M° LE DUC ET M" LA DUCHESSE
buts de la noblesse. Mais, bah! l’habit ne fait pas le moine, et le château ne fait pas le noble. Du reste, ma bonne dame, volez là-bas, à droite, vous y trouverez les ruines du vieux château, et vous y serez tout aussi bien qu'ici, Je vous assure.
— Des ruines ! m’écriai-je, il y a des ruines près d’ici, il reste quelque chose du vieux château, et j'aurais pu passer la nuit sur cette vilaine terrasse qui n’a ni style, ni grandeur, ni souvenirs! Merci, ma belle, votre maitresse fait bien d’être une sotte; à l’heure qu’il est, je n'ai qu'à me louer d'elle.
En vérité, rien n’est plus bouffon que les prétentions de ces nobles de contrebande. Je laissai là ces oiseaux ridicules, cette maison badigeonnée, et bien m’en prit.
Sans doute du vieux château il était resté peu de chose, mais J'aurais donné vingt-cinq châteaux restaurés comme celui que je venais de quitter, pour une seule des pierres du vénérable mur sur lequel j’eus le bonheur de me poser.
L’admirable vieux mur!
Est-il au monde rien de plus touchant que ces débris immortels qui témoignent si éloquemment du tort que ce qui est, fait chaque jour à ce qui a été? Comment peut-on hésiter entre les vieilles choses et les nouvelles? Le présent
est-il autre chose que /e singe du passé '?
! Jean Paul.
Un vieux Faucon.
Ce superbe vieux mur entourait une cour vieille aussi. Une vigne -vierge embrassait de ses vertes pousses tout un pan de la muraille. Des scolopendres, des lys et des tulipes sauvages croissaient entre les marches d’un perron délabré qu’un lierre recouvrait en partie. Les humbles fleurs blanches de la bourse à pasteur, les boutons d’or, les giroflées jaunes, l’œillet rougeûtre, le pâle réséda, les vipérines bleues et roses se faisaient Jour entre les dalles et disputaient la terre aux mousses, aux lichens, aux graminées, aux ronces et aux orlies.
Des gueules de loup, des perce-pierres et les touffes hardies des coquelicots couleur de feu, vivaient au milieu des décombres qu’elles semblaient enflammer.
Où l'Homme n’est plus, la nature reprend ses droits.
Cette vieille cour appartenait à un vieux Faucon qui n'avait pas grand’chose, parce que les révolutions l'avaient ruiné, mais qui donnait tout ce qu’il avait et vivait pauvrement, mais noblement, faisant volontiers les honneurs
de sa cour aux animaux égarés; aussi était- elle tou-
jours encombrée de bêtes à toutes pattes, à tout poil
et à toutes plumes, de Rats sans ressources, de Musaraignes et de Taupes attardées, de Grillons, de Cigales et autres musiciens sans asile; quelques-uns même sy étaient fixés à demeure. Les Pierrots n’y manquaient
pas, et un Mulot très-entêté était parvenu, malgré toutes
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