‹ Scènes de la vie privéeChapitre 8 sur 8 · NT · texte numérisé non relu

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l'absolu TROlJyÉ

M. et madame de Solis restèrent en Espagne, plus long-temps qu'ils ne le voulurent.

Marguerite y eut un enfant. Uft se trouvaient au milieu de l'année i83o, à Cadix où ils comptaient s'embarquer pour revenir en France, par l'Italie; mais ils y reçurent une lettre dans laquelle Félicie apprenait de tristes nouvelles à sa sœur.

En dix-huit mois , M. Claës s'était complè-

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tement ruiné. Gabriel et M. Pierquin étaient obligés de remettre à Lemulquinier ^ une somme mensuelle pour subvenir aqx dépenses de la maison ^ *car le vieux domestique avait encore une fois sacrifié sa fortune à son maître. Balthazar ne voulait recevoir perçonne^ et n'admettait même pas ses enfans chez lui. Josette et Martha étaient mortes; le coch^r^ le cuisinier^ et les antres gens avaient été successivement renvoyés ; les chevaux et les équipages Vendus. Quoique Lemulquinier gardât le plus profond secret sur les habitudes de son maître^ il était à croire que les mille francs donnés par Gabriel Claës et par Pierquin, s'employaient en expériences. Lepeu de provisions que le valet de chambre achetait au marché ^ faisait supposer que ces deux vieillards se contentaient du strict néce^s^if^e. Enfin ^ pour ne pas laisser vendre U liaison paternelle, Gabrie} et Pierquin pfliyat9l)t làs intérêts des sommes que le vieillard avftit empruntées^ àleurinsu^ sur cet immeuble. ÂudU^ de ses enfans n'avait d'infhience sur ce

vieillard qui^ à soixant^di;^ ans^ déployait une énfiPgîe extraordinaire pour arriver à faire tou-^ tes ses volontés^ même les plus absurdes. Mar*gueritefMmvjMit peut-être seule reprendre l'em-

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pire qu'elle avait jadisr exercé sur lui ^ Félide suppliait sa sœur d'arriver promptement ^ car elle craignait que sou père n'eût signé quelques lettres de change , et Gabriel, M/Conyncks, Pierquin effrayés tous de la cohtinuité d'une folie qui avait dévoré environ sept millions sans résultat^ étaient décidés à ire pas payer les dettes de M. Clàës,

Cette lettre changea les dispositions du voyage de Margu^te qui prit le chemin le:

plus court pour gagner Douai. Ses éieonomieé et sa nouvelle fortune lui permettaient bien d'éteindre encore une fois les dettes* de son père; mais elle .voulait plus, elle voulait obéir à sa mère en ne laissant pas descendre au tombeau Balthazar déshonoré. Certes, elle seule pouvait exetçer fissek d'ascendant sur ce vieillard pour Teiiipècher de continuer soA œuvre de ruine ^ à un âge où l'on ne devait attendre aucun tràvafi fructueux de ses facultés affaiblies. Mais elle désirait le gouvevner sansie froisser^ ^fin de ne pas imiter les e^fansHle Sophoele? au cas où son père approcherait du but scientifique auquel il avait tant sacrifié.

M. et madame de Solis atteignirent la Flan« dre vers les derniers jours du mois de septem-^

bre i83o, et amvèrent à Doi^ai dans la iiiiati' née. Marguerite se fit arrêter à sa maison de la rue de Paris, et la trouva fermée. La son-^ nette fut violemment ticée sans que personne aç répondit. Alor^. un7'marchaq4 quitta Iç pas de sa bqutique où l'avait am.ené le . fracas des voitures de M. de Solis et de sa suite. Beaucoup de personnes^ étaient aux fenêtres pour' jouir du spectacle que leur offrait le retour d'un ménage aimé dans toute la vi^e^i' et attirées aussi pjir cette curiosité vague qui. Rattachait aux événemens que l'arrivée de Marguerite faisait ^préjuger dans la maison. Claës. Le marchand dit au valet de chambre de M. de Solis, que le vieux.M. Claës était sorti depuis environ une heures et que sans doute monsieur Lemulquinier promenait son maître $ur les remparts. Marguerite envoya chercher un serrurier pour ouvrir -la porte, afin d'éviter la scène que lui préparait la résistance de son père , si, comme le lui avait écrit Félicie ,^ il se refusait à l'admettre chez hii. Pendant ce temps , M. de Solis alla chercber>le vieillard pour lui annoncer l'arrivée de sa fille, tajodis que s»n valet de chambre courut prévenir M. et madame Pierquih .

