‹ Scènes de la vie mexicaineChapitre 21 sur 27 · Synonyme local de cheval · texte numérisé non relu

Synonyme local de cheval

bord sur les oiseaux maudits que leur plumage confondait avec la verdure des arbres, et je tirai au hasard l’un de mes pistolets sur les branches entrelacées au-dessus de nos têtes. J’eus la satisfaction fort inespérée de voir un des perroquets tomber en se débattant à nos pieds. Le Jarocho me regarda d’un air d’étonnement inquiet.

« L’aviez-vous visé, par hasard? me demanda-t-il.

— Sans doute , lui répondis-je brusquement , et ceci doit vous prouver qu’il y a quelquefois du danger à railler les gens avant de les connaître. »

A ces mots, le Jarocho arrêta son cheval, et, se campant assez fièrement, le poing sur la hanche, tandis que de l’autre main il enfonçait son chapeau de paille sur sa tête, il s’écria :

c Otgajte, nor deconocio ’, je suis "d’une caste et d’un pays où la parole est courte et la main prompte. Je n’ai pas eu l’intention de vous offenser ; mais , si c’est une querelle que vous me cherchez, vous avez trouvé votre homme : malgré la disparité de nos armes, j’essayerai de faire de mon mieux. >

Et, fidèle à l’habitude de ses pareils, qui ne manquent jamais d’appeler la poésie au secours de leur valeur , il se mit à chanter d’une voix plus éclatante qu’harmonieuse le couplet suivant ;

A ese mi competidor Dile que llevo cortante ,

Que si tiene jierro y valor Que se me pare delante’.

t . En bon espagnol, Oiga usted, sciior desconocido (écoulez, seigneur inconnu). Ce peu de mois suRira pour donner une idée des allérations ([lie subil la langue espagnole dans la bouche des Jarochos.

2. a Si je trouve un compétiteur, — je sais manier mon épée ; — s’il a du fer ou du cœur, — il verra qu’elle est bien trempée. »Ces mauvaises rimes peuvent traduire fidèlement l’espagnol.

LES JAROCHOS.

Puis il dégagea sa lame affilée de l’anneau de cuir qui lui tenait lieu de fourreau et mit flamberge au vent. A son exemple, je dégainai mon sabre.

Une rencontre au milieu des solitudes américaines , avec les oiseaux des bois pour uniques témoins , avait son côté chevaleresque; mais les chevaux que nous montions l’un et l’autre juraient si fort , par leur encolure décharnée et leur allure pacifique , avec nos dispositions belliqueuses , qu’au moment même de croiser le fer, nous ne pûmes, en nous toisant , garder notre sérieux. Le fou rire qui s’était déjà une fois emparé de nous nous reprit de plus belle. Je fus le premier cependant à retrouver mon sang-froid , et je me hâtai de dire au Jarocho qu’après sa protestation contre toute pensée d’offense à mon égard, un duel entre nous n’avait plus de motif sérieux et ne pouvait s’expliquer que par des prétentions guerrières fort peu compatibles avec notre chétif équipement. Le Jarocho me tendit la main.

« Je suis fort aise de vous voir satisfait , reprit-il ; car il m’eût été bien pénible de devenir l’ennemi d’un homme qui s’est montré aussi loyal que brave. J’ai d’ailleurs une autre querelle à vider, et j’eusse manqué à un grave devoir en me battant avec vous avant d’avoir terminé l’affaire que je laisse en suspens. >

Nous reprîmes notre iparche après avoir échangé ces explications. Alors, pour donner une autre direction à l’entretien , me rappelant les dernières paroles des deux cavaliers qui s’étaient séparés à l’embranchement des deux chemins :

« Vous avez, à ce que j’ai ouï dire, un fandango demain à Manantial? demandai-je à mon compagnon.

— Oui , et au diable soit-il 1 J’avais promis à no * Sacramenta un nœud de rubans rouges, et je reviens sans en avoir

I. ÿa, abréviation de dofla, uailée dans celte partie du Mexique.

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pu trouver le plus petit bout dans les environs. Tout à l’heinre, quand vous m’avez rejoint, je maudissais ma mauvaise étoile. Peut-être venez- vous aussi à Manantial pour assister au fandango?

— Oui , lui dis-je ; mais c’est le hasard seul qui m’amène de ce côté : car je comptais, sans un contre-temps imprévu, coucher ce soir à Vera-Cruz.

— Vous ne vous repentirez pas , je l’espère, de ce contretemps ; il y aura une foule pressée comme de la fumée, des alburs par monceaux*. Mais où descendrez- vous à Manantial? Il n’y a pas d’auberge.

— Chez vous , parbleu ! repris-je , puisque vous paraissez désirer que j’assiste à votre fandango. >

Le Jarocbo s’inclina en signe d’assentiment et se mit à me faire aussitôt une brillante énumération des plaisirs qui m’attendaient le lendemain. Mon hôte parlait encore quand déjà nous approchions de Manantial. La nuit était venue. Sous un ciel étincelant d’étoiles , au milieu d’épais massifs de verdure , quelques feux épars annonçaieut de loin le village. Nous atteignîmes bientôt une petite clairière sur laquelle étaient disséminées quelques cabanes en bambous avec leur toit de feuilles de palmiers : c’était Manantial. Au son monotone d’une mandoline, des femmes vêtues de robes blanches , des hommes au costume pittoresque préludaient par la danse aux divertissements du lendemain, et de jeunes mères endormaient au bruit des chansons leurs enfants suspendus dans des hamacs de fil d’aloès. Nous entrâmes dans le cercle formé autour des danseurs. Une acclamation générale m’apprit bientôt le nom de mon nouvel hôte.

« Ah! voilà Calro*, » s’écria-t-on de tout côté, comme à

1 . Ces hyperboles, toutes locales, reviennent fréquemment dans la conversation des Jaroehos.

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