‹ Scènes de la vie parisienneChapitre 14 sur 37 · IX · texte numérisé non relu

IX

rien de toi, je veux te prouver jusqu'à quel point je suis désintéressée.

— Cheu ne vus ai rien tonné, répondit le baron charmé, cheu gomde fus ahhorder temain clrende mile vrancs te rende... c'esde mon gâteau te noces..,

Esther embrassa si gentiment Nucingen, qu'elle le fit pâlir sans pilules.

— Oh ! dit-elle, n'allez pas croire que ce soit pour vos trente mille francs de rente que je suis ainsi; c'est parce que maintenant... je t'aime, mon gros Frédéric!...

— Oh! mon Tié, birguoi m'afoir èbroufé... ch'eusse klé si hireux tèbuis drois mois...

— Est-ce en trois pour cent ou en cinq, ma bichette? dit Esther en passant les mains dans les cheveux de Nucingen et les lui arrangeant à sa fantaisie.

— En drois... Ch'en affais tes masses.

Le baron apportait donc ce matin l'inscription sur le grand-livre ; il venait déjeuner avec sa chère petite fille, prendre ses ordres pour le lendemain, le fameux samedi, le grand jour!

— Denez, ma bedide phâmme, ma seile phâmme, dit joyeusement le banquier dont la figure rayonnait de bonheur, foissi te guoi bayer fos tèbenses te guisine bir le resdant te fos churs...

Esther prit le papier sans la moindre émotion, elle le plia, le mit dans sa toilette.

— Vous voilà bien content, monstre d'iniquité, dit-elle en donnant une petite tape sur la joue de Nucingen, de me voir acceptant enfin quelque chose de vous. Je ne puis plus vous dire vos vérités, car je partage le fruit de ce que vous appelez vos travaux... Ce n'est pas un cadeau, ça, mon pauvre garçon, c'est une restitution... Allons, ne prenez pas votre figure de Bourse. Tu sais bien que je t'aime.

— Ma pelle Esder, mon anche t'amur, dit le banquier, ne me baviez blîs ainzi... Denez... ça me seraid écal que la derre endière me brit bir ein folleire, si ch'èdais ein honnêde ôme à fos yex... Cheu vus âme tuchurs te blis en blis.

— C'est mon plan, dit Esther. Aussi ne te dirai-je plus jamais rien qui te chagrine, mon bichon d'éléphant, car tu es devenu can-

dide comme un enfant... Parbleu! gros scélérat, tu n'as jamais eu d'innocence, il fallait bien que ce que tu en as reçu en venant au monde reparût à la surface; mais elle était enfoncée si avant, qu'elle n'est revenue qu'à soixante-six ans passés... et amenée par le croc de l'amour. Ce phénomène a lieu chez les vieillards... Et voilà pourquoi j'ai fini par t'aimer, tu es jeune, très-jeune... 11 n'y a que moi qui aurai connu ce Frédéric-là... moi seule!... car tu étais banquier à quinze ans... Au collège, tu devais prêter à tes camarades une bille à la condition qu'ils t'en rendissent deux... Elle sauta sur ses genoux en le voyant rire.

— Eh bien, tu feras ce que tu voudras! Eh mon Dieu! pille les hommes... va, je t'y aiderai. Les hommes ne valent pas la peine d'être aimés, Napoléon les tuait comme des mouches. Que ce soit à toi ou au budget que les Français payent des contiibiitions, qu'estce que ça leur fait?... On ne fait pas l'amour avec le budget, et, ma foi... — va, j'y ai bien réfléchi, tu as raison... — tonds les moutons, c'est dans l'Évangile selon Béranger... Embrassez votre Esder... Ah! dis donc, tu donneras à cette pauvre Val-Noble tous les meubles de l'appartement de la rue Taitbout! Et puis, demain, tu lui offriras cinquante mille francs... ça te posera bien, vois-tu, mon chat. Tu as tué Falleix, on commence à crier après toi... Cette générositélà paraîtra babylonienne... et toutes les femmes parleront de toi. Oh!... il n'y aura que toi de grand, de noble dans Paris, et le monde est ainsi fait que l'on oubliera Falleix. Ainsi c'est, après tout, de l'argent placé en considération!...