En un moment la porte fat ouverte. Madame de Solis entra dans le parloir pour y faire mettre ses bagages, et frissonna de terreur en en voyant les miirailles nués^coriime si le feu s'y était mis.Lesadmirabtesbôfeeri^sscuip-* tées par Van-Huyrfum, et te portrait du î^ésident avaientété vendus,^t-on, àlord Spence». La salle à mang^ était vide, il ne s'y trouvait plus que defux chaises de paille et une table commune sur laquelle Marguerite aperçût avec effroi deux amettes , deux bols , deux couverts d'argent, et sur un plat les reste» d'un* hareng saur que M. Claës et son valet de chambre venaient sans doute dé partager .En un instant elle parcourut la maison dont chaque pièce lui offrit le désolant spedade d'une nudité pareille à celle du parloir et de la salle à manger. '^L^idée de l'absoluavait passé partout comme un incendie. Pour tout mobilier la chambre de son père avait un lit, une chaise et une table sur laquelle était ' up mauvais chandelier de cuivre où la veille.^ avait expiré un bout de chandelle de la plus mauvaise espèce; enfin, le dénûment y était si complet qu'il n'y avait même plus de rideaux aux fenêtres. Les moindres objets qui pouvaient

avoir une valeur dans la maison , tout jusqu'aux ustensiles de cuisitte avait été vendu.

Emue par la curiosité qui ne nous abandonne mémç' pas dans le malheur^ Marguerite ' entra chez Lemulquinier j dont la chambre était ^ussi nue que celle de son maître \ et ^ dans le tiroir à demi fermé de la table , elle vit une reconnaissance du Mont de Piété qui attestait que le valet avait mis sa montre en gage quelques jours auparavstnt. Elle courut i^u laboratoire et trouva cette pièce pleine d'instrumens descieike comme par le passé. Elle se fit ouvrir son ap^ parteme&t^ son père y arait t<»it respecté. Au premier coup d'œil que madame <le Solis y jela^ elle fondit en larmes et pardonna tout à son père. Au milieu de cette fureur dévastatrice > il avait donc été arrêté par le sentiment paternel et par la reconnaissance qu'il devait à sa fille ! Cette preuve de tendresse reçue dans un moment où le désespoir de Marguerite était \ son comble^ détermina Tune de ces réaeticms moittiles contre lesquelles les cœurs les fdus froids sont sans force. Elle descendit au parloior et j attendit l'arrivée de son père ^ date une ansdiétéque le doute augmentait afi&eusement. Comment allait-elle le revoir? Détruit, décrépit.

souffrant^ afEsdbli par les jeunes qu'il subissait par orgueil ? Mais aurait-il sa raison? Des laftmes coulaient de ses yeux saas qu'elle s'en aperçût y en retrouvaat ce saoctuairje dévasté T Les images de toute sa vie, ses efforts^ ses. précautions inutiles^ son enfanc^^ sa mère heureuse et malheureuse^ tout ^ jusqu'à lai vue de son petit Joseph , qui souriait à ce spec-^ tacle de désolation^ lui composait un poème de déchirsuotes mélancolies. Mais quoiqu'elle prévît des malheurs , elle ne s'attendait pas au. dénoûment qui devait couronner la vie de sou père j cette vie à la fois si grandiose et si mi^ sérable.

L'état dans lequel se trouvait M. Gaês n'était un secret pour personne; et à la honte des hommes^ il ne se rencontrait pas à Dou£ti deçà coeurs généreux qui rendissent honneur à si^ persévérance d'homme de génie. Pour toute la haute société^ Balthazar était un homme à in«terdire^ un mauvais père qui avait mangé quatre fortunes^ des millions^ et qui cherchait la pierre philosopbale y aOrDix*Neuvième Siècle ; ce siècle éclairé^ ce siècle incrédule^ ce«iècle. . . Que ne se disait-on pas d'éloges , à propos dç ce siède où^ comme dans tous les autres^ le ta-

