé dans une chambre assez bien meublée. Il avait grand besoin de repos, et la prison même, après les terribles émotions qu'il avait éprouvées, ne lui déplut pas trop. Une belle Irlandaise aux cheveux et aux yeux noirs, qui était la fille du geôlier, lui offrit ses services et banda ses blessures qui étaient légères. Il se coucha sur son lit et s'endormit d'uij profond sommeil.

Une heure après, son avocat, qu'il avait fait demander, se présenta. C'était un Écossais froid, roîde, gourmé , savant , chicanier, entêté , toujours retranché derrière un texte ; habile dans son art , avide d'argent, effronté, menteur, ambitieux et grave comme un ministre presbytérien ; au demeurant, le meilleur fils du monde.

« Eh bien! dit James en lui tendant la main , que pensez-vous de mon affaire, Mac Grégor?

— C'est grave. Vous avez beaucoup d'ennemis.

— Me mettra-t-on en liberté sous caution?

— J'en doute. Tous les gens à qui vous faîtes peur vont s'unir contre vous. Le maire de Baltimore est ravi de l'aventure. Vous l'avez contrecarré souvent. Je l'ai vu courir tout à l'heure chez miss Antrobus avec un empressement qui ne présage rien de bon.

— Mon cher Mac Grégori j'ai toute confiance dans votre mérite; mais vous êtes comme le médecin qui exagère toujours la gravité du mal pour doubler la gloire qu'il aura de sauver le malade. Qu'y a-t-il dans la mort de Persifer qui ne soit parfaitement convenable et usité en pareille circonstance? N'avait-il pas les mêmes armes que moi? N'était-il pas sur ses gardes? Le motif de notre querelle, c'est-à-dire l'honneur et le service de» dames, ' n'est-il pas assez important ? L'an dernier, j'étais à Washington lorsqu'on permit à M. Kennedy, représentant du Tennessee » de donner caution. Mon affaire est-elle plus singulière que la sienne ?

— Tout cela est vrai , mon cher monsieur, mais vous oubliez les raisons graves qui plaidaient en faveur de M. Kennedy.

— Je me rappelle parfaitement toute l'afifaire. Kennedy entra dans la salle à manger de l'hôtel où il demeurait, à Washington. Comme on tardait à le servir , il cria au garçon : « Vas-tu me donner un

bifteck y damné fils de chiebne Irlandaise? » Le garçon ne bougea pas. Kennedy se leva et brisa sa chaise sur les épaules de l'Irlandais, qui lui jeta une assiette à la tète. Jusque-là, tout allait bien, et les deux parties auraient pu être renvoyées dos à dos , dépens compensés. Malheureusement, un autre ci-» toyen du Tennessee, qui se trouvait là , saisit à son tour une chaise et frappa l'Irlandais. Le frère de ce pauvre gargon accourut au bruit, et commença à boxer le Tennessien avec fureur. Tous les habitants de l'hôtel, qui déjeunaient, se levèrent pour échapper aux assiettes, aux bouteilles et aux carafes qui volaient dans l'air. Seul , le ministre de Hollande , qui était présent , maintint la réputation de flegme de ses compatriotes et demeura tranquillement à sa place. A ce moment, Kennedy, furieux, tua son Irlandais d'un coup de revolver. Le lendemain , on l'admit à donner caution , et , trois jours après , il partait pour la Californie , où la justice fédérale se soucie peu de l'aller chercher.

— C'est très-vrai; mais remarquez qu'il s'agissait d'un Irlandais, d'un simple Irlandais, et^cored'un garçon d'hôtel, et que Kennedy était un gentleman, un représentant du peuple. Mettre en prison Kennedy, c'était insulter le Congrès et le peuple qu'il représente. Vous-même, mon cher monsieur Mayoribanks, quelque rencontre que vous ayez eue , on vous a fort ménagé, mais vous étiez protégé par une

famille puissante, qui va vous poursuivre de sa haine, par des amis influenls qui étaient aussi ceux du colonnel Antrobus. Andrew Stephenson vous hait , et c'est un dangereux ennemi.

— Ah I si je tenais ce vieux coquin au bout de ma carabine I

— C'est fort bien ; mais il vous tient, lui, sous les verrous. Au reste , il ne faut pas trop s'inquiéter. J'ai vu déjà l'éditeur du Baltimorean Courier andEn-^ quirer; c'est un habile gredin que je ménage. J'ai réchauffé son zèle avec deux mille dollars.

— Cher ami, dit James, comment pourrai-je payer vos services?

— Je vous le dirai quand vous serez hors d'affaire. L'important est de vous faire admettre à donner caution. »

L'entretien dura deux heures. Je passe sous silence les détails techniques dont le lecteur pourrait être ennuyé. Mac Grégor sortit enfln, et James soupa de bon appétit et dormit jusqu'au matin. Un historien moins véridique vous peindrait ses remords et son insomiie. Je suis forcé d'avouer que le pauvre Mayoribanks était un de ces braves gens qui suivent tout naturellement le précepte du sage : Age quod agis. Il n'était jamais ni indécis , ni partagé entre deux résolutions ou deux idées différentes. Il ne faisait qu'une seule chose à la fois : c'est le moyen de faire beaucoup d'ouvrage et de très-bon.