— Ti has rèson, mon anche, ti gonnais le monte, répondit-il, li seras mon gonzeil.

— Eh bien, reprit Esther, tu vois comme je pense aux affaires de mon homme, à sa considération, à son honneur... Va, va me chercher les cinquante mille francs...

Elle voulait se débarrasser de M. de Nucingen pour faire venir un agent de change et vendre le soir même à la Bourse l'inscription.

— Et hirguoi doucl te zuide?... demanda-t-il.

— Dame, mon chat, il faut les offrir dans une petite boîte en satin, et en envelopper un éventail. Tu lui diras : « Voici, madame, un éventail qui, j'espère, vous fera plaisir... » On croit que tu n'es qu'un Turcaret, tu casseras Beaujonl

— Jarmand ! jarmand ! s'écria le baron; cJi'aurai tonc te l'eehrid maindenant!... Ui, cherehède fos mods...

Au moment où la pauvre Estber s'asseyait, fatiguée de reffort qu'elle faisait po«r jouer son rôle, Europe entra.

— Madame, dit-elle, voici un commissionnaire envoyé du quai Malaquais par Célestin, le valet de chambre de M. Lucien...

— Qu'il entre!... mais non, je vais dans l'antichambre.

— Il a une lettre de Célestin pour madame.

Estber se précipita dans son antichambre, elle regarda le commissionnaire, et vit en lui le commissionnaire pur sang.

— Dis-lui de descendre!... dit Esther d'une voix faible en se laissant aller sur une chaise après avoir lu la lettre. Lucien veut se tuer,... ajouta-t-elle à l'oreille d'Europe. Monte-/ui la lettre, d'ailleurs.

Carlos Herrera, qui conservait son costume de commis voyageur, descendit aussitôt, et son regard se porta immédiatement sur le commissionnaire en trouvant dans l'antichambre un étranger.

— Tu m'avais dit qu'il n'y avait personne, dit-il dans l'oreille d'Europe.

Et, par un excès de prudence, il passa sur-le-champ dans le salon après avoir examiné le commissionnaire. Trompe-la-Mort ne savait pas que, depuis quelque temps, le fameux chef du service de sûreté qui l'avait arrêté dans la maison Vauquer avait un rival, que l'on désignait comme devant le remplacer. Ce rival était le commissionnaire,

— On a raison, dit le faux commissionnaire à Contenson qui l'attendait dans la rue. Celui que vous m'avez dépeint est dans la maison; mais ce n'est pas un Espagnol, et je mettrais ma main au feu qu'il y a de notre gibier sous cette soutane.

— Il n'est pas plus prêtre qu'il n'est Espagnol, dit Contensoiï»

— J'en suis sûr, dit l'agent de la brigade de sûreté.

— Oh! si nous avions raison!... dit Contenson.

Lucien était en effet resté deux jours absent, et l'on avait proQté de cette absence pour tendre ce piège; mais il revint le soir même, et les inquiétudes d'Esther se calmèrent.

Le lendemain matin, à l'heure où la courtisane sortait du bain et se remettait dans son lit, son amie arriva.

— J'ai les deux perles! dit la Val-Moble.

— Voyons! dit Esther en se soulevant et enfonçant son joli coude dans un oreiller garni de dentelles.

Madame du Val-Noble tendit à son amie deux espèces de groseilles noires. Le baron avait donné à Esther deux de ces levrettes d'une race célèbre, et qui finira par porter le nom du grand poëte contemporain qui les a mises à la mode : aussi la courtisane, trèsfière de les avoir obtenues, leur avait-elle conservé les noms de leurs aïeux, Roméo et Juliette. Il est inutile de parler de la gentillesse, de la blancheur, de la grâce de ces animaux, faits pour l'appartement et dont les mœurs avaient quelque chose de la discrétion anglaise. Esther appela Roméo, Roméo accourut sur ses pattes si flexibles et si minces, si fermes et si nerveuses, que vous eussiez dit des tiges d'acier, et il regarda sa maîtresse. Esther fit le geste de lui jeter une des deux perles pour éveiller son attention.

