LE PÈR£ EXILE
Quelques mois s'écoulàrenl: dams uiie tranquillité parfaite. M. de Soiis fit x^mprafidre à Marguerite^ que ses chétives ëcononies ne constitueraient jamais une fortune^ et lui «eonseilia de Tivre à Taise ^ en prenant ^ pour maintenir l'abondante au logis , Targeiiit qui restait sur la somme dont il avait été le dépositaire. Pendant ce tevnps^ Marguerite fut livrée aux anxiétés cpsà jadis avaient ag^té sa mère, en semigjaldie occurrence.Quelqueîncradulequ'eUe
f 3oO ETUDES DE 1«(QEURS AU XIX^ SIÈCLE.
pût être ^ elle en était arrivée à espérer dans le génie de son père, car, par un phénomène inexplicable, beaucoup de gens ont Tespérance* sans avoir la foi. L'espérance est un désir, la foi est une certitude. Elle se disait : — «Si mon ' père réussit , nous serons heureux ! » Claês et Lemulquinier seuls disaient : — (c Nous réussi* rons! »
Malheureusement, de jour en jour, le visage de cet homme s'attristait. Quand il venait dîner;, il n'osait parfois regarder sa fille et parfois il lui jetait aussi des regards de triomphe. Marguerite employa ses soirées à se faire expliquer par M. de Solis, plusieurs difficultés légales ; elle accablait son père de questions sur leurs relations de famille; enfin elle ache- / vaitson éducation virile, et se préparait évidemment à exécuter un plan qu'elle méditait si Balthazar succombait encore une* fois, dans son duel 9vec VInconnu.
Au. commencement du mqis de juillet^ son père passa toute une journée assis sur le banc, de son jardin, plongé dans une méditation triste ; il regarda plusieurs fois le tertre dénuéi de tulipes , les fenêtres de la chambre de sa femme; il frémissait sans doute en songeant
SCÈNES DE LA VIE PJUYEE. 3oi
à tout ce que sa lutte lui avait coûté y car ses inouvemens attestaient des pensée eh dehors ** delà science. Marguerite vint s'asseoir et travailler près de lui ,. quelques momens avant le dîner. > *
— Hé bien, mon père, vous n'avez pa»
réussi... . ('\
— Non , mon enfant.
— Ahl dit Marguerite d'une voix douce, je ne vous adresserai pas le plus léger rcpro* . che,nous sommes également coupables. Je réclamerai seulement l'exécution de voire parole, vous êtes un Claës^ elle doit être sacrée. Vos enfans vous entoureront d'amour et de respect; mais d'aujourd'hui vous m'appartenez, •et me devez obéissance. I^oyezsans inquiétude, mon règne sera doux, et je travaillerai même à le faire promptenient finir. J'emmène Martha, je vous quitte pour un mois environ , et pour m'occuper de vous; car, dit-elle en le baisant au front , vous êtes mon enfant. Demain , Félicie conduira donc la maison. La pauvre enfant n'a que dix-sept ans, elle pe saurait pas vous résister. Soyez généreux, ne lui demandez pas un sou, car elle n'aura que ce qu'il lui faut strictement . pour les dépenses de la maison . Ayez du cou^
3oa ÉTUDES DE MOEURS AU X^X^ SIÈCLE.
rage ^ renoncez pendant deux oia trois années à vos travaux et à vos pensées. Le problème mûrira ; je vous aurai amassé Fargent néced^saire pour le résoudre et voift le résoudrez. Hé bien, votre reine n'est-elle pas clémente^ dites?
— Tout n'est donc pas perdu ! dit le vieillard.
— Non, si vous êtes fidèle à votre {)arole.
— Je vous obéirai , ma fille , répondit Claês avec une émotion profonde*
Le lendemain , M. Conyncks de Cambrai vint chercher sa petite-nièce. Il était en voiture de voyage, et ne voulut restef chez son cousin que le temps nécessaire à Marguerite et à Marthapour faireleurs apprêts. M. Claëé reçut son cousin avec affabilité , tnais il était visiblepient triste et humilié. Le vieux Conyncks devina les pensées dé Balthazar, et en déjeûnant, il lui dit avec une grosse franchise: — J'ai quelques-uns de vo» tableaux, cousin , car j'ai le goût des beaux tableaux , c'est un€^ passion fuineusè ; mais, nous avons tous notre fofie... "
— Cher oncle J^ dit Margûeritf .
— Vous passez pour être ruiné, cousin^ mais uti Claês a toujours des trésors là, dit-^îl
SCÈ^£S DE LA Tl£ PRIVÉE. 3o3 i
en se t'rapfmnt le front. Et là, n'est-ce pas? ajouta-t-*il en montrant son coeur. Aussi comp*tè-je sur tous! j'ai trouvé dans mon escarcelle quelques écus qu^ j'ai mis à votre service.
^ . — : Ha ! s'écria Balthazar, je vous rendrai des trésors.
jT- Les seuls trésors que nous possédions e»
Flandre, cousin, c'est }a patience et le travail! répondîtsévèrementM.Conyncks.Notreancien a ces deux mots gravés sur le front, dit-il en lui montrant le portrait du président Van Claês.
Marguerite embrassa son père , lui dit adieu, fit^es recommandations à Josette, àFélicie, et partit en poste pour Paris. Sou grand-oncleétait veuf, il n'avait (Ju'tme fille de douze ans et possédait une immense fortune. Il n'était donc pas impossible qu'il voulùtse marier; aussi les habitansde Douai crurent-ils que mademoiselle Claës épousait son grand-oncle.
JLe bruit de ce riche mariage ramena Pierquin le notaire chez les Claës. Il s'était &it de grands changemens dans les idées de cet excellent calculateur. Depuis deux ^s, la société de k ville s'était divisée en deux camps ennemis. La nobiesseavaitformé un premier cercle, et labourgeoisie un second natfirellement fort hostile au
3o4 ÉTUDES DE MOEURS AU XIX^ SIÈCLE.
premier. Cette séparation' subite qui eut lieu dans toute la France et la partagea en deux nationsennemies dont les irritations jalouses allèrent en croissant , fut une des principales raisons qui firent adopter la révolution de juillet i83o en province. Entre ces deux sociétés dont l'une était ultra monarchique et l'autre ultra libérale , se trouvaient les fonctionnaires^ admis suivant leur importance dans.Fun et dans Tautre monde ^ et qui^ au moment de la chute du pouvoir légitime^ furent neutres. Au commencement de la lutte entre la noblesse et la ^bourgeoisie ^ les Cafés royalistes contractèrent une splendeur inouie, et rivalisèrent si brillamment avec les Cafés libéraux ^ que ces sortes de fêtes gastronomiques coûtèrent^ diton^ la vie à plusieurs personnages qui^ sem*^ blables h des mortiers mal fondus , ne purent résister à ces exercices. Naturellement^ les deux sociétés devinrent exclusives^ s'épurèrent 5 et, quoique fort riche pour un homme.de province, Pierquin fut exclus des cercles aristocratiques y et refoulé dans ceux de la bourgeoi-^ sie. Son amour-propre eut beaucoup à souffrir des échecs successifs qu'il leçut en $fi voyant insensiblement éconduit par les gens avec les-^
SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE. 3o5
quels il frayait nagûères. Il atteignait Page de trente-trois ans^ seule époque de la viç où les hommes qui se* destineAt au mariage puissent encore* épouser des personnes jeunes. Or /les psirtis auxquels il pouvait prétendre ^ appartenaient à la bourgeoisie , et son ambition tendait à rester dans le haut monde où devait l'introduire une belle alliance. L'isolement dans lequel vivait M. Claës^ avait rendu sa famille étrangère à ce mouvement social ^ et quoiqu'il appartint à la vieille aristocratie de la province^ il était vraisemblable que ses préoccupations l'empêcheraient d'obéir aux antipathies créées par ce nouveau classement de personne^:
Quelque pauvre qu'elle pût être, une demoiselle Claês apportait à son mari , cette fortune de vanité que souhaitent tous les parvenus; Pierquin revint donc chez les Claês avec und secrète intention de faire les sacrifices nécessaires pour arriver à la conclusion d'un mariage qui réalisait désormais toutes ses ambitions. Il tint compagnie à Balthazar et à Félicie pendant l^i)sénce de Marguerite , mais il reconnut tardivement un concurrent redoutable dans Emmanuel de Solis. tia succession du défunt abbé passait pour être considérable , et T. m, ' 20
3o6 ÉTUDES J>E KOSUIIS AV XIX^ SIÈCLE .
anx yeux d'un homme qui chiffrait naÏTemeBt toutes les choses de la vie, le jeune héritier paraissait plus puissant par soh argent que par les séductions du cœur dont Pierquin ne s'inquiétait jamais. Cette fortune rendait au nom de.Solis toute sa valeur. L'or et la noblesse étaient comme deux lustres qui^ s'éclairad:
Tun par Fautre , redoublaient d'éclat. L'affection sincère que le jeûne proviseur témoignait à Félicie qu'il traitait comme une sœur, excita l'émulation du notaire. Il essaya d'^éclipser Emmanuel* en mêlant le jargon à la
. mode et les expressions d'une galanterie superficielle, aux airs rêveiirs, aux élégies soucieuses qui allaient si bien à sa physionomie. En se disant désenchanté de tout au monde, il tournait les yeux vers Félicie de manière à lui faire croire qu'elïe seule pourrait le réconcilier avec la' vie. Félicie à qui , pour la première fois , uti liomme adressait des complimëns, éooata ée langage si doux , même quand il est men$<m- 'ger; elle prit le vide pour de la profondeur ; «t,
. dans le besoin qui l'oppressait de fixer l^s
^seiftliîmeas vagues dont son cœur était plein^
éle s'occupa de son cousin. Jalouse, à sên
insu peut - être , des attenlionis ' amoureuses
qu%tnmanuel prodiguait à sa sœur , elle vou-
lait s^ns doîfU se TO^f ^ cqqujqç ^le , l'o^j^t 4^ r^gards^ des pensée^ e|t des ^ifxi^ d'un homme. Pierquin démêla i^cH^ment la préférence qqç Féjiicie lui ^ccordai^ fSKir Emmanuel , et ce fut pour lui xune raisoi^ à,e pfsr^isjter dap3 se^ f£fortp, CTi sorte qu'il f'eng^ge^ plq? qu'ij ^^ )^ voulait. Emmanuel ^urvieîlla les comm^ncemens de cette pa^^ÎQu fausse , peut-être chez le'PM^ taire y ^aïve Qhez ^élicie y dont il ivpulalt pro* téger l'avenir. IJi s'ensuivit , entre \^ cou^^ et le cousin y quelques cai]i$eries douces y .quel* ques mots dits k F^oix ba$^e e^ arrière d'Em* «ianuel> enfin (le ces petites «tromperies iqpi donnent à un iregard .y g igi^e parole Mm mT pressiob dont la douceur insidieuse peut loaur 5er d'innocentes erreurs. A 1^ faveur du /ooint* merce, qu'il entretenailt avec Fébcie^ IH^rqu^i^ essaya de péeétrer le s^eçret du voyage eptreftxis par Marguerite^ afin de savoir s'il .s'agis$^ -de mariage et $'il devait re)»on0er à ses ^sppicanqes; mâis^ malgré s^ grosse finesse^ ^i Biâlthilzàr , ni Félicm ne pwpï>t,Uu doni^er ap- «une JaJîsiière , par \^ ,mispTi q^'i^s ne s^yai^t rien des projets de Marguerite qui> j^n prefc^nt le pouvoir^. temblaîtyen avoir suivi les maxin^iep, ^t'.^i$ait ae(5, projets.
