‹ Scenes De Moeurs ArabesChapitre 10 sur 11 · livre des généalogies d’Ismaél-ben-Aly , qu’Am · texte numérisé non relu

livre des généalogies d’Ismaél-ben-Aly , qu’Am

roû a pria naissance dans la tribu de Kay$ , celle

de mes pères, celle qui gdorait l’étoilé Al-Sharay-Al-O’bour (r), avant que Mahomet lui eût.

révélé*le nom du vrai Dieu; Il faut donc l’appe-

(i) Syrlus. ' •»«»' : :

l5a LES ACADÉMIES.

W dorénavant Amroû - ben- Alàs Al Kaysy. » .

» Jeune homme , reprit un petit vieiHard courbé par les années, j’approuve ta parole r et j« rends hommage à ta science. Persévère dans le droit chemin. En vérité, je vous le dis; si l’on n’y prend garde, bientôt les familles seront , mêlées et les tribus confondues comme les races de chiens qui gardent les troupeaux du Kaïrwan.

A peine connaîtra-t-on le nom de son père et de son aïeul ; à peine saura-t-on de quel nom générique faire suivre son nom , et quels hommes , au milieu d'une multitude confuse ,' Les lois du sang nous obligent d ? aimer ou de haïr. Chacun veut être le rameau sorti d’une souche illustre. 11 .'x n’est point.de Berbère , fût-il né dans les vallons des monts Daren , qui ne place son berceau sur les bords du Nil; point d’Egyptien qui ne se dise enfant du Hedjaz; point d’Arabe qui ne se donne pour descendant , par lignée /nâle, de l’un , des dix compagnons du Prophète. Il en est des . * races de -chevaux comate des races d hpinmes; beaucoup tTétatons et de cavales h’ont pas de fi- 1 ration prouvée des deux parts au-delà de quatre

générations, et, si l’on en croyait les’ marchands de bestiaux , chrétiens ft juifs , il n’est pas un seul poulain dressé pour les joûtes , s’il porte une étoile blanche au front , ou s’il a l’épi des reins haut placé, qui ne descende du cheval Al- Aawadj (r). Heureux quand ils ne le donnent point pour un fils d’Haïsoum , la jument de l’ange Gabriel, ou d’Al-Borak, la jument du Prophète t celle qui avait dix paires d’ailes , une tétç de femme et une queue de paon. •»

Les lamentations du bon vieillard, qui déplorait avec tant d’amertume la décadence des études généalogiques, avaient emporté l’assemblée si loin de son premierftjet, qù’Al-Mansoûr, ayant quitté sans bruit l’Académie des historiens, se . dirigeait vers celle des Al-Koranistes.

Cette Académie, qui comprenait deux sciences inséparables chez les Musulmans , la théologie ' et la jurisprudence, avait été fondée à Cordoue

par l’Imam Al-Kâsem - ben - Al- Raby, homme * .

(i) Le Tordn, nom d’un cheval très célèbre,* qui fut ainsi nommé, parce qu'ayant été blessé et mis dans tuic litière sur un cha : meau, il s'y rompit une vertèbre du dos.

I 54 LES. académies.

pieux et docté , qui savait le iKflcan par çœur. Ses membres s'asseoiraient à la -grande mosquée, dans une vaste salie commûne , que l’on pourrait comparer au parloir d’un couvent, autour de laquelle étaient disposées les cellules uniformes des desservarts du temple. Parmi tous les assistans qui se pressaient sur un double rang de coussins, oh distinguait, aux couleurs - variéés-de leurs vétemens , un assez grand nombre de Séculiers et même d’hommes de guerre.

Toutefois les longues robes blanches, communes aux deux ordres de cléricature, lés prcjtrcs et les juges, occupaient la plus i0n 4e partie des pla- ces, 4 l’extrémité de la salie, après le dernier Imam et le dernier K.kady, on voyait un petit groupe d’hommes , se tenant humblement debout, enveloppés dans des sacsdelaine grossière qu-une corde ceignait sur leurs reins:. C’étaient des Fakys (r)'ascétiques , ces austères observateurs de la prière et du jeûne , qui, vivant toute

(t) Faix, pauvre, vivant dans ta pauvrait'.

leur vie- comme Ayocrb (1) dans sa mkèrn., se font les pénitens dn genre humain. Le Khàtjrb de PAljarda présidait l’assemblée. Il avait devait lui, sur uhetable basse, un ancien exemplaire du Koran , soigneusement enfermé dans urte châsse d’or. Apx quatre angles du livre , et dans- de riches reliures , étaient places , comme ' les satellites d’un astre, les commentaires des quatre Imams ,i AzaSa- Abou-Hanifé , Scliafiy ^ Malik et Hannbel', dont; les paroles sont vénérées presqu’à l’égal de celles ida Prophète, et font loi dans le silence duLivre (a). •

Lorsque Al-Mansoûr entra dans la salle x - et reçut, comme à l’Académie des historiens , le salut de tous ses collègues , un des membres était debout. Poète religieux , il soumettait aux lumières de l’assemblée diverses prières, que le Khalyfe , après cette épreuve , devait admettre dans la liturgie. «La première , . dit-il, «jsl une prière pour les morts. En arri vait au lieu de la

*(i) Jol>.

(s) 'Leur doctrine est celle des SunnJW, oir orthodoxes.

nues, r

j 56 ' V LES AC AÏ) ÊM IBS. .

sépulture , l’Imam, conducteur du convoi, se tournera vers l’Orient, et dira : « Gloires soient données à Dieu qui tue et ressuscite. De Dieu vient toute grandeur, il est puissant sur toutes choses. Seigneur , bénis Mahomet et ceux de Mahomet. Celui-ci est ton serviteur; tu l’as créé.

tu l’as nourri , et tu le ressusciteras. >Tu sais ses

secrets et ses actions publiques. Nous venons te grier pour lui. Pardonnai, Seigneur, honore sa demeure, élargis sa fosse , lave ses taches et péchés , donne-lui un séjour meilleur que son séjour, une compagnie meilleure que sa compagnie. Seigneur, s’il est bon, augmente son repos, et s’il a manqué à ton service , pardonne-lui des fautes contre lesquelles tu sais bien qu’il n’a pâs eu le pouvoir de se défendre. Affermis donc sa langue , et donne-lui courage au temps de la demande de la fosse, pour qu’il échappe aux peines du Djluwam. » Puis, en descendant le cercueil dans la terre, l’Imam ajoutera : « Notre frère laisse le monde pour retourner à toi ; reçois-le, Seigneuivyjpt couvre-le de ta miséricorde. »

LUS ACADÉMIES. 1 5y

« L autre prière, continua le poète , est destinée aux processions qui invoquent.le ciel contre le fléau de la sécheresse. Pendant la sainte promenade au travers des champs , le peuple entier répondra au signal de son guide , en disant : « Seigneur miséricordieux , tu nous a créés de rien , et tu connais nçs fautes ; mais ne veuille pas. nous détruire. Seigneur , use de pitié envers tes créatures innocentes, les animaux des champs et les oiseaux du ciel, qui ne trouvent point à manger. Vois la terre que tu as créée etles plantes qu’elle produit fanées .par le manque d’eau. Seigneur, ouvre-nous tes cieux, rends-nous tes vénts, rends-nous tes pluies, et envoie tes trésors de miséricorde pour rafraîchir , arrose^ et vivifier la terre morte et ses plantes qui nourrisent tes créatures. Que les infidèles ne disent point qu’ Allah n’écoute pas ses croyans. Seigneur , nous t’adorons , nous croyons en toi , et nous espérons de toi le pardon de nos fautes et le remède à nos maux. » •

Aussitôt que l’assemblée eut approuvé d’une commune voix les prières qu’elle venait d’enten-

•lt»6 LJÜ5 ACADÉMrBS.

cive, le Khatyb appela l’Imam , directeur de la Matlrézah : « Sage Mohhammed (i), lui dit-il, donne-nous lecture de l’ Abrégé de Ut foi que tu as compose* pour l'instruction des jeunes âmes qui marchent sous le signe de ton doigt dans le chemin de la vérité. A L’Imam s’étant levé, tira de sa manche un manuscrit dont il déroula les longues feuilles , et commença de la sorte : .

