II
fg OEUVRES DK HXNEI CONSCIENCE.
n'y a rien à faire. Reposez-vous^ et laissez Cécile se calmer : peut-être tout ira mieux que nous ne le croyons.
A ces mots^ il conduisit le vieillard^ en proie à un accès de toux^ dans une chambre voisine dont il ferma la porte.
Cécile ; le front appuyé contre le mur^ demeurait immobile comme une statue, et rien en elle ne trahissait la vie si ce n'est les douloureux sanglots qui soulevaient son sein.
Le lendemain; dans Taprès-dinée^ le sci&i brillait dans le ciel aussi pur que la veille; mais comme il s'inclinait déjà vers Toccident, il ne répandait plus qu'un éclat notablement affaibli.
Là neigCi privée des rayons étincelants de Tastre du jour, était terne et sans vie; déjà les oiseaux les plus fidèles de Thiver avaient cherché un refuge contre le froid du soir qui s'approchait; un morne silence régnait sur la nature endormie.
 la ferme de la Chapelle on n'entendait rien non plus, ni voix humaines, ni bruits, échos du travail. Si de temps en temps la vache n'eût mugi dans l'étable, on eût pu croire qu'il ne se trouvait plus un être vivant da^s ces lieux.
Jeannette était assise devant un rouet auprès de la marmite aux vaches. Sans nul doute une vive préoccupation devait captiver son esprit, car le fil se brisait trèssouvent dans sa main, ou dans sa distraction elle posait
le pied à câté et continuait de filer^ bien que le rouet ne tournât pas.
Son regard était fixé sur Thorloge; elle semblait compter chaque coup du balancier^ et fréquemment elle contemplait les aiguilles^ trop lentes à son gré, avec une expression d'impatiente colère^ comme s'il eût dé« pendu de Fhorloge d'accélérer sa marche.
Tout à coup elle fut arrachée à ses distractions par un événement imprévu ; la marmite soiunise à un feu trop ardent déborda^ et Teau coula à flots dans le feu.
-—Eh bien! Jeannette^ cria la mère Anne qui^ du fond de Tétable^ était accourue au bruit ^ bientôt tu laisseras Teau bouillante tomber sur toi sans t'en aperce^ voir. Ma fille^ ma fille^ depuis la dernière kermesse tu es devenue si songeuse que je n'y comprends rien.
La jeune fille parut troublée et confuse :
— Allons, allons, mère, répondit-elle avec précipita* tion, portons la marmite à l'écurie. J'h*ai ensuite bien vite jusqu'au village chercher du fil vert pour Cécile; elle me l'a demandé.
— Si Cécile l'a demandé, vas-y tout de suite, bientôt il sera trop tard, mon enfant.
Tout en parlant elles avaient transporté la marmite à l'écurie.
Jeannette revint seule dans la chambre; elle jeta un coup d'œil satisfait sur Thorloge, et franchit précipitanmient la porte avec un cri de joie à grand'peine comprimé.
Dès qu'elle fut à quelque distance dans le chemin, et après avoi^r tourné deux fois la tête vers la ferme, elle
se mit à rire de boh cœur et se dit à elle-même:
— Ah ! ah ! la mère ! Comme elle va ouvrir les yeux tout à Theure! Elle saura bien alors pourquoi j'ai laissé ^ couler Teau de la marmite.
Elle se mit en même temps à sauter et à courir si vivement que la neige volait en flocons sous ses pieds.
Elle n'avait pas encore atteint le village^ lorsqu'elle entendit^ derrière la sapinière^ le hennissement d'un cheval.
— Ah ! lès voilà ! s'écria-t-elle avec Joie. Notre Blés * est content d'arriver à la maison; mais si la pauvre béte savait quelque chose de l'affaire, elle serait capable de prendre le galop.
Bientôt elle vit son frère paraître au loin avec sa charrette au détour du bois. Et bien qu'elle ne pût se faire comprendre à une pareille distance, elle cria de toutes ses forces, en se mettant à courir plus vite encore qu'auparavant.
— Barthélémy ! Barthélémy ! L'as-tu ? As-tu le mouchoir?
Le jeune paysan comprit sans doute ses gestes, car il se leva debout dans la charrette et jeta sa casquette en l'air, si bien qu'elle retomba à quelques pas dans le chemin et qu'il fut forcé de faire arrêter le cheval pour aller la ramasser.
Sur ces entrefaites, sa sœur, toute en nage, arrivait eu courant jusqu'à lui.
— Eh bien! Barthélémy, s'écria-lrelle, as-tu le mouchoir?
L'ÀVABE. m
«—Jeannette, Jeannette^ répondit-il avec une joyeuse exaltation^ j'ai tous les bonheurs! Pense un peu^ le inonsieur à qui je devais livrer mes cercles, — c'est un confiseur^ — m'a demandé pourquoi je paraissais si heureux au moment où il me payait.
— Oui, Barthélémy^ demanda la jeune fille trépignant d'impatience dans la neige^ c'est bien, mais as-tu le mouchoir?
«— Certainement que j'ai le mouchoir ; mais écoute un peu, reprit le jeune homme. J'ai parlé à ce monsieur de notre mère et de sa fête.
— Laisse-le-moi voir, Barthélémy, laisse-le-moi voir!
— Et le monsieur. Jeannette, sais-tu ce qu'il a fait? n a dit que, lui aussi, il voulait faire son cadeau à la mère.
— Vraiment ! Mon Dieu, voilà qui est beau !
— Oui, et il m'a donné de bel et bon ouvrage pour tout rhiver.
— Et c'est là le cadeau de là' mère ?
— Non, Jeannette; il m'a glissé dans la main une belle pièce de cinq francs toute neuve, et il m'a dit que je devais l'ajouter au prix du mouchoir pour pouvoir en acheter un trè&-beau.
-« Cinq francs ! et que coûte donc le mouchoir ?
— Huit francs et demi, Jeannette ! huit francs et demi !
— Que Dieu me soit en aide ! Il y avait là, cher Barthélémy, de quoi vivrid tout un mois pour toute la maisonnée. Laisse-le-moi donc voir?
— Oui, mais auparavant j'ai encore quelque chose à te dire. Le monsieur m'a ensuite conduit chez lui^ où U y avait une quantité de pots de cuivre^ ~ tout à fait