La môroe triftte(9fte:4e ^Baltl^aMr; -et $pb:8^-
3o8 ÉTUDES DE MOEURS AU XÎX^ SiéctC.
faissebieht rendaietit les soirées difficiles à passer. Quoique Emmanuel eût réussi à le faire jbuer au trictrac , il y était distrait ; et la plupatt du temps y cet homme, si grand par son intelligence^ semblait stupide. Déchu de ses es- |)érànces^ huînilié d'avoir dévoré trois fortunés^ jôuéUi* sans argent, ^1 pliait sous le poids de ses ruines^ sous le fardeau de ses espérances moins détruites que trompées. Cet homme de génie , muselé par la nécessité y se condamnant lui-même, offrait un spectacle vraiment tragique dont l'homme le plus insensible eût été touché. Pierquin lui-même ne contemplait pas sans- un sentiment de respect ce lion en cage, dont les yeux pleins de puissance refoulée étaient devenus calmes à force de tristesse, ternes à force de lumière; dont les regards demandaient une aumône que sa bouche n'osait proférer. Parfois, un éclair passait sur cette face desséchée qui se ranimait par la conception d'une nouvelle expérience; puis, si, en contemplant ce parloir, les yeux de Balthazar s'arrêtaient à la place où sa femme avait expiré , de légers pheurs roulaient comme d'ardens grains de sable dans le désert de ses prunelles que la pensée faisait immenses, et sa tête retombait sur sa poitrine! Il avait soulevé
SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE. 3o9
Je monde comme un Titan ^ et le monde revenait plus pesant sur sa poitrine. Cçtte gigantesque douleur^ si virilement contenue^ figissait sur Pierquin çt I|S. de Solis^ qui^ p^rfpis^ se sentaient assez émus pour vouloir offrir à cet homme la somme nécessaire à quelque $érie d'expériences; tant sont communicative^^ les convictions du génie ! Tous deux concevaient comment madame Claês et Marguerite avaient pu jeter des> n^illjipns dans ce gouffre; mais la raison arrêtait promptement les élans du cœur; et leurs émotions se traduisaient par des consolations qui aigrissaient encore les peines de ce Titan foudioyé.
M. Claês ne parlait ppint de sa fille aînée ^ et ne s'inquiétait ni de son absence^ ni du silence qu'elle gardait en n'écrivant ni à lui^ ni à Félicie. Quand M. deSolis ou Pierquin lui en demandaient dès nouvelles y il paraissait affecté désagréablement. Pressentait-il que Marguerite agissait contre lui? Se trouvait-il humilié d'avoir résigné, les droits majestueux de la paternité à soji enfant? .En était-il yenu à moins l'aimer parce qu'elle allait être le père^ et lui l'enfant ? Peut-être y avait-il beaucoup de ces raisons et beaucoup de ces 'sentimens inexprimables qui
3io ÉTUDES De moeurs au mx^ SifetLE.
passent cbfcfaiDe des huagè^ tHi Yàint, dëtis k d£sgi*àce muette doiit il envelopljpait Marguerite» Quelque grands que pdissenC être les grands faofdiiies connue bu inconnus^ heuretix où tnalhéorlsuic dans leurs tentatives^ ils ont d^ petitesses par leikjtiéltes ih tiennent à l'huina"* ilîté. Par un double malhètir^ ils tiè souffrent pftÀ inoiiis de leurs qualités tpe de leurs défauts; et, péut-^tre Bâlthazar avait-il à Se femiliarîëet ttVèc les douleurs dé ses vanités blessées. La ^e qu'il menait j et les soirées pendant lesquélleb ces Quatre persônttes se trouvèrent réunies ëh r^bsence de Marguerite, étaient donc uiie vie et des soirées empreintes de tristesse, remplies d'appréhensions vagues , c'étaient des jours infertiles comme des landes desséchées, où néati*ihoin^ ils glanaient quelques fleurs, rares consolation^. L'atmosphère leur Semblait brumeuse ieh r^d)sencé de là filtè aîiié^, qui était devenue 4^bmè,respôir et là force de cettefamiîle.
Deux înois Èe passèt^ent ainsi , pendant I^^ ^\ïéH Balthazar attendît pàtitetâment sa fiÙe. Mat guérite fiit ramenée à Douai par son onde qtri VèStà àii tôgîs au lieu de retourner à Catnlirài, 'sans doute poUry appuyer de son autorité -qtfelquèëbttp fl^éfcat hiëdité piàr §à tiièce. Ce ftit
SCÈNBS DE LA YIB PRUVifi. 3 1 1
ime petite fétedeJEamille que le retoar^le Marguôrrite. Le notaire et M. de Solis ayaient été invités^ à dîaer par Félîcie et par Balthaear. Qutind la ^iH^itare de voyage s'ari^êta devant» la porte de hb maiBon^ ces quatre personnes vinrent y vecevoir les voyageurs avec de grandes démonsliraH tions de joie. Alarguerite parut, si heureiise de revoir lès foyers paternels^ que ses yeux s'emplirent de larmes quand elle traversa la coun pour arriver au parloir. En embrassante son pàre^ ses caresses de jeune fille ne furent pa»* néanmoins sans arrière-pensée ^ elle rougissait comme ume épouse coupablie q^ii ne aait^^aft feindre ^ mais- ses regards repuirenl leur pureté quand elle regarda M. de Solis^ en qui elle sem^ blait puiser la fDrced'achever l'entreprise qu'elle avait secrètement forn^e. Pendant le diner^ malgré l'allégresse qui animait^ les pbysionor^ flBÔes et les paroles^ le père et la fill^f s'examir^ aèrent avec défiance et curiosité. Baltliazâir ne fit à Aforguerite aucune question sur soa s<^our à Paris ^ sans doute par dignité pat«iH nelle. M. de Solia imita cette réserve. Mais Pierquin^ qui était habitué à connaître tk)U6 les secretsdefamille^dit à Marguerite en eouviraoli sa curiosité sous une fisiusse bonhomie : -^ Eh
3l^ ÉTUDES DE MOEURS AU Xix' SIÈCLE.
bien^ chère cousine^ vous avez vu Paris ^ les spectacles...
— Je n'ai rien vu à Paris, répondit-elle^ je n'y suis pas allée pour tne divertir. Lies jours s'y sont tristement écoulés pour moi^ j'étais trop inipatiente de revoir Douai.
r-7 Si je ne m'étais pas fâché ^ elle ne serait pas venue à l'Opéra ^ où d'ailleurs elle s'est en-^ nuy ée ! dit M . Cony ncks .
La soirée fut pénible^ chacun était géné^ souriait mal ou s'efforçait de témoigner cette gai té de commande sous laquelle se cachent de réelles anxiétés. Marguerite et Balthazar étaient en proie à de sourdes et cruelles appréhensions qui réagissaient sur les cœurs. Plus la soirée s'avançait^ plus la cx>ntenance du père et de la fille s'altérait. Parfois Marguerite essayait de sourire ^ mais ses gestes^ ses regards y le son de sa voix trahissaient une vive inquiétude. M. Conyncks et M. de Solis semblaient connaître la cause des secrets mouvemens qui agitaient cette noble fille y et paraissaient l'encourager par des œillades expressives. Blessé d'avoir été mis en dehors d'une résolution et de démarches accomplies pour lui^ Balthazar se séparait insensiblement d&
SCÈNES DE LA VIE PRiVÉE. 3l3
aes en&ns et de ses amis ^ en affectant de garder le silence. Marguerite allait sans doute luidécou-
^ vrir ce qu'elle avait décidé de lui. Or, pour un homme grand, pour un père, cette situation était intolérable. Parvenu à un âge où l'on ne dissimule rien au milieu de ses enfans, où l'étendue des idées donne de la force aux sentimens, il devenait donc de plus en plus grave, songeur et chagrin , en voyant s'approcher le moment de sa mort civile. Cette soirée renfermait une de ces crises de la vie intérieure qui ne peuvents'expliquer que par des images. Les nuages et la foudre s'amoncelaient au ciel , et Ton riait dans la campagne; chacun avait chaud, sentait l'orage, lev^dt la tête et continuait sa route. M, Conyncks le premier alla se coucher et fut conduit à sa chambre parBalthazar. Peûdantson
. absence, Pierquin et M. de Solis s'en allèrent. Marguerite fit un adieu plein d'affection au notaire ; elle ne dit rien à Emmai^uel , mais elle lui pressa la main en lui jetant un regard hu-
* mide. Elle renvoya Félicie, et quand M. Claës revint au parioir, il y trouva sa fille seule.
— Mon bon père, lui dit-elle d'une voix tremblante, il a fallu les circonstances graves où nous sommes, pour me faire quitter li^
âr4 ÉTUDES D& MTCEITRS AU %IX^ SiftCLE.
mmon-; rtoâ^^ «près bi«» des aangome^ tut sptès ù^ôit âu^monté des difficallésiiiou»es^; j'y revlena ave<^ quelqtfe^ ^^siœes de sdlut poiir ûôus tous. Grâces à Ivoire nom ^ à Yiaûunnce de nôtre oficle et st&x prolections dé M. de ScS^, tkôm âtvonâ obtenu^ pcfùt voû^y nue place de reeevetar des ûmnces en Èrei^gn^y elîefaut, dil-^on , dix-biiit à vingt milte francfi^ pài* an. Notre oncle a feit ïe caiitk)ivoentent.
**- Voici votre nomination / ditr^le^ en titrant une lettre de sonsâfc. Votm séjour ici, pendant nos années de privations e| de sacrifiées', serait intolérable. Notre père doit rester dains une situation au moins égale à celle où ita tou*joufè é!é. Je ne vous demanderai rien «ôr toe» revenus, vous led emploierez comme bo»
vous semblera. Je vous s^ipplie seuiemeni dé songer que nous n'avons pas un sotf dé rente, et que nous vivrons tou» avec ce que Gustave nous donnera sur ses r&^ venu^. La ville ne saura rien de cette vie claustrale. Si vous étiez chez vous , vous seriez u» obstacle aux moyens que nous^ emploieirons^, ma soeur et moi, pour tâcher d'y rétabKr Faisance. Est-ce abuser de l'autorité que vous rii'avez donnée , que de vous mettre dans une
SCÊNEÎS DE LÀ VIE Mi^ÉE. 3i5
fTdéitiôii à refaire VO^s-^méitae i^^re fôitttne ? détii un ftn oti dëHx^ Ai V6\j^ le voulez^ vous ^rëz f éfeëveur-géttéral .
-^ Ainsi , Mafgufef ite y dit doucement Barhhazar^ tQ mè cbàdsés de Uï^icrsiison.
■^^ Je né mérité J)a^ u*i reprodhe au^sr dur, i-étidndii là fillé éh cOtffprïtiiatlt les àiouv^tbens tumultuéui de ^ùtï coèht. totis iefienâftêz parmi nous, lorsque vous poUrrèi îiabiter Vôtï'e '^îllé ilâtàlé, comtoè il Voua contient d'y J)àràîlre. ETàilléùt^s, fnôii pète y tfai-je dotte ]{)oîhtv6trepatoIe? l-eprit-ellcîfrdîdcitoent. Votls déVéi ùi'obéir. Moû oridé est resté poiit toiïs éihihénéT éh Bl*étâglie, afin ()ué vous ne fissiez JiâéfeétillèVôyâgé.
— h tfirài jpas! ifétfria Bâlthà:«ar en se leftëilt, je' h'aî besoin du Recours de pér^- Sbhné jfiôùf' établir tnâ foi-ttifle , èf paj^èf ce ïjiaë je d6M à mes ehfâhs.
^^ Ce èet-a lâîeul, fepril Marguerite sans s'éfiidilVôtr. Je vous prieiai dé réfléchir à notre Situation fèé^éctive ^ué je vais vous expliquer en peu dé mots. Si voùs/ewez dans cette maison , vos enfans en sottif ôhi , âfiil dé t6us éti làisiéi* le &altfè.
-^ Marguerite ! cria Balthazar .
— Puis , dit-elle en continuant sans vquloir remarquer Firritation de son père, il faut instruire le ministre de votre refus , si vous n'acceptez pas une place lucrative et honorable que malgré nos démarches et nos protections , nous n'aurions pas eue , sans quelques billets de mille francs adroitement mis par mpn oncle dans le cartoq à chapeau d'une dame.
— Me quitter !
— Ou vous nous quitterez pu nous ypus fuirons, di,t-elle. Si j'étais votre sçule enfant, j'imiterais ma mère , sans murmurer contre le sort que vous me feriez. Ms^is ma sœur et mes frères ne périront pas de faim ou de désespoir auprès de vous : je l'ai promis à celle qui mourut là... dit-elle en montrant la place du lit de sa mère. Nous vous avons caché nos douleurs , nous avons souffert en silence , aujourd'hui nos forces se sont usées. Nous ne sommes pas au bord d'un abime, nous sommes au fond, mon père ! Pour nous en tirer, il ne nous faut pas seulement du courage , il faut encore que nos efforts ne soient pas incessamtnent déjoués p^r les caprices d'une passion. . .