« Nos docteurs ont écrit que lorsque las bienheureux seront assis aux tables célestes, des oiseaux au plumage d’or et d’azur viendront voltiger. sur leurs têtes; ceux d’entre ces oiseaux qu’ils voudront choisir , tombant aussitôt sur leurs assiettes, comme s’ils quittaient la broche du cuisinier , leur offriront le régal d’une chair exquise , et, reprenant leur vol dès qu’ils seront mangés, iront rejoindre , pleins de vie, la troupe immortelle. Cette parabole explique les mérites du Livre. Ses saintes paroles se présentent sans cesse au choix des croyans ; chacun peut en prendre sa part; chacun peut s’en rassasier , sans en nüô'b CJV. ùY. -éflrfimeof JijÉOMg

( a ) Mohamnwd.VhKerkévy. * ifi U :

LES ACADÉMIES. l3ô

perdre le gont, et sans .altérer jamàê cette immortelle nourriture des âmes. Le Koran est la parole, le verbe de Dieu; il est incréé , il est éternel. Il contient les histoires du passé, les lois

du présent , les prédictions du l’avenir. Le Très- Haut s’est manifesté aux hommes par la vSix des cent vingt-quatre mille prophètes qu’il leur a successivement envoyés , depuis 4dem , le premier d’entre eux , jusqu’à Mohliammed (i) , le •dernier et le plus parfait de tous. Toutes les lois qui ont été faites , sont les lois de Dieu ; toutes les paroles qui ont été dites, sont les paroles de Dieu. Mouza , lallocuteur de Dieu , a raconté la naissance du monde, la création des êtres en six jours, la chute d’Adem et de Hawah, le meurtre d’Ahyl pur Cahyl, et la délivrance de Noâh sauvé du déluge. Mais Allah n’avait point dit à Mouza tous ses secrets ; il ne lui avait point révélé la vie éternelle , et le jugement des âmes au dernier jour. Il fallait que les hommes, comme des enfans dont la .langue balbutie des • '* . * » *

(t) Mohharaméd veut dire illustre, recommandàble. : ' \ *

lj6o Xf« académies.

syllabes imparfaites , fussent conduits pas à pas dans le sentier (les vérités célestes. Les Jyifs , ignorant les peines et lès récompenses du monde futur, oublièrent bientôt le nom d’Allah, et adorèrent le veau d’or , auquel Yblis (i), pour lesHromper, avait donné le don de mugir. » ■

Ici l’Imam fut interrompu dans sa lecture par la voix d’un assistant , qui s’écria : « Si le veau d’or mugissait , c’est parce qu’Al-Borak , en galopant, lui avait fait voler delà poussière dans la •

bouche. » ■ L **

L’Imam reprit. : « Issa , l’esprit de Dieu , vint ensuite apprendre aux mortels que la mort, n’est point la mort , mais le commencement de la vie. Etonnés de cette croyance sublime, les hommes firent un Dieu du fils de la Vierge. Allah , Tunique, l’éternel Allah , devint père et fils, il eut des compagnons , et les plus grossières idolâtries obscurcirent l’entendement des sectateurs de YEngil (a). Alors Allah suscita son prophète,

(i) L€ Diable. • » ,

1 (a) tv*ngi!ç. *

.LES ACADÉMIES'. ffil

Mohhamme k} reçut tous.le&secrets du Très-Haut, et les transmit aux hommes. Il est l’esprit, le Paraclet (i) prédit par Issa; après lui, le Livre de la science est à jamais, fermé. Issa n’étàitspas venu détruire, mais accomplir la loi de Mou&a ; l’élu de Dieu , l’ami de Dieu , celui qiri a reçu, quatre-vingt dix-neuf surnoms , autant que Dieu possède d’attributs,- n’est pas venu détruire^ mais accomplir les deux lgis. L’Islam n’est que la reconnaissance de l’unité de Dieu , la desfcruction de toute idolâtrie, la croyance en la vie etr la prédestination éternelles. » .

Après ce préambule,- le. livfre d’Al-Bstrkévy contenait, sous la' forme de demandes et de réponses, l’explication de tous les dogmes qui composent la religion musulmane. Gommé la lecture de l’ouvrage entier n’aurait point fiin

avec la dernière heure dmjour, l’Imam se con-

tenta de citer quelquès fragmeris pris «u hasard, afin de prouver à l’assemblée qu’il avait- su éviter les égaremens des- controversistes et dés

( j ) Al-F<iraclitha.

Digi

I 6a IÆS ACADÉMIES.

novateurs , en restant* toujours dans la ^oie droite: . 1 . : V

•« Quelle est la profession de foi dû croyant?

— Il p’y ade Dieu que Dieii, et Mohfiantmed

est le prophète de Dieu. Je crois en Dieu, en ses anges, en. ses livrés, en sçs prophètes, au dernier jour du jugement et à la prédestination* divine. » ...... ■ : :

*< Quelles sont les ^donnes de- l’Islam? — Il y en a.çinq: la foi, la prière , le jeûne, l’aumône et le pèlerinage à Mekkah

« Comment se divise le lioren ? — : Il forme ii4 sourates et 6,666. verséts. » \ .

« Comment- Dieu l’envoya-t-il au Prophète?

— Par son messager , l’ange Gabriel, qui l’ap-

porta -4n septième ciel, verset par verset , dans l’espace de vingt-tf ois années. », v- .

« Combien de fois le messager de Dieu est-il apparu aux prophètes.? — Douze fois k Aderp , quatre fois à Edris (i) cinquante fois à Noah , quarante deux fo^s à Ibrahjm , quatre cents fois

(i) Ou Akhnokhy Enoch. .

Digitize

LES AÇAUÉMIES. l63

•à Mouza, dix fois à Isseu, et vingt-quatre mille fois à Mohhammed. » . .....

« Combien de degrés le Seignéura-t-il mis d'à les récompenses et dans les peines? — II, y a , huit degrés de béatitude en paradis , et sept degrés de souffrances en enfer , car la justice de Dieu est plus miséricordieuse que vengeresse. - »

« Quel sera l’asile des croyans qui périrorit à la guerre après s’étre enrôlés, contre la volonté dé leurs parens? — ^Hs ne Refont point punis , parce qu’ils sont martyrs ; ils né séront point récompenses, parce qu’ils ont désobéi.

Ils se tiendront sur le mur Al-Araf qui sépare le 'paradis de l'enfer; ils reconnaîtront les élus et les réprouvés ; jjpux-là , .à l’éclat de leurs fronts ; Ceux-ci aux ténèbres répandues sur leurs visages. »

« Combien de femmes le ciel a-t-il données à la terre ? — Quatre : la fille de Faraoim > qui a sauvé Mouza; la vierge Maryem qui a enfanté

Ism; Kadidjah et Fttty-nuik, femme et Mie de

Mokhammed . » , .

.. . ; . • • ' • ■* i « Dans quel ordre se font les ablutions? - .Dans l’ordre suivant : les mains , le visage, les bras, la tête et les pieds. Les ablutions commet • cent parla droite, et; se font sans- interruption, o’est-à-dire qu’une partie ne doit point être sêéltt quand l’autre commence à se mouiller . . .

