‹ Scènes de la vie privée et publique des animauxChapitre 69 sur 95 · M* LE DUC ET M" LA DUCHESSE (SUITE · texte numérisé non relu

M* LE DUC ET M" LA DUCHESSE (SUITE

origine, en vint à reprocher à son pauvre mari de n'être, après tout, qu’un Hibou. — Quel sort! quel triste sort! s’écriait-elle. Étre obligée de passer sa vie dans la société d’un Oiseau vulgaire et bourgeois, dont les seuls mérites, sa bonté et son attachement pour moi, sont gâtés par leur excès même ! — Malheureuse Chouette!

Plus malheureux Hibou!

Joies modestes de la fabrique, qu’êtes-vous devenues ? Plaisirs menteurs de la terrasse, où êtes-vous? Tout d’un coup madame la Duchesse cessa de chanter des nocturnes avec son mari; ét un beau jour, s'étant laissé toucher par les discours audacieux d’un Milan qui avait été reçu par Monsieur le Duc, à cause de son nom, elle partit avec lui. Le perfide avait séduit la Femme de son ami en employant avec elle les mots les plus longs de la langue des Milans amoureux.

Cet événement prêta, comme on peüt le croire, aux caquets. Les Pies, les Geais, notre vieux Sansonnet luimême, le commentèrent de mille façons. Il y a des malheurs qui manquent de dignité. Tout le monde blâma la

coupable, mais personne né plaignit le pauvre inari. La

pitié qu’on accorde aux plus grands criminels, pourquoi la

refuse-t-on à ceux qu'un sot orgueil a perdus? — Faitesvous donc Grand Duc.

Pour être sûre qu’elle ne tarderait pas à lui parvenir, madame la Duchesse laissa dans la partie de la terrasse où

son mari avait coutume de prendre ses repas, la lettre que

voici. Cette lettre était, comme dernier trait de carac-

tère, écrite sur du papier à vignette, el parfumé.

« Monsieur le Duc,

« ILest dans ma destinée d’étre incomprise. Je n'essayerai

« donc pas de vous expliquer les motifs de mon départ.

« Signé Duchesse de la Terrasse. »

M. le Duc lut, relut, et relut cent fois, sans pouvoir les comprendre, ces lignes écrites pourtant d’une griffe et d’un style assez ferme, et sembla justifier ainsi le laconisme de l’auteur. ‘

Mais ce que l'esprit ne s'explique pas toujours, le cœur parvient souvent à le comprendre, et il sentait bien qu'un grand malheur venait de le frapper. Ce ne pouvait pas être pour rien que tout son sang avait ainsi reflué vers son cœur... Ses plumes se hérissèrent, ses yeux se fermerent, et il fut, pendant un instant, comme atteint de vertige. Lorsqu'il put enfin mesurer toute l’étendue de son mal-

heur, il laissa tomber sa tête sur sa poitrine oppressée, et

demeura longtemps immobile, comme s’il eût été privé de

tout sentiment.

Quand on est ainsi frappé tout d’un coup, on se sent si faible, qu’on voudrait ne l'avoir été que petit à petit et comme insensiblement. — Il lui sembla d’abord que

quelque chose d’aussi essentiel que l'air, la terre et la nuit

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