— Mes chers enfans ! s'écria Balthazar en s^
stËNES bE LA Vie privée i iij
sissant la main de Marguerite^ je vou^ aiderai ^ je Iravaillerai , je. . .
— En voici les moyens, répondit-elle en lui tendant la lettre ministérielle.
— Mais^ mon ange^ le moyen que tu m'offres pour refaire ma fortune est trop lent ! tu me fais perdre le fruit de dix années de travaux^ et les sommes énormes que représente mon laboratoire. Là , dit-il en indiquant le grenier, sont toutes nos ressources.
Marguerite se leva, marcha vers la porte, en disant : — Mon père, vous choisirez !
— Ha ! ma fille , vous êtes bien dure , répondit-il en s'asseyant dans un fauteuil et la laissant partir.
Le lendemain matin , Marguerite apprit par Lemulquinier que M. Claës était sorti. Cette simple annonce la fit pâlir et sa contenance fut si cruellement significative, que le vieux valet lui dit : — Soyez tranquille , mademoiselle , monsieur a dit qu'il serait revenu à onze heUt'es pour déjeuiier. Il ne s'est pas couché. A deux heures du matin^ il était encore debout dans le patloir, à regarder par les fenêtres, les toits du laboratoire. J'attendais dans la cuisine , je le voyais, il pleurait, il a du chagrin. Voici ce
Î9mm% moi$ de juillet pep^^p^ leçjyel le soleil est capable de nous enrichir ^oi|S| et,$i tçus vouliez,..
— Assez ! dit Ma^gviçrit^e ,efl deyinfint tagLte.$ les pi^n^ées ^w avaient ()û assaillir ^soçi pf^re ,
Jl s'était e^i ,effe;t ficcpmp)! ojiez ^flltl)^flza^ , ce phénciDpi^ae qui s'ç^mp^e <i(e Jp^t^s lep j^.ersajçiT n^ sédentaires. ,S» vie dépendait ppur ajn^| dirjî des )içy? ayep lesqqpl? ji^ s'était..ide;çiti6ér Sa pensée mariée àNspja l^pr^to^Tpçih^^jfOii^'^ spn, iG^XifÀ re^d^it indi^pepsables^ jÇQïRpoie «l'est la Bourse av joueur pour qui les jpur^ {é^ri^ sont des jpqrs perdvk?. Là^ étjaiep;; çç^ espérappçs;]làple.peuj[ gtmosp^ière qù s,es ppurppf»? pouvaient puiser l'air vital . Cette a|y[îanc,e des Jieiix qt dçp Q\x9^m ei^t,rç le3 hpçRjpes^ si piMSfa^epJiejsç.^s i>.a.liures /aibles^deviept prej^qiie tyc^çiigue chez les gens dç science et d'é- *#?. JQwVçir Sja waigop, c'é,tait pour B^lthazar^ r)çpp;^pqr> ja ^ciçppç, à apn pi:py eme ; c'était ,ïppi^rir.
.]y^açgUJÇ^iî:p^f^t jen proie à ^^e extren[^e a^tatip» j|i^q}i'au,mornent d^i déjev\qer. jLa scène q^i ft^it jportp ^çà.^liazpr a vpylpir se tuer , lui itait revme à Ja iawaqir,ç, ef. elle craignait df^e voijp sçjdeWQHçrt^r^^qvi^ept la situation de-
jscÈMEs pjE hh VIE pmvjif:. 3 19
sespérée où de trouvai!; son jpère. Elle allait et venait dans le parloir ^ e® itr^^^aaillant cbtqm fois que la sonnette de la porte ^ret^nCissiiif;. Enfin BaUhazar revint; 0t, pendwt qu'il. tmi^ersa la cour, Marguerite qui étudia sa figure aiw inquiétude^ iU'y vit quej'e;]^pr^sçiqu d'pue doMr-
leur, orageuse. Quand Uentr^ dws h parloir,
elle sfavança vers lui pour lui souih^tcir ;le j^m^ jour; il la saisit .affectueufteqieiit par }a Xs^}\]e, l'appuya sur «on <KWdr , la i^aisa ;iiu frogit et, lui dit àl'oreiUe :-r-J'aiiété prendre mou pfts^e^wt ! Le son de la voi:^^ Le ne^rd nésigixé, le mPB»vement de son père , tout écrasa Ae (mnr ide h pauvTe fille qui détowna.la tête ppurne poiikt laisser Voir ses larmes; mais ne ptiMivant les rér •primer, elle aU4 dws le- jardip,, ^t r^yiel npïès y avoir pleuré à ipo».i|ise. Pendant ,1e 4ér jeûner., Balthazar se montra jgai comime ma
homme qui ^\Wiit,prÂÇ;Son^arti.
TT^ Nous allons donc partir ,pQw la Biretar .gue, mou on^e^,ditr-il è M. Coip^cks. ^ai
toujours eu le désir , de ^W^c^^^^k .
— On y vit à bon marché, répondit le vidil vÇffMcJe.
— AloQ çière poup quitte? ^léQrjia Séikie.
M. de Solis entra , il amenait Lucien.
320 ÉTUDES se MOBUBS AU XIK^ SIÈCLE.
— Vous nous le laiss^erez aujourd'hui^ dit Balthazar en mettant son fils près de lui , je pars demain^ et je veux lui dire adieu.
Emmanuel regarda Marguerite qui baissa la tête. Ce fut une journée morne, pendant laquelle chacun fut triste , et réprima des pensées ou des pleurs. Ce n^étaitpas une absence^ c'était un exil. Puis tous sentaient instinctivement ce qu'il y avait d'humiliant pour un père, à déclarer ainsi publiquement ses désastres en acceptant une place et en quittant sa famille à rage de Balthazar. Lui seul fut aussi grand que Marguerite était ferme, et parut accepter noblement cette pénitence des fautes que l'emportement du génie lui av^t fait commettre. Quand la soirée fut passée et* que le père et la fille furent seuls , Balthazar qui, pendant toute la journée , s'était montré tendre et affectueux, comYne il l'était durant les beaux jours de sa vie patriarcale , tendit la main à Marguerite et lui dit avec une sorte de tendresse mêlée de désespoir : — Es-tu contente de ton père ?
— Vous êtes» digne de celui-là , répondit Marguerite en montrant le portrait de Van-^ Claês.
Le lendemain matin ^ Balthazar suivi de Lemulquioier monta dans son taboratoire comme pour £aire ses adieux aux e&péraiïces qu'il avant caressées et que ses opérations commencées lui représentaient vivantes. Le maître et le valet se jetèrent un regard plein demélancoUeen entrant dans le grenier qu'ils allaiei^t quitter peut-*éti^e p^ur toujours. Balthazar coMemlda ces machines sur lesquelles sa< pensée avait si long^-temps plané y car chacune était liée au souvenir d'unie recherche , ou d'une expérience.' il ordonna d'un air triste à Lemulquinier de faire évaporer des gaz ou des acides dangereux^ de séparer des substances qui auraient pu produire des explosions y et y tout en prenant ces soins^ il proférait des regrets amers ^ comme en exprime un eondamné à mûrt^ avant d'aller à l'écha&ud.
— Voici pourtant , dit-il en s'arrétant devant une capsule dans laquelle plongeaient les de^ fils d'une pile de Volta ; une expérience d||k j^ devrais attendi^e le résultat. Si elle réussissait^ affreuse pensée I mes eaiMis ne ehas^ seraient pas de sa maôson un père qui jetterait desdiamans à leurs pieds. — Voilà une combi* naison de carbone et de soufre y ajouta-t^il en* se pariant à luir-méme^ dans laquelle le carbone
joue le rôle de corps électro-positif 5 la cristal^ Hsation doit commencer au pôle négatif; et ^ dani le cas de décomposition^ le carbone s^y porterait cristallisé a..
— Ha ! çà se ferait comme ^a ! dit Lemul- * quinier en contemplant soii maître avec adini- "^ ration.
— Or^ reprit Balthazar aprè^ une pause , la combinaison est soumise à l'influence- de cette
pile qui est assez faible pour agir. . . r
— Si monsieur y eut, je vais en augmenter l'effet...
— Non , non^ il faut la laisser telle qu'elle est. Le repos est une condition essentielle à la cri%«« tallisation...
— t^arbleu , faut qu'elle prenne son ^ temps cette èristallisation ! s'écria le valet de chambre.
'" ' — Si la température baisse^ le sulfure de carbone se cristallisera^ dit Balthazar en continuant d'exprimer par lambeaux les peaiBgs indistinctes d'une méditation complète d|P^ son entendement ; mais si l'action de la pile opère dans certaines conditions que j'ignore... Il faudrait surveiller cela... il est possible... IVIais à quoi pensé-je? il ne s'agit plus de chimiC; il faut aller gérer une recette en Bretagne !
M. Claës sortit précipitamment^ et desceO'^ dit pour faire ^li dernier déjeuner de famille auquel assistèrent Pierquin et M. de Soli^. Puis Balthazar^ pressé d'eir finir avec son agonie scientifique^ dit adieu à ses enfans et monta en voiture avçc son onde. Toutsila ^mille Taccom* pagna sur le seuiMe lirgorte. Là^ quand Marguerite eut embrassé son père par une étreinte désespérée^ à laquelle il répondit en lui disant à Foroilie : — Tu es unç bonne fille ^ et je ne t'en voudrai ja^flàis ! elle franchit la cour^ se sauva da^s le parloir^ s'agenouilla à la . place où sa • tnère était morte , et fit une ardente prière a **i)ieu pour lui demander la force d'accomplir les rudes travaux de sa nouvelle vie. Elle était déjà fortifiée par une voix intérieure qui lui avait jeté dan» le cœur les applaudissemens des anges et les remercîmens de sa mère^ quand sa sœur, son frère, Emmanuel et Pierquin rentrèrent après avoir regardé la calèche jusqu'à ce qu'ils ne la vissent plus;
— Maintenant, mademoiselle, qu'allez-vous faire? lui dit Pierquin.
— Sauver la maison ! répondit-elle avec simplicité. Nous possédons p^*ès de treize cents arpens à Waignies. Mon intention est de les
faire défricher; les partager en trois fermes^ con- . sitruire les bàtimeos nécessaires à leur exploitation f les louer ; et je crois qu'en quelques années , avec beaucoup d'écononiie et de patience^ chacun de nous^ dit-elle en montrant sa sœur et son Crère^ aura une ferme de quatre cents et quelques arpen^ ' qui pourra valoir^ un jour^ près de quinze mille francs de rente. Mon frère Gustave gardera pour sa part cette maison et ce qu'ilpossède sur le Grand-Livre. Puis nous rendrons un* jour à notre père sa fortune dégagée de toute obligation en consacrant nos re- ' venus à l'acquittement de ses dettes.
— MaiS; chère cousine, dit le notaire stupéfait de cette entente des affaires et de la froide raison de Marguerite , il vous faut plus
%.de deux cent mille francs pour défricher vos
terrains y bâtir vos fermes y et acheter des
bestiaux? Où prenorez-vous cette somme?
^ "^ — Là commencent mes embarras, dit-elle, en
^ijtigardant alternativement le notaire et M. de
\$blis. Je n'ose les demander à mon oncle qui
a déjà fait 4e cautionnement de mon père ?
— Vous avez des amis ! s'écria Pierquin, en voyant tout à coup que les demoiselles Claës
SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE. 3î25
seraient encore des filles de plus de (fiuUrecent millefi*ancs.
Emmanuel de Solis regarda Marguerite avec attendrissemeut ; mais, malheureusement pour lui^ Pierquin resta notaire au milieu de son enthousiasme et reprit ainsi : -^Moi, je vous les offre ces deux cent mille francs !
Emn>anuel et Marguerite se consiultèrent par un regard quifukun trait de lumière pour Pier^ quin. Félicie rougit excessivement, tant elle était heureuse de trouvtr soo cousin aussi gé-*' néreux qu'elle l&soiiriiaitait . Elle regarda sa sœur qui y, tout à coup, devina que pendant l'absence ^ qu'elle avait faite , la pauvre fille s'était laissé prendre à quelques bannates galanteries de Pierquin.
