Tu échapperas à mon lacet; mais à mes boules.... jamais
AU MEXIQUE
davre de son père, Saturnino et sa mère silencieux et agenouillés. C’est à Dieu seul qu’il appartient maintenant de censoler les douleurs que nous laissons derrière nous.
— Non, j’ai encore un devoir à remplir; je suis la cause innocente de la mort de Gristino, et c’est à moi qu’il appartient de porter cette triste nouvelle à la veuve de celui qui était mon ami avant d’être mon hôte Quant à vous, Berrendo ne vous refusera pas, à ma prière, l’hospitalité pour trois ou quatre jours dans sa cabane. » ^
Gastahos me conduisit en silence jusqu’à l’endroit où mon cheval était resté attaché à son arbre, et où, terrifié par les lueurs de l'incendie qui allaient déjà diminuant, il essayait en vain de rompre la solide reata (courroie) qui le retenait. De là nous gagnâmes la hutte de Berrendo, à qui nous apprîmes la mort du gaucho. Le chasseur de cerfs consentit volontiers à me recevoir dans son jacal. J’allais donc vivre pendant quelques jours de la vie rude et solitaire des chasseurs du Mexique ; mais j’étais loin de me plaindre de la circonstance qui me permettait de faire si complètement connaissance avec les mœurs d’une contrée toute nouvelle pour moi.
Quatre jours s’écoulèrent sans que je revisse le capitaine. L’incendie, qui s’était concentré dans un sentier assez large autour de la Laguna de la Gruz, n’avait pas tardé à s’éteindre. Pendant quatre jours, j’accompagnai Berrendo dans ses chasses. Assez médiocre tireur, j’abattais peu de gibier, mais j’étais dédommagé par l’imposant spectacle d’une nature vierge. Ge qui ïstingue les bois du Mexique, c’est que les arbres vénéneux y croissent en très-grande abondance. On y rencontre à chaque pas le palo mulato au tronc exfolié, au suc cor-
rosifj et le yedra' à Fombrage mortel. En revanche, les arbres fruitiers y sont très-nombreux aussi, depuis le plaqueminier aux baies brunes et odorantes jusqu’à Fassiminier aux fruits gros et parfumés comme Fananas. Je commençais à prendre très-patiemment ma nouvelle vie de chasseur, d’autant plus que les causeries de Berrendo, vieux soldat de Findépendance, abrégeaient pour moi les longues heures de chasse ou d’affût. Enfin, le soir du quatrième jour depuis mon installation dans le jacal de Berrendo, le capitaine vint me rejoindre. Il avait laissé la famille du gaucho, augmentée de Saturnine et de sa mère, à la veille de partir pour les fertiles plaines de la Sonora, où la terre ne demande que des bras à occuper et des hommes à nourrir. Dans ces pays nouveaux, les familles qui veulent fuir des lieux marqués par de tristes souvenirs ont dans Fémigration une ressource toujours prête. La vie du défricheur n’y est pas seulement un but pour les individus déclassés en quête d’une tâche utile, c’est aussi un refuge pour les grandes infortunes ; Saturnine, en renonçant à sa vie à demi sauvage, obéissait à son insu à cette loi naturelle des sociétés humaines, dont le premier âge est la chasse, dont le second est Fagriculture. Il suivait aussi cet instinct secret qui pousse la race latine du sud vers le nord de FAmérique et la race anglo-saxonne du nord vers le sud, instinct qui prépare lentement la fusion de deux races antipathiques dans les déserts intermédiaires où elles se rencontrent, et que la Providence semble vouloir peupler.
Notre route jusqu’à la mer était la même que celle des deux familles émigrantes. Il était assez probable que nous rejoindrions en chemin le lourd chariot qui