‹ Scènes de la vie flamandeChapitre 18 sur 44 · I.I GOKSGRIT. IM · texte numérisé non relu

I.I GOKSGRIT. IM

Bientôt les nuageB commencent à s'entre-choquer ; au calme ûnistre qui a duré si longtem}» succède und mêlée impétueuse et désordonnée; Touragan gronde, rugît et s'élance comme fouetté par la main toute^puis* santé de Dieu; il arrache du sein des forêts de profonds et mystérieux gémissements; il emporte le sable et les feuilles^ en immenses tourbiUons^ au haut des airs; il brise et déracine les arbres solitaires. «• Puis la foudre vient de sa voix puissante dominer tous les bruits; l'é^ clair lance ses flèches embrasées à travers l'espace ; la Bruyère, sillonnée par des serpents de flamme, semble toute en feu : enfin, des torrents d'eau s'épanchent sur la terre, et au formidable rugissement de la tempête Buccède le triste et monotone clapotement de la pluie.*.

Ce jomvià mon flme était disposée aux impressions poétiques t j'avais contemplé avec une volupté toute particulière le majestueux spectacle du fiévreux labeur de la nature^ jusqu'à ce que les premiers éclairs m'euftsent fait com{M*endre que je devais faire ce que toutes les créatures vivantes avaient déjà fait, c'est-àKlire chercher un asile et me cacher humblement en présence des prodiges de Dieu.

Non loin du lieu où j'étais se trouvait une ferme tout à fait isolée dans la Bruyère, mais, comme l'oasis du désert, tout entourée de champs verdoyants et de frais massifs.

A peine la pluie commençait elle à tomber du ciel comme un second déluge, que je franchissais le seuil de la ferme et demandais la permission de m'abriter sous son toit.

Je trouvai tous les habitants groupés en prière dans le plus profond silence autour d'un cierge bénit. Le fermier seul se dérangea à mon entrée^ et me montra^ avec un sourire affable^ une chaise ; après quoi il inclina de nouveau le front et joignit les mams.

Je ne sais comment cela se fit^ mais bien que Forage^ à titre de phénomène bienfaisant de la nature^ ne m'in* spirftt pas le merveilleux efiroi qui faisait trembler ces braves gens, le recueillement de cette famille en prière offrait un spectacle si beau, si touchant, si céleste, qu'un irrésistible sentiment me poussa à m'associer à la pieuse . démonstration, et à me mettre en rapport avec le Dieu dont la voix formidable tonnait, au-dessus de nous, dans les profondeursdes cieux. La tête découverte et les mains jointes, je me mis aussi à prier. Oh ! cela fit tant de bien à mon ftme de retrouver là les émotions de mon enfance aussi pures et aussi vives que si le souffle désenchanteur du monde ne m'eût jamais touché !

Cependant, après qu'une vingtaine d'éclaôs eurent illuminé la chambre d'une ardente lueur, après que les gens de la ferme eurent fait autant de signes de croix, l'orage s'éloigna et s'affaiblit sensiblement. Mes hôtes n'interrompirent cependant pas leur oraison, et me donnèrent le temps de faire, sans être remarqué, une étude attentive de chacun d'eux, comme fait toujours en pareil cas un observateur, et surtout un écrivain.

Je vis d'abord un vieillard qui devait assurément avoir atteint la nonantaine et plus, car sa tète et ses mains étaient agitées par un mouvement perpétuel, conuné s'il eût eu la fièvre. Auprès de lui se trouvaient deux fem-

mes^ âgées aussi^ et plus join un honune jeune et robuste dont un œil roulait, éteint et morne, sous de noirs sourcils, tandis que l'autre étincelait de vitalité et d'énergie. A côté de lui était assise une fenune pleine de fraîcheur tenant un enfant sur les genoux et ayant de plus auprès d'elle un petit garçon tout rose et une petite fille de sept ou huit ans. Tout à l'extrémité de la table se tenait un beau jeune honune aux vives couleurs et au doux re* gard.

Sur le signal de l'homme qui n'avait qu'un œil , tous firent un dernier signe de croix et se levèrent. Le grandpère alla d'un pas chancelant s'asseoir dans le coin du foyer. Les autres m'adressèrent tous la parole pour m'engager à prendre leur demeure pour asile, car la pluie tombait toujours abondamment.

Peu de temps après j'étais déjà sur un pied de familiarité avec ces bonnes gens, et je causais avec eux comme un ami de longue date. Dans l'après-dlnée je partageai leur pain de seigle, si nutritif, et bus avec eux le café de l'hospitalité. £t comme je n'avais, pour le moment, rien de mieux à faire que d'écouter les belles et touchantes histoires que me racontaient l'homme à un œil et sa femme, ce ne fut que le lendemain matin que je quittai la ferme.

Le récit que je viens de vous faire, cher lecteur, je l'ai appris ce soir-là dans la ferme isolée, qui jadis n'était formée que de deux huttes d'argile, mais qui maintenant est une belle métairie avec quatre vaches et deux chevaux.

Jean Braems et Trine, son excellente femme, tra-

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