‹ Scenes De Moeurs ArabesChapitre 11 sur 11 · LE MA HD T · texte numérisé non relu

LE MA HD T

eux, en le poussant, comme un bœuf tardif,

, * i pA g Jw' «

avec le bois de leurs lances.

V Solyman commandait l’avant-garde de., l’armée ; il avait entendu les cris de ses soldats,

et il accourait avec quelques escadrons, quand

son nom, jeté comme un défi menaçant l’officier arabe, et la vue du prisonnier que traînaient les siens, lui apprirent quel était le sujet du tumulte : » Par Allah , s’écria- 1- il arrogamment, ce captif m’appartient ; mes soldats m. l ont pris. Quiconque voudrait le disputer au chef des gardes du Khalyfe, aurait pris la témérité pour monture , et l’on pourrait aller dire à ses proches que le torrent l’a emporté (i). »

L’Arabe, d’un ton plus humble , mais ferme

néanmoins, continuait à demander que le prélat espagnol fût délivré de ses liens et conduit au V généralissime. Solyman ne daignait plus lui ré-k** pondre. Cependant l’armée était en marche, et j chaque instant amenait de nouvelles troupes sur le lieu delà querelle. Comme ces troupes, réu-

(i) Qu’il ne reviendra plus, qu’il est. mort.

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nies volontairement et par districts, n’avaient entre elles d’autres divisions que celles des races et des tribus, chaque légion prenait parti pour

us

les hommes de son sang. Les Africains, de toutes les contrées que domine la longue chaîne de l’Atlas, se rangeaient aux côtés de Solyman ; au contraire , les guerriers originaires de. l’Arabie, de la Syrie et de l’Égypte, appuyaient la prétention du Kayd. Ceux-ci formaient le^ escadrons les plus brillans, les mieux disciplinés; ceux-là, les cohortes les plus nombreuses. Les uns montraient dans la dispute cette fierté dédaigneuse que donne la supériorité de l'intelligence et l’habitude de la domination ; 1<js autres , cette jalousie vindicative qu’excitait la honte de l’infériorité et l’impatience l’un long assujétissement. Ils étaient, le s » ‘

uns et les autres, suivis de leurs esclaves , qui obéissaient en silence à tous les mouvemens de leurs maîtres. Ces hommes dégradés se reconnaissaient à leurs mentons rasés, car l’honneur de la barbe n’appartient qu’aux hommes libres,

Ek

■ LE MAHDY

et aux longues tquffes de cheveux qui leur couvraient le front (i).

Ce qui rendait la partie plus égale, c’est que les Chrétiens et les Juifs, mêlés aux rangs de

l’armée musulmane, se jetaient tous dans le

parti des Arabes. Aucun d’eux ne passait aux berbères. Solyman, irrité de cette préférence, et montrant aux siens les turbans bleus et jaunes qui coiffaient ces alliés de race vaincue et

, j. . ÿfif

de croyance maudite : ,

y En fans, s’écria-t-il, voyez-vous ce troupeau de porcs immondes qui viennent prendre part aux luttes des coursiers? Ne vous semble- t-il pas, comme au poète, que l’aigle céleste ait été purgé, durant la nuit, avec des médicamens de diverses couleurs , ei quau'matS , il ait vidé, ses entrailles sur leurs têtes ? (a) jt

A cette plaisanterie qu’il avait dite .dans le grossier idiome berbère, espèce de patois for-

(x) Couperto cheveux a un esclave, c’étart l'affranchir. Chez les •Goths, au contraire, et Ica autres natious du Nord, c'était déshonorer un honnne libre • ^ .

'(l)' Vers de *la-EdiMo-VadUf.V. ‘ ' '‘ffte !f & ?»

LE MAHDY

mé (le la vieille langue», du Mahgrêb et d’un peu d’arabe, les soldats de Solyman répondirent par de bruyans éclats de gaîté. Leur chef, arrêtant alors un des Chrétiens ‘au passage •:

« Adorateur du fils de la Vierge, lui dit-il, que viens-tu faire au milieu des croyans ? Va plutôt planter les piquets devant nos tentes, et nettoyer les auges de nos' chevaux. »

Le -Chrétien provoqué répondit : « Noble

Seyd, ce prisonnier n’est-il pas notre frère par le sang et par la foi ? ne pouvons-nous demander sa délivrance, et n’est-ce pas le- délivrer

que le remettre aux mains des fils du Hedjaz?

Ceux-là ont vaincu nos pères ; mais ils nous ont laissé nos évêques, nos prêtres , nos temples ,nos anciennes lois , nas vieilles coutumes. A l’ombre de leur protection, nous- vivons du travail de nos mains, sans trouble et sans ignominie. Tout ce qu’ils exigent, afin que nous né

puissions entrer dans leurs mosquées, pas plus

' qu’ils n’entrent dans nos églises, c’est que nous postions, pour être reconnus, des ceintures et dés turbans bleus ; les. Juifs, des ceintures et

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des turbans jaunes. Mais si nous habitions pai*mi tés " frères de l’Afrique , où seraient pour nous la justice et le respect ? On nous obligerait à suspendre à’ nos cous , comme des colliers d’esclaves, de longues croix de bois blanc , et les Juifs, d’ignominieuses sonnettes, Lpoi» avertir eux-mémes, comme les lépreux, que leur contact est impur et malfaisant. »

De grands çrfs, partis dans les rangs des Arâbes, interrompirent la réponse du Chrétien. C’é-

tait le plus jeune des fils d’Al-Mansoûr que saluaient à son arrivée ces bruyantes acclamations. Abd-al-Rhaman ne ressemblait à son père et à son frère Abd-al-Malek que par les traits du visage. Vain d’une illustration qu’il avait reçue toute faite à sa naissance, présomptueux par caractère, emporté par tempérament, frivoledans ses goûts, déréglé dans ses mœurs, il se faisait difficilement pardonner , avee l’excuse d’une grande jeunesse, des défauts que sa haute position mettait plus^ en évidence, et que i’âge mûr ne corrigea point (i). Au lieu d’apaiser , par

(i) Ce fui : sous son administration, lorsqu'il succéda, dans fa

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l’ascendant de son nom, ‘cette querelle qu’un sujet futileivait fait naître entre les corps .de l’armée, et qui pouvait; d’une seule goutte de sang vers*?, rallumer la querelle mal éteinte des races ennemies , Abd-al-Rhaman , enivré par l’accueil de ses Arabes , prit follement parti dans la dispute. Poussant son cheval sur les escadrons berbères : « Fils d’Oqbah, cria-t-il à Solyman, ce prisonnier appartient au butin de l’armée : réponds, veux-tu me le rendre ? »

— « Ni à toi, ni à nul autre, fils d’Al-Mansoûr, » répondit fièrement le général africain.

— « Tu désobéis à mon père. »

— « Quand la justice est pour moi, je n’obéis qu’à Dieu. »

. — « D’où te vient cette audace, homme du Couchant » (x)? ,

charge de Hagib, à son frère aîné , qulXescham fut renvené du trôue, et que s’alluma cette longue guerre civile, qui, ayant m,-* duit le démembrement du Khalyfat, livra l'Espagne Africains.

f i) Makgrébj.