— Son nom le destine à mourir ainsi! dit Esther en lançant la perle, que Roméo brisa entre ses dents.

Le chien ne poussa pas un cri, il tourna sur lui-même pour tomber raide mort. Ce fut fait pendant qu'Esther disait la phrase d'oraison funèbre.

— Ah ! mon Dieu ! cria madame du Val-Noble.

— Tu as un fiacre, emporte feu Roméo, dit Esther, sa mort ferait un esclandre ici; je te l'aurai donné, tu l'auras perdu, fais une affiche. Dépêche-toi, tu auras ce soir tes cinquante mille francs.

Ce fut dit si tranquillement et avec une si parfaite insensibilité de courtisane, que madame du Val-iXoble s'écria :

— Tu es bien notre reine !

— Viens de bonne heure, et sois belle...

A cinq heures du soir, Esther fit une toilette de mariée. Elle mit sa robe de dentelle sur une jupe de satin blanc, elle eut une ceinture blanche , des souliers de satin blanc, et sur ses belles épaules une écharpe en point d'Angleterre. Elle se coiffa en camellias blancs naturels, en imitant une coiffure de jeune vierge. Elle montrait sur sa poitrine un collier de perles de trente mille francs donné par Nucingen. Quoique sa toilette fût finie à six heures,

elle ferma sa porte à tout le monde, même à Nucingen. Europe savait que Lucien devait être introduit dans la chambre à coucher. Lucien arriva sur les sept heures, Europe trouva moyen de le faire entrer chez madame sans que personne s'aperçût de son arrivée.

Lucien, à l'aspect d'Esther, se dit :

— Pourquoi ne pas aller vivre avec elle à Rubempré, loin du monde, sans jamais revenir à Paris?... J'ai cinq ans d'arrhes sur cette vie, et la chère créature est de caractère à ne jamais se démentir!... Et où trouver un pareil chef-d'œuvre?

— Mon ami, vous de qui j'ai fait mon dieu, dit Esther en pliant le genou sur un coussin devant Lucien, bénissez-moi...

Lucien voulut relever Esther et l'embrasser en lui disant : (I Qu'est-ce que c'est que cette plaisanterie, mon cher amour?» Et il essaya de prendre Esther par la taille; mais elle se dégagea par un mouvement qui peignait autant de respect que d'horreur.

— Je ne suis plus digne de toi, Lucien, dit-elle en laissant rouler des larmes dans ses yeux. Je t'en supplie, bénis-moi, et jure-moi d'établir à l'Hôtel-Dieu une fondation de deux lits... Car, pour des prières à l'église, Dieu ne me pardonnera jamais qu'à moi-même... Je t'ai trop aimé, mon ami. Enfin, dis-moi que je t'ai rendu heureux, et que tu penseras quelquefois à moi... dis!

Lucien aperçut tant de solennelle bonne foi chez Esther, qu'il resta pensif.

— Tu veux te tuer! dit-il enfin d'un son de voix qui dénotait une profonde méditation.

— Non, mon ami; mais, aujourd'hui, vois-tu, c'est la mort de la femme pure, chaste, aimante que tu as eue... et j'ai bien peur que le chagrin ne me tue.

— Pauvre enfant, attends! dit Lucien; j'ai fait depuis deux jours bien des efforts, j'ai pu parvenir jusqu'à Clotilde...

— Toujours Clotilde!... fit Esther avec un accent de rage concentrée.

— Oui, reprit-il, nous nous sommes écrit... Mardi matin, elle part, mais j'aurai sur la route d'Italie une entrevue avec elle, à Fontainebleau.

— Ahçà!que voulez-vous donc, vous autres, pour femmes?...

des voliges!... cria la pauvre Esther. Voyons, si j'avais sept ou huit millions, ne m'épouserais-tu pas ?

— Enfant! j'allais te dire que, si tout est fini pour moi, je ne veux pas d'autre femme que toi...

Esther baissa la tête pour ne pas montrer sa soudaine pâleur et les larmes qu'elle essuya.