— Vous ne me payerez que six pour ce»!
d'intérêt, dit - il. VoUs. me rembourserez
quand vous voudrez, et vous me donnerez une
hypothèque sur vos terrains . Mais soyez ti^n-» quille , vous li'aurez que lés déboursés à PW^ pour tous vos contrats, je vous trouverai^ie bons fe^niers, et ferai vos affaires gratuitement afin de vous aider en bon parent.
Emmanuel fit un signe à Marguerite pour l'engag^er à refuser; mais elle était trop occupée
3a9 ÉTUDES DV^MOKITRS AC XIX*^ SIÈCLE.
à étudier les chatigemens ^ui nuançaient la physionomie de sa sœur pour s'en ap^cevoîr.
Après une pause^ elle regarda 1^ notaire d'un air. ironique et lui dit d'elle-niême, à la grandç joie de^ M. de Solis : — t^ot^;5 êtes u» bfeji bon parent^ jiin'attendais pas moins de vous; mais l'intérêt à six pour cent retarderait trop notre libération^ j'attendrai la majorité de mon frère çt i^oiis vendr#ns ses x:entes. * ,•
Pierquin se mordit les lèvres , et Emi(Gtanue| S£ mit à sourire douceflient.
— Félicie, ma chère en£|plS reconduis Luoien au collège y Martha t'accompagnera f dit Marguerite >en montrdtit son frère. — I^qicien,. mon ange y sois bien sage /• nb déchire p^ tes habits ; nous ne sommes pas asset richéi pour te les r©ttouveler aussisouvent que^ious le fai- «ans ! Allons vas ^ étudfte bien .
Félicie sortit a¥ec son frère,
7— Mon cousin , dit Marguerite-à Pierquin , et yous^ monsieur, dit-elle à M. de Solis, vous 4tes sans doute venus voir mbn père pendant mon libsence, je vous remercie dé c?s*.|treiiVes d'amitié. Vous ne ferez san$ doute pas moins pour deux pauvres filles qui vpnt avoir besoin , de conseils. Entendons-nous à ce sujet ! Quand r
»Sm
SCÈNES DE LA VIE PRlVfE. 3 27
Je serai en ville, je vous recevrai toujours avec le plus grand plaisir ; mais quand Félicie sera seule ici avec Josette et Martha, je n'ai pas besoin devons dire qu'elle ne doit voir personne; fût-rçe 'iiQ vieil ami , et le plus dévoué de nos parcftitsrDans les circonstances où nous nous"* trouvons, notre conduite doit être d'une irréjnrochàble sévérité» Nous voici donc pbîir long-tempâ vouées au travail et à la solitude.
Le silenice tégtt^ pendant quelques instans.
Emmanuel abimé datJs la contemplation de la '* tête de Margiierite semblait muet, et Pierquin ne'savaitr<|uetiîre. Il prit congé de sa cousine,^ en éprouvatit un mouvement de rage contre JuiHQQiêilie; cSir il avait deviné tout à coup que Marguerite aimait Emmanuel, et qu'il venait' de se conduire en-^vrai sot.
— Ha çà , Pierquii^, mon ami , se dit-il en s'apostrophant lui-ûiêm e dans la rue , un homme qui te dirait que tu es un grand animal , aurait raison. Suis-je bête? J'ai douze mille livres de rente, en dehors de ma charge, sans comp- ^ ter la succession de mon oncle Des Racquets , dont je suis Je, seul héritier, et qui me doublera ma fortune un jour ou rautre(enfin , je ne lui souhaite pas de mourir, il est* économe!)
3d8 ÉTUDES INS HCEURS A-V XIX^ SIÈCLE.
Et , ]9i Vinîanne de demander des intérêts à inademoiseilie Claês! Je suis sûr, qu'à eux deux, ilssemoquenl; matotenant de moi. Je ne dois plus p^[iser à Marguerite! Non. Après' tout, Félicie est une douce et bonne petite créature qui me cofliTÎent mieux. Marguerite a un caractère de fer, elle voudrait me dominer, et elle v^ dominerait! Allons , montrons -nous gêné- Veux, «« soyons pas tant notaire ! je ne peux donc pas secouer ce hamaiS-là ? Sac à papier, je l'ais me mettre à aimer Félide, et je ne bouge pas de ce sentimçilt là ! Fourche ! elle aura unefermedequatrecenttrentearpens, qui, dans un temp>s donné, vaudra entre douze et quatorze mille livres de rente, car les terrains de Waignies sont bons. Que mon oncle Des Racquets meure, pauvre bonhomme! je vends mon étude et je suis un homme de qua-rante-mil-le-li-vres-de-ren-te. Ma femme est une Claës , je suis ' allié à des maisons considéra-
bles!... Diantre, nous verrons si les Courtde^ville, les Magalhens , les Savaron de Savarus, refuseront de venir chez un Pierquin- Claës-^Moliiia-Nourho . Je serai maire de Douai, j'aurai la croix, je puis être député, j'arrive à tout. Hà çà ! Pierquin, mon garçon, tiens toi-
là? Ne faisons plus de sottises! d'autant que, ma parole d'honneur, Félicie..'. mademoiselle Félicie Claës, elle t'aime. , ^
Quand les deux amans furent seuls > Emma* nuel tendit sa main à Marguerite qui lui donr na la sienqe^ ils se levèrent par un mouvçment unanime en se dirigeant vers laur banc dans le jardin ; mais au milieu du parloir, l'amant ne put résister à sa joie , et d'une voix que Té^^ motion rendit tremblante , il dit à Marguerite: — J'ai trods cent mille francs à vous!...
— Comment, s'écria-t-elle, ma pauvre mère vous aucait encore confié ?. . . Non. Quoi?
— Oh! ma Marguerite, ce qui est à moi, ' n'est-il pas à vous ?
— Cher Emmanuel ! dit*eUe en lui présent la main.
Puis , au lieu d'aller au jardin , elle se jeta dans la bergère.
— N'est-ce pas à moi de vous remercier, ditil avec sa toix d'amour, puisque vous acceptez.
— Ce moment , dit-elle , mon cher bienaimé, efface bien des douleurs, et rapproche un heureux avenir ! Oui, j'accepte ta. fortune, reprit-elle en laissant errer sur ses lèvres un sourire d'ange^ je sais le moyen de la faire mienne.
33o ETUDIES DE MOKURS AU xix SIÈCLE .
EUe regarda le portrait de Van-TClaês comMe poui;' a'^ir xm témoin. Le jeuàe liomme qui suivait les regards df M^rguerit^ ne lui vit pas tirer de iMm éoigtuae^bague d^ jeune iSie^ et il ne s'aperçut de ce geste qu'au momimt où il enteiylit^ ces «paroles. •
— 'Au miUeu^ii^ nos prolondles misères^ il se n^uve lin bonheur. Mon père me laisse*^ par iosoncianœ^ laiibre disposition de moi-snême^ dit>-elle en lui tendant la bague. Prends^ Emmanuel? Ma mère fie chérissait^ ell%* t'aurait choisi!
Les larmes lui vinrçiit aux;yeux; il pâlit ^ tomba sur ses genou:^, .et dit tt Marguerite ^ en lui 4anAant un ann^aiO. ^u'il portait toûjoars : — Voki l'alliance d^;ma mère !
— Ma Marguerite, n'aurai-je donc d'autre gttge que ceci ! dit-il en baisant la bagué*:
Elle s^ baissa pour, apporter son front aux * lèvres d'Emmanuel.
— Hélas ^ mîQ^j^uvre aimé> ne faîsons-nous pas là quelque chose de mal/dit-^lle toute émue , oar nous attendrons longytemps .
- — Mon opple disait que l'adoration était le pain de la patience . en parlant du chrétien qui aime Dieu. Je puis t'aimer ainsi, car je
SqÈJN£S DE LA VIE PUIVEë// 33 1
t'ai^ depuis long^temps^ confondue aveo le Seignew de toute9 cfaQS^; je suis à lui y comme je^uîs à lîoi. ^ s ^ ,
Ils pestèrent .pendant quelque^ momens en proie à la plus douce exliltation . Ce fut k sincère et calme efttsîoa d'un «sentiment qui ^ semUablf à un^ source .ti;op, pleine^ dâ>ordait |>ar de petites • vagues incesiiintesu Les^* événemens qui les séparsôent po\^ un temps ^ étaient un sujet de. néljpcolie. qui rendit leur bonheur pl^s vi^^ çn lui-, donnant quel* que chose d'aigu comme A9. douleur, fé* licie revînt trop tôt^^pour eux. Emmanuel ^ éclairé par le tact délicieux qui feit tout deviner en amour^ lais^ les deui; sœuts seules y après avoir échangé ^^^e Margueriteoin regard où elle pt^t voir tout ce que Jui coûtait caljtje discrétion^ car il y cscprima coml^n il «tait avide de ee«< bonheur désiré si long-temps^ -et qui vedait d'être consacré par les jSançailles du cœur.
— Viens «ci, petite soéur^ dit Marguerite en prenant FéKde par Je céu.*
PuiS; la ramenant c^ns le jaréin^ el)e» allèrent {^'asseoir sur le banc -ouqui^l' chaque génération avait confié ses paroles d'amour^ ^tJ^ soupirs de douleur^ ses méditations^ et ^e^ projets. Malgré
ÉTCDEJ DE MOBDRS AU XIX.' SIÈCLE.
le loQ joyeax et l'aimable finesse (du sourire de sa sœftiVFélicie éproavait une émotion qui ressemblait à un mouvement de peur. Marguerite lui prit la main et la sentit trembler.
— Mademoiselle Félicie , dit l'ainée en s'approchant de l'oreille de sa so^r^, je lis dans vôtre ame. Pierquin 0st venu souvent pen«^ dant mon d>sence y il e^t venu tous tes soks^ il vous g (Kt de douces paroles , et vous les avez écoutées.
Félide rougit.
•■:— Ne t'en défends pas , mon ange, reprit Marguerite , il est si naturel d'aimer ! Peut-être ta chère ame cbangera-t-elle un peu ta nature du cousin : il eSt égoïste, intéressé, mais c'est un honnête homme; et sans doute ses défauts serviront à ton bonheur. Il t'aimera comme la plu9 jolie de ses propri^és, tu feras partie de ses qffhires. Pardoane-moi ce mot, chère amie? tu le corrigeras des mauvaises habitudes qu^il a prises de ne voir partout que des intérêts , en lui apprenant ce que sont les q0nires de cœur,
Félide ne put qu'embmssçr sa sœur.
-*- D'ailleurs , reprit Marguerite, il a de I9 fortune ; sa fisimille est de la plus haute et de la plus ancienne bourgeoisie . Mais serait-ce
donc moi qui m'opposerais à ton bonbeur $i tu veux le trouver dans une conditfôif^ mé-^ diocre?.... "^
Félicie laissa échapper ces mots : — - Chère sœur ! * »
— Oh oui, tu peux le confier à moi, s'écria Marguerite. Quoi (le plus naturel que de nous dire nos secrets. « -*
Ce mol plein d'ame détermina Tune 4è ces causeries délicieuses où les jeunes filles se disent tout. Puis, quand Marguerite, que Tamour avait fait experte, eut reconnu Tétat du cœur de Félicie, elle finit en lui disant : — Hé hierf^ ma chère enfant, assurons-nous que le cousfn t'aime véritablement; et... alors...
— Laisse -moi faire, répondit Félicie en riant, j'ai mes modèles.
— Folle ! dit Marguerite en la baisant au front. »
Quoique Pierq'uin appartînt à cette classe d'hommes qui dans le mariage voient des obligations, l'exécution des lois sociales, et un mode pour la transmission des propriétés; qu'il , lui fût indifférent d'épouser ou Félicie ou Marguerite, si l'une ou l'autre avaient le même nom «t la même dot; il s'aperçut néanmoins,
que toutes deux! étaient, isuivant une de ses expressions , àesfiUes romanesques et sentiment talesy deux adjectifs dont les gens sans cœui* se servent poui^ se moquer des dons que la nature sème d'une main parcimonieuse à travers les sillpns de Thumanité. Le notaird se dit sans doute qu'il fallait hurler avec les loups^ Le lendemain , il vint voir Marguerite et l'emmena mystérieusement dans le petit jardin , pour commencer à parler sentiment , puisque c'était une é^es clauses du contrat primitif qui devait précéder le contrat notarié.