LE MAHDT.

-rr- « De la même source que Ion orgueil, hjjpnme du Levant (x). * } »

■jt, « Notre orgueil est juste, car nos pères ont vaincu tes pères. ,» «M

— « Notre audace est juste aussi , car un jour viendra , j’en jure par l’angle du temple, où les fils de nos pères vaincront à leur tour les fils de tes pères, n

-, — Alxl-al- Rhapau resta muet de surprise et de fureur : « Ah 1 dit-il d’une voix étouffée , si jamais le Kiialyfe lait passer le sceau de l’empire de la rtaain droite à la main gauche (u) , qu’un homme de ton sang ose alors me tenir un pareil langage ! Je commanderai à mes serviteurs de l’écorcher , je remplirai sa peau de foin, et je le ferai mettre en cçoix sur la porte de Fotouh. »

— « Mais je t’assure , répondit froidement lé Berbère , que , du tombeau de cet homme , il ne sortira point chaque nuit jin hibou pour crier : Donnez-moi à boire (3) ; car ses frères auront

Sehanjyy. ''

(a) C’esl-à-dire , s'il transmet l'autorité du père aux enfans.

(3) Une ancienne supefslition expliquait lè cri du liifiou connue

LE MAHDY. '

encore dans la main des arcs jaunes et des lances

noires ; et quand même tous te» escadrons s’agi teraient autour de toi , comme un aigle agite ses ailes , nous te laisserions sur la terre avec les doigts pâles et les vétemens teints du jus de mûrier rouge (i). » ,

. A ces mots , Abd-al-Rhaman grinça des dents de rage : « Par Allah,' s’écria-t-il^ si nous étions seuls.ici, insolent mercenaire , l’un de nous reviendrait le soir avec deux épées. »

« Eh quoi! répliqua Solyman d’un ton de mépris, la colombe défie l’aigle! le rossignol veut fermer la bouche de la vipère! Y penses-tu? toi-, qui n’as jamais tenu dans ta main qu’une baguette de jonc, tu veux jouter contre une lance de, bois de Naba! toi, qui fais huiler le duvet * de tes joues par la main des femmes ,. tu veux saisir la crinière d’un vieux lion de Schéra ! En vérité , ta tête parfumée ressemble à un palmier dont la moelle est pourrie (a). »

la plainte d’un homme assassiné, ei dont la mort n’est pas vengée (ij Expressions insultantes pour dire, mort et rouvert de sang.

(■>) Expression pour indiquer, un fou.

LE MAHUï.

^ Abd-ahKhamau ne trouva plus de réponse à cette insuite ; M tira son épée du fourreau. Ce lut le signal. La lueur du glaive , comme l’étincelle incendiaire, avait allumé l’explosion. Des deux côtés en meme temps les lances furent mises en arrêt , les arcs se tendirent , les boucliers présentèrent leurs faces luisantes, et chaque parti reculant à la fois pour prendre du champ , un large espace resta vide, où le choc devait se faire, plus terrible et plus meurtrier. Dans cet espace , était demeuré le captif espagnol , première cause du combat. Quoiqu’il ne pût comprendre toutes les paroles haineuses dont s’enflammait la dispute, le malheureux prélat voyait bien quel en était le sujet ; et le cruel traitement qu’il avait reçu des Berbères , la fureur qui se lisait dans tous les yeux, les imprécations dont il était chargé , sa situation enfin, au milieu d’esca- , drons prêts à s’entre-choquer , tout lui montrait la mort inévitable. Calme cependant , tenant les yeux au ciel , avec la résignation d’un martyr , il récitait à voix basse les prières des agonisans. Au moment où les chevaux, arrêtés de part et

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d’autre dai^Pleur retraite, allaient être lancés en avant, au moment où les premiers cris de combat se faisaient entendre, un homme sort des rangs africains. Il est à pied; il s’avance d’un air solennel , vers le captif garotté , comme un sacrificateur que la victime attend sur l’autel : .« Le Prophète d’Allah, s’écrie-t-il avec la voix du tonnerre, ne souffrira point que les enfansd’I|maé'l s’entre-déchirent pour un chien. » Il dit*, tire un poignard de sa ceinture , frappe l’Espa- gnol au cœur, et, revenant sur ses pas avec la même gravité , rentre et disparait dans les rangs qui se referment sur lui. Aussitôt les Africains laissent éclater une joie féroce en bruyanstrans- «

ports. Les armes s agitent et se heurtent dans leurs mains; les tambours battent, les trompettes sonnent, les chevaux hennissent, et pardessus ce tumulte , dont l’air retentit et dont la terre est ébranlée , des milliers de voix font entendre cette parole unanime : Gloire au Miihdy! gloire au MâJidjr ! ^ ,

En cet instant parutd Al-Mapsoûr. Comme à la vue de l’aigle qui plane immobile au haut des

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cieux, une troupe d'étourneaux , Assaut leur joyeux concert , s’abattent dans les sombres abris d’une forêt, s’y cachent, s’y dispersent; ainsi, devant le regard sévère du général, les Cris s’apaisent , les glaives rentrent au fourreau, les escadrons rivaux se séparent , s’écoulentet disparaisse^!. Ce n’était point pc&r Al-Mansoûr une

et ose nouvelle que de prévenir ou de réprimer

de semblables disputes. Rarement une Campagne s’achevait sans que le camp ne fût troublé par quelque inimitié de races , et c’était le plus haut signé du respect qu’on portait à sa puissance , qu’il eût pu toujours empêcher que ce trouble ne s’étendît dans l’eràpiffe., Toutefois , et bien que le sang n’eût ffo#>eôulé , la qualité des hommes qui s’étaiènt mêlés à la querelle , ou plutôt qui l’avaient dirigée, l’aigreur de leurs paroles, les emportemens de leur haine, tout donnait à la scène de ce jour une gravité inaccoutumée. Al-Mansoûr fit entendre d’amères réprimandes ; il reprocha , en térmes également sé-

vères, à Solyman et à son fils, d’avoir failli, en présence des ennemis de la foi, rallumer ces

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guerres impies qui avaient arrête les conquête» de leurs pères, et déchiré tant de fois le saint , empire de l’Islam. 11 ajouta qu’un unique moyCn leur était ouvert de réparer publiquement la

faute qu’ils avaient publiquement commise, et de mériter un pardon difficile; c’était de se mettre l’un et l’autre à la tête des escadrons arabes et • berbères , dans le combat qu’on allait livrer àux Chrétiens, et de vider leur défi par une noble lutte de courage. Tous deux gardèrent le silence; mais le fils d’Al-Mansoûr , en partageant des reproches qu’il ne croyait pas encourir, sentit . s’envenimer la blessure de son orgueil, et le Berbère résolut , en son cœur ulcéré, d’abaüÿser cette race insolente qui dominait la sienne , et l’empêchait , lui , le premier des hommes de son sang , d’être le premier de l’empire.