Le lendemain, il trouva sur sa table de nuit Ylmi^ iation de Jésus^Christ que l'Irlandaise avait déposée pendant son sommeil , et il lut tout d'une haleine quatre ou cinq chapitres qui lui parurent les plus heaux du monde. James n'était pas de ces mélancoliques qui vont cherchant dans toutes les religions et dans tous les systèmes philosophiques sans s'arrêter à rien.

Il était bon catholique, et, si sa vie n'était pas remarquable par la pratique constante de toutes les vertus chrétiennes , sa cervelle au moins était parfaitement pure de tout raisonnement hérétique. Il médita pieusement pendant une heure sur le livre de Gerson ; mais les méditations les plus douces ont un terme. Mayorlbanks songea qu'il était l'heure où , chaque matin , il montait à cheval et passait sous les fenêtres de la belle Anila.

« Tout est fini, pensa-l-il. Je ne la reverrai plus ; je ne galoperai plus à côté d'elle dans la campagne ; je ne verrai plus la douce lumière des vivants. Je demeurerai éternellement entre ces murailles. »

 cette pensée , il fut saisi d'un tel transport de rage qu'il prit à deux mains une table et la brisa contre le plancher avec un fracas épouvantable. Deux gardiens armés de revolvers enlr'ouvrireut la porte avec précaution, et, le doigt sur la détente , lui reprochèrent de troubler ses compagnons d'infortune.

334 UNE FANTAISIE AMËB10A1NC.

James les regarda, quoique sans armes, d^uti œil si terrible qu'ils n'osèrent se fier à leurs revolvers et refermèrent précipitamment la porte.

Mayoribanks, resté seul, se promenait avec la vivacité et la fureur du tigre qui tourne dans sa cage. Il pensait à ses amis qui l'avaient sans doute oublié, à sa maltresse qui l'abandonnait. Il levait les yeux au ciel et fermait les poings en menaçant un ennemi absent.

Vers midi , l'Irlandaise entra , et lui donna une lettre de miss Bradley. James rompit le cacliet d'une main qui tremblait d'impatience et lut ce qui suit :

« Mon bien-aimé James, ne me maudissez-vous pas?

« Hélas! quel malheur épouvantable! Comme la Providence se plaît à détruire nos rêves de bonheur et nos folles illusions! Je me repens bien aujourd'hui de ma coquetterie passée et du temps perdu pour notre bonheur commun , que j'ai employé' à . vous tourmenter d'inquiétudes vaines. Je me disais : Demain est à mol, attendons à demain pour être heureux ; et je ne disposais que d'un jour. Me pardonnez-vous, Mayoribanks?

« Au moins, si je pouvais vous voir, vous consoler, le temps me paraîtrait moins long, et notre

malheur moins amer. Mais mon père me défend cette joie.

« Ce matin, prête à sortir, j'ai trouvé mon père en travers de la porte.

« Où vas-tu, Anita?

« — Père, vous le savez , je vais voir celui dont j'ai causé la perte.

« — Reste ici jusqu'à nouvel ordre. M. Mayorîbanks est un gentleman fort distingué que j*aime et j'apprécie comme je le dois ; mais une femme ne doit visiter que son mari ou son fiancé. >

« Ceci a été dit d'un ton qui ne soufA*ait pas de réplique. Cependant, j'ai osé répondre :

« Eh bien, mon père, à dater d'aujourd'hui, James sera mon fiancé ! car je vous jure de n'épouser jamais que lui !

«—Qu'est ced? D'où vient celte audace! Ma fille épouserait un assassin ! » (Pardonnez-lui, James, il est prévenu contre vous par les calomnies que répandent les journaux de ce matin qui obéissent au mot d'ordre de M. Andrew Stephenson , votre mortel ennemi.)

« Je vous ai défendu avec courage, et mon père est sorti convaincu de votre innocence , mais bien résolu à ne souffrir jamais ce mariage.

« Pour moi, cher biemaimé , je vous jure que je ne serai qu'à vous, ou à personne.

» Adieu, James ; prenez courage, et fle:^-vous à là

Providence » qui n'abandonne jamais ceux qui ne s'abandonnent pas eux-mêmes.

« Tout à vous.

« Anita Bradlby. »

« divine Anita ! s'écria Mayoribanks dans un transport d*enthoiisiasme. Elle m'aime et m'aimera toujours. »

En ce moment, il eût volontiers baissé la tête en passant sous la voûte céleste, pour ne pas cogner du front les étoiles.

Une heure après, il fut rappelé à la triste réalilé par la voix du geôlier. Mayoribanks fut forcé de le suivre et de comparaître devant le coroner et le jury. Le coroner, gagné ou intimidé par Andrew Stephenson, fit un rapport très-défavorable, et Mayoribanks, accusé d'assassinat, fut renvoyé devant le grand jury. On refusa de le mettre en liberté sous caution.

Aussitôt après le verdict rendu il fut ramené en prison. En chemin il aperçut l'éditeur du BaltinKH rean Courier and Enquirer.

« Coquin, dit-il, rends -moi mon argent ou ne me calomnie pas.

— Mon cher monsieur, répliqua le cinîque Macpherson de l'air d'Hippocrate refusant les présents d*Arlaxercès, j'ai rendu l'argent à votre avocat. On connaît ma loyauté commerciale.

UNE FANTAISIE AMËRIGAINE. 337

Ce brave homme ne menlait pas. On le payait pour accuser Mayoribanks, et il l'accusait de son mieux; mais il était trop loyal pour recevoir en même temps des deux mains et manger à deux râteliers. Coquin , mais non pas traître.

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