— j- Chère cousine^ lui dit-il , nous n^avons pas toujours été du même avis sur les moyens à prendre pour arriver à la conclusion heureuse de vos affaires ; ttiais vous devez reconnaître aujourd'hui que j'ai torujours été guidé J)ar un grand désir de vous être utile. Hé bien, hier j'ai gâté mes offres par une fatale habitude que nous donne Vesprit notaircy comprenezvous ? Mon cœur n'était pas complice de ma sottise. Je vous ai bien aimée; mais nous avons une certaine perspicacité, nous autres, et je me suis aperçu que je ne vous plaisai» pas ; c'était
ma £Etute! Un autre a été plus adroit. Hé bien, je viens vous avouer tout bonifacement que j'é-
SCÈNES DE LA \m P^YÉE. 335
.prouve un amour rçel pour votre sœur Félicie. Traitez-mpi donc comme un frère?puisez dans ma bourse^ prenez à même! Allez y plus tous prendrez^ plus vous me prouverez d'amitié. Je suis tout à vous^ ^072^ intérêt y en tendez -vous? ni à douze ^: ni à un po»r cent. Que je sois trouvé digne de Félicie y et je suis content. Pardonnez-wioi mes dé&uts y ils ne viennent que de la pratique des affaires^ \^ cœur est bon^ el je me jetterais dans la Scarpe, plutôt que de ne pas rendre ma femmpfieureus^i. u
-.— Voilà qui est bien, coucin ! dit Marguerite^ fnais ma sœur dépend d'elle et de notre ^ère... ^
— Je sais celfi, ma chère cousine , dit le notaire^ mais vous êtes la mère de toute la^far mille , et-je, n'ai rien plus à cœur que de vqus rendre juge du mien. • *
Cette £aço|i de parler peint assez bien l'esprit de l'honnête Pierquin. Plus tard, il devint célèbre par sa réponse au conimandant du camp de Saint-Omer^ qui l'avait prié d'assister à une fête militaire et qui fut ainsi conçue : Monsieur PierquinnClaës de MolinorNourhOy maire de la ville de DoUai, chci^aUer de la Légion~d* honneur y aura celui àe $e œndre^ etc.
Marguerite accepta l'assistance du notaire, mais seulement dans tout ce qui pou'^ait concerner sa profession , afin de ne compromettre en rien ni sa dignité de femme , ni rkve;piV de sa sœur, ni les déterminations de son père.
Ce jour même elle confia sa sœur à la garde de Josette et de Martha , qui se vouèrent corps et ame à leur jeune maîtresse, dont elles secondèrent les pians d'économie; puis, Marguerite partit aussitôt pour Waignies où elle commença ses opérations qui furent savamment dirigées par Pierquin; car le dévouement s'étant chiffré dans l'esprit du notaire, comnae une exceliei^e spéculation; ses soins, ses peine:^, furent èn^^ quelque sorte une mise de fonds qu'il ne voulut point épargner. D'abord , il tenta d'éviter a Marguerite la peine de défricher et de labourer les terres destinées à ses fermes. 11 trouva troi» jeunes fils de fermiers riches qui désiraient s'établir, les séduisit par la perspective que leur offrait la richesse de ces terrains, et réus-^ sit à. leur faire prendre à bail les trois fermes qui allaient se construire. Moyennant l'a-* bandon du prix de la ferme pendant on a» , ils s'engagèrent à en donner dix miHe fsa^c»
de \oyeT dès la seconde année, douze mille à^ la
IroîSièine, et quinze mille pendant le reste du
bail ; a creuser les fossés, faire lés plantations et
acheter les bestiaux. Pendant que les fermes se
bâtirent , les fermiers vinrent défricher leurs
terres. ÀinSi, vingt mois après le départ de-
Balthazar, Marguerite avait dqjà presque réta-
blî la fortune 4^ sén frère et de sa sœur. Deux
cent mille francs suffirent à payer toutes les
constructioi^s . Ni les secours , ni les conseils ne
manquèrent à cette courageuse fille dont
la conduite excitait Tadmiration de la ville.
Marguerite surveilla ses bâtisses , l'exécution
^«(laT'Be^ marcl^és et de ses baux^ avec Xie boa
.^. senô y cette activité, cette, cotistance que savêiit
* jdéployer les femmeç quand elles sont ani-
mées par un grapd sentiment. Dès la troisième
4 année, elle put consacrer quarante-cinq mille
francs de revena que donnèrent les fermes,
pui^ , les r^tes de son fîrère et le produit des
*J)^ehs' paternefe, à l'acquittçment des capitaux
'\ hypothéqués, et à la réparation des dommages
*que la passion de Balthazar avait faits dans sa
maison . L'amortisscQient ail» donc dans une
grande progression par }a décroissance des in-
tâhête. Emmanuel de Solis offrit d'ailleurs à
Marguerite les cent mille francs qui lui res-
•. • • T. ••ni: 22
3^8 ÉTtTDE;3^DE MOBUaS AU MX^ S^CLE.
taient sur la saccession de son orbple et quelle n'avait pas employés^ e» y joignant une vingtaine de'mille firancs de $ês économies^ en sorte que dès la première année de sa gestion^ elle put acquitter un^ assez forte somja&e de dettes • ' Cette vie de co^irage^ def privations et de dé-, voùment • ne se démentit..^int durant cinq années; mais tout fut d'ailleurs sib^c^ ^ réussite, sous l'administration et. l'influ^jBfbé de Marguerite. Devenu ingénieur des ponts^etr chaussées^ Ga];)riel, qui fut aidé par sorv^grandoncle Conyncks , fit une rapide, fortune da^s. l'entrej^se d'un canal qu'il cqp^truisit ^ et sut plaire à saxoustne mademoiselle ConyndiSy que son père adorait dt qui était- Tune des plus riches héritière^ des deux Flandres. • .
En 1823, les biens de M. Glaës se trcruvèrent libres , et la maison de fa rue de Paris avait presque réparte sçs pertes de mobilier: M^Pierquin demanda posit^veifteilt la m|i«a de,.. Félicîe à Baltbazar , de même que M. de< SpTis#^ sollicita celle de Marguerite. Au commence^ ment du mois ^ janvier^ i8a4 7 Mai^erite et
M. Çonyncks partirent pour aller chercher le père esilé d^nt chacun désirait vivement lo i^e* tour^ et qui doAOt sa démission afin de jçcistet*
'SGÈKSS DELA TIE PRlvéE, ,, ' SSq •
mx n^ieu de sa folmille dont if^ devait «afte«
tionner Ij^ bofidhenr. . . - ^ * x
En Tabs^nce^ de ^Jiarguçrite, qpi "songent avait exprimé le règrçt de ne gou^oir rem^îr • les padre» f'idés de lagaléiSç et jdes' appart^^ ./ m^m de récepJCian , jmtir'le jour od son père reprendrait sa hiaison ^ M. Pifc'qum «t*M.. 9e S^is Gompioftèrent ^vec FéKcié'/ de pvépfttef k Marguerite -une surprise , cfaï femit parcipiper en quelque sorte la sœur cadette à laprêstauralion de4a maisoti Cla€^.<r<)us dçux Ivaient achet'é à Félicie plusieurs beaux tabltaux qu^ls lui o^ir^nt pour^décorer ia galem. "M, Co^ nyncks dv«ât eu ia même idée. ^ofilaîQt té* moigner à Marguerite la saiidfactîon ^que itri ofMlisait !sa' noble èondtsîte 'e<^son tftvou^isiefit à4*€mplidé mandat que lui avait légué sa mère, il amit pris des mesures pour qu'on ^apport àt uqlfe cinquantaine 4^' ses f^Ius. belles toiles «1 qui^ques-unes de celles qûë Batthazar mtàt jtfdîs VetiiiujEgs^ en sorte que ia galerie £laës ^ , pi'ésque Isoti^ement remeublée . ^
Marguerite était tiléjk venue |)ki»ièurs iéHk v6ir*saMii|)ère^ accompagnée de 'Sa '^ur^ *éu de iMcieai chaque* fois ^ elle «l'avait tMUvé pro^ grcBsi^lpflieRt f>lu^*cl:i^gé;4&è9ll| depuis sa der-
« 340 ^ÉTUDES DÎE MOEURS AU XIX^ SiÊSCÏE.
nière^isite^ la^ieiOesse s'était manifestéey&bez: $àfehazàr'pdr deflfray ans .symptômes à la gra- ;vité d^squçls contribuait ;sans dout^ la parci- ^lïïof i^ avec feicmelle il vivait ; afin de pouvoir eiyijployer la plus grande partie 'de ^ifB appqintemens à fjiiré des eiqpériences cg^i trompaient tocijouns jàQU espDirr Quoiqu'il i*e rit âgé que <Je syxaftite-cniq ans , il av^it l'apparence d'xm octogénaire. Ses yeux js'étaient profondéméii^ enfoncés dans - leurs - orbites ; ses sourcils avaieniF blanchi ;. quelques cheveux lui garnissaient à p^ine là nuque ; il laissait croître sa barbe qu'il coupait avec des ciseau]^ quand elle lé gçnait; il était courbé comme un vieux vigneron f puis le désordre de se§ vête^mens avait %*epri^un caractère de misère que la décrépitude rendait hideux. Quoiqu'im^ pensée forte animât ce. grand visage don^ les traits ne se voyaieift plu^^ous lest rides ;^a fixité du regard , un air désespéré , une cohstante inqyiétudey gravaient les diagnotficsde h. démence^ oi!^plutôt de toutes les démeîicesi^nsemble. Tantôt il y apparaissait un espoir qui donnait à Balthazar l'expression du monpmane; tantôt^ l'impatience de ne pas deviner un secret ♦qui se prA^nlait à^lul commak^n feu
follet y ^metlaît leî^. symptômes de la fureur; puis tout à coup lin jriçe éclatant trahissait la folie; enfin/ la plupswt du. temps Fa^attement le pli^s complet résumait, toutes iès nuances de sa passion par la froide mélancolie de Tidiot. Quelque fugaces etimperceptible^que fussent ces expressions pour des étrapgers, elles étaient malheureusement trop sensijbles pour ceux qui connaissaient un Claës sublime "debonlé^ grand p^i^-le çœui*, beau de visage et dont il n'existai t^pl us qi^e de rares vestiges.
Vieilli'^ lasséj comme ^on maîtrfe, par detîonstans trav2\jiXj^Lemy|quinier n'a vait4)as eu à subir^ ^i^oaRfel^^ ^^^ fatigues de BTpensé^, aussi ^'sa pffyçionomie offçait-^14 unsiwgjilièr mélaifge d''inquiétâcf%^et d'admiration ponr*son mai{re^ ailqu(d il ^^it mp^e «de^ se mépi^ndre. En ' e^etj *(pidiqu'il en çcoutàt la moinfdre parole ^ avec^'espect^ qu'il €n sui^tjes njoiadres moi3- * ^^ vemens avec une sortV ae tendresse , il en avait
soin tomme utoe mère a soin d'un enfant ; et <
^ /sijiùv^Ult il pouvait avoir |Hrr cb^le protéjger^
". »j^arce,qu'il le profegeait. véritablement dans les
vtilg^îres nécessités de la^ie auxquellA Baltha-
zar*ne pensait jmnais; -Ces dtlux vieillards enve-
^ loii^és par irne idée, eonfians MatTs la réalifc
• ^ 'de leur esppir/ agités par le même buffle , Tun * ♦ - •
34^ t ETUDES DE MOÈURâ KU Xix' SI%CLB«
repriésenunt l'eaYeloppe et I^ut^e l^ame lie
* * leur existence commune ; formaient un spécK
tacle à la fois horrible et attendrissant. ^
• JLorsqu€^ M^guerit% et M- Coi^ncks arrivèrent , ils trouvèrent M. Claês étabK àm^ une auberge y car son successeur ne s'était pas fîdt? «» ' attendre et avait d^jà pris possession delà piâce, A travers^ W pi'éoccupations de la science, il . s'iétait ému dans sou cœur* xm désir de revoir sa p9trie, sa maison, sataimille; puis, la lettre de sa fille lui ayai^t annoncé de;^' événçmens «heuneux", il songeait à cAironiler.sà carrière * . ^r îine sérje d'expérienco^qui devajf le men«r » <^nân»à fa détouvert^ de son ^prç^l^^ *et ft attendait donc Marguerite «avec une ^cfe^sive^^ - ^ imnatience*. ^ ^ * , ^ ^' - .^j.