Les combattans séparés, et la querelle pacifiée, un dernier soin restait au général. Le sang d’un homme avait été versé. U n prisonnier dont la rançon, s’il se rachetait, ou le prix, s’il était vendu, appartenait à l’armée entière, lui avait été soustrait. C’était un vol en même temps qu’un

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meurtre; et le coupable* avait à rendre compte d’un double crime. Al-Mansoûr ordonna qu il lui fût amené sur le lieu même où gisait encore le cadavre sanglant du captif. Peu de momens après, le Mâhdjr , entooré d'un détachement de Kascliefs , comparaissait devant le Hagib.

C’était un homme qui sortait de l’adoleScence et entrait à peine dans la virilité. Mais les austérités de sa vie, les veilles passées dans la prière, les longues contemplations et les brûlantes extases dans le délire desquelles s’usait un cerveau malade, avaient, comme le soufüe des vents d 'Al- Kéblah , flétri dès le bouton la fleur de sa jeunesse. C’était à ces marques de précoce caducité que la multitude reconnaissait les saints. Nul n’aurait obtenu s es respects avec un frais visage et des reitis arrondis. Le Mâdhy, était maigre, pâle, extéuué ; sa poitrine se courbait en voûte, de longues rides sillonnaient ses joues et son front ; toute la puissance delà vie semblait s’être retirée dans ses jeux, qui, de leurs orbites creuses et de leurs paupières rougies , lançaient des regards de feu. Son vêtement n é-

EE MAHDY. 4

tail pas moins bizarre que sa personne. Il portail sur la tête un long bonnet noir, semblable aux turbans des Kadhys, que les Arabes nomment cruches, à cause de leur forme baille et renflée. De longues bandes jaunes tombaient de ce bonnet sur ses épaules. Il était vêtu d’upe casaque de coton, également noire, sans col, ouverte sur la poitrine, et garnie d’une bordure rouge et jaune. Ses pieds nus n’étaient chausses que de la sandale à deux courroies. Enfiu, il tenait à la main un fouet à trois cordes, semblable à ceux des conducteurs de chameaux; mais ce louet n’était point l’instrument de son office f c!était . un emblème.

Le iïfâdhj se présenta devant ■ Al-Mansoûr d’Ujp air assuré.

- « Qui es-tu, lui demanda le Hagib ? »

• — Celui qui est chargé de semer , répondit-il.' ^ - • , -

— .« Et que sèmes-tu sur la tjfre, laboureur illustre ? >► • & ,

. — « La parole de Dieu . '

— « Qui peut oser prendre ce soin après le

LE MAHDY

Prophète ? n’a-t-il pas transmis aux hommes toutes les paroles divines ? »

— .. Non pcar Mahomet (que l’Éternel lui soit propice ! ) a dit lui-même : « Si toutes les branches des arbres de la terre étaient autant de plumes, et que Dieu ajoutât a la mer sept autres mers d’encre, cela ne suffirait point pour écrire toutes les paroles de Dieu (ï). »

— « Ces mots ne s’appliquent qu’aux lois antérieures ; ils justifient la mission du Prophète, la dernière des missions, car nul, après lui, n’a pu accréditer ses prétentions par ses œuvres. "■ , ' '

— « Tu te trompes encore, fils d’Amér. Souviens-tôi que la Tàce d’Alyp le saint en Dieu, ’ s’est éteinte à la douzième génération, avec le jeunéenfant Abou’l-Kâsem, surnommé, comme ton serviteur, le MàJidy. Néanmoins, les hommes de Misr et du Mahgrêb attendaient un autre Mâdhy , suivant cette parole du Prophète :

« Un soleil seÜvéra à 1 Occident » ; et le Sehyayte

, • . * 'j'ihfi

1 (i) koran.

LE MAUDY.

O’baÿd-'-Alliih-ben-Mohhamiried, s’appliquant à lui-méme la prédiction, a fondé dans l’Orient

la dynastie êt l’empire des descendans de Fathyme (i). Tu sais que les plus grandes choses ont dé faibles commencemens, et que les

* . jyjt

plus hauts palmiers doivent la naissance au noyau de la datte. »

— «Je sais aussi que les ambitieux sont comme la mer qui s’agite à tous les vents. Est-ce à dire que tu prétends à ton tour disputer l’Occident auX fils d’Oméyah ? »

— « Je ne prétends régner que sur les àraeS, en les ramenant au droit chemin , et je ne, dispute qu’aux embûches d’Iblis la postérité d’Héwah. »

xn i‘

’ (t)‘*Voutes les usurpations, tous les déchireinens qu’eut j^süuffjrir le-Khalyfat, se tirent par (les schismes. Un peu avant Al-dVJansoùr , le. fondateur des Fathémytes se donna le nom de prophète; après lui , ce fut encore un Mdhefy qui créa la secte des Almoravides, par qui fut détruite la domination des Arabes en Espagne ; et ce fut un autre Mdhdy qui créa la secte des Almohades,. par qui furent détruits à leur tour les Almoravides. De nos jours encore , on voit souvent s’élever de petits prophètes dans les pays musulmans-, et surtout en Afrique.

Ui «AHDÏ. v

J Mors -,„<,«<» « ,Hêct,e.-w p». *>">

"” i« «•£ *“ lli :

^'r .Vunc pour le combat; l’autre, J,

ches. J’aiguise Une l» ^ ^ dela ,..

la lance par la P^ r . ^ VQÛtes célestes. »

nuit obscure, et P en u seu U- arme ; tu .

- “ LeS üèChCS ^ ' aliss - On t’accuse d’un portes un poignai ^ ^^ entn J h mort

meurtre; on dit q ^ait au butin

urt captif enchaîne, qui apP

de l’armée. * , itme8U rer les desseins

. La terres Bade l’homme inspire eU y ar bres des-

* - char C*tl* i •— *

sèches ; et ceux ^ cOU ronné de Iruits.

pierres dont le von ' ^ ^ patient, •

Mahumcl chaise de la

Mecciuc.

LE M Ail 11 Y' . *67

— « Crois-tu donc , meurtrier,* que ■ loi fuite

seule te menace ? non r ce n’est pas au chaîne- • lier que doit te faire livrer ton crimeyEp’est au : mgsckaèli ( 1 ). Tu seras conduit au -

sur un âne, avec un singe en croupe qui te fouettera le visage. » W

— «< Me menacer de la mort, ô Hagib , c’est menacer le canard de la rivière (a). Jba mort ! n’est-elle point la portede l’éternelle vie?. ..Écoute; le darradj (3) réfute sans cesse, encroûtent dans la campagne : «La forme que dorment ' les épis est agréable / loué soit ceku qui’ est avant tout et qui est étemel l r bien t de- ’ puis que je suis venu au monde, aussi nu que le dos d’un bouclier , je n’ai fait , comme: le dcrr&ÿ\ qas chanter les louanges de Dieu, le ne crains ni le passage du pont. Syj^uh, ni le jour de la grande nouvelle (4)*pt £tJHê présenterai devant le trône d’ Allah les mains croisées

(1) Bourreau.

(s) Prorerbe arabe.

( 3 ) Oiseau du genre du francolin.

(4) Le jugement dernier.

LE MAHDÏ.

sur la poitrine', comme les sept lecteurs du .

