‹ Scènes de la vie privée et publique des animauxChapitre 2 sur 95 · LES · texte numérisé non relu

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discuter et qu'elle en puisse mürement peser les conséquences.

Las enfin de se voir exploités et calomniés tout à la fois par l’espèce humaine, — forts de leur bon droit et du témoignage de leur conscience, — persuadés que l'égalité

ne saurait être un vain mot,

LES ANIMAUX SE SONT CONSTITUÉS EN ASSEMBLÉE DÉLIBÉRANTE pour aviser aux moyens d'améliorer leur position et de

secouer le joug de l'Homme.

Jamais affaire n'avait été si bien menée: des Animaux seuls sont capables de conspirer avec autant de discrétion.

Il parait certain que la scène s’est passée par une belle

nuit de ce printemps, en plein Jardin des Plantes, au beau

milieu de la Vallée Suisse.

UN SIx6E distingué, autrefois le commensal de MM. Huret et Fichet, mû par l’amour de la liberté et de limitation, avait consenti à devenir serrurier et à faire un miracle.

Cette nuit-là, pendant que l'univers dormait, toutes les serrures furent forcées comme par enchantement, toutes les cages s’ouvrirent à la fois, et leurs hôtes en sortirent en silence sur leurs extrémités. Un grand cercle se fit : les ANIMAUX DOMESTIQUES se rangèrent à droite , les ANIMAUX sau- VAGES prirent place à gauche, Les MozLusques se trouvèrent au centre; quiconque eût été spectateur de cette scène

étrange eût compris qu'elle avait une réelle importance.

L'Histoire des Chartes n’a rien de comparable à ce qui s'est passé dans ce milieu d'illustrations Herbivores el Carnivores. Les Hyënes ont été sublimes d'énergie et les Oiss attendrissantes. Tous les représentants se sont embrassés à la fin de la séance, et, dans cette effusion d’accolades, il n’y a eu que deux ou trois petits accidents à déplorer : un Canarp a été étranglé par un Renan» ivre de joie, un Mourox par un Loue enthousiasmé, et un CHEVAL par un Tire en délire. Comme ces Messieurs étaient en guerre depuis longtemps avec leurs victimes, ils ont. déclaré que la force du sentiment et de l’habitude les avait emportés, et qu’il ne fallait attribuer ces légers oublis des convenances qu’au bonheur de la réconciliation.

Un Canarb survivant, trouvant l’occasion très-belle, promit de faire une complainte sur la mort de son frère et des autres martyrs décédés pour la patrie. Il dit qu’il chanterait volontiers cette belle fin qui leur vaudrait limmortalité.

Entrainée par ces mémorables paroles, l’Assemblée a fermé l'incident, et l’on a passé de même à l’ordre du jour à propos d’une nichée de Rars qu’un ÉLépnanr avait écrasés sous son pied en faisant une motion contre la peine de mort, de laquelle il avait été dit quelques mots.

Ces détails, et bien d’autres qui n’ont pas moins mar-

qué, nous les tenons d’un sténographe du lieu, personnage

grave el bien informé, qui nous à mis au courant de

cette grande affaire. C’est un Perroquer de nôs amis, habitué depuis longtemps à manier la parole et sur lequel on: peut compter, puisqu'il ue répète que ce qu'il à bien entendu. Nous demanderons à nos lecteurs la permission de {aire son nom, ne, voulant pas l’exposer au poignard de ses concitoyens, qui tous ont juré, comme autrefois les sénateurs de Venise, de garder le silence sur les affaires de l'État. | Nous sommes heureux qu’il ait bien voulu sortir, en notre faveur, de son habituelle réserve : car on trouverait difficilement des naturalistes assez indiserets pour aller demander des confidences à MM. les Ticres, les Lours et les SANGLIERS , quand ces estimables personnages ne sont pas en humeur de parler.

Voici, tel que nous lavons reçu de notre correspondant, l’historique assez détaillé des événements de “eette

séance , qui rappelle louverture de nos anciens Etats-

Généraux.

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