— Tu m'aimes?... dit-elle en regardant Lucien avec une douleur profonde. Eh bien, voilà ma bénédiction. Ne te compromets pas, va par la porte dérobée et fais comme si tu venais de l'antichambre au salon. Baise-moi au front, dit-elle.

Elle prit Lucien, le serra sur son cœur avec rage et lui dit encore :

— Sors !... sors!... ou je vis.

Quand la mourante parut dans le salon, il se fît un cri d'admiration. Les yeux d'Esther renvoyaient l'infini dans lequel l'âme se perdait en les voyant. Le noir bleu de sa chevelure fine faisait valoir les camellias. Enfin tous les effets que cette fille sublime avait cherchés furent obtenus. Elle n'eut pas de rivales. Elle parut comme la suprême expression du luxe effréné dont les créations l'entouraient. Elle fut, d'ailleurs, étincelante d'esprit. Elle commanda l'orgie avec la puissance froide et calme que déploie Habeneck au Conservatoire, dans ces concerts où les premiers musiciens de l'Europe atteignent au sublime de l'exécution en interprétant Mozart et Beethoven. Elle observait cependant avec effroi que Nucingen mangeait peu, ne buvait pas, et faisait le maître de la maison. A minuit, personne n'avait sa raison. On cassa les verres pour qu'ils ne servissent plus jamais. Deux rideaux de pékin peint furent déchirés. Bixiou se grisa pour la seconde fois de sa vie. Personne ne pouvant se tenir debout, les femmes étant endormies sur les divans, les convives ne purent réaliser la plaisanterie arrêtée à l'avance entre eux, de conduire Esther et Nucingen à la chambre à coucher, rangés sur deux lignes, ayant tous des candélabres à la main, et chantant le Buona sera du Barbier de Séville. Nucingen donna seul la main à Esther; quoique gris, Bixiou, qui les aperçut, eut encore la force de dire, comme Rivarol à propos du dernier mariage du duc de Richelieu : « Il faudrait prévenir le préfet de police... il va se faire un mauvais coup ici... » Le railleur croyait railler, il était prophète.

264 SCiiNES DE LA VIE PARISIENNE.

M. de Nucingen ne se montra chez lui que le lundi, vers midi; mais, à une heure, son agent de change lui apprit que mademoiselle Eslher Van Bogseck avait fait vendre l'inscription de trente mille francs de rente dès vendredi, et qu'elle venait d'en toucher le prix.

— Mais, monsieur le baron, dit-il, le premier clerc de maître Derville est venu chez moi au moment où je parlais de ce transfert; et, après avoir vu les véritables noms de mademoiselle Esther, il m'a dit qu'elle héritait d'une fortune de sept millions.

— Pah!

— Oui, elle serait l'unique héritière du vieil escompteur Gobseck... Derville va vérifier les faits. Si la mère de votre maîtresse est la belle Hollandaise, elle hérite...

— Clieu le sais, dit le banquier, elle m'a ragondê sa fie... Cheu fais égrire ein mocl à Terfile!...

Le baron se mit à son bureau, fît un petit billet à Derville, et l'envoya par un de ses domestiques. Puis, après la Bourse, il revint sur les trois heures chez Esther.

— Madame a défendu de l'éveiller sous quelque prétexte que ce soit, elle s'est couchée, elle dort...

— Ah tiaple! s'écria le baron. Irobe, elle ne se vâgerait bas t'abbrentre qu'elle tefient rigissime. Elle héride te sedde milions. Le ficux Copseck esd mord et laisse ces sedde milions, et da maîdresse esd son inique héridière, sa mère édant la brobre niaise te Copseck, qui Cuillers a vaid ein desdament. Cheu ne boufais bas subssonner qu'élu milionaire gomme lui laissâd Esder tans la missère...

— Ah bien, votre règne est bien fini, vieux saltimbanque! lui dit Europe en regardant le baron avec une effronterie digne d'une servante de Molière. Hue! vieux corbeau d'Alsace!... Elle vous aime à peu près comme on aime la peste ! . . . Dieu de Dieu ! des millions ! .. . mais elle peut épouser son amant! Oh! sera-t-elle contente!