Koran. ‘ . * <

— « Avant de répondre à la jusfciéôdivine, par Uni jn^Ufinmi ii-llpcret de tes Rasées, it ftfcit répondre à lat jjtt&ice humaine, qui’ ne peut laisser impiAi le crime qu’ont vu les yeux des hommes. V

o Parle, interroge tort serviteur; je suis -né tandis que la mer était calme et la lune pleine (i), et je serai aussi véridique {pie le Kata (V ) . »

— « Est-ce ta main qui a frappé cet évéque

espagnol dont le cor^ 1 est devant toi ? » ’

— « Mes frères du Couchant, qui levaient pris,

' voulaientle garder; tes frères diijjjièVKnt voulaient Iç lpur ravir. Déjà les lions et lès tigres aiguisaient lèurs griffes pour se disputer cette vile •proie, indigne même dès corbeaux. Alors^q me suis tappèle le conseil du sage, et, pour prévenir le péché, j’ai ôté l'occasion. »

•> « Tu Confesses donc avoir tué ce captif? »

(i) Naître dans ces signes, est une preuve de véracité.

(a) Autre proverbe. Le Kata est un oiseau qui dit son nom par son cri. *

Dig

LE MAHDY. ‘ 269

— « Je l’ai lue. »

— « Après ton aveu, il ne me reste qu’à prononcer la peine du talion. Comment l’as-tu frappé? »

A cette question, le Mâdhy cesse de répondre, e^ semble devenu muet. Il se recueille ; il regarde attentivement le cadavre du captif; puis, tire son poignard de sa ceinture, et, montrant du doigt le sang dont .il* est encore taché , il . en pose la pointe sur son cœur, et l’enfonce jusqu’à la garde. . w • v :

— « Gloire à Dieu ! dit froidement Al-Mansoûr ; justice est faite, puissent tomber ainsi de leurs propres mains tous ces insensés dont les rêveries agitent les peuples et troublent les em-

P ires! * * •-

Et l’armée se remit en marche.

• rv

Non loin des champs abandonnés où quelques amas de pierres , quelques débris de murailles , marquent encore fi place où l’héroïque Num^jpé, terreur dé l’empire , lutta soixante ans contre le destin de Rome , le Duéro naissant enveloppe de ses sinuosités une vaste plaine, sur laquelle, du haut de la cime aigue d’un rocher , semble , comme les hôtes de ses vieilles tours , planer le fort des aigles (i). C’est dans cette plaine que s’étaient rencontrées l’armée d’Al-Mansoûr et celle des rois chrétiens. Après les eflorts meurtriers d’une bataille demeurée douze heures in-

(i) Kala’t-al-Nosour, dont les Espagnols ont fait Calatanazor.

décise , les deux armées , séparées- par la nuit, s’étaient repliées dans leurs camps.

La lime éclairait alors un horrible spectacle. Cette prairie, qui , lé matin encore , toute émaillée des fleurs du printemps , séparait d’un tapis de verdure les guerriers des deux lois , foulée aux pieds , désolée et sanglante, était jonchée de cadavres épars. On distinguait, à des amas confus d’hommes et chevaux qui formaient , au centre de la plaine , comme une chaîne de petits monticules d’où s’échappaient des ruisseaux de sang noir , la place où s’étaiefft^rencontrées dans tout! leur longueur les lignes ennemies, où, sans reculer , sans se rompre , s’étaient heurtés tout le jour des flots de combattans. Quelques hommes, qui menaient des chariots ou qui chassaient devant eux dès mulets de bât , venaient de chaque côté creuser les flancs de ces montagnes de cadavres , lugubres frontières des deux camps , pour en retirer leurs blessés et leurs morts. Les Chrétiens, adossés au fleuve, avaient ouvert de vastes fosses sur ses rives , et donnaient à leurs frères des sépultures communes

îV-

que bénissait; la mainte leurs piêires, et dont les tertres, surmontes de hautes croix, formaient les nfoqymens des morts, et ha^trophees dcs^vi- , vans. Devant le camp des' Arabes , plusieurs grands bûchers, allumés avec de la haphthe (1) , 'recevaient dans leurs flammes bleuâtres et pétil- . lantes les corps de ceux que les chirurgiens

avaient déclarés sans vie. , .■ • • •

Dans ce camp régnait le morne silence de la ^ v déflation. L’on voyait, autour d’une riche et vaste tente, plantée seule au milieu d’une espèce de place publique, se presser une multitude de - guerriers , qui, d’une voix basse et recueillie, s in-

(.) Les Arabes employaient la naplèhe pour brâdcr les cadavres; ces# q»e prouve une anecdote fort curieuse. Urée de la vie du Barmékyde, ce favori si connu du Khalyfc Aroùn-al-Rascbyd. - Tenirai un jour, dit l’historien Atnrani, dans. le» bureaux du Diwan , et je lus sur un registre ouvert : . Pour une Kl.ila ( présent d’un vêtement d’honneur, comme aujourd’hui le Caftan chez les Turcs.), don- . née à Djafar , fils de Vahyà , fils de Barmek , 400,000 pièces d’or. « Étant retourné, peu de jours après, je lus au bas dJkçet article :

„ Tsaphthe et roseaux pour brûler le corps de Djafar, Ms deVahyt, fils Je barmek, 16 Kirrats. ( uu demi-dinar.) » Pourrait-on composer

un meilleur apologue sur l'instabilité de la faveur d« rois?

*74 \ , I A rffeWcTION*.

terrogfeaient avec anxiété sur le sort (le leur général. Ceux qui arrivaient des extrémités du camp avaient ouï dire qu’il était mort ; ceux qui n’avaient fait que la moitié de ce croyaient qu’il touchait à sa dernière heure tous savaient qu’à la tin de la journée/ Al-Mansoûr avait chargé comme un soldat à la tête de ses escadrons. On avait vu , chaque fois qu’il levait son épée, le sang ruisseler jusque sur ses bras. Mais tous savaient aussi qu’Al-Mansour avait été retiré de la mêlée couvert de blessures. Tout-à-coup, cette foule inquiète et désolée, dont les entretiens animés , mais sans bruit, formaient comme un tumulte à demi-voix , fait silence , se range et s’entr ouvre avec respect^Un ^ jeune homme la traversait à pas lents , la tete sans casque et pressée par des mouchoirs de Un , un de ses bras enveloppé dans les plis d’une écharpe, et l’autre appuyé sur le cou d un ami; c’était Abdal-Malek que soutenait son médecin Yezvd. Il souleva la porte de cuir , et pénétra dans la tente de son père.

Cette tente était obscure , déserte, silencieuse.