. «Si l’eau manque, avec quelles substances les panifications peuvent-elles être faites? — Avec le sable, il terre , la poussière , la qhaux , k pierre , la, cendre , l’émeraude , le corail , l’étain et le cuivre. »

Lorsque Al-Barkévy eut achevé les citations ‘ de son catéchisme, üri autre lmam.se leva, et s’adressant au Khatjb GloirMe |a chaire , lui dit-il, je voudrais appeler les lumières de 1 assemblée surde grave objet de controverse qui divise en ce moment tous les- gardiens de la foi , et que pourra Seul trancher, par sa décision souveraine, le successeur du Prophète. De tous temps, nos pères ont composé ,* avec le jus

des dattes ■ exprimé dans i’ëau , une boisson douce- et rafraîchissante. Aujourd’hui } plusieurs de ceux qui abusent de "leur science pour , renoncer à l’innocepce primitive, au lieu d’employer les dattes telles que 1e palmier le6 livre J» ia main de l’homme, les entassent dans des coffres privés d’air , et , quand ces fruits commenceut à tomber en pourriture, ils les écrasent . sous une meule de moulin , et font de leur suc une liqueur âcre et mordante-, qui enivre, clnme la liqueur* de la vigne. On Pappelle Nébidh. Les gardiens de la foi peuvent^ils tolérer cette innovation? En un' met, le ftébidh est-il une boisson permise ou prohibée? »'

A cette question , un des assista ns se leva pour donner so'h àvis. C’était un initié de l’ordre des Rhabyts , de ces chevaliers voués par serment à la garde des frontières, qui partageaient leur vie entre la pratique des armes et l’austère accomplissement dès préceptes du culte." « Le Livré, dit-il, va nous donner sa lumière. Voici corame il s^exprhne : « O croyons !

îtki

le vin, les jeux de hasard , les statues, et- le sort des flèches, sont une abomination frjvehtée par Satan. Abstenez-vous-en , de peur qpe vous fte deveniez pervers. » Ces paroles sont «flairées ;

elles défendent non-sedlement, comme le pré-

tend Djélal-Eddin , l’excès du vin 'on l’ ivresse , mais . suivant l’avis de Yahiâ et des commenta*-

leurs les plus éclairés, tout usage intérieur du vio, qu'il soit blanc comme 1 eSahbâ, ou rouge comme le Ghdmar. Telle est ma croyance. ,Mais vous savez, ô ines Frères, et tous les aÉtieus docteurs l’ont répété, que le silence du -Prophète est un consentement. Dieu lui- même, a dit dans le Livre :■ o Ils te demanderont ee qui leur est permis; réponds-leur : Tout ce qui n’est pas défendu- » Le jus dé dattes n'ayant point eûcouru

Pada thème du Prophète, jè crois qu’il est permis # < ' ' , . ‘ , fe ses disciples de s’en abreuver, comme il leur

oit permis dé se rassasier des viandes qui, ne

sont poipt déclarées immondes. ». i. , «.•

, Le Rhabyt s’étant assis, après avoir prooéncé

ces mots, un des tfakys ascétiques s’avança

lentement au milieu de la salle, fit une -.inclina-

bon profonde, .éleva ses mains étendues à la hauteur de ses joues qu’il touchait du pouce, 'et répdndit en ces: termes. : «. Le, Livre contient tout; mais il- faut sayôir extraire, avec iinrO^T pur et un esprit droit, lp vrai sens de ses paroles. Mon frère, qui vient de .parler, n’a cité que les premiers mots de l’anathème contre le vin et les jeux du sort. S’il eût cité le verset tout entier, jl aurait connu la volonté - d’Allal]. Voici la fin de ce versçt : « Le démon se servirait du vin et du jeu pour allumer parmi Vous les dissensions, et vous détourner du souvenir de Dieu' et de la prière. » Le jus des dattes peut-il enivrer? S’il enivre, peut-il allumer des dissensions parmi les erôjans? Peut-il les détourner

du souvenir de Dieu -et de la prièi’e? Il est dèslors réprouvé comme le vin . Je crois donc que celui d'entre nos frères qui boit du JYébtdh , se rend semblable au Khalyfe Walyd-ben-Yézyd , ce Contempteur des saintes lois, qui se baignait dans' le vin, au lieu de se baigner dans l’«au de l'oses ; je crois , avec Mobammei^en- Abou-Hamyd , que Dieu détournera , pendant

quarante jours , ses regards du coupable; que, s’il s’est enivré, le Seigneur ne recevra son repentir qu 'après quarante autres^ jours , et .que , sW meurt dans cet espace de temps , il sera traité

comme les idolâtres. Quiconque soutient le çon-

traire, mérite d’être compté parmi les Ismaÿ-

lites, ces voluptueux impies, qui croient au

nombre sept, et font un septième prophète dç

celui qui leur enseigna secrètement cette déteâ-

* table doctrinp : « Rien n T est vrai , et tout est permis (i). ( - . . ' :

Le Rfyabft prit de nouveau la parole, et répondit : « Si le vin de dattes est prohibé , il faut défendre également V herbe des Fakys, car sa graine, mon frère le pauvre, dont les. tiens font -si grand usage, depuis que le Scheïk Haïder

( i.) "Les Ismaélites, hérésiarques puissans, qu’on pourrait compa-

Jj . ' * ♦ ‘ , < i ^

ter aux Épicuriens-, s’ils n’eyssent mêlé le- crime à la dèbauéhe .disaient qtj’il y a sept cieux , sept terres, sept pltbâes, «ept coô- „ ' . s. , .

leurs, aept sons, sept . métaux et sept -prophètes pariant, Adam, Noah,

Ibrabym, Mouia, lssa, Mohliammed et Ismàyl. , . ' .*■ . s?» *

leur en a montré les vertus, donne une bien voisinéde Ivresse (i). »

it>9

(i) L 'Herbe des Fakrs est le chanvre ( konnab ); ses feuilles el sa gipinfe, qt)'on nommait haschisehat-al-fohara , ae mangeaient grillées nu mêlées avec du sucre, du .miel, de l’opium. Ou en faisait ainsi

une hoisson. Voici des vers'du poele iVUtued-Haléhi sur VJterbe des

* VV S e ; x ’ t.

« .Tejle jeune beauté à la faille légère, que Jr avais toujours vue

prêté à prendre la fuite , et ddnt jamais lé visage ne s’était offert à

mes'regards qu’avec les traits farouches d’une fierté cruelle, « ’ a Je l’ai rencontrée un jour avec un visage giant, une humeur douce et. facile, et toutes les grâces d’une société pleine, de douceur eide charmes. » ‘ ' .. - '

« Après avoir obtenu d’elle tout ce qpe. je désirais, je lui ai té moigné ma' reconnaissance de ce qu’à tant de, rebuts avait etfrm succédé un accueil favorable. » . • ’

‘ . « Tu n'en es pas redevable , a-t-elle répondu, an caractère qué j'ai reçu de la nature. Rends grâce à celui qui t'g concilié mes faveurs, le vîn de 1 indigent. »

-, - C’est I ‘ has jusclta , herbe de la joie, qui intercède auprès de nous .pour les amans malheureux, ^eu dilatant nos àmes,qjt rendant ainsi accessibles au plaisir. » ' /.■

S« Veux-tu te rendre maître, à la, chasse, d’une jaune' et lji#de.gdaeile, mie aoin qu’ellé paisse le feuiMage du chanvre. »•, ,

Un autre poète a dit du haschischa : . Le pauvre, quand il en

Les membres de l’assemblée se- .divisèrent entre l’opinion du Rliabyt^lns tolérant , ,et celle du Faky plus austère. Voyant la querelle s’échauffer , Al-Mansoôr , qui n’aimait rien moins que la vaine dépense du temps qt le vain emploi de la langue, quitta brusquement l'Académie des théologiens pour se rendre' à l’Académie des sa vans.

