‹ Scènes de la vie privée et publique des animauxChapitre 3 sur 95 · UNE HEURE APRÈS MINUIT · texte numérisé non relu

UNE HEURE APRÈS MINUIT

Discours du Since , d’un Conseiv fort instruit et d’un Hirou aucemanv. — L'ANE prend la parole sur la question préliminaire de la présidence (son discours est écrit). — Réponse du Renan. — Nomination du Président.

Questions relatives à la répression de la force brutale de L'Homme et à la réfutation des calomnies qu'il accumule

depuis le déluge sur la tête des Animaux. — Chacun apporte ses Inmières. — Les Animaux sauvaces veulent la guerre, les Animaux civiisés se prononcent pour le statu quo. — Toutes les questions à l’ordre du jour,

compris la question d'Orient , sont successivement diseutées par les honorables membres de cette illustre assemblée. — Discours résumés du Lion, du Cnien, du Ticne, d’un Cnevas ANGLAIS PUR sanG, d’un Cnevar

SEAUCERON, du Rossiénoc, du VER DE TERRE, de La Tortre, du Cerr, du CaméLéon, etc., ete., etc.

2€ RENano répond à ces divers orateurs, et met tout le monde d'accord au moyen d’une transaction. — Adoption de sa proposition. — La présente publication est décidée. — Le Since et Le Pennoquer sont nommés Rédacteurs

en chef.

MM. Les Animaux se pressent dans les allées du Jardin des Plantes.

Des Fonpés pE Pouvoir des ménageries de Londres, de Berlin, de Vienne et de la Nouvelle-Orléans sont venus, à travers mille dangers, représenter leurs frères captifs.

De tous les points de la création, pes DéLécués de chaque espèce Animale sont accourus pour plaider la cause de la liberté.

Dès une heure la séance est très-animée ; on peut déjà prévoir qu'elle sera dramatique, les usages académiques

et parlementaires étant encore peu familiers aux membres

de cette illustre Réunion.

Du reste, la physionomie de l’Assemblée est triste et morne en général : on voit bien que c’est Fanniversaire de la mort de La Fontaine. MM. les Animaux civilisés sont en deuil et portent la plupart un crêpe, tandis que les autres, qui méprisent ces vaines marques de la douleur, se contentent de laisser tomber leurs oreilles et traîner tristement leur queue.

Dans plusieurs centres particuliers on s’échauffe sur les préliminaires à établir, sur les formes à suivre, sur le règlement à instituer, et enfin sur la question de la pré-

sidence.

Le SINGE propose d’imiter en tout les coutumes des

Hommes , qui, dit-il, se conduisent entre eux avec une cerlaine habileté.

LE CaMÉLÉON est de l'avis de l’orateur.

Le SerpEnr le siffle.

Le Loup s’indigne qu'on ait ainsi recours à la politique de ses ennemis. « D'ailleurs singer n’est pas imiter. »

Ux vieux Corgeau fort érudit croasse de sa place qu’il y aurait danger à suivre de pareils exemples; il cite le vers

Si CONNU :

Timeo Danaos et dona ferentes ;

« Je crains les Hommes et ce qui me vient d'eux. »

l'est félicité tout haut, dans la langue de Virgile, sur

l’heureux choix de sa citation, par un HiBou ALLEMAND très-

versé dans l'étude des langues mortes, qui, ne sachant pas

un mot de français, est enchanté de trouver à qui parler.

— La Buse contemple avec respect ces deux savants latinistes. — L'OisEAu- MoQuEuR fait remarquer au MERLE qu'il y a un moyen infaillible de passer dans le monde pour un Animal instruit, ©’est de parler à chacun

de ce qu'il ne sait pas. —

Le CamÉLÉoN est successivement de l'avis du Lour, du CorBEAU, du Serrenr et du Higou allemand.

La Manrmorre se lève et dit que la vie est un songe.

L'HiRoNDELLE répond qu'elle est un voyage.

UN MEMBRE DE LA GAUCHE demande le rappel à la question.

Le Lièvre l'avait déjà oubliée.

L’ANE, qui vient enfin de la comprendre, s’exclame à tue-tête, demande le silence et l’obtient. (Son discours

est écrit.)

— LA Pie se bouche les oreilles et dit que les ennuyeux sont comme les

sourds : quand ils parlent, ils ne s'entendent pas.

L'orateur dit que, puisque la question de la présidence est la première en discussion , il croit rendre service à l’assemblée en lui proposant de se charger de ce difficile emploi. Il pense que sa fermeté bien connue, que son intelligence proverbiale en Arcadie , que sa patience surtout, le rendent digne des suffrages de ses concitoyens.

Le Lour s'irrite de ce que L’Ane, ce triste jouet de

L'Homme, ose se croire des droits à présider une Assemblée

fi À 8 PROLOGUE.

libre et réformatrice ; il dit que l'éloge de sa patience est un coup de sabot donné aux honorables représentants. L’AnE, blessé au cœur, brait de sa place pour que l’ora- 1 teur soit rappelé à l’ordre.

Tous les Animaux domestiques font chorus avec lui : LE CHEN aboie, LE Mouron bêle, LE Cnar miaule, LE Co

Ni 4 chante trois fois.

| — LE CANARD dit qu’on se croirait parmi les hommes, qui finissent par

h crier quand ils ont tout à fait tort ou tout à fait raison.

Le tumulte est effrayant. Le besoin d’un Président se fait de plus en plus sentir : car s’il ÿ avait un Président, le Président se couvrirait.

Le Ponc-Éric trouve la question hérissée de difficultés.

Le Lion, indigné de l'aspect scandaleux que présente l’Assemblée, pousse un rugissement pareil au bruit du tonnerre.

Cette imposante manifestation rétablit le calme.

Le Rexarp en profite pour se glisser à la tribune.

— À cette vue, LA PouLE tremble de tous ses membres, et se cache

derrière LE MOUTON. —

I dit d’une voix conciliante qu'il s'étonne qu'une question préliminaire, d’une moindre importance que toutes

les autres, soulève d'aussi graves débats. — Il loue L'ANE

de sa bonne volonté et Le Lour de sa vertueuse colère,

RÉSUMÉ PARLEMENTAIRE. 9 mais 1l fait observer que le temps presse, que la lune pâlit, et qu’il faut se hâter.

Il ose espérer que le candidat qu’il va présenter réunira tous les suffrages. « Sans doute il est, comme tantd’autres, « hélas! assujetti à L'Homme. Mais chacun convient qu’il a « des moments d'indépendance qui font honneur à son « caractere.

— Jo L'Huîrre bälle. —

€ Le Murer, messieurs, a toutes Les qualités de L’Awe.

— La MARMOTTE s'endort. —

« Sans en avoir les faiblesses, il a le pied plus sûr et « l'habitude des pas difficiles; il a de plus, et c’est à un « hasard bien significatif qu’il le doit, et sans doute aussi «à Son empressement à venir au rendez-vous indiqué, « 1l a seul entre tous ce qui constitue le véritable prési- « dent de toute Assemblée délibérante..…. l'indispensable

« sonnette que vous voyez briller sur sa poitrine. »

L’ASSEMBLÉE, ne pouvant méconnaitre la force d’une vérité aussi fondamentale, trouve l'argument péremptoire

et irrésistible.

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