• ûîâitizod 6 j-

LA PRÉDICTION. a y5

La seule lampe qui répandît une pâle lumière daus la vaste rotonde éclairait deux vieillards, les médecins du Hagib , qui préparaient , dans le recueillement , les breuvages et les appareils du blessé. Al-Mansour était couché sur un hamac, son lit ordinaire dans les camps. On aurait pu . croire qu’il Reposait; car son corps mutilé était caché sous les plis d’une légère couverture de soie, et sa figure pâle , mais toujours calme , ne trahissait , par aucune altération des traits , les doimiurs dontil était déchiré. Seulement scs jeux se tenaient fixés, avec une profonde expression de tristesse, sur une petite caisse de bois de cèdre, enrichie de ciselures d’or, qu’on avait placée près de ses armes, en face de son hamac penc lié. Depuis quil faisait la guerre aux Chrétiens, cette caisse l’avait suivi dans toutes ses expéditions j il ne se séparait pas plus d’elle que de sa cuirasse ou de son épée. Ce n’était pourtant, ni les perles et les diamans de son trésor qu’elle contenait , ni quelque ancien talisman d’une' vertu certaine ; et 1 ennemi qui 1 aurait enlevée dans une attaque de nuit , avide de naître la valeur de sa prise,

eût été bien surpris, en l’ouvrant, de n’y trouver que de la poussière. C’était celle qu’Al-Mansoûr avait soigneusement recueillie sur son armure au sortir de tous les combats qu’il avait livrés. Il s était ainsi , dès sa jeunesse , préparé des aromates pour son suaire, car il voulait qu’on 1 ensevelit dans cette poudre glorieuse. En ce moment, résolu de terminer une vie dont cette boite lui rappelait les plus brillantes journées , il la regardait comme on regarde son tom^au.

Abd-al-Malek s’approcha. Dès qu’il eut rencontré les yeux de son père : « Et toi aussi, mon fils, s’écria douloureusement le Ilagib, ils t’ont blessé ! »

'•“' <L rÇ • non i m on père, répondit Abd-al- Malek , en faisant effort pour assurer sa démarche et sa voix ; Yezyd , qui m’accompagne, affirme qu’avant trois nuits les cicatrices même auront disparu de mon bras et de mon front. »

— « Qu’AUah le permette ! » reprit Al-Mansoûr.

Puis , après une longue pause , il a jouta :

• * Mon fils est le premier des chefs de l’armce

' LA PRÈDICT 10 IT. 277

qui se rende à l’appel ,de son général ; peutêtre sera-t-il le seul?.... Naguère, après chaque bataille, ils semblaient tous avoir aiguisé leur langue sur la pierre de l’adulatiôn, et j’étais encensé comme l’idole de Tagoth. Ce matin même , au lever du soleil, ils se pressaient autour de moi ; ma tente ne pouvait les contenir; et ce soir... Vois quelle solitude... Dieu soit loué ! le Seigneur éprouve ses croyans (1). ■>

— « N’accuse point tes compagnons, ô mon père, dit Abd-al-Malek ; le ciel leur refuse sans

* doute l’accomplissement de leur devoir. »

— « Que fait le Kayd de Calatayud (a) ? »

demanda brusquement Al-Mansoûr.

— « Il veille , avec mon frère , à la garde du camp, » répondit Abd-al-Malek.

— « Othman-al-Féhry ? » •

— « On a jeté son corps dans les flammes. »

— « Malik-al-Adel ? »

— « Ses os sont aussi consumés. » ; '

(1) Formulé d’aflliclion. C - ,

(») Kala'l-al-Ychoud , fort des Juifs. , .* » :

If Jf

278 Li PRÉDICTION .

— « Al-Kâsem-ben-Hamoud?»

■ — « Ses soldats l’ont rapporte sur des lances croisées. »

— >* Ysmayl-al-Améry ? »

Æ Son cheval , en tombant sous les piques des Chrétiens, l’a jeté dans leurs rangs; il est captif. »

— • -> Les deux fils du Wali de Tolède(i)? »

— <- L’un est devant toi, fils d’Amer, dit alors',

en découvrant sa figure jusque-là cachée dans ses deux mains , un jeune homme accroupi dans l’ombre; l’autre est devant Dieu. »

Chaque réponse était, pour Al-Mansoûr , une blessure faite à ses blessures. Il parut épuisé, leva le? yeux, au ciel , et garda le silence. Personne

v rompre avant lui. Aù bout d’une lon-

gue interruption , le Hagib reprit la parole : « Il faut, dit-il d une voix faible et comme intimidée, il faut boire jusqu’à la lie le vase d’amertume. Je n’ai plus , ô mon fils , qu’une question à te faire. Dans , cette horrible moisson de tous les plus di-

( 1 ) Tolaiio/a.

gnes , qu’est devenu ton ami d’armes , le brave et fidèle Al-Mondhyr ? »

Quels que fussent le courage d’Abd-al-Malek et son empire sur toutes les faiblesses, à ce ii.oin chéri, il sentit défaillir son cœur. Avant que ses lèvres ne- s’ouvrissent , deux ruisseaux de larmes coulèrent de ses yeux , et ce fut d’une voix étouffée par les sanglots qu’il put répondre : >< Hélas! je suis comme ce lils survivant du Wali de Tolède ; j’ai perdu mon frère !... Il m a couvert de son corps, quand j’étais abattu sous les lances ennemies; les coups qui m’étaient destinés ont percé

sa noble poitrine ; c’est de son sang généreux

que s est rougie mon armure , et , pour conserver un fils à mon père , il laisse orphelins les

• -ÀjY /ÿ . -lannhili rt n.lt tt.iiC* 1 ' '*

deux jeunes enfans de sa bien-aimée. »

— « Dieu soit loué!*' dit encore une fois Al-fl

f, le Seigneur éprouve ses croyans...

Ainsi , de tous les chefs de mes légions , un

Seul est plein de vie, un seul fl’a point à

1 if i

p}eurer ses frères. »

‘ — j Le lâche! « s’écria l’impétueux Ahd-al-

a 8o| 'la prédiction.

Malek , en mordant l’écharpe qui soutenait son bras.

- L ’ « Ne l’appelle point lâche , ô mon fils ; Solyman est brave; il aime la poussière du ‘combat, les cris de guerre et le choc des épées. Mais il est envieux, il est vindicatif, et, comme tous les siens, plus ennemi du sang arabe que du sang espagnol. Avec quel empressement il a saisi le futile prétexté de sa querelle avec ton frère, pour résister à mon ordre d’attaque, pour tenir ses escadrons loin du champ de bataille , pour nous laisser seuls aux prises avec toute l’armée chrétienne! Avec quel bonheur il a dû contempler les vains efforts et la chute de nos guerriers, qui tombaient sous le fer des infidèles comme les épis sous la faux ! Chacune de nos pertes est un gain pour lui ; chacune de nos larmes, un transport de joie, et notre défaite, une victoire. Les voix de tant de victimes s’élèveront un jour contre lui devant le tribunal

de Dreu. Il sera maudit Mais qui me rendra

ces nobles tribus dont les débris couvrent la plaine? Qui ranimera ces cœurs intrépides et

LA PREDICTION . f 28 1

ces bras aguerris? O mes frères, ô mes compagnons , avec qui je voulais mourir , non , Al- Mansoûr nt peut vous survivre. Il est vaincu ; • il a perdu son nom ; il a bu dans la coupe ' amère de la honte ; ce breuvage est pour ses entrailles un poison mortel. »

En disant ces mots , le malheureux Hagib parut accomplir la prédiction de sa fin prochaine.