Des soixante-dix bibliothèques publiques que les Klialyfes d'Espagne ont établies dans leur empire, la plus considérable est celle de Cor-

prend seulement le poids d'une drachme , levé une tète superbe audessus des Kmyfs, »

Le fieux ou Seigneur de la Montagne f SchcH-al-Djcbal) , pour eu -

courager ses fanatiques Aecljires au meurtre et au martyre , leur duu-

nait des pastilles de hpschiscka. De là leur vint le nom de Has -,

chitchjn, -que les Européens ont traduit par Assassins , et qui, après

avoir servi à dénommer ces enthousiastes furieux , est devenu sytto..

nyme de meurtrier. • -

L'usage de la liqueur de ItascHischa s'est conservé jusqu'à nos jours en Égypte, oit il produit les mêmes effets. - Pour mettre l'armée française à l'abri du fanatisme musulman , après le meurtre’ dt Kléber., le général Menou , pat un arrêté du 1 - vendémiaire. an ' 9 ,

prohiba l’usage dé celte liqueur, ef défendit de fumer la graine’ du . chanvre .( •

"• les AÜ4BEJVUES.. IJl

doue. Là, se trouvent rassemblés tous les ouvrages de sçience op d’imagination qu’ont écrits pu traduits les Arabes, depuis que la passion de savoir a remplacé pour eux celle d’acquérir, depuis qu’à l’ardeur du prosélytisme et de l’agrandissement a succédé le goût du travail et des conquêtes de 1 esprit. Les voyages d instruction qu’entreprennent, comme par une sqrte d’observance, tous les hommes qui se vouent au culte des lettres, èt les missions entretenues par. Je / Khalyfé dans tqu,te$J|ps villes de l’Asie, pourvu transmèttre lés livres des écrivains ptjles déèqu- \ vertes des savans, ont successivement ajouté aux , œuvres des Arabes andalous, les oeuvres des Arabes sj r riens , de façon que toutes les richesses propres ou d’emprunt que possède la langue de Mahomet se trouvent réunies comme en un grand et général trésor. Traités sur toutes les sciences, agriculture , astronomie , mathématiques, medecine, chimie, musique j commentaires sur toutes les questions de théologie et de jurisprudence $ livres sur tous les sujets, histoires, voyages , romans, discours ; puis , enfin ,

l’immense recueil des poésies d’une nation qui

fit des vers avant de savoir écrire, chez qui la

mémoire et la tradition tinrent long-temps lieu de la plume et du papier, pour laquellelerhythme et la rime sont si pleins à-la- fois de facilité et de charmes, que les entretiens les plus familiers sont souvent semés d'improvisations poétiques (i) ; toutes ces oeuvres si diverses , graves ou légères, fruits du travail ou du loisir, faites

pour l’étude ou la distraction, et dont lé nom- - ■ » ’ •* * t ■» •

bre est tel que leur seul catalogue remplit quarante-quatre volumes de cinquante feuilles (a);

toutes ces œuvres sont rassemblées dans les im-

menses galeries d’un seul édifice.

C’est le palais Méroûan, le plus riche et le plus

(1) Hammad, le couleur, «e vqnuit dç pouvoir réciter par ccçur, sur la rime de chacune des lettres de CeUp/ialet , ceut poèmes arabes du temps du paganisme , sans compter une foule du petites pièces et de grands ouvrages des. poètes arabes musulmans.

• (») Un autije fait peutrra donner une. idée de la richesse des bibliothèques arabes. 'Des vingt-trois ouvrages connus de MakrUi , celui qui porte pour titre : Collection de choses utiles et source y d'ohrtrvations importantes contient- lui seul quatre-vingts volumes.

I,BS' ACADEMIES. 173

v&ste des palais de-.G«Qlouc, celui qu’habitaient les Khaly-fies. avant qu’Abdérame III fit élever

la demeure enchantée de Médynat-al-Zohrah , qui renferme cette inestimable collection. Là ,

■ sont rangés les livres, dans un ordre si parfait, que chaque salle représente une science et en porte le nom. C’est aussi dans le palais Méroûan, parmi les ouvrages de leurs devanciers et fie leurs contemporains, que se réunit l’Académie des sa va ns. Cetté'Académie n’eut point, comme les deux précédentes, un fondateur particulier. Dès que les Arabes, maîtres delà Syrie, et touchant aux possessions des Grecs de Byzance, ' eurent commencé à comprendre l’importance et le ciiàrmè des travaux de l’esprit, sentant aussi les avantages dé l’association , ils firent en commun, les premières études et les premiers prdgrès (1). Mais comme le domaine de la

(.0 Voi¥ ' ce gne dit Hadji-Kbalfa sur. le mot' Amali ; J Ce qu'on enteqd par-là, c’est qu’un savant est assis, ayant autour de -lui ses disciples avec des éecifoires et du papier. Le savai^dit ce que Dieu permet gù’il lui vienne à l’esprit au etijet (Tune seiênce. et ses disciples l’êcriveni. Il [se forme de cela Un livre qui se nominc Imla ou

174 LES ACADKMfBS.

science est sans borne^» ces associations 4e disciples survécurent à leur objet Originaire^ elles s’étendirent avec lés lumières acquises j- et devinrent peu à peu , sous le patronage de princes éclairés, des corps permanens qui se renouvelaient par élection , travaillaient de.concç^t, et mettaient leur savoir en société. L’Orides académies en Orient se confond, comme celle des études , avec la conquête. Elles existaient sous les Khalyfes Omm jades ; elles étaient célèbres .sous les premiers Abbàsydes Haroün-tal-Raschyd et soin fils le grand Al-Mamoûn. En Espagne, les académia#£$tablirent aussitôt qu’y eut pénétré la cultuilqjPl^cierices; elles y grandirent comme les. sciences' elles-mér mes, et luttèrent bientôt avec celles de l’Asie, de m^ite et de célébrité. Séyille et.Cordoue étalant fameuses au même titre, que Bagdad, BàsraH' et Koufah.

Al-Mansoûr , en pénétrant dans le palais

Amali. Voilà comme avaient coûtante de faire les anciens..... » C’est * • . .

précisément ce- qui se passait . parmi les Grecs., au Portique, au Lycée , à l’Académie.

Mëroûan , se dirigea vers une vaste rotonde,

placée au centre des galeries j et dont l’entrée , t * suivant l’usage, se faisait reconnaître par une

inscription. On lisait sur le fronton de la porte de marbre, cette parole d’Aly-ben-Abou-Taleb, dont les sentences furent aussi célèbres chez lés Arabes que les proverbes de Salomon l’avaient • été chez les Juifs : « L’ Académie des savans est un des prés du paradis. » Sous cette espèce d’invocation, s’ouvraitla salle d’assemblée. Cette salle, où la lumière descendait par une seule ouverture pratiquée au sommet de la voôte , était ornée dans un style à la fois sévère et magnifique. Au dessus des coussins en velours rouge occupés par les membres de l’Académie, s’étendait à l’entour de la muraille circulaire un triple rang de rayons eu bois fie cèdre ciselé , sur lesquels étaient, rangés les plus précieux ouvrages de la vaste bibliothèque, ceux qu’on appelait les Perles du trésor de l'esprit ., Dans ce nombre, il n’y avait que peu de livres arabes ; le Koran d’abord , qui n’eçt pas .seulement jfe plus sainte des croyances et là plus pure 5ies morales y

mais qui est aussi la plus sublime des poésies 5

après le Koran , les ouvrages que la- tradition avait pu recueillir des poètes* anterieurs à Mahomet, tels que Schanlara, JNabéga, Aseha, Maïmoun , Zoheïr, Amrialkaïs et la célèbre Thomadhyr, les sept MoaUakas , les suspendus , ainsi nommés parce qu’on avait appendu leurs vers .aux murailles intérieures de la Kaabah , comme des inspirations divines (1). Tout le reste était des œuvres de l’ancienne Grèce et de

'fa On les nommait aussi Al-üodhahchat , ou les doris , parte que leùts ceivres étaient écrites en jirttres d’or sur du papyrus d’Égypte.

