‹ Scènes de la vie parisienneChapitre 8 sur 37 · FRÉDÉRIC DE NUCINGEN · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC DE NUCINGEN

— Eh! il m'ennuie, ce pot à millions! s'écria Esther redevenue courtisane.

Elle prit du papier à poulet et écrivit, tant que le papier put la contenir, la célèbre phrase, devenue proverbe à la gloire de Scribe : Prenez mon ours.

Un quart d'heure après, saisie de remords, Esther écrivit la lettre suivante :

« Monsieur le baron,

» Ne faites pas la moindre attention à la lettre que vous avez reçue de moi, j'étais revenue à la folle nature de ma jeunesse; pardonnez-la donc, monsieur, à une pauvre fille qui doit être une esclave. Je n'ai jamais mieux senti la bassesse de ma condition que depuis le jour où je vous fus livrée. Vous avez payé, je me dois. Il n'y a rien de plus sacré que les dettes de déshonneur. Je n'ai pas le droit de liquider en me jetant dans la Seine. On peut toujours payer une dette en cette affreuse monnaie, qui n'est bonne que d'un côté : vous me trouverez donc à vos ordres. Je veux payer dans une seule nuit toutes les sommes qui sont hypothéquées sur ce fatal moment, et j'ai la certitude qu'une heure de moi vaut des millions, avec d'autant plus de raison que ce sera la seule, la dernière. Après, je serai quitte, et pourrai sortir de la vie. Une honnête femme a des chances de se relever d'une chute ; mais, nous autres, nous tombons trop bas. Aussi ma résolution est-elle si bien prise, que je vous prie de garder cette lettre en témoignage de la cause de la mort de celle qui se dit, pour un jour,

» Votre servante,

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