Les efforts de cet emportement et l’excès de sa ^douleur l’avaient jeté dans un long évanouisse- r ment. Quand les soins de son fils et de ses médecins l’eurent rappelé à la vie, honteux d’un moment de faiblesse , il reprit toute sa première sérénité. Nulle plainte, nulle expression de regret ou de colère ne sortit plus de sa bouche , et d resta gland, par la patience, contre l’affliction d’un premier revers*, comme il s était toujours montre grand, par la modération, contre l’enivrement de cent triomphes.

Al-Mansoûr appela son fils et lui dit : « Il est un moment dans la vie, où l’esprit de l'homme, se dégageant des liens de la terre , commence à

entrevoir la lumière des deux, où ses paroles

aëa t* pkbdiction.

ont l’autorité d’une révélation. Ce moment est

celui de la mort. Je veux le mettre à profit. .

• « Quelle pensée, ô mon pèr#l s’écria le

jeune Wali de Fez. Tu vivras pour la gloire dp l’empire, pour l’amour de tes enfans. »

, Nul mortel , ô mon fils , reprit Al-Man-

soûr , ne peut vaincre sa destinée. L’écroulement d’une montagne, comme la chute d’une feuille de saule, tout se fait par la volonté de Dieu. Dès que son doigt marque l’heure sur le cadran 4e l’éternité , les cèdres tombent , les tours s abîment , et le monde lui-même, quand son temps sera venu, brisé jusqu’en ses londemens, rentrera dans le primitif chaos. Mon temps est venu; j’ai passé la moitié d’un siècle sur la terre, et ta

moitié de ma vie- «ur le trône ; car , sauf le nom de roi, j’ai régné. Ouvrier des décrets célestes, j’ai fini ma journée ; il est temps que j’obtienne mon salaire et le repos. C’est toi que la volonté du Tout-Puissant appelle h me remplacer parmi les hommes. Le Khalyfe te confiera son sceptre, ne pouvant le soutenir de sa main débile, et tu seras, comme je le fus , dépositaire .du pôuvoir

LA^RiDlfiTIO»: . t 283

souverain. C’est une grande chargé, ô môn fils* celle du gouvernement d’un peuple, et c’èst un compte difficile à rendre, celui que nous demandera Dieu , à nous autres pasteurs d’hommes , du bonheur de ses créatures. Mesure le sentier

de ton devoir ; tu verras avec effroi combien il est long, âpre et glissant. Je voudrais, moi qui

l’ai parcouru aux applaudissemcns des nations , moi qui ai été blessé par ses épines , arrêté par ses escarpemens , et souvent menacé par ses précipices, je voudrais t’y conduire et t’y donner la main. Mais, ne pouvant plus veiller sur toi du haut des demeures où la terre s’oublie, je veux du moins te laisser pour guide mon expérience et mes leçons, »

, Ah^abMalek éteit assis au chevet de son père. Les mains croisées , les yeux humides , et le cœur agité, il recueillait , dans un religieux silence, et gravait au fond de sa mémoire , toutes les paroles qui tombaient de la bouche du. Hagib. Al- Mansoûr se recueillit quelques momens , et continua de la sorte :

« Le ciel nous a fait, naître dans le premier

<les peuples que nourrit actuellement la terre. Depuis qu’à la voix du Prophète, ils se sont levés pour répandre la parole de Dieu, les Arabes nos frères , qui avaient échappé aux armes de Cyrus, d’Alexandre et des Césârs (i), ont élevé à leufl^Tbn empire, rival de ces grands empires passés. Accomplissant, avec leurs vaisseaux, la haute pensée du fils de Philippe, ils régnent sur les deux mers, et réunissent , par le commerce, les points extrêmes de l’Orient et de l’Occident. Quant à ceux qui montent des coursiers , ils ont conquis plus de terres , en moins d’un siècle*, que ' Rome (2) n’en -posséda jouais , après huit cents années de combats. Cette grandeur de la force, les Arabes l’ont soutenue et justifiée par la grandeur de l’intelligence. Nul peuple vivpit ne saurait leur disputer la couronne dans les lettres; dans les sciences , dans les arts; et, comme les Grecs , qui lurent leurs maîtres, il sont aujourd hui les maîtres du genre humain. Mais Allah

h) Koresch, Etknnder et M Kqwierah.

(*) Roumiah.

' Digi'izr.

ne les a point affranchis de la commune loi.

Comme tous les peuples, comme tous les hommes, comme toutes les choses créées, ils portent en eux-mêmes le germe de la destruction^, et celte nation glorieuse comptera aussi, dans son histoire , la naissance , la vie et la mort. »

« Les Arabes ont fait trop vite de trop grandes choses ; car ils n’ont pu étendre leur nombre comme ils étendaient leurs conquêtes^ ni se multiplier en multipliant leurs possessions. Compte-les, suites terres qu’ils possèdent , et parmi les peuples qu’ils ont asservis ; ils sont comme Je lion au milieu des troupes de gazelles, conîme le cedre au milieu des herbes de la prairie, comme le rocher au milieu des sables du rivage : un eritt*e mille. Et leur gigantesque empire, où l’ont-ils élevé ? hors de leur pays, hors du sol que leur avait donné la nature. Comme les fleuves qui grossissent en s’éloignant de leur source, ils ne sont devenus grands, par la puissance du glaive et pàr celle de l’esprit, que loin de la contrée où ils avaient pris origine. Leur berceau n’a produit qu’une génération; puis, il a cessé de produire;

• 2Ô(i LA PRÉDICTION. ^

et , sans Ip-précepte religieux qüi envoie tout * musulm^o boire une fois en sa vie à la source de la ; loi , les Arabes seraient devenus uomplétement etrangers à l’Arabie. C’est dire , ô mon fils, q^ls n’ont point de patrie, car vainement, sur la terre étrangère, ont-ils bâti des temples et des palais ; ils sont encore campés sous la tente du voyageur. » . atf . •<.’? - -

« Je deyraiCdire sous la tente du guerrier, puisque leur vie est un perpétuel combat. Dans leur petit nombre, ils n’ont pù , couvrant le monde eqtier, toucher de la main les deux pôles ; et les peuples qu’ils avaient chassés devant eux ont enfin trouvé des asiles. Nous sommes enve- . loppés ( d’une ceinture ,Ætonemis j , non. .de . ces ennemis ordinaires, doorcl’hostilité naît du voi-* sjoage , et qui , lorsqift la paix succède à la guerre, deviennent quelquefois des alliés ; mais de ces ennemis implacables, avec qui nullë composition, nulle trêve ne sont possibles , et qui nous ont juré guerre à mort , parce qu’ilé ont amassé contre nous, destructeurs de leurs idoles et rayipseurs 4e lei^rs champs , toutes les haines

DigilizedJ^fXiQQgle

du ciel et de la terre, parce qu’ils ne peuvent , que par notré extermination, recouvrer les tombeaux de leurs pères , et rendre des berceaux à leurs enfans. Comme la goutte d’eau qui creuse la pierre, comme l’insecte ^ii perce le palmier, sans cesse ils frappent au pied du colosse de no tre puissance, et minent sourdement son étroite base. Comment les vaincre? comment dompter ces tigres toujours rugissans? Sera-ce par l’ascendant de l’esprit? mais, dans cette horreur d’un, sang et d’un culte ennemis qu’ils sucent avec le lait , ils rejettent , comme un vêtement empesté, notre langue, nos mœurs, nois sciences, nos arts. Us nous ap^^ient, mais toe nous tquehent point , et toutes les relations des deux peuples se font sur le champ d<à bataille, à portée de flèches f ou à la pointe de l’épée. Sera-ce par la force des aïmes ? On peut bien les vaincre, mais non lés détruire. Chassés des villes ils se cachent aux forêts ; chassés des plaines, ils gravissent aux montagnes. On prend le pays, non ses habitans. Nulle concession ne les apaise, nul danger ne les effraie, nul revers ne les décourage.