La fille se jet% .Vlaqs lea braâiyle sqb ^re en pleurant de joîê ; cette^fois, elleybi|ait chef^ - ^ * êiter. la ré^JbnK^ense 4'unè ^ie doiiloor éiuso, %\ lg#. ' pardon 'dé sa gloire dôfhestiqué ; 'car elle^ a|^ y ^ . sentait criminelle à Ri' manière ..des jgrai^^h^iftmefi qui vip]|£A lIBylàierlés poôi^ s|uV^e]; ^'^^ ^
tHe. Mai& en conflmp^laDit son pèr0 , ellf^aé&iji '* en reoollnaissant les «hangemeas%ui, 46gpsisa deriîièrt visite, s*étaienVopérés en lui. M.*Co- ^yAcks part^g^ le ^ecyêt efl^roi de aa nièc3p|^ et Insistst pout* etnmener au* plu^ «6t son couSn à
SCÈNBS^DBLA VIE PRIVÉE. 343
Douai dont l'inâcience. pouvait le rendre à la raison, à la santé, en le rendant à la Mie heureuse du foyer domestique. Après les premières effu-: siodfis de cœur qui firent plus vives de la part de Baltbazar qtieMargueritenelç croyait^il eutpour eUe des attentions singulières. Il témoigna lé regret de la recevoir dans uiie mauvaise chambre d'auberge; il s'informa de ses ^ûti»; lui demandée qu'elle vc^lait?pour ses repas , avec }es soins «rapressé$,d*ujî amant^ il eut enfin, les manières d'un cdupabla^qui veut s'assurer de son juge. Margueiîte çonAaisisaiW si bien, son pèi^e ^'elle.doyinaleumotff de cettê^ tendresse > en supposant qu'il poif^'i^t avoir en ville quelques
>4^tte^ dom il vouTàit s'acquitter^aqt son dé*part. IÇlle observÉ^peridant quelque tçmps son jjjgrejjtf vit ^ars^le coeur humain à nu. Bal-
. trhfiizar s'était rapelisi^é;. le *sentim*(^ de'' son aBaiss^mef)^^ riâol^etft (kns lequel le mettait la sG^n&o^ I^avaijM s^ndu tinû4e et enfant dans
^ toutes lik questioils éis-àngères'a ses occupa^ *
* tionsrfavorites. Puis., sa fïlle aînée loi imposait. LeiSôuvepir ide fon dévoûment passé , de la force^quielle .avait déployé^, la conscience dfx pouvoir qu'iMui avait kisgé premlre , la fortune don\ elle» disposait ^les sentimens JUi^ définisâtbles .qui s'étaient emparés de lui.
344 ÉTUDES DE MCeURS AXJ XIX^ SIÈCLG.
depuis le jour où il avait abdiqué sa paternité déjà compromise^ la lui avaient sans doute grandie de jour en JQur. M. Conjoicks
^ semblait n'être rien à ses yeux; il ne voyait que sa filte et ne pensait qu'à elle ^ en paraissant la redouter comme certains maris £aibles redoutenLla femme supérieure qui ]es a sul^jugués. . Lorsqu'il levait les yeux sur ell^ Marguerite y surprenait avec douleur une expcessioi;! de
, crainte^ semblable à celle |l'un enfant qui se seRt £autif . Elle ne say^t com&ent concilier la majestueuse et terrible expression de ce crâne dévasté parla^cience eCpar |es* travaux^ ayec le sourife puéril, a vecja* servilité. naîve^qui se peigi^ejAJt sur les lèvi'es et cj^nS. la ph^^c> sionomiede Baltbazar. Elle fut'fcless^du coil-r traste que présentaient cette grandeuiiet^ cette petitesse^t se promit d'ejapiloyer spn inuuence ^ à faire reconquérir às^ p^e tout^ Wdîgnil^ pour le jour sc^çnnel où iV allait repaïaître*^ au sgin de sli famille. ly abord , éHe ;s^it un moment où ils se trouvèrent 3êuls pour lui • diro à l'oreille : t^ Devez-Kyis quelque cljpse
icir è V •
Balthazar rougit ^et lui répondît d'un air embacrassé : — Je ne^ais pas ! ! . . Mais £emulqui-
nier té le dira, car il est plas au fait de mes * ' affaires que je ne le suis moi-même.
Marguerite sonna le valet de chambre , et quand il vint , elle étudia presque involontairement la physionomie des deux vieillards.
— Monsieur désire jquçlqyie chose? demanda Lemulquinier.
Marguerite qui était tout orgueil et pleine de noblesse , eut un serrement de cœur en s'aper- . ceTant au ton et au maintiejoi du valet, qu'il s'était établi quelque familiarité mauvaise entre son père et lui.
— Mon père ne peut ilonc pas faire sans vous * le compte de ce qu'il ddSt ici, dit Marguerite.'
—-Monsieur, reprit Lemulquinier, (Joit...
A ces mol$, Balthazar fit ..à .son valet de
chambre hn signe d'intelligence que Margue-
Kit^sûrprit et dont elle fiithumiliée. "^
. — Dites-moi tout ce que^doit mon père! s'é-
cria^rt-elle. . . . . * .
— - Ici, monsieur doit un millier 'd'écus a uti ft ' • s-" .
apothicaire ^i tient l'épicerie en .gros , et gui -
noîii a fduraf des potasses caustiques^ du pl^mb,-
flu^ing* et des réactifs. * * v' * . * ■•
^ — Est-^ë tout ? dit Margilprite. ^ * .
Balthazar réitéra un signe afiirmMifa Leiuul-^
34^ ÉTUDl^ DE MOEURS kV l^X^ SIÈCLE.
quînief qui^ fasciaé par son maîtr^^ répondit : — Oui , mademoiselle. ' .
— Hé bien , reprit-ellè, je vais tous les remettre.
; Balthazar embrassa joyeusement sa fille en lui disant : — Tu as jin* ange pour moi^ mon enfeuit. Et il respira plus à ?ai$e , en la regardant d'un œil moins triste. Mais^ mal|^eette joie, Marguerite aperçut facilement sur son visage les signes d'une profonde inquiétude^ et jugea que ces mille écus constituaient seulement les dettes criardes du laboratoire.
,-;^ Soyez franc, mon père, dit-elle en se
i. laissant asseoir sur ses genoux par lui, {cous devez encore quelque chose? Avouez-mol.t6lit,% revenez dans votre maison sans conserver ^.unprincipe de crainte au milieu de la^joie géné-^ raie. ' • , .
. . —Ma cbère Marguerite, dit-il en lui.pre-
» nant les mainset \çh hû*bdi§ant,avec unejgfrace ' qui ^gmb}fli[t être un souvenir de.sa ^une.Si^ , *
•^ , tmQie.gFoncfera$..; "î^ .
• —Non; dit-elle; ' ' \^ / -', -z*-
" — ^Vraii répbndit-il en laissant eeba^pei; uà 'gé^te jie joie en|l|ptine, je puis donc tout te •«dijpo, tu paieras... ' • ^ ■ , •
': SCÈNES tE LA VIE PKIYÉB. 34?
— oui, dit-elle en réprimant des larmes qui lui venaient auxyeiXz.
— Hé bien, j- '*"- '^^■' :- -'— "•"»..„
— Mais dites
■ — C'est consi
Elle joignit le de
déeespoir.
— Je dois... rotez et ChiffrevilU.
— Trente mîWe francs^ dit-elle, ce sont mes écoDonûes! Mais j'ai du plaisir à vous les ofErtr, ajouta-t-ellé en lui baisant le front av^ , respect.
U se levaj prit sa fille dans ses- bras, et tounui tout autour de sa chambre en la faisant > sauter l^nime un enfant ; puis , il la remj| $u> le fauteuil où'.«]Ie était, en s'écriant : — ^ ' cbèrê eofaat," tu es. un trésor d'amour! Je ne' ^ais plos. Les^ Chiffreville m'ont écrit trois Ifttres menaçantes et Voulaient ffif^^poucsuivre, ' ■. moi.quiiébr.ai feii^faîreûneforturte! "
^ ■i ' -^^^doD père! «t Marguerite avec un accent , "dedél^oir, vous cbçrcliéi donc Touj((wrs!... ' çi»— 'ToijiQM»,. dil-jl avec un sourire de fou» J« nîonTen(i,*Si fu savais où nous eu sommes. '
348 ÂTUDES DE MOEURS kV XIX i>lÈCLB.
— Je parle de Mulquinier, il a fini par me comprendre , îl m'aide bien ! Pauvre garçon , il m'est si dévoué 1
M. Conyncks interrompit la conversation en entrant 5 car Marguerite fît signe à sonpère de se taire en craignant qu'il ne se déconsidérât aux yeux de leur ondie. ESle était épouvantée des ravages que la préoccupation avait £aits dans cette grande intelligence^ absorbée toute dans la recherche d'un problênie peut-être insoluble. Balthazar^ qui ne voyait sans doute lien, ^u-delà de ses fourneaux^ ne devinait même pas la libération dé sa fortune. /.. .
■ Le lendemain ils partirent pour la Flandre ,^. et le voyage fat assez long pour quç Alarjgu6^ •*; ^i|a.j)ût acquérir de confuses lumières sui^% situation dans laquelle se trompaient sfon p%eré\ ^ et Lemulquinier, Le valet avait-il sur lenAît ♦ tre cet ascendant que savent prendre sur.Ii^- • " nl^s lirands ^é]^r^l$ y les gens sans éduca'lSô.n xfgx se sentent 'néceôsaires, etqui^.de^'ooiioessipïï • en jcfencession , savent marcher vers la dcg^iài» «* tipn^ravec la persistance que; dpnne .jui^e Idée . *fîxe? Ou bien, le maître /ayall-iL-jcontri^é • pour son valet cette espèce • (l'â|^Bit>n « qui * naît Je^ rjiabitude; et -semblabJâBiHC^a'quun
ouvrier a pour son outil créateur, que l'Arabe a pour son coursier libérateur. Marguerite épia quelques faits pour se décider, en se proposant de soustraire Balthazar à un joug humiliant, s'il était réel. En passant à Paris, elley reysta'durant quelques jours pour y acquitter les dettes de son père > et prier le» fabricans de produits chimiques de ne rien envoyer à Douai sans l'avoir prévenue a l'avance des demandes que leur ferait M. Claës. Elle obtint de son père qu'il changeât de costume, et reprît les habitudes de toilette convenables à un homme de son rang. Celte restauration corporelle rendit à Balthazar une sorte de dignité physique qui fut de bon augure pour un changement d'idées.
Bientôt sa fille , heureuse par avance de toutes les surprises qui attendaient son père dans sa propre maison, repartit pour Douai.
A trois lieues de celte ville, Balthazar trouva sa fille Félicie à cheval , escortée par ses deux frères, par Emmanuel, par Pierquin et par les plus intimes amis des trois familles. Le voyage l'avait nécessairement distrait de ses pensées habituelles ; l'aspect àfi la Flandre avait agi sur son cœur; aus^i quand il aperçut le joyeux cortège que lui formaient et sa famille et ses amis,
35o * ÉTUDES DE MOCUllS AIJ «X^ SIÈCLE.
