IX. S
M L'alibi bien constaté de M. Lucien de Rubempré, son innocence, ont d'autant plus fait déplorer son arrestation, qu'au moment où le juge d'instruction donnait l'ordre de l'élargir ce jeune homtna est mort subitement. »
— Je n'ai pas besoin, mon cher, dit le stagiaire à Massol, de vous recommander la plus grande discrétion sur le petit service que l'on vous demande.
— Puisque vous me faites l'honneur d'avoir confiance en moi, je prendrai la liberté, répondit Massol, de vous présenter uneobservation. Cette note inspirera des commentaires injurieux sur la justice...
— La justice est assez forte pour les supporter, répliqua le jeune attaché au parquet, avec l'orgueil d'un futur magistrat élevé par M. de Granville.
— Permettez, mon cher maître; on peut avec deux phrases éviter ce malheur.
Et l'avocat écrivit ceci :
« Les formes de la justice sont tout à fait étrangères à ce funeste événement. L'autopsie, à laquelle on a procédé sur-le-champ, a démontré que cette mort était due à la rupture d'un anévrisme à son dernier période. Si M. Lucien de Rubempré avait été affecté de son arrestation, sa mort aurait eu lieu beaucoup plus tôt. Or, nous croyons pouvoir affirmer que, loin d'être affligé de son arrestation, ce regrettable jeune homme en riait, et disait à ceux qui l'accompagnèrent de Fontainebleau à Paris qu'aussitôt arrivé devant lu magistrat son innocence serait reconnue. »
— N'est-ce pas sauver tout?... demanda l'avocat-journaliste.
— Vous avez raison.
— Le procureur général vous en saura gré demain, répliqua finement Massol.
Maintenant, pour le plus grand nombre, comme pour les gensd'élite, peut-être cette Élude ne semble-t-elle pas entièrement finie par la mort d'Esthcr et de Lucien; peut-être Jacques Collin, Asie, Europe et Paccard, malgré l'infamie de leurs existences, intéressent-
SPLENDEURS ET ftlISÈUES DES COURTISANES. 371
ils assez pour qu'on veuille savoir quelle a été leur fm. Ce dernier acte du drame peut d'ailleurs compléter la peinture de mœurs que comporte cette Étude, et donne la solution de divers intérêts en suspens que la vie de Lucien avait si singulièrement enchevêtrés, en 'mêlant quelques-unes des ignobles figures du bagne à celles des plus hauts personnages.
Ainsi, comme on le voit, les plus grands événements de la vie sont traduits par de petits faits-Paris plus ou moins vrais. 11 en est ainsi de bien des choses beaucoup plus augustes que celles-ci.