Parmi «es anciens poètes, Scbanfara usante une mention spécial''. Son nom veut dire qui a de grottes livret. Il était dè la tribu d’ Aid, et passait, non-seulement pour le premier poète, mais

aussi peur le meilleur coureur et le plus habite archer de toute l^A- . x .* \ # 1 ^

rabie. On raconte qu’il avait juré de tuer cent hommes fie la tribu'de

Pénou Salaman , ennemie de la sienne. Il en tua quatre-vingt-dix-

neuf à coups de flècjies , en disant k ceux qu’il rencontrait i A ton

ail. Les Bénon-Salaman lnî tendirent des rmbéehea, le prirent et le

mirent à mort. Mais l’un d’eux lui ayant donné un coup de pied sur * .-I ’ - * ’ • ■’ »•

le crinr, se blessa avec une esquille d’os, et mourut de cette blessure ; ce qui compléta les cent morts , et accomplit le vœu de Scbanfara. On peut voir, dans la Chrestomathie arabe (tome a , page 337), son beau poème io^lulé : Uxtmijyai-Alarab. -

Pattcienne Rome. Les manuscrits grecs, source où tes Arabes puisèrent tous les germes de leurs connaissances,, se trouvaient surtout en grand nombre. Les uns, plus rares et plus recherchés, venaient de «Constantinople , pù les copistes avaient créé une vaste brandie de commerce exploite'e surtout, avec les pays musulmans v De ces manuscwts, et parmi les plus anciens , quelques-uùs recevaient des savans arabes cbmrae un culte de * vénération , parte qu’ils étaient à la fois les plus glorieux trophées et les premiers maîtres de leurs aïeux La coMMuéte de - ce précieux butin remontait au tïmps où le grand

Al-Mamoûn , vainqueur de l’empereur . Mifchgl-'BU , ayant imposé pour prix de la paix un tribut de livres grecs , ouvrit d’un seul coüp à sa nation tous les trésors de l’aptiquîté. Les autres manuscrits , ouvrages des copistes arabes, étaient tracés sur de longues feuilles de papier, de soie, .unies, luisantes comme le satin , et leur textè , écrit en lettres noires , parmi Jçsquelles brillait le vif carmin dé» titres et de la ponctuation , était encadré dans

178 LES If émirs.

desornemens peint^avee^e si brillantes couleurs qu’on pouvait aisément mirer comme dans une glace. . ' .•» \

L’Academie des sa vans était présidée par celui dé ses membres qu’elle %vait élu Rqi de la sagesse (1). Le vieillard Abd-al-Azjz^ que spn frère Albakem II avait nommé gardien de la bibliothèque dii palais^ Méroûan , lorsqu’il travaillait lui-même à en dresser le catalogue , se trouvait alors revêtu de celte insigne dignité. Voud, dès sa jeunesse, à l’étude des sciences, préférant la -retraite et le travail au bruit 11^ camps, aux. plaisirs de ' la cour , et sacrifiant à la uoble ambition des

i conquêtes de l’intelligence ces ambitions de

pouvoir qui troublèrent si souvent , dans les

familles impériales , la douteuse succession à

la couronne, Abd-al-Azyz méritait le trône de la sagesse par l’étendue de son savoir et l’éclat de sa vertu. ‘ '

La séance était fçrt avancée lorsqu l Al-Mansoûr

(1) flex sapientiœ . roi de la sagesse ose de la scieuce.

LES ACADEMIES. lyg

et ses fils prirent place au divan de l’ Académie, Déjà plusieurs makamat (i) étaient prononcés ; déjà.les objets les plus graves avaient suècessivement occupé i’aSsemblée , et la plupart deà sciences que cultivaient les Arabes s’étaiebt enrichies' de communications nouvelles, Lé docte Abou-Zakariah .Al-Awam, de Séville , avait lu d’abord quelques préceptes, extraits de son grand Traité d’agriculture , sur l’irrigation des rizières et sur -^a culture des cannes à sucre (a); pufs , il avait a jouté d’intéressantes observations sur le sexe et les amours des plantes (3). Ensuite, le

(x) Discourt académiques.

(jj La caune à sucre fut cultivée eu Espague par les Arabes et leurs descendant, jusqu'à l’expulstion des Morisques, sous -Phi'lippe III, en 10.

(3) On a fait à Linné l’honneur de la découverte du sexe des

plantes. Voici ce que disait Al-Awam, plusieurs siècles avant le naturaliste suédois : "

* &, pïirmi les palmiers, on rapproche les mâles des femelles, ces derniers portent des fruits en grande abondance , parce que le voisinage favorise leurs, amours. Si; au contraire, on éloigne l’arbre femelle des mâles , cette distance empêche qu’il ne rapporte aucun fruit. Quand on plante un palmier mâle au milieu des femelles , et

jeune Syrien Abou-Alÿ Al-Hhasan ( 1 )^ après avoir donné lecture de divers fragmens de .sa traduction de Ptolomée, avait fait connaître lès derniers travaux du Ptolomée arabe , 5e son compatriote, le célèbre Mohhammed-ben-Djàhèr Al-Batany ( 2 ), lequel, mort dans la fleur de t’àgé, avait pourtant calculé quatre éclipses, avait découvert le mouvement de l’apogée du soleil, et mesuré l’obliquité de l’écliptique. Puis, le directeur de la Dar-A Ihiktna (3) , qui s’était rendu célèbre dans les scienèes mathématiques pour avoir coptinué les propôsitions d’Euclide (4% et qu’on surnommait Al-Hacyb , ouïe calculateur, avait exposé les avantages et les principales* opérations de là sèience nouvelle appelée Al-Djebr , » , , « »

• >' , que, le vent venant à soufflerait» femelles reçoivent l’odeur des fleurs du m&Ie, cette odeur suffit pour rendre féconds tous Jes pal Iniers femelles qui entourent le mile. ■> . . ,

( 1 ) Alhacen , astronome dont les ouvrages ont beaucoup servi à Kepler.

(») Albotcgnius.

(3) Maison de la Sagesse, nom d’un collège de Corddue.

( 4 ) Oclyd. .

LÉS> academies. 1 8 I

oua al-mokâbélâh (,i). Après le géomètre, s’était , levé, le médecin du Khalyfe, l’illustre vieillard Mohhatamed Abou-Beckr ben - Zakariah A3-

Razy ( 2 ) , qui jeta, bien jeune, les fondemeris de sa vaste renommée par la , traduction des Commentairesde Galien sur les Épidémies d’Hyppocrdte. Après avoir' offert à l’Académie son Traité de la petite vérole ètdela rougeole, Al-Razy avait fait connaître une opération chirùrgiealç dont il est inventeur , opération aussi simple qu’utile-, et que, depuis sa découverte, on emploie avec le ipéme succès pour les' hommes et pour les animaux (3). Celui de tous les auditeurs qui prêtait, aux 1 . pàrolçs du docte vieillard, la plus religieuse attention , était le jeûne Abou-A’ly al-Hhosayn

(1) L’algèbre. Litléralenÿifl : Réduction des uouibres rompus *à un

nombre entieç. • ’ * \* ''

(2) RJinsès. Ce savant, que l’on montrait ati doigt coraraè une merveille répondit un jour â nue question, qil'iL ignorait .ce'qiti lui. était demandé. Voyant la surprise de l'interrogateur : « Si, ta mère , lili dit-il, possédait autant de chanteaux qu'il y a de choses que je ne sais point, elle serait plus riche qutvJe roi de Perse.