lent exjrfi^ sous une indifférence aussi brutale , que rétait celle des temps où moururent Dante^ Cervantes^ Tasse e Ugtti (jûanti^ car les peuples comprennent encore plus tardivement les créations du génie qu<$ ne les comprenaient les Rois. Ces opinions aif aient insensiblement filtré de la 'haute société dans la bourgeoisie^ et de la bourgeoisie dan^ le bas peuple. Le chimiste septuagénaire excitait dt)nc un profond sentiment de pitié chez les gens bien élevés y une curiosité railleuse dans le peuple^ deux expressions grosses de mëpris et de ce vœ vietis! dont les masses accablent les grands hommes malheureux. Beaucoup de personnes venaient voir sa maison^ se montraient la rosace du grenier où . sf était consumé *ant d'or et de charbon. Quand Balthazar passait^ il était indiqué du doigt ^ souvent un mot de raillerie ou de pitié s'échappait des lèvres d'un homme du peuple ou d'un enfant^ mais Lemulqninier avait soin de le lui traduire comme un éloge, et il pouvait le tromper impunément; car si les yeox de Bahliazar avaient" 'consente cette lucidité sublitne que l'hubitudte dies grandes pensées y imprime^ le setis de fouie s'était afTaibli chez lui. PoU!r beaucoup de paysans^

de gens grossiers et superstitieux , ce vieillard était donc un sorcier. La noble ^ la grande maison Claës s'appelait dans les faubourgs et dans les campagnes^ la maison du diable. Il n'y avait pas jusqu'à la figure de Lemulquinier qui ne prêtât aux croyances ridicules qui s'étaient répandues sur son maître. Aussi^ quand le pauvre vieux ilote allait au marché chercher les denrées nécessaires à leur subsistance^ et qu'il prenait parmi les moins chères de toutes^ n'obtenait-il rien sans recevoir quelques injures en manière de réjouissance ^ heureux même, si, soiïvent quelques marchandes supersti-i ti^uses ne refusaient pas de lui vendre sa maigre pitance, en craignant de se damner par un contact avec un suppôt de l'enfer. Les sentîmens de toute cette ville étaient donc généralement hostiles à ce grand vieillard et à son compagnon. Le désordre des vêtemens de l'un et de l'autre y prêtait encore , car ils allaient vêtus comme ces pauvres honteux qui conservent un extérieur décent ^t qni hésitent à demander l'aumône. Tôt ou tard ces deux vieilles gens pouvaient être insultés , et Pierquin, .sentant combien une injure public que serait déshonorante pour la famille , en-

voyait toujours^ durant les promenades de son beau-père'^ deux ou trois de ses gens qui Tenvironnaient à distance avec là mission de le protéger.

Par une de ces fatalités qui ne s'expliquent pas ^ M. Claës et Lemulquinier^ sortis de grand matin y avaient trompé la surveillance secrète de M. et madame Pierquin^ et se trouvaient seuls en ville. Au retour de leur pro-* menade ils vinrent s'asseoir au soleil , sur un banc de la place St.-Jacques où passaient quelques enfans pour aller à l'école ou au col^ lége. En apercevant de loin ces deux vieillards sans défense^ et dont les visage^ s'épanouissaient au soleil, les enfans se mirent à en causer. Ordinairement^ les causeries des-enfans arrivent bientôt à des rires^ et^ du rire^ ils en vienent à des. mystifications dont ils ne connaissent pas toute la cruauté. Sept ou huiX des premiers qui arrivèrent^ se tinrent à distance et se miretit à exa^. ^ miner les deux vieilles figures en retenant de^ rires étouffés qui attirèrent l'atteotibn de Le-, mulquinier^

— Tiens ^ vois «-tu celui-là qui a la tête comme un genou?

Oui.

- — Hé bien ^ il est savant de naissance.

— Papa dit qu'il fait de For, dit un autre.

— Par où? Cest^y par là ou par ici ? ajouta un troisième en montrant d'un geste goguenard^ cette partie d'éusrmémes que les écoliers se montrent si souvent en signe de mépris.

Alors le pli^s petit de la bande qui avait son panier plein de provisions , et qui léchait une tartine beurrée^ s'avança naïvement vers le banc et dit à Lemulquinier : — C'est-j vrai ^ monsieur^ que vous faites des perles et des diamans ?