Si on les laisse en repos , ils attaquent ; si on les attaque, ils résistent ; si on les défait , ils fuient ; si on s’éloigne, ils reparaissent; et chaque année il faut invariablement recommencer une œuvre toujours nouvelle, ^gomme il faut parcourir le cercle toujours renaissant des saisons. Vois mon exemple: Depuis que je conduis la lance de nos guerriers, je l’ai incessamment dirigée contre les Chrétiens. .T’ai franchi tous leurs fleuves , j’ai parcouru tous leurs champs, j’ai traversé toutes leurs villes; et pourtant^ après vingt-cinq années d’heureux combats, la, longue chaîne de mes victoiros vient se briser en un jour contre le roc de leur oplDÎ&feté... »

Un long et douloureux soupir qui souleva.,^ poitrine déchirée, obligea le Hagib à s’interrompre. Mais il maîtrisa promptement cet amer retopr sur lui-même, et, reprenant assez de fermeté dl&ipe pour remonter d’un sentiment personnel aux idées générale? , il continua de la sorte :

« Ces ennemis qui nous pressent et nous -harcèlent, j’ai demandé, comment les vaincre? Je

me suis trompe , mon fils ; je devais dire , comment leur résister? D’où vient qu’à l’origine de nos conquêtes, une seule de nos tribus suffisait pour subjuguer un peuple ? C’est qu’elle était unie; c’est que tous ses membres s’appelaient frères. La force est dans l’union, dans la fraternité. Or, jamais alchimistç, invoquant le hasard, n’â forcément mêlé dans* son creuset plus d’élémens divers que n’en réunit la nation qui obéit au sceptre du Khalyfe. A ses conseils, à ses fêtes , parmi les chefs de ses guerriers , de ses prêtres, de ses écoles, il ne voit que des' Arabes comme lui. Mais ce n’est que la tête du pèuple. Examine quels en sont les membres ; et tu verras si l’on peut attendre , d’un corps ainsi constitué , l’unité de mouvement et la durée de la vie. Quels sont les laboureurs de nos champs et les artisans de nos cités?. Des Chrétiens et des Juifs, races asservies, races inférieures, qui croupissent dans leur ignorance et leur idolâtrie, et qui ne peuvent nous donner leur affection en retour de notre mépris. Nous avons , il est vrai , désarmé la haine de ces

vainçus par un noble usage de la victoire. Mais notre tolérance n’a point gagné jusqu’à leur dévouement; c’est beaucoup qu’elle ait obtenu d’eux l'indifférence et la neutralité. Leurs vœux secrets appellent le triomphe de nos ennemis extérieurs, leurs frères par le sang et par la foi, leurs semblahles par le langage et les coutumes, leurs égaux par l’intelligence, lesquels, en nous chassant de la terre de leurs communs aïeux, les délivreraient du joug de toutes nos supériorités. »

« Telle est ta nation dont les bras ‘nous nour-

rissent. Quelle est celle dont tes bras nous défendent ? quels sont les soldats de notre armée ? Des Berbères, des hommes du Couchant, des fils de l’Atlas, races vaincues également, également inférieures, que nous avons tenues d’abord dans l'asservissement, et que nous avoifc traînées ensuite à d’autres conquêtes. On devait croire , en les voyant adopter notre loi, qu’ils se donnaient à nous sans réserve. Loin de là : devenus frères par la croyance, ils ont oublié leur origine pour prétendre à la parfaite égalité. Ils sont comme les

Digilized

coursiers que blessent les courroies de la bride; ils s’indignent du frein , exigent l’indépendance, et réveut le commandement. Depuis long-temps ils ont compté leur nombre et le nôtre. Déjà ils ont appris que , sans eux , nous sommes impuissans; le triste et sanglant essai d’aujourd’hui ledr en donne une éclatante preuve. Quand ils sauront, et ce jour n’est pas. loin, que, contre eux , nous sommes impuissans , alors notre dernière heure sera venue. Ceux-là , mon fils, ceuxlà , qui semblent nos défenseurs , sont nos vrais ennemis ; non moins impitoyables que les. Chrétiens , car la vengeance d’unè ancienne défaite , le ressentiment de leur longue infériorité, l’envie de nos richesses et. l’ambition de notre puissance, tout* excite leur haine; contre nous; et pins dangereux que les Chrétiens , car , dispersés que nous sommes au milieu deleur multitude, ils n’ont qu’à marquer les victimes, et se parta-? ger le sacrifice, pour se partager les dépouilles. » « Vois, depuis que nous régnons sur l’Espagne , combien de périls nous a fait courir leur inimitié. A-t-on vu le gouvernement d’un Emyr,

lorsque nous étions province du Khayfat d’Orient , ou le règne d’un Khalyfe , depuis que nous avons nos propres souverains , s’écoùler dans la paix , et sans que des discordes impies missent le glaive aux mains des enfans de l’Islam? Le premier Kayd factieux qui refuse le tribut au prince , et s'imagine d’ériger son district en royaume; le premier Wali ambitieux qui convoite le trône, et s’intitule chef de dynastie ; le premier Imam insensé, qui commerce avec le ciel à l’heure de la prière Térawih (1), qui se croit prophète, et veut fonder une loi nouvelle;

tous ces ennemis de la paix publique , tous ces fléaux de l’État, sont assurés de trouver aussitôt des complices de leur révolte, ou des apôtres de leur doctrine. A quelque tribu ils appartiennent , sans le secours du droit ou de la conviction, ils ont, par leur seule naissance, un parti tôut formé , que l’attrait de la nouveauté , le goût du désoftlre, le s hain es de races , ont bientôt grossi de toü ®ceux qui ne cherchent qu’à m >. ■ ' nul mi on aliAr mu irokhm» Ituu

(1) trière de fcuii • \ ’s •• •

.couvrir d’un nom moins odieux leur passion de la rapine et du sang. On m’a loue d’avoir * • vaincu les Chrétiens ; on aurait dû me louer da vantage d’avoir contenu les Berbères. C’est là qu’est ma vraie gloire , et je suis plus grand par vingt-cinq années de paix dans l’empire, que par vingt-cinq années de victoires au-delà des frontières. »