( 3 ) Le séton. . ‘

I 8a LES ACADÉMIES.

AbçP'Synû (i) , de Scbiraz, que dévorait d’uue ardeur insatiable la passion d apprendre r et q.ui cherchait -surtout , dans l’gtude delà médecine, l’explication de ses doutes philosophiques. On dit que , pour disputer au sommeil une partie du temps que lui laissent prendre les autres hommes, Aben-Synâ, oubliant la loi du Prophète, réveillait, avec la douce liqueur de son pays,. ses facultés assoupies; mais, que souvent, tombant d’un mal dans un pire, il n’arrachait sa raison au sommeil que pour la perdre dans l’ivresse. Après son maître^ il avait prisla parole pourexposeravec lucidité tous les secours que la science de guérir emprunte aux sciences naturelles , la botanique et la chimie ; puis , passant des considérations générales aux applications particulières , il avait expliqué quelles vertus médicales possèdent la casse et le tamarin, et cornHSÉnt, au moyen de l’alambic , ou exprime du riz , de l’orge et du seigle, une essence spiritueuse, un alcool, également précieux pour la guérison des blessures et pour les usages de l’industrie.

(i) Avicenne.

LOS ACâMMlES.

'A l’arrivée d’Al-Martsoûr , l’Académie , ayant

terminé ses travaux ..sur les sciences exactes-,

passait au£ objets plus , légers de la littérature et

dë la poésie. Pour cette seconde partie , chacun

de ses membreû était compétent au même degré 5

car , chez les Arabes , tout homme, adonné aux • , * • travaux de l’esprit , fût-il astronome, médecin,

chimiste , cultivait aussi les lettres , et joignait à son talent spécial te talent général de poète. Par l’attrait particulier qu’ont les choses étrangères et lointaines, si, dans l’Acadétnie de Bagdad, on recherchait de . préférence les ouvrages des écrivains espagnols, dans l’Académie de Cordùue , on montrait un aussi curieux empressement pour les œuvres des poètes de l’Asie. Ce goût récj-, pxoque était facile à satisfaire; car les voyages scientifiques amèifaienl sans cesse, de l’üne à l’autre contrée -, les hommes supérieurs dont la noble rivalité entretenait un continuel échange de lumières entre l’Orient et l’Oceidçnt. Pour les retenir, on employait jusqu’il la violence; témoin ce pauvre poète d’Hemèse, qu’Alliakem II fit mettre en prison, pourquoi ne pût retourner

I 84 LES 'ACA&ÉMIÇS,

en Asie , et duquel on disait : ' « C’éSt un rossignol que son chant a privé de la liberté» » Plu— sieurs membres des Académies syriennes assistaient à celle de CordouO. Le plus célèbre

d’entre eux était le poète Abou-ThaylvAhmedben-Hhosayn, de Koufah , surnommé parmi les

siens JL-Motéiuibbj , c’est-à-dire^ le soi-disant prophète , parce qu’avant de composer des poèmes, il avait inutilement tenté de créer une secte mystique. Pour l’excuser , un de ses admirateurs avait dit : « Dans ses vers il est ibspiré de Dieu , sans doute , et ses miracles sont dans ses pensées. » Abou-Thayb , l’une des gloires de la mère des Acadeiriiés (r), était né dans le pays qu’avaient illustré déjà par leur naissance cet Abou-t’hémam Al-Thayy, surnommé le Prince défi poète s, et cet Abou’lala , que la petite vérole rendit aveugle lorsqu’il pressait encore le sein de sa nourrice , mais dont l’esprit pénétrant, perçant l’obscurité de sou enveloppe matérielle , voulut se venger du sort eü poursuivant de son

* « (i) Ompl-Mcdans, académie de Bagdad.. . .\ ■' •

vers libre y satyrique , impie, et Les hommes et le Ciel'{i). ' . ' .

,A la,prièredu Roi de la sagesse,., Abou-Thayb s’était te vépour- réciter quelque pièce de son divan de poésies. Mais voyant, à cet instant même, paraître Al-Mansoûr, dont il avait reçu le plus magnifique accueil, le poète syrien salua sur le champ le Hagib de ces 'strophes improvisées (2) :

«' Je n’ai ni coursiers , ni trésors à Offrir; eh bien! que l’éloquence vienne à mou secours,, puisque la fortune ne me favorise pas*/ * ■ ' :

« Si, pareil au coursier dont le courage est re-* tenu par de forts liens , je ne puis m’élancer dans la Carrière , je puis du “moins faire retentir l’air de hennissemens. » • •

„ « Je paierai un .tribut de louanges au Hagib 4

glorieux dont les bienfaits, se répandent sans

(1) Le Divan d’ Abou'Iala , se nomme Y Étincelle fa briquet, et le commentaire qu'il en fitÿ la Lueur de l' étincelle,

(a) .Celle pièce’,* et les autres morceaux de poésies qui se trou-

vent dans ce* chapitre et dans le suivant, sont des citation) textuelles empruntées à nos meilleure orientalistes. Mais elles^out, pour la* plupart, composées de fragmens rapportés. v • *•

l8Ü LES ACADÉMIES.

qu il les ait promis , et qui n'appelle ses richesses de vrais biens qu’après les avoir distribuées. » « Si je manisfeste ma reconnaissance ce n’est pas que les richesses dont -j’ai été comblé me causent de la joie j car l’abondaijce et la détresse

sont égales pour mpi. »

« -Mais c’eàt que j’ai èénti qu’il .ctjjit honteux qu’accablé de bienfaits, je restasse avare d’actions de grâces. » ‘ - *

« Or, j’étais comme une plante qui croît dans le Raiidh-Âlhazn ; au matin , j’ai été humecté par une pluie qui n’est point tombée sur une terre infertile. » - 9

« « Le sol où cette pluie est descendue dqit faire voir qu’elle y a laissé des trsfces heureuses. Ah ! que souvent les pluies ignorent’ quelles terres elles orrosent'h .

« La gloire n’appartient qu’au héros doué de génie ’quî exécute, des choseà impossibles à tout autre , au héros qui est à l’empire ce qu’est une aigrette sur le front : » * . . .

« La ; gloire n’appartient qu’au héros qui ressemblé à Al-Mansoûr. Mais quoi ! j’ai dit sembla-

s LES ACADÉMIES. 1 8 )

ble au soleil; eh ! le soleil a-t-il des ‘semblables ?•'«

. Ces. strophes furent accueillies par de longues acclamations, qui semblaient n’applaudir qu’à Fheüreuse inspiration du poète étranger , mais qui s'adressaient plus encore à la vérité de son éloge, car il n’y avait peut-être pas. up des membres de l’Académie qui n’eot à remercier aussi le llagib de ses bienfaits. Quand le silence fut rétabli, Abou-Thayb annonça qu’il allait réciter line élégie composée, à son départ de Bagdad , après la mOrt.de l’Emyr Abou-Cbbdjah‘Fàtik , guerrier célèbre , que fQ^courage téméraire •- avâït fait surnommer Jl-Médjnoun^ovi l’insensé. Privé de’ son protecteur, obligé d’aller chercher au loin une patrie .nouvelle , le poète peignait ainsi l’aftliction de son cœur : •* ' • .*. • - - .: >r

« Jusques à quand marcherons-nous durant la nuit'. obscure , de concert avec les étoiles? Elles ü’-ont pas .de pieds pour éprouver la fatigue qn 'endurent dans - leur course Hhomme et le champap. » . ■

« JElles n’ont point de paupière* en proie* à l'insomnie qui afflige' l’homme éloigné de sa

1 88 LES AGAQÉMIES.

patrie „«t privé de repos pendant la quit. »

« Lé soleil no'rçit notre visage ; mais hélas ! il ne rend pas à nos cheveux blanchis leui 1 , première noirceur. » •• "

« Tel est l’arrêt que le ciel- a. proponcé contre nous. Sl nous avions pu porter nptre cause devant un juge de la terre, sa décision sans doute eût été différente. . . \ •• .

v Je ne compte la durée de ma vie que par les jours d.e ma jeunesse, et je . n’y comprends nicepxde l’enfanée, niceux des cheveux blancs: Telle notre vie, tel le feu le commen- '

cernent n’est que de la fumée, et la fin que de la cendre. *■ \ , ‘ * • * .

