‹ Scènes de la vie privée et publique des animauxChapitre 66 sur 95 · ARE · texte numérisé non relu

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UN VIEUX FAUCON. 323 les difficultés que lui avait présentées la nature calcaire d'un terrain stratifié, à se creuser sous une dalle un trou fort profond.

Le digne seigneur était allié aux espèces les plus nobles de France, et comptait des Phénix, des Merlettes et des Hermines dans sa famille.

C'était un vieillard encore sec et vigoureux. Il y avait dans toute sa personne cette grâce naturelle et imposante des oiseaux de grande race, cette simple majesté qui, diton, devient de Jour en jour plus rare; et quand la goutte (cette maladie des nobles, qui s’est fait peuple comme le reste, et qui a eu tort) lui laissait quelque répit, il fallait l'entendre raconter ses prouesses d’autrelois; alors sa haute taille se redressait, son œil brillait comme l'œil de l’Aigle et semblait défier le temps lui-même. — « Un jour, (disait-il souvent), et c'était là un de ses glorieux souvenirs, un Jour J'échappai au page qui me portait, et je chassai librement pendant toute une semaine. Ah! j'étais le premier Faucon de France! Aussi, quand je reparus, ma belle maitresse fut-elle si aise de me revoir, qu’elle me baisa de toute son âme en me remerciant d’être revenu. Le pauvre page avait été grondé, mon retour lui valut sa grâce. »

Hélas! plus de chasses, plus de fêtes brillantes, plus de fanfares, plus de triomphes, plus de ces grandes dames si regrettées aujourd’hui, de ceux même qui n’ont jamais

pu savoir de combien elles l’emportaient sur celles d'à pré-

sent, n1 par conséquent pourquoi elles sont si regrettables.

Au lieu de tout cela, des chasses sans pompe, des chasseurs en lunettes, les chasseurs du jour enfin, qui vont à la chasse sur les grandes routes et jettent leur poudre aux moineaux ; et enfin, au lieu de ces pages dorés qui le portaient au poing, pour tout serviteur, dois-je le dire? un pauvre Sansonnei !

Après tout, mieux vaut peut-être pour page un Sansonnet que pas de page du tout. Ce Sansonnet était bien le plus drôle d’oiseau qui se puisse voir; vieux, cassé, bavard, fantasque, mais bon, mais dévoué et domestique par tempérament. Il avait appartenu au sacristain d’une petite église voisine, et, en vertu sans doute de ce proverbe, qui dit tel maître tel valet, il avait fini par ressembler à son maitre, et avait pris des airs d'église, qui donnaient à sa figure et à son accent je ne sais quoi d’humain et de béni, dont l'effet provoquait, quoiqu’on en eût, un fou rire.

Devenu libre à la mort de son premier maitre, il était resté tristement perché sur sa cage pendant quatre grands Jours, se contentant de gober tristement quelques mouches au passage, et ne s’était envolé qu'après avoir eu le temps de se convaincre que les morts ne reviennent pas.

Ne sachant que faire de sa personne, il était venu, rien que pour l’amour de la domesticité, offrir ses services et

le respectueux servage de son cœur au vieux Faucon qui

les agréa. Dès les premiers Jours, il s'était pris d’une affec-

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