— Oui^ mon pîetît milicien!^ Répondit Lemulquinier ensouriant. Puis^ lui frappant sur la joue^ il ajouta : — Nou^t'en donnerons quand tu seras bien savant.

— Ha! monsieur, donnez^m'en aussi! fut une exclamation générale . Tous les enfans accoururent comme une nuée d'oisçaux et entourèrent l^deux chimistes. Balthazar, alorsi ab^ sorbe dans une, méditation d'où il fut tiré par ces cris^ fit un geste d'étonnement qui caus^ un rire général.

— Allons^ gamins, respect à un grandhomme !; dit Lemulquinier.

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— A la chianlit! crièrent les enfans. Vous êtes des sorciers.

— Oui , • sorciers , sorciers , vieux sorciers ! sorciers , sorciers / na !

Lemulquinier se dressa sur ses pieds \ et menaça de sa canne les enfans qui s'enfuirent en ramassant de la boue et des pierres . Un ouvrier, qui déjeûnait à quelques pas de là, ayant vu Lemulquinieip lever sa canne pour faire sauver les enfans, crut qu'il les avait frappés et les appuya par ce mot terrible : — A bas les sorciers.

Les enfans se sentant soutenus lancèrent leurs projectiles tjui atteignirent les deux vieillards, au moment ou M. de Solis se montrait au bout de la place, accompagné des domestiques de Pierquin. Us n'arrivèrent pas assez vite, pour empêcher les enfans de couvrir de boue le grand vieillard et son valet de chambre. Le coup était porté. Baltfaazar, dont les facultés avaient été jusqu'alors conservées, par la chasteté naturelle aux savans chez lesquels la préoccupation d'une découverte anéantit les passions, devina, par un phénomène d'in* tus-susc«ption, le secret de cette scène, et son corps décrépit ne soutint pas la réaction affreuse qu'il éprouva dans la haute région de

ses isentimens. Il tomba frappé d'une attaque de paralysie, entre les bras de Lemulquinier, qui le ramena chez lui sur un brancard, entouré par ses deux gendres et par leurs gei:|s. Aucune puissance . ne put empêcher la populace de Douai d'escorter le vieillard jusqu'à la porte de sa maison, où se trouvaient Félicie et ses enfans, Liicicn, Marguerite, et Gabriel qui, prévenu par sa sœur, était arrivé de Cambrai avec sa femme.

Ce fut un spectacle affreux que celui de l'entrée de ce vieillard qui se débattait mgijis contre la mort, que contre l'effroi de voir ses enfans pénétrer le secret de sa misère: Aussitôt un lit fut dressé au milieu du parloir, et les secouçs furent prodigués à Balthazar dont la situation permit vers la fin de la journée, de concevoir quelques espérances pour sa conservation . La paralysie quoique habilement combattue le laissa néanmoins assez long-temps dans un état voisin de l'enfance; puis, quand elle cessa par degrés^ elle resta sur la langue qu'elle avait spécialement affectée , peut-être parce que la colère y avait porté toutes ses forces au moment où il voulut apostropher les enfans. Cette scène alluma dans la ville une indignation générale. Par une loi,

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jusqu'alors inconnue^ qui dirige les affection^ des masses y cet événement ramena tous les esprits à M. Claês. En un moment il derint un grand homme ^ il excita Tadmiration et obtint tous les sentimeiis qu'on lui refusait la veille. Chacun vanta sa patience y sa volonté^ son courage^ son génie. Les magistrats voulurent sévir contre ceux qui avaient participé à cet attentat ; mais le mal était fait; la famille Claes demanda la première^ que cette af&ire fut assoupie.

Marguerite avait ordonné de meubler le parloir^ dont les parois nues. furent bientôt tendues de soie. Quand^ quelques jours après cet événétiient, le vieux père eut recouvré ses facultés y et qu'il se retrouva dans une sphère élégante y environné de tout ce qui était nécessaire à la vie heureuse^ il fit entendre que ^a fille Marguerite devait être venue, au moment même où elle Feutrait au parloir. En* la voyant, Balthazàr rougit, et. ses yeux se mouillèrent^ sans qu'il en sortit des larmes. H |$ut presser de ses doigts froids la main de sa fille, et mit dans cette pression tous les sentimens et toutes les idées qu'il ne pouvait plus exprimer- Ce fut quelque chose de saint et de solennel , Tadieu du cerveau qui vivait encore , du cœur que là*