« Je. n’ai point pris les chameadX en haine;

mais en les faisant 'servir à mon usage j’ai voulu préserver mon cœur dè la tristesse , et mon corps delà maladie. » -7

« Je leur fii' fait quitter Misr (r), . en ' cotomandaut à leurs pieds dé derrière de chasser

fi ) Le Caire, 'itosr s'entend -aussi pour l’Égypte -pria Syrie, où régnaient alor» les Khalyfes Fatliémiles. . . ' * . , . •

* eeuxde devanty et, rapides comme la flèche', ils opt abandonné Djarç et Alalem. »

• • « Les autrüches du désert, couvertes du har- •nats, rivalisent avec eux de vitesse , et leurs rênes flottent de front avec celles de nos chameaux. » , •/ • '

■« Nos chameaux nous emportent ayec rapidité. Leurs lèvres sont blanches d’écüme, et la corne de leurs pièds s’est verdie en foplant le ragi et le yanejn. ,» -, . .•

« Armés du fouet, nous les écartons des lieux

où croîLÈjjprbe, pouf les diriger .vers les pâturages de lagnérosité. »

« Mais où les trouver, ces pâturages, depuis qu’Âbou-Chodjah-Fâtik , ce chef glorieux des Arabes et deS Persans 1 , a cessé de vivre 1 ?'«

1 « Il n’est point en Misr un autre Fâtik vers quf nous puissions nous rendre, et personne ne . le remplace parmi leS hommes.' »

i< Nul d’entre les vivans ne lui ressemblait en vertu, et voilà qu’aujoùrd’hui .les morts réduits en poudre sont semblables à lui. .»

•* Çnel homme la mort m’a ravi ! sâ mère

It)° LES ACADÉMIES.

n’a point connu celui à qui elle a donné le • jour. »

, >• Elle n'a point su qui elle pressait contre son sein. Ah ! si elle eut connu les hautes des ti liées de ce héros, elle eût été effrayée de le .tenir entre ses bras. » • . , ' %

: « Dans Mifr> il est des rois qui possèdent au^ tant de richesses que lui ; mais ils n’ont point

ses verjus sublimes.» ■•>!>. ajt t- ••

« Fâtik, dans son économie,' était plus gêné- > • - f • . *

redx qu ? ils ne 1e sônt dans leur munificence ;

et ses reprochés étaient plus agréabM^BùtCndre que leurs éloges.

'' « Sa mort est plus glorieuse que leur vie, et sa disparition de ce mondé plus utile que. leur existençe. » • ' . ^ *

« Les vautours rachèteraient au . prix de la vie* dé leurs petits; les jours de ce brave qui fet*HMàS à-leu? pâtuep. s - ,.i « La mort a été pour Fàtilfc ce qu’est le vin arrosant la. vigne dont il est -.sorti , » •

■ ■•‘1 « Et lé breuvage que Fàtik a bn était l«Tbreu-

vage qu’il avait fait boire à tant d’autres, et qo ; remontait a sa souVce.. » ...

tes poètes de Corçloye, cachant . avec politesse la jalousie que pouvait éveiller en eux la haute reuoipmée du poète, de Bagdad , firent éclate^ leur commune admiration en termes que méritait le talent d’i^ou-Thayb , et qu’imposaient d’ailleurs les dèv.oirs l’hospitalité. Un au-

tre Syrien prit alors la parole. C’était le poète philosophe Abou-Djafar-ben-T ofayl, auteur d’un conté aussi célèbre que celui de Kalila et Dim-

na (i), dans lequel il.avait établi ,1e système des idéds innées, si conforme au dogme, de la pré» destination, eh faisant, sous le nom de Bit/, fils de Djocadhan Thistoire ' d'un jeune enfant abandonné dans ûne île déserte, et que la seule forcede .sa pensée élevait jusqu’à la connaissance de Dieu et . dès lois de la nature. Ebn-Tofayl avait été directeur de celui des colleges- de Bagdad qui portait le ppm de mlsamjya-, il écri-» vait alors un recueil de ces sentence» , •fqrtà' la

(t) Les fables de fïidpaj.

niode chez les Arabes, où, dans une courte phrase, dans une image rapide, propres à aider là më%0ire, était enfermée quelque vérité morale, et qéû devinrent le modèle de ces proverbes populaires que les Espagnols enseignèrent à PEurppe. Au lieu d’exposer le but et la forme de son livre, Ebn-Tofayl récita quelques-unes des maximes qui devaient lè composer, en choisissant toutefois avec adresse les plus conv enables à la

situation de l’orateur et de son auditoire :

/ <f Le savant vit éternellement après sa moft,

tandis que ses membres , cachés sous la tom- J?Ç' sont réduits en poudre. L’ignorant est motif même pendant' qu’il marche -sur la' terre :

il est courte au nombre des vivans , et il n’èxisté pas. » • ' * . • - • • .

« -Lorsque Dieu veut exposer au grand jôur Une vertu qui restait cachée dans l’ombre , il arme .contre elle la langue de l’envieux. Si la üamme ne sattàphait à. tout ce qui l'environne,

. on .ne - connaîtrait pas le paVfum exquis de l’aloés. » * , • „ ■ •

, « Fuis une terre où tu es méprisé, et ne t’af-

• LES ACADÉMIES . ÏÇ)3

(lige point d’être séparé de, ta famille. L’ambre brut est vit comme le fumier dans les lièux où

U prend naissance ; mais s’il voyage', chacun à f envi le suspend à sou cou. Lecollyre est une espèce de pierre qu’on foule aux pieds. dafls son’ pays ; voyage-t-il ? alors il parvient au comble de la gloire, et on le pose entre la paupière et la prunelle. ' >> *. j.;]

« La meilleure place dans le monde est la selle d’un coursier rapide, et l’ami le plus précieux dans le siècle , un bon livre. »

« Réside où tu veux, et acquiers de la science et des vertus ; elles te- tiendront lieu d’ancêtres. Certes, l’homme n’est pas celui qui dit : Voilà ce que mon père a été.; c’ést celui qui peut dire ‘. Voilà ce que je suis. »

« Il en est des richesses dont tu es avide, comme de l’ombre qui marche après toi ;• si tu les poursuis, tu ne peux les atteindre,' tourneleur le dos, elles ne te quitteront plus. »

« Les richesses ne consistent pas dans ces mots, ma terre, ma maison, mes biens , ni à dire : Jeune homme, mets la selle à mon cheval,

I J)4‘ LES AC At>ÉM I ES . •

ou : Jfeune fille, étends mon lit. Mais il faut à l’homme, outre ce qu’il possède, une protection permanente de Dieu.

' u Plus on eçt proche du but, -plus la drfliéultd^ dç l’atteindre semble l’éloignçr. Aussi, quand on a dix pas à faire, c’est au neuvième qu’esfe la moitié du chemin. >> . , ' - •

« La vertu des hommes sujets à la mort est la patience; car. la maladie vient à cheval et s’en retourne à pied. » * • ’

« Ta vie, ô voyageur sur la terre, est divisée en deux parts. Ce qui est passé est un songe ; ce qui reste, un désir. » -, •.