éprouya-t-il. des émotions «i TÎves que ses yeux devinrent humides y sa voix trembla , ses paupières se réagirent^ et il embrassa si passionnément ses j^nfans sans pouvoir les quitter^ que les speqtateurs de cette scène furent émus aux larmes. Lorsqu'il revit sa maison^ M pàlit , et sauta hors de la voitiiM de voyage avec l'agi*lité d'un jeune homme ^ il respira l'air de la ootur avec délices^ et se mit à regarder les moindres détails avec un^ plaisir qui débordait dans ses gestes; enfin ^ il se redressa^ et sa physionomie redevint jeune. Quand il entra dans le parloir, il eut des pleurs auxy eux eny voyant par l'exactitude avec laquelle sa fille avait repro-* duit ses anciens flambeaux d'argent vendus, que les désastres devaient être entièrement répa* rés. Un déjeuner splendide éj:ait servi dans la salle à manger dont les dressoirs avaient^été rem* pftis de curiosités et d'argenterie d'une valeur au moins égale à celle des pièces qm s'y trouvaient jadis. Quoique ce repas de famille durât longtemps, il suffit à peine aiîix récits que Baltfaazar exigeait de chacun de ses enffaos. La secousseimpriméeà son iporal parce reCtnir^ lui fit ép«»usèr l6 bonheur de sa famille é&at îl se montra bien le pève,. Ses mamères
' «CÈNES PE.liA. VIE PRIVÉE, 4âfl
reprii-ent leur ancienne iMAiesse; et^ comnie dans le premier moment^ il fut tout à la jouissance de la possession^ sans se demander compte des moyens par lesquels il recouvrait tout ce qu'il avait perdu, sa joie fut enlière et pleine. Le déjeuner fini, les «quatre enfans, le père et Pierquin le notaire passèrent danà le parloir où Balthazar ne vit pas sans inquiétude des papiers tim^és qu'un clerc avait apportés sur une table devant laquelle il se tenait , . comme pour assister son patron. Tous les enfans s'a$sirenl et Balthazar étonné resta debout devant la cheminée.
— Ceci, dit Pierquin, est le compte de tutelle ' que reildvM. Claës à ses enfans ! Quoique ce ne soit pas très amijsant , ajouta-t-ilv, en riant à la façon des notaite^s qui prennent assez généra- v lëmentun too^ glài^nt pcwp parler ées affaires Ié$ plus^ $érieuse$^ il'faijit absolument que vous récoltiez*. • ^ ^
tjQpiqwe les circonslâîices justiftà^sent côt^' phrase 5 AL Claës a qui sa conscience rappelait, le plissé' de sa vte j I^c<îepta cenai»e un repro- ; obe et-fronça les sourcils . Le cierc comisieuça latiyït\fre^et, alors Téton nepent d^fBalthaz^ ^U^4K<^^s^at!,à me^re qu^ c^«ct6 sedéro^-
352 ÉTUDES DE MOEtJtô AU XIX* SIÈCLE.
lait. Il y était établi d'abord que la fortune de sa femme montait au moment du décèâ % seize cent mille francs environ , e,t la conclusion de cette reddition de compte, fourniisshit clairement à chacun de ses enfans une part entière, comme aurait pu la gérer un bon et soigneux père de famille. Il en résultait que* sa maison était libre de toute hypothèque , qu'il était chez lui, et que ses bien3 ruraux 'étaient également dégagés. Lorsque les divers actes furent signés , Pierquîn lui présenta les quittances des sommes qu'il avait jadis empruntées et les main-levées des inscriptions qui pesaient sur ses prôpriétésT. En ce moment , Baltha- . zar qui recouvrait à la fois l'hoitu^ur de l'homme, la vie du jière, la considération • ^ ■ du citoyen , tomba dans un £auteuil, et chercha Margaérite, qui , par une de cf 3«.sublimes iiëlicatesses de femiafe,^ 'était absealéejpendant cette
1 lecture afin de voir fsi toutes ses intentidns 'avaient été. bien rempliteî> pour la fête., C^aéun des membres de la famille comprit la pensée du
r vieillard au moment où sesyetlx faiblemeptfhu- ^ • mectés deasjpiancjîdènt sa fille que tous voyaient « en ce moftaent pox les yeux dé Famg, çoxpme / /*
. uii ange de. force ^ de jumière. Lucien; râ|^
SCÈiNfift DE LA VIE PRIVÉE. 353
(chercher; Btlthazar eateadît Je. pas de sa filje y et ^courut la âerser daos ses bras.
— Mon père, lui ditrelle au pied de l'escalier ou le vieillard la saisit pouar rétpeincdi'e ^ je vous en supplie , îiè diminuez en rien votre sainte autOFÎté. Remerciez-moi , deVant toute la fapiillé, d'avoir bien accompli vos intentions ^ et soyez ainsi le seul auteur du bien qui a pu se£aireici.
B^lthazar le^'a lés yeux au ciel , regarda sa fille ^' se croira les bras, .et dit après une pause pendant laquelle son^ visage reprit une expre^-* sionque ses enf^ns ne lui avaient pas vue de-^ puis dix ans : — Que n'eis-ta là^ Pepîta, pour admirer notre enÉin t. *
Il serraiMarguerite àv^eb force , sans pouvoir prononcer .une parole , et r^tra .
— Mes enfans, dit-il avec cette noblesse de
maintieti qui en fëisait autrefois un des hom*
mes. les plus imposons , nous devons tous des
Vèmercîmeqs^et de la réconnaissance à ma fille
Marguerite y pour Ja' sagesse et le courage avec
lequel ^e a rempli mes intentions, exécuté
\ ides plans J lorsque, trop alt^orbé par mes tra-
\ * vaux, je lui ai remis les rênes de notre admi-*
liisit'ration domestique. ^
T. lU. 23
'3^4 ÉTUDES DE MCBCRS AU XJK^ SIÈCLE.
•i^^Ha! mainteiiaiit^ noiis ailons lire les contrats de . nmriag^ ^ dit Pterquîn hn regardant Fheure.'Mais ces actes-là ne me -regardent pas^ attendu qœ ia^loi'me ^^end d'instrumenter pour mes parent et pour moi.. M. Rapariier Fonde va venir...
En ce moment y les amis de la &millè invi*tés au dîner que l'on donnait pour fêter le retour de M. Claês y et célébrer la signature des contrats, arrivèrent successiveipent , pendant que les gens apportèrent les cadeaux de no-* ces. L'assemblée s^augmenta prompteiQant et devint dussi imposante par- fa qualité des persornies, qu'elle ^tmt b^le par la' richesse 4es toilettes. Les tn^is femilles qi# s'unissaient p^i^ le bonheur de leurs eafens^ avaiei^jÉ vouh] rivaliser de splendeyr. En un moment le parïSîr fut plein déis gracieu^présens qui^ £o||t aux fiancés; l'or ruisselait et pétillait ;^lefr étoffes dépliées, tes châles dé Cachemires, les colliers, les parures excitaient une j'oie si vi^ie et cKez ceux qui les .donnaient, et chet: celles qui les*
recevaient, cette joie, enfantine à demi se p^ gûait si bien sur, tous les visages,' que k va^ lëuf de das présens magnifiques était dubliék par les indifférens , as^z souvent occupés ^ fti'
SCè^^^DE iJk -W^PKIYÈM. • 355
ealouter-fiar curiosité. Bientôt c<tfnmença le «é^ rémoniai uèité dans Hi fiumille Cbësi pour oès sdlennités. Le père et }a mèfe . devaient se«ds être assis ^ et les aiiisisians demeuraient debout devant eux à distance. Alors ^ à^gauciie du p«r-^ k»¥.ef du côté du jardin^ ^e pbcerèAt Galmel Glaês et maïk^OiselIp Cbhync^^ auprès- de qui se tinrent M. de Sôiis et Alarguerite^ sa sCfiur etPierquin. A quelques pas^ de Ses ttx)b couples ^ Ra)tMh2% et M. Conyncks^ les seuls de l'ass^aiblée qui ^KP^ent assis^ prirent place aha^ cuB dans uiqj^ fauteuil^ près du notaire qui rem* plaçait Pierquin. Lucien éCail^ debout ^t^rrière son père. Une yingtaÎAe de femiipei^^ él^iatnment mises et quelqu^ -hommes, tous d^oiàb pamp les plus prqch^ parçns des |4erquin> des Cony nc^s ^ et di^ Claës , le n^airê de Douai qui devait jnarierJi^ ijpoux^ les*do\ji2e témoins pris \ parxpi les anus les ph^ dévoués des trois iunil* les-, et dont le premier président de la Coui^ Royale iiisait partie^ tous jusqu'au cujQé c^
Saint*Pi«iTe^ restèrent debout en formant du opté de U cour un cercle ^ià^osant. Cet hom-^ «atage rendu par touiie ceU^ai^seml>lée à la par Jemité qui? dans q^. «distant, rayonnait â'ttnie*^* ibl^esté royale > impripiait à cette scène uife
356 ÉTVm^ES DK,M0EIi3EIS A0 XfX^ SIÈCLE.
couleur antique. Ce fut Li seul niomenl peor dant lequel^ depuis- seize ans, BaMiazar oublia la recberchefde PAbsolu'. M. Raparlier le notaire, alla,4eniander' à. Marguerite et à sa sœlir y si toutes 1^ personnes invitées à la signature et au dîner qui devait la suivre, étaient arrivées; sur l,eur réponse affirmative^ il revînt prendre le contrat de mariage de ' Marguerite et de Rf.de Solis., qui devait être lu lepremier^ quand tout à coup la porte àft pArloir s'ouvrit, et Xemûlquinièr se montrar le visage flamboyant de joie. « '—• Iftpnsieur! .monsieur ! • Balthazar jeta sur IMbrguerite un regard de désespoir, lui fit 'tin sîgpe et l'emmena dans le jardin. Aussitôt le trquljle se mit dans Jas~ semblée. *
^ — Je n'osais pas te le diîret^ mon enfant, dit le père à sa fille;. mais puisque tu as^tanl
. fiait pour mfî, tu me sauveMs de ce dernier
k malheur. Lèmulcjuinier m'a prêté, pour une
dernière expérience qui n'a pas iiéuasi , trente
•mille frà^icç, le\frtiit de ses économies.' Le
ndalheurmix vient sjns doute me les redeman-»
' ^àer en apprenant que je ^is redeve^iu riche.^ D^nnjek-les lui sut-:;le-c|iarafpl Ah 1 mon an^.
SCÈiNES DE LA iTlE PRltÉE . ' 35?
tu lui doi» ton pjère^\par lui seul me^. ceusolait dan3 mçs désastres , lui m\il encose a foi >ep moi. Certes , sans l^i je «(ffais mort^. .
— Monsieur! monsieur^ criaît* Lemulqui- * nier. * \ * • . ^
«-^Hé bien^ dit l^lttezar.en se retournant»
— Un diamant. ' * * . "^ Claës Isauta da^s Le parloir en ^fierçevahl^
un .diamant; dans, la main de sqn valet de chambi'equi'lui dit .tout bas : — J'^ii lété au lafboratoire. * ■ ^ *
Le chimiste^ qui avait tout oublié^ jeta 'un regard sur le vieux Flamand^ et .ce regig^d ne pouvait se.tràddire que paitces i|iots : — jTu as été au laboratoire ! ' ' ' ' -
— Et^ ditje valet en côqtiiiuant^ j^i frouvé ç|i dan;^ ^laibapsule qui communiquait avçc.
cette pile que mpus avions laissée en train de faire -des sienne^! — ïit. ;iBlfe^n a fait, monsieur! ajdUJta-t-il en «montrant un diamant ^lanç de for^ie octaëdrique dantTSblat attirait le» regards étoni^s de toute rassemblée.
.^ — ]V^s enfanà^ âes amis^ dit Bay:hazar, pardonnez à lûjpn vieux sérviteuv, pardon iiez-^ moi.. Ceci va me rpniire fpu! Un hgsàiyMe ciiiq ' année» a produit, sans moi, une découvei^te
. *' s 3Sè éxUDES ÙE MOBlfta-AÏ XIX^ SIECLE.
y * i' €fàe j^ eherche depu^- sey^Ç' ans!... Com-
. pMt? je n'en sai&4'ien.'Om^ j'avais ^issé du
sulfuré de carbone "Kous Finfluence* d'une ^Mle
•^' , de y ol ta- dbik l'a^tiofi aurait dû être surveillée
tous les jou¥s.|Eh biëhypendantmqif sibsence^
« le poiivoir de Dieu ji édatédans mon laboratoire
si^nsr que j'die pji constater ses effets^ prc^eS'^''
♦ .,sifs,,ljiDi>*€pfendu! Cela i^Wil pa* aîfreux !