« Pour résister à tant d ennemis qui nous attaquent du dehors et qui nous menacent au-dedans , nous n’avons eu qu’une seule force ; celle d’un prestige , celle d’un mot : Le Khaljfat. La mission céleste du Prophète , en se continuant , pour ainsi dire , dans ses successeurs , leur a transmis le double pouvoir de pontife et de rot; et cette qualité sacrée qui repose sur leurs totés , a fait du Khalyfe le centre vénérable autour duquel le lien d’une foi commune retient encore et rattache tous ces élémens divers ou contraires dont se compose la nation qu’on appelle arabe. Ce lien rompu, le faisceau se détache, et l’empire tombe. C’est donc le respect religieux qu’impose le nom de successeur, qu’il importe surtout

ag4 LA PRÉDICTION,

d’entretenir dans l’esprit des peuples. La tiare, impériale était sous ma main ; vingt fois on m’a pressé de la prendre; et certes , s’il est dans ce . monde quelque objet digne d’une grande ambition , c’est ce pouvoir qui s’étend à la fois sur les âmes et sur les corps. Mais Allah m’a donné la forcede sacrifier, aux intérêts d£ la grande famille de mes frères, une satisfaction d’orgueil dans moi-même et dans mes enfans; et ce sacrifice , ô mon fils , pèsera plus que tous mes exploits dans la balance de celui qui juge les actions des hom- ^ - mes. Chaque usurpation est une mortelle atteinte à la vénération qui s’attachait jadis à l'héritage de Mahomet , et qui ne s’use t que trop par le seul ell’et du temps. Dans son œuvre immense et magnifique , le Prophète a fait un oubli ; il n’a point réglé sa succession. En étendant leur puissance au-delà des bornes de la vie , en désignant , à défaut de loi fixe, l’héritier de cette puissance, les Khalyles, comme Samson , ont renversé le temple sur eux-mêmes. Les enfans se sont disputé le trône de leurs pères, et, à la faveur de ces querelles, des étrangers souvent s’y sont assis. Vois

LA PRÉDICTION. ag5

combien de souverains usurpateurs, Combien de dynasties nouvelles ont déjà passé sur le trône d’Orient. Notre Andalousie n’a échappé à la ruine immédiate dont la thenaçaient les disserïtbàs des Emyrs et des races ; qu’à la faveur d’un nouveau

Khalyfat. Mais nous avons acheté notre salut par la rupture delà grande uliité musulmane , par le sctmdale d’un schisme, par les périls dé la rivalité entre les deux pouvoirs égaux d’Orient et d’Oceident. Sans être à l’abri des guerres de succession, lés héritiers du grand Abdéranie ont tou$> dignement soutenu son édifice, en l’appuyant sur les colonnes de leurs Vertus, héréditaires dàns la noble famille d’Oméyah. Mais en quelles mains repose aujourd’hui le poufe du sceptre? Hescham,’ toujours enfant, pourra parvenir à la vieillesse, mais sans passer par l’âge niûr. On peut dite que , durant sa vie , le trône , déjà vacant , est en proie aux compétiteurs; comme il n’a point de fils, quê sera-ee après sa mort ? », . •<;•■-

« Avec Hescham peut s’éteindre la dynastie ; avec elle, le Khalyfat; avec lui, notre race cn-

tière. Crois, ô mon fils, à mes tristes pressentimcns. Nous ayons touché au dernier terme de notre grandeur ; la chute <ïst prochaine , et sera rapide comme l’élévation. Délivrés de Tunique entrave qui retienne leurs hordes sauvages , les Africains vont se ruer sur nos frères , qui n’ont plus de patrie , plus de retraite , plus d’asile ; puis, après la lutte à mort que se livreront les deux irréconciliables races» les Chrétiens, leurs communs ennemis , n’auront plus qu’à venir prendre une place que tant de combats auront laissée vide. Alors s’acharnera sur nous la double haine du sang et de la croyance ; alors périront , avec les hommes de notre sang , et les monoméns dont nous avons chargé la terre, et les riches culture» qui fertilisent les champs , et les ateliers d’industrie qui décorent nos cités, et les livres enfin , où la plume a gravé, pour renseignement des autres âges, tous nos travaux de notre intelligence. Notre nom lui-même périra peut-être avec nos œuvres. S’il survit, ce ne sera point comme celui d’un peuple bienfaisant qui a répandu devant lui la lumière; liai

par le Nord et par le Midi, il deviendra un outrage (i) dans la bouche des nations ennemies qui nous auront détruits sans nous avoir connus, et notre mémoire, que devraient bénir toutes les générations futures , sera maudite par la vdix des siècles. »

Al-Mansoûr cessa de parler. Depuis qu’il annonçait les désastres de la race arabe , sa parole s’était affaiblie et presque éteinte. Tl semblait épuisé par un si long effort, par de si tristes prédictions. Cependant, malgré les prières des médecins qui voulaient : éloigner Abd-al- Malek , il appela de nouveau son fils : « Écoute encore , lui dit-il à voix basse ; il me reste à te donner un dernier conseil. Ensuite,’ je rentrerai dans le repos. Tant que j’ai gouverné , j’ai fait la guerrè. Je voulais mettre une barrière puissante entre les Chrétiens et nous; je voulais occuper, éteindre peut-être, dans des en- ; * , . • . .

(i) Du nom àe Scharqyyn > Orientaux, que donnaient aux Arabes les Musulmans d’Afrique, s’est formée l'expression injurieuse de Sarrasins. * ' • ~ **

trepriaes extérieures, les inimitiés intestines. Je n’ai fait, hélas! qu’ajourner le double péril. Maintenant, pour continuer mon oeuvre, essaie le pouvoir de la paix. L’empire en a besoin; les Chrétiens affaiblis ne songeront de long-temps à rien tenter contre nous, et les Africains plieront, je l’espère, sous le joug toujours tolérable de la justice et de la modération. Veille sur ton frère et sor les impmdens qu’emporte un fol orgueil. La moindre violence, la moindre injure , allumerait l’incendie qui doit nous dévorer. Songe, Abd-al-Malek, que Dieu remet en tes mains la destinée de tout un peuple.

Songe aussi que , parmi nous , si les pères anoblissent leurs enfans , par une heureuse réciprocité, les enfans illustrent leurs pères. Je pensais, à toute heure de ma vie, qu’on m’appelait fils d’Amer ; n’oublie jamais qu'on t’appelle fils

d’Al-Mansoûr. . . . . .,.

En achevant ces mots , le Hagib attira son fils sur sa couche , et le baisa au front. Abd-al- Malek , inondé de pleurs , fut entraîné par son ami ; les médecins eux-mêmes s’éloignèrent ,

et la tente du blesse' demeura déserte. Dès qu’il se vit seul, Al-Mansoûr accomplit sa résolution. p II arracha les appareils qui retenaient son

sang, et se laissa mourir. L’armée suivit ses restes jusqu’à Cordoue; elle assista tout entière à son convoi magnifique, où le Khalyfe récita lui-même l’oraison des morts. Encore couvert de son armure , Al-Mansoûr fut enseveli dans cette poussière précieuse recueillie sur tous les champs de bataille où il avait combattu, et l’on grava les noms de cinquante victoires sur la pierre de son tombeau.

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