recannaissance avait ranimé^ car le géant épuisé par ses tentatives infructueuses, lassé par sa lutte avec un problême gigantesque et désespéré peut-être de l'incognito qui attendait sa mémoire, allait bientôt cesser de vivre. Tous ses en-

fans l'entouraient avec un sentiment respectueux, en sorte que ses jf eux purent être récréés par les images de l'abondance, de la richesse et parle tableact touchant que luiprésentait sa belle famille. Il fut constaniinent affectueux dans ses r^ards,par leqjiel ^ put manifestei' ses sentimens, car sesyeUx contractèrent soudain une si grande variété d'expression qu'ils eurent comme un langage de lumière, facile à comprendre. Marguerite paya les dettes de son pèrç, et rendit, en quelques jours, à la maison Claês une splendeur moderne qui devait écarter toute idée de décadence. Elle ne quitta plus le chevet du lit de Balthazar, dont elle s'efforçait de deviner toutes les 'pensées, et d'accomplir les ipomdres souhaits .

Quelques mois, se passèrent dans les alternatives de mal et de bien qui signalent chez les vieillards le*oombatde la vie et de la mort.

,Tous les matins^ ses enfàns se rendaient prè» . de lui, restaient pendant la journée dans le par-

loir en dînant devant son lit. et ne s'en allaient qu'au moment où il s'endormait. La distraction qui lui plut davantage parmi toutes celles que Ton cherchait à lui donner^ fut la lecture des journaux que les événemens politiques rendirent alors fort intéressans. M. Claês écoutait attentivement cette lecture que M. de Solis faisait à voix haute et près de lui.

Vers le commencement, de l'année i^3i, Balthazar passa une nuit extrêmement critique pendant laquelle M. Pîerquin le -médecin fut appelé par la garde effrayée d'iMi changement subit qui se fit chez le malade. En effet, le

médecin voulut le veiller en craignant à chaque instant qu'il n'expirât sous les efforts d'une crise intériçure doTjt les effets eurent le caractère d'une agonie. Le vieillard se livrait à des mouvemens d'une force incroyable pgur secouer les liens de la pal^aJysie; il.4ésirait parler et re^ muait la langue sans pouvoir formef de sons^ ses yeux flàmboyans projetaient des pensées,; %^^ traits contractés exprimaient d^s doMleurs inouïes ; ses doigts s'agitaient désespérément , et il suait à grosflsiîs gouttes..

Le matin, ses enfans vinrent l'embrasser avec cette affection que la crainte de sa mort

prochaine leur faisait épancher tous les jours plus ardente et plus vive^ mais il ne leur témoigna point la satisfaction que lui causaient habituellement ces témoignages de tendresse. Emmanuel^ averti par M. Pierquin , s'empressa de décacheter le journal pour voir si cette lecture ferait diversion aux crises intérieures qui travaillaient Balthazar. En dépliant la feuille^ il vit le mçt Vû^bsoln quî le frappa vivement, et il lut à Marguerite' un article pii il était parlé d'un procès relatif à la vente qu'un célèbre mathématicien polonais avait faite de Yabsolu. Quoique Emmanuel lût tout bas l'annonce du fait à Marguerite qui le pria de passer l'article , Balthazar avait entendu. Tout à coup le moribond se dressa sur ses deux poings^ jeta sur ses enfans effrayés un regard qui les atteignit tous comme un éclair ; les cheveux qui lui garnissaient la nuque, remuèrent ; ses rides tressaillirent ; son visage s'anima d'un esprit de feu ; un soufQe passa sur cette face et la rendit sublime^ il leva une main, crispée par la rage, et cria d'une voix éclatante le fameux mot d'Archimède : — EURÊKA ! (fai troui^é.)

Il retomba sur son lit, en rendant le son lourd d'un corps inerte, et mourut en poussant un

gémissemeHt affireux. Jusqa^du momenl où le médecin les fermd ^ ses yeux convulsés exprimèrent le regret de n'avoir pu léguer à la Sdence le mot d'une énigme dont le voile s^était tardivement déchiré sous les doigts décharnés de la Mort.

Pajrk, juin — septembre 1854.

FIN DU TOME IIl

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