DES ANIMAUX QUI VEULENT PARVENIR AUX HONNEURS
fl . essieurs les Rédacteurs, les Anes sentent le besoin de s'opposer, à la Tribune
Animale, contre l’injuste opinion qui
fait de leur nom un symbole de bêtise.
Si la capacité manque à celui qui vous - envoie cette écriture, on ne dira pas du moins qu'il ait manqué de courage. Et d’abord, si quelque philosophe examine un jour la bêtise dans ses rapports avec la société, peut-être lrouvera-t-on que le bonheur se comporte absolument comme un Ane. Puis, sans les Anes, les maJorités ne se formeraient pas : ainsi l’Ane peut passer pour le type du gouverné. Mais mon intention n’est pas de parler
politique. Je m'en tiens à montrer que nous avons beau-
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coup plus de chances que les gens d’esprit pour arriver aux honneurs, nous ou ceux qui sont faits à notre image : songez que l’Ane parvenu qui vous adresse cet intéressant Mémoire vit aux dépens d’une grande nation, et qu'il est logé, sans princesse, hélas! aux frais du gouvernement britannique dont les prétentions puritaines vous ont été dévoilées par une Chatte.
Mon maitre était un simple instituteur primaire aux environs de Paris, que la misère ennuyait fort. Nous avions. cette première et constitutive ressemblance de caractère, que nous aimions beaucoup à nous occuper à ne rien faire et à bien vivre. On appelle ambition cette tendance propre aux Anes et aux Hommes : on la dit développée par l’état de société, je la crois excessivement naturelle. En apprenant que Jj'appartenais à un maitre d'école, les Anesses m’envoyèrent leurs petits, à qui Je voulus montrer à s'exprimer correctement; mais ma classe n’eut aucun succès et fut dissipée à coups de bâton. Mon maître était évidemment jaloux : mes Bourriquets brayaient couramment quand les siens ânonnaient encore, et je l’entendais disant avec une profonde injustice : — Vous êtes des Anes! Néanmoins mon maître fut frappé des résultats de ma méthode qui l’emportait évidemment sur la sienne.
— Pourquoi, se dit-il, les petits de l'Homme mettent-
ils beaucoup plus de temps à parler, à lire et à écrire,
que les Anes à savoir la somme de science qui leur est
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