A MADAME LA BARONNE DU GUÉNIC
« Chère maman, quand vous viendrez à Paris, comme vous nous » l’avez fait espérer, je vous remercierai moi-même du beau présent » par lequel vous avez voulu, vous, ma tante Zéphirine et Calyste, » me remercier d’avoir accompli mes devoirs. J'étais déjà bien payée » par mon propre bonheur !.. Je renonce à vous exprimer le plaisir » que m'a fait cette charmante toilette, c’est quand vous serez près » de moi que je vous le dirai. Croyez qu’en me parant devant ce » bijou, je penserai toujours, comme la dame romaine, que ma » plus belle parure est notre cher petit ange, etc. »
Elle fit mettre à la poste pour Guérande cette lettre par sa fenime de chambre. Quand la vicomtesse de Portenduère entra, le frisson d’une fièvre épouvantable succédait chez Sabine à ce premier pa roxisme de folie.
— Ursule, il me semble que je vais mourir, lui dit-elle,
— Qu’avez-vous, ma chère?
— Qu'est-ce que Savinien et Calyste ont donc fait hier après avoir diné chez vous?
— Quel diner? répartit Ursule à qui son mari n’avait encore rien dit en ne croyant pas à une enquête immédiate. Savinien et moi, nous avons diné hier ensemble et nous sommes allés aux Italiens, sans Calyste.
— Ursule, ma chère petite, au nom de votre amour pour Savinicn, gardez-moi le secret sur ce que tu viens de me dire et sur ce que je te dirai de plus. Toi seule sauras de quoi je meurs... Je suis trahie, au bout de la troisième année, à vingt-deux ans et demi!
Ses dents claquaient, elle avait les yeux gelés, ternes, son visage prenait des teintes verdâtres et l'apparence d’une vieille glace de Venise.
— Vous, si belle !... Et pour qui?