Et Prudence Servien laissa le baron de Nucingen exactement foudroyé, pour aller annoncer, elle la première ! ce coup du sort à sa maîtresse. Le vieillard, ivre de voluptés surhumaines, et qui croyait au bonheur, venait de recevoir une douche d'eau fioide sur son amour au moment où il atteignait au plus haut degré d'incandescence.

— Elle me drombaU!... s'écria-t-il les larmes aux yeux. Elle me drombait!... ô Esder !... ô ma fie!... Beddc que chesuis! Tebarcillcs fleirs groissenl- elles chamais pîr tes fieillards?... Cheu buis doute ageder, egcebdé te la chênesse!... 0 mon Tié! que vairel que tefenirf Elle a réson, cedde grielle Irobe! Esder rige m'échabbe... Vaud-il hâler se bantre? Quesd la fie sans la flamme tîfine ti blézir que ch'ai goûdéf... Mon Tic...

Et le loup-cervier s'arracha le faux toupet qu'il mêlait à ses cheveux gris depuis trois mois. Un cri perçant jeté par Europe fit tressaillir Nucingen jusque dans ses entrailles. Le pauvre banquier se leva, marcha les jambes avinées par la coupe du désenchantement qu'il venait de vider, car rien ne grise comme le vin du malheur.

Dès la porte de la chambre, il aperçut Esther raide sur son lit, bleuie par le poison, morte! Il alla jusqu'au lit, et tomba sur ses genoux.

— Ti lias rèson, elle l'avaid tid!... Elle csd morde te moi... Paccard, Asie, toute la maison accourut. Ce fut un spectacle,

une surprise, et non une désolation. 11 y eut chez les gens un peu d'incertitude. Le baron redevint banquier, il eut un soupçon, et il commit l'imprudence de demander où étaient les sept cent cinquante mille francs de la rente. Paccard, Asie et Europe se regardèrent alors d'une si singulière manière, que M. de Nucingen sortit aussitôt, en croyant à un vol et à un assassinat. Europe, qui aperçut un paquet enveloppé dont la mollesse lui révéla des billets de banque sous l'oreiller de sa maîtresse, se mit « à l'arranger en morte, » dit-elle.

— Va prévenir monsieur, Asie!... Mourir avant d'avoir su qu'elle avait sept millions! Gobseck était l'oncle de feu madame!... s'écriat>elle.

La manœuvre d'Europe fat saisie par Paccard. Dès qu'Asie eut tourné le dos, Europe décacheta le paquet, sur lequel la pauvre courtisane avait écrit : A remettre à M. Lucien de Rubemprè ! Sept cent cinquante billets de mille francs reluisirent aux yeux de Prudence Servien, qui s'écria :

— Ne serait-on pas heureux et honnête pour le restant de ses jours!.,.

Paccard n'objecta rien, sa nature de voleur fut plus forte que son attachement à Trompe-la-Mort.

— Durut est mort, répondit-il enfm en prenant les billets, mon épaule est encore avant la lettre, décampons ensemble, partageons la somme afin de ne pas mettre tous les œufs dans un panier» et marions-nous.

— Mais où se cacher? dit Prudence.

— Dans Paris, répondit Paccard.

Prudence et Paccard descendirent aussitôt avec la rapidité de deux honnêtes gens changés en voleurs.

— Mon enfant, dit Trompe-la-Mort à la Malaise dès qu'elle lui eut dit les premiers mots, trouve une lettre d'Esther pendant que je vais écrire un testament en bonne forme, et tu porteras à Girard le modèle de testament et la lettre; mais qu'il se dépêche, il faut glisser le testament sous l'oreiller d'Esther avant qu'on mette les scellés ici.

Et il minuta le testament suivant :

(( N'ayant jamais aimé dans le monde d'autre personne que M. Lucien Chardon de Rubempré, et ayant résolu de mettre fin à mes jours plutôt que de retomber dans le vice et dans la vie infâme d'où sa chanté m'a tirée, je donne et lègue audit Lucien Chardon de Rubempré tout ce que je possède au jour de mon décès, à condition de fonder une messe à la paroisse de Saint-Roch à perpétuité pour le repos de celle qui lui a tout donné, même sa dernière pensée.

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