Maudit exU ! maudit hasard ! Hélas 1 &b j'avais Bpié cette longue, cptte' lente, cette subite, ^ i^ ne sms comiftcnit dire, cristallisation ^ tran»^ formatioa> enfin ce miraclei hé bien, mes en* &Q$ ^eraieoi^ plus rî^s encone» Quoiqoie ee^se
* soiJ;^s la solutic^ dii fu^oblâhè qae je eher- ^ che;* au moins, l&s |»remiejt^ ^y9^9 de ma
gfoitlf auraient f^ kft* mbjn pays,^ efe momerït què^ nos iifEéctfanâ'satis&dtft r^^^Rit jji aardjat de bonheur^ ^^.«k encore éc^u^fé par le scSeilde ia science. ^ ^ ^ • • . • *^ g..^ \ « ' " Chacun gardait le silence Aefan^ a^ bomnie, car les p«ifble&' sans suit^ qui luî, furent pxrâ^ chée3 par la ' dduleiir, f urenf tr^^ vnÊts fbur là'êtrejpas sûbligies. Toh^à Qtdip, il rebute son ^ ^désespoir au fond detui-mètnp, ieta sy^fii^ sêml^léti^ jFegarcl njajeslU^ui^dl^ff^^ àms lésâmes, crtf* lé'^amaot, et r6ffr!|V ]\l|rgue«-
SCÈKESI^ LA VUl.PRIVÉt. 3^9
rite ens^écriant': -— îl l'appartient^ mon aQgt!^
Puis ii renvoya Lemulquîniér par un geste^ et dit au notaire : — Gontinuohs.'
Ce^mot excita dans rassemblée, le frisâion^ nenptent que^ dans certains roles^, Talifia causait aoff masses attentives. B^Uhasar.d^étaî^, assis, en se disant à voix basse* — d^.nts dois être que père aujourd'hui. \ ^ ' *
Marguerite entendit le mot, s'avaniçar^ saisît la i^n d^on .«ère et la baisa resfeciuem^ ment.
— Jamais honime n'a été si gsand ! dit Emmam^tel qUaod - sa fiancée i^vint près de lui , • jamais hamme n'a été si puissant, caV tout autire en deviendrait fou î . i » •
Les.ti^ois conirât5^1us et sîgqés, cbacon s'emr . pressa de questionner B^tkàzar sur Ja msuadère ' dont a'étak fol^mé ce diamant, /Q^is il ne pou^ vait rien répindre «nr un accident aiissî f trange . . regso*^ son grenlej^, e^ le moptta par un gem!d dp ragé." ^. * . \ . • '
. — Ouî^ laîpîssai||è.e££pajKante' due ay, bôuftversemeat dJLL^tobe et qui, peut>»êtr^, a fait,tes •«nétaùx , le^ dian^s , dît-il, s'efe Amuckif^tée M pesant iiip>,mo«)ént, i^^asar^.^* • . "'* , T-^rGe«pasard eisr sans i^ut^ bien naturel,
36o * érusiâs BE MOeoHS au xix^ siècle .
. df tvùn de ces gens qui ^leulen t expliquer tout ^ Je bonhomme aorâ oublié quelque diamant véritable^ et c^st autant de sauvé sur ceux qu'il a brûlés!
^ V— OuMioAs'cela y dit Balthazar à ses amis^je vous4>rie d^ ne pas m'en parler aujourd'hui» .
• Marguerite' prit» le "bras de sop père p6i/r se fendre dans les appartemens de la ma^ son de*de\Tjant où l'attendait une somptueuse féte« Quand il entra dans la galerie ^près tom ses hôtes. Il la vitmwblée de tableaux et rern^ plie de fleur$4*ares. < ' *
* — Des tableaut ! s'écriar-t-il , des tableaux et ^uelques*(Ais de nos anciens .
Il s'arrêta . soa front se rembrunit ., il eut un
moment de tristesse , et sentit alors lèpoids^îde
sesfeutes^ en mesurant retendue de son hujpî-^
liation secrète^ > • '
— Tput j3ela est à vous , nfbn père, dît Mft-
gftet^te e» devinant les«entiBtBens qui. agitaient.
ffitme àè Balthazar. * '. , =«^^ .. /^ *« * ** — Apge'^ que les esprits^élest^s doivli^t
jJl^udir I s^écria-t-il , combteii'ldg |(^i$^^!îi^^u
donc*donné*la »vte à ton père Ir • • ^j' : — We^oAsérvèz*" jJus"^ aucan.:nuage sifï viQ^fe
front, ni la .moindre pensée triste dlcii^ votre
vae/OT, répondit-elle ,.et vous m'aurez réûompensée au-delà de çnes errances. Jç yi%ns de penser à Lemulquinier ^ mon père chérî : le peu de mets que vous iB'avi^ dits de lui me le hit estimer, car, je l'avoue, jeFavais mal jugé. Ne pensez plus à ce qaeTO(e»-Tlui devez. Ilresr tera près de tous (^mme un humble ami.
Emmanuel possède eaviron soixante ^lille fraof s d'économie, nous les donnerons à Lemulquinier, car après vflps avoir si bien ^vi , cet homme doit être heureux le reste de ses jours. Ne vous inquiétez pas de nous ! M. de SoUs et moi , nous aurons ujie vie calme et dpuc^ , une vie sans faste;^ nous pouvons donc nous passer de cette somme jusqu'à ce que vous nous là rendiez.
— ^ Ah ma fille, ne m'abandonne jamais?
Sois toujours la providence de ton père !
Enentrant danslesappartemens de réception, Balthazar les trouva restaurés et remeublés aussi magnijpiquemept qu'ils l'étaient autrefois. Bientôt les convives se rendireiit dans la grande salle à manger dixrez de chaus^ par le grai^d i^sctOiv, kirc||a|^Mm9rche4iu^^ se ti;puvaient des arbres fleuries. Une ai'geifitçj^ietmerVeiUptisé (Je iaçèn, offerte pay <^brieHà son père,
36a ÉTUDES De mqburs au xix' 61 jscle .
séduûit les r^ffurda autant qu'un Ime de table. qui parut iaoui aux principaux habilans d'une Tille où ce luxe est ti^adiiionnellbinentàlamodç; l^s domestiques j{a If. Coayaok;^ ceoxdê M« Claës j et de Pierquia étaient là prêts à sex^ yir ce repas sompttieux^ En se Toyanttiu ukilieu de cette table couronné j^ 4^ pareâg^* d'amis et défigures si^r lesquelles. éclatait uiie)Qi6«^ve et. sipcère ;t^ Bdtehaz^ dernère lequM se tenait Xemulqillinief ^ eut une énufi^on. si pénétetote que cba€unse tut^. comme onse tait de¥4pt-l€% grandes pies ou les grandes douleurs. ..
<— Cheiis e^i^s ! s'ecc^t-Sr^ vous a^e:^ toé le veau gras p0ur le retour du pèrapeodigue! «
Ce mot par lequeUl se fusait justjiisâi efeq^i , empêcha peut- être qu'on ne là lui Et plus s^èc^y fuK prononcé /si noblement que ch^un attendri essuya ses larmes; mais ce Jut ,1a. der^èire expression de mélancolie ^ etla j^q^ie pont inseUsiT. blement le caractère hrujiaafr et aïKipé ^i si* g|}ateiesfétead§ &miila. , . ^ \ \.
Après ie^ ^ner, les prindj^ui? habifeM. 5^ k^viQe anrivèr|nt pour le bâ| ,<{ni s'o1#rît«eè i^ pondît à la ^^ndeur clgBs^quQ^ ia fip^q^- «faii Téstawé^i,, / " ,-^. ■^''c;'^ :.^ ' ^
Les tri^jis li^arîages seiir^no j^otxlpilkpiefkt ^ ' é
SCÈNES OBU. VIE PRIVÉB. , 363
daanèrent lieu kj^ filtea, des bals , de& vopm, qui ^Btraisèrenj;, poiu- {^isieùrs mois. M- CUës dans te tourbilloo du monde. Son fils aîné aUa s'établir à la teve qwe possédait près de Cambraj^M. Conyncks, qui ne voulait se sépoler desafijle. MadanePi^uin dut également quitter la mûsoa paternelle, [^ourfaire l«s honneurs de l'hôtel que Pierquin aTait&it bâitir, et où il voulait vivre noblemeni, car sa charge était vendue , et son oocle Oes Racqiiets venait de mourir en lui laissant des ti-ésors lentanent économisés. Lucien partit pour Varis , où il devait achever son éducation.' H. et nctadamede Solis restàreot ilpnc seuls près' de leur père, -.qui leur abtitdoflna le quartier de dertière, en se lo^^t au second étage de la maison de êe^taf. Ma^ucrfte cQi|tinuaMe veiUer aiï bonheur malé^^.d aidée dan6 cette douce tàchi Cette noble fillfrreçDtparle» le couronne ^ta^plus enviée, t ir tretfe et 'dent ^'coDstanl t. En effet, jamais coii^e. p' jp de cette i(hçji4^ccmip)È4e, avcuçe'f pCii^jftue toutes les hSdiies caxeiica^m^i^i^ rêt^. L'union de qfi^ 4èm.^étTii si âG)$M^euz .dal|ï les cpreHves
364 ÉTUDES DE MQEtmS XV XiX^ SIÈCLE.
de la vie y et qui s'étaient si i^^tement aimés y escita dans la ville une admiratipa re^ectueuse. M. de àSolis nommé depuis jk>ng-temp$ inspecteur géaéral de L'univerirfté ^ se démit de ses foBtctions pour mieux jouir de son bpnheur, et rester à Pouai^ où chactm rendait si biea hommage à ses talens et 'à son caractère^ -que son nom était par avance promis au scrutin des cirflèges électoraut^ quand viendrait pour lai râgç de la députation. Marguerite qui s'était montrée si forte dans l'adversité , redevint dans 1 e. bonheur uiie femme douc^ et bonne.
. M. Claës resta pendant cette année gravement préoccupé sans doute ; inais^ s'it fit quel- '
ques expériences peu coûteuses et auxquelles sçs . revenus suffisaient, SI parut négliger soy^ laboratoire. Marguerite qui;réprit les ancieàl}€»|" habitudes de la maison Claës , donna tousses mois^ à son père, une fête de famille, àsi^* quelle assistaient les Pierquin et les Ccui}^^^? et reçut la haute société de. la ville à dn, jqmI^ 4p.la semaine où elle avait un Café j|tii.dèT ^ni- l'un deff plus célèbres. Quoique soient distrait. M. Ckiës assistait à toutes JeHtfssein-<^ blées, et.redeiïnl si compl£ûsammeDt^hoiDbi^ du monde pour cçmplaire à sa fille aiilée,'^fij|^
ses enfans purent croire qu'il avait renoncé à chercher la solution de son problême . Trois ans se passèrent ainsi. -.
En 1828, un événement .fevoralllf à M. de Solis l'appela en Espayif. Quoiqu'il ^'CÛt^ entre les biens delà maisoh de Solis et lui, trois branches nombreuse jJa fiwre jaune, la.vieil- , lesse, l'infécondité , tous les cjaprïces de la fortune s'accordèrent pour rendre Emmanuel l'héritier des titres et des riches siibstitutions de sa maison/ lui, le'^dériiier. Par un de ces hasards qui ne sont invraisemblables que dans les livres, la maison de Solis aivait acquis le,
comté de Nourho ifloi\t les Claë& fprent jadis dépossédés. Marguerite ne youlut pas se séparer de son mari qui devait .fester en Es]p^àgne
'KUssi lon^-tçinps que le voudraient ses affaires; elle fut d'aillenrs curieuse de voir le château dé* Casi|rB.éal où ^'mère avait 4)as3é son en-
•fance, et Ja' ville de Grenade, berceau patrimonial pe là famille Solis. Elle partit, en confiant Tadministration de la maison au dévoûment de .M artha, de Josette et de Lemulquinier cpA avaient l'habitude» de la conduire^ (Sir"Bâlthazar, à qui Marguerite avait proposé le j^^^age d'Espagne, s'y étaîfc refusé en alléguant son
tf.
366 ÉTXJDES DE MOEURS AU XlX^ SIÈCLE.
grand âge; mais plusieurs .travaux inédites depuis long-temps et qui devaient réaliser ses espérances, furent la '"Véritable mîscm de soâ refus. 4 ,
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