‹ Scènes de la vie Mexicaine (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · Love^.cn anglais, amour; loha, en espagnol, louve · texte numérisé non relu

Love^.cn anglais, amour; loha, en espagnol, louve

2. Ces cabanes sont conslruiles en bambous espacés de manière à laisser circuler partout l’air et la lumière. Voyez sur la venta de Lencero V Histoire de la Conquête du Mexique, par Bernai Dias del Castillo, l’un des compagnons de Cortez, témoin oculaire de tous les événements de ia conquête.

3. Avant l’indépendance du Mexique, ce lieu s’appelait Puente del Rey (Pont du Roi).

LES JAROCHOS.

Vera-Cruz n'est qu’à quarante-huit kilomètres de Puente- Nacional , et depuis notre départ de Jalapa la chaleur s’était graduellement augmentée. Storm aspirait avec délices le vent brûlant qui rasait l’herbe et lui rappelait la brise enflammée des savanes. C’était la première fois, depuis cinq ans , qu’il se baignait dans les rayons d’un soleil semblable à celui de sa querencia lointaine, et sa joie se traduisait par de sauvages hennissements. Love, au contraire, la languependante, les flancs haletants, cherchait vainement quelques gouttes de rosée au milieu d’une végétation flétrie par la chaleur du jour.

Fatigué d’une marche qui s’était prolongée bien au delà de mes prévisions , j’avais fait halte un instant. Je comptais reprendre bientôt ma route et arriver le soir même à Vera- Cruz, quitte à laisser Cecilio me rejoindre le lendemain, si son cheval ne pouvait suivre le mien; mais le sort en avait décidé autrement. Cecilio, resté en arrière, me rejoignit au moment où je me remettais en route. La sueur découlait de son visage empourpré ; une inquiétude extrême se peignait sur tous ses traits, d’ordinaire si placides. Il mit son cheval de pair avec le mien. Je fus doublement surpris : c’était la première fois qu’il se permettait à mon égard un pareil manque de respect, et l’efiFort que venait de faire sa monture était pour moi sans précédents.

« Seigneur maître, me dit Cecilio, si les renseignements que j’ai pris sur la route ne sont pas trompeurs, nous entrons ici dans le domaine de la fièvre jaune ; je crains fort, je l’avoue, pour une existence à laquelle j’ai la faiblesse de tenir ; avec le bon plaisir de Votre Seigneurie, je n’irai donc pas plus loin.

— En effet, lui dis-je, la fièvre jaune^ commence dans ces parages; elle affectionne en outre les gens joufflus de ton espèce; qu’à cela ne tienne, tu connais le chemin d’ici à Mexico ; puisse le cheval que je te donne en récompense de tes bons services t’y faire arriver, à bon port ! »

î266 SCÈNES DE LA VIE MEXICAINE.

Malheureusement il y avait entre le maître et le valet une question de gages arriérés que le don d’un cheval fourbu, hors de service , ne tranchait pas précisément en faveur du valet. Ce dernier me le donna délicatement à entendre , et voulut être payé séance tenante. Je dus alors recourir à un argument que je croyais sans réplique.

(( Tu sais pourquoi j’ai quitté Jalapa ; or , comme je ne puis trouver dans ces solitudes quelque maison de commerce qui veuille accepter une traite de moi sur Vera- Cruz, je t’engage à prendre encore ton mal en patience jusque-là. »

Cecilio ne répondit pas, mais son attitude me prouva qu’il ne se tenait pas pour battu. En effet, au bout d’une demi-heure environ de marche silencieuse, il revint à la charge.

Si Votre Seigneurie voulait m’emmener en Europe, reprit-il, le vif désir que j’ai de visiter des pays si curieux me ferait au moins supporter la perspective de la fièvre jaune. Qui ne risque rien ne passe pas la mer, comme dit le proverbe. »

J’objectai à Cecilio qu’un pareil voyage était chose fort coûteuse, que, parmi les étrangers qui s’expatriaient pour venir au Mexique , on comptait fort peu de millionnaires , et que la plupart s’en retournaient les mains nettes comme iis étaient venus. « Tel, ajoutai-je sans autre allusion, qui fait au Mexique une certaine figure, n’est pas, hélas! prophète dans son pays. »

Cecilio comprit à demi-mot et se résigna iie nouveau. Nous reprîmes notre route, mais cette fois il marchait obstinément sur mes talons. Tout d’un coup il poussa une exclamation joyeuse.

« Qu’est-ce? demandai-je.

— J’ai trouvé un accommodement merveilleux.

— Ah 1 voyons cet accommodement.

LES JAROCHOS.

— Je propose à Votre Seigneurie, reprit-il gravement, de jouer son bon cheval Storm contre les gages qui me sont dus. Dans l’-impossibilité de me solder ici même et vu la ferme résolution où je suis de ne pas aller plus loin, Votre Seigneurie ne peut refuser une proposition si conciliante. Si Votre Seigneurie gagne , je la tiens quitte de tout , et il me restera Thonneur de Lavoir servie gratis ; si Votre Seigneurie perd , il lui l estera le cheval orange et la grâce de Dieu. »

Je fus d’abord sur le point de rejeter hautement une proposition si extraordinaire ; mais bientôt l’idée me parut si extravagante, que j’acceptai d’emblée. Nous mîmes pied à terre. Selon un usage assez répandu au Mexique, Cecilio ne voyageait jamais sans être muni d’un jeu de cartes ; le maître et le valet s’assirent face à face sur le revers du chemin et à l’ombre d’un bouquet d’arbres. Love s’étendit haletant sur le sable, tandis que Storm, .impatient du repos, creusait la terre de son sabot. A la vue du noble animal qui peut-être allait cesser de m’appartenir, je regrettai un instant ma témérité, mais il n’était plus temps. Cecilio me passa les cartes.

« Votre Seigneurie me fera l’honneur de tailler, » dit-il en redoublant de gravité cérémonieuse.

Je frémis en pensant à ma veine habituelle, et je pris le paquet de cartes d’une main mal assurée. Pour ne pas prolonger une position aussi bizarre, je fixai la partie à trois alburs *. Cinq minutes allaient donc trancher la question. J’amenai deux cartes. Cecilio en choisit une, je pris l’autre; puis, après en avoir successivement retourné une demidouzaine, je gagnai le premier albur. Cecilio ne sourcilla pas; quant à moi, j’espérai un instant que le hasard allait se tromper une fois dans ma vie en ma faveur : mais je

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