Tandis que le moraliste syrien récitait ses sentences et ses maximes, le soleil achetait de se cacher derrière l'es sommets neigeux delà SiexTa- Moréoa. Du faîte des montagnes noires ,' où brillait encore la teinte rpsée d’un horizon d’éternelles glaces^ l’ombre descendait rapidement sur la ville impériale, Le Moi de la sagesse annonça que l’heure de la quatrième prière' mettait fin à la séance 1 ; puis, suivant l’usagé , il invita toute l’assemblée à partager son repas du soir.

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vjC

LES ACABKMIES. Ig5

Les académiciens se levèrent aussitôt, et après avoir accompli mentalement le’ devoir de la prière, ils quittèrent leufs' sièges en silence, et remplirent un second devoir religieux, en s’arrêtant aux fontaines d’ablution qui précédaient la sàlle du festin. • .

Cette salle^ formant un carré long , était occupée presque en entier pâr une fable de mêmé forme, à peine élevé^d’utae Coudée au-dessus du sol, et entoürée d’épais coussins d’une hauteur au moins égale. Entre ces coussins ef les ta-" pisseries suspendues aux murailles, il y avait ' un -espace assez large pour que de nombreux

serviteurs, la robe retroussée dans la ceinture | pusSent remplir leur office' avec ordre et célérité. Deux lustres afix "cént lumières , descendant du plafond, illuminaient la salle, que des cassolettes placées aux quatre angles embaumaient de leurs par fnms, et, d’une salle voisine, se faisaient entendre , à de fréquens intèrvalles, les voix , accompagnées d’instrumeris , de quelques chanteurs "grecs venus de Constan- 1 tinople sur les vaisseaux du ' Klialyfe. Abd-

al-Azyjz, pour remplir ses' devoirs d’hôte, et veiller au servîçe de ses convives, s’assit à l’extrémité supérieure - de la table. Il était seul à cette place. Après lui, et sur les deux côtés, sè rangèrent d’abord, dans l’ordre que leur assignait l’âge, tous les étrangers venns à la séance de l’Académie., ^hospitalité veut qu’ils Occupent les places d’honneur. Àl-Mansoûr , Al-Razy , les. plus distingués des Arabes de Cordoüe par l’autorité, la science ou la vieillesse, ne prirent rang qu’à la suite du plus jeune des étrangers. Les convives étaient assis sur leurs coussins, les jambes croisées, ayant devant eux les mèts h, la hauteur de leurs sandales. Ainsi disposée, la table offrait un aspect qui différait également de celui des tables -anciennes, autour desquelles on était couché, et de celui de nos * tables modernes j sous lesquelles on est assis. • .

Elle était couverte d’une -infinité de mets divers. Parmi toutes les espèces de pâtes appelées neideh , parmi les vases de riz cuit dans le lait ou ïe bouillon , et qui servait' d’assaisonnement aux autres plats, on voyait ,.symétrique-

ment rangés , lei poissons dti fleuve et des deux mers, les agneaux etles chevreaux rôtis ou bouillis, la perdrix indigène , l’oiseau doré. du Phase, là pesante outarde' d’Afrique", les boulettès frites de viande hachée, et les concombres aux-

quels on a, fait prendre des formes variées d’à ni- • , * * •- »* maux en les enfermant tout petits daris des

moules. Au milieu de la table, un beau paon de Syrie, couçhé sur un plat d’or, étalait son aigrette mouvante et sa queue aux mille couleurs: Quoiqu’un grand nombre des convives ne s’alAuvassent qu’avec de l’eau , lés boissons n’é- « taient guère moins variées que les . mets. Outre des sorbets de plusieurs espèces , les valets offraient la douce liqueur extraite du suc des dattes, elles liqueurs plus amères et plus pétillantes qu’on tire de l’orge torréfiée (i).

Quand on eut enlevé les viandes , la table se couvrit d’une infinité de fruits et de conserves. On y voyait, entassés dans des corbeilles d’argent, les melons de Valence, que leur écorce

(1) Fokka e l Mngar, especes de bières.

ig8 LES ACADÉMIES. ,

dure et pôljë cqnsçrve d!une ' saison à l’autre, les raisins secs de Maiaga , les oranges de Tan* ger , les citrons doux de Fez r ‘ les dattes de Tunis, les grenades des bords du' Xénil, les glands des yejisêg,, qui prennent, en cuisant sous la cendre, la saveur des noisettes. Entre les corbeilles ciselées, étaient. rangés en égal nombre des vases transpareus dé la Chine,' que remplissaient d’autres fruits , cuits et conservés dans la liqueur de la canne à sucre. ' Les Valets distribuaient, aussi dansée petits vases la poudre jde Kali , pour que les convives pussent se netto^r la bouche â la fin du repas. Avec les viandes,* , .on -avait enlevé toutes les boissons d’un usage ordinaire, et, ^.quand le .dessert fut Servi, on apporta , mais avec une sortë de mystère , quelques flacons des vins fameux d’Ana etde*Schiraz. D’abord, on se contenta d’en offrir aux étrangers , comme pour accomplir, un devoir de politesse ; bientôt , et toüjôurs par utbanité , il fallut rendre les, saluts qu’ils offraient à leurs hôtes. Enfin , après quelque résistance obligée , les plus rigides eux-mèmes se laissèrent vaincre par

la tentation du fruit défendu. Trop grand pour sacrifier, autrement qu’en public, aux petites observances du culte T et libre au milieu d’une société choisie,; Al-MauSoûr donnait, gaîment l’exemple dû douzième dès grands péchés /tandis que, malgré ses cheveux blancs et son titre austère, 1 e Roi de la sagesse pressait ses convives de remplir et de vider leurs coupes : « En Espagne, leur disait-il, les Musulmans plantent des vignes et.se permettent l’usage du vin. N’est-il pas juste qu’étant toujours en guerre avec les infidèles , ils puissent , pour le service de Dieu, puiser dans cette liqueur la force et le courage-? >» Les gais propos circulaient avec , les flacons poudreux , et se choquaient comme les verres de - cristal. En écoutant le bruit confus des vives paroles, des rires animés' et des .coupes heurtées , en voyant ggs sages -, tout-à-l’heure si graves sur les bancs

de l’Académie,- maintenant si folâtres et si ‘tumultueux SQr les sièges du festin , on aurait dit

d’unp troupe d’initiés .-terminant?* dans les- débauches d’une agape , les mystères de la vieille Isis. Tout-à-coup Abd-al-Azyz , frappant des

mains, obtint un peu de silence de ses convives' à demi-enivrés , et le poète Abou-T hayb , se levaAt à sa demande, le verre à la main, chanta, pour couronner la fête, le. célèbre Mouëschah (i) du Schéïk Chéhab-Eddyn Al-Azàzy :

«O nuit de l’union ! ô coupe d’un vin; délicieux! vous m'avez appris comment, sans être voilées , les joues perdent leurs pudiques coul^ leurs. Jouis des plaisirs avant qu’ils ne s’échappent, revêts la robe de l’amour et de la jeunesse, et bois à longs traits. » ■

« Oh ! qu’il est doux de vider les coupes en contemplant de tendres joues où- fleurit la rose,, et dont le contour gracieux est bordé de myrte! Le vin’, n’en doutons pas , est la vie des âmes. »

« Remplis donc de eette' liqueur délicieuse les coupes qui sont vides ; qu’elle soit pour les joyeux convives une jeune fiancée qui se montre à. son amant couverte d’un voile d’or, eÉ que les bulles légères qui brillent sur la surface nous ♦tiennent lieu de pierreries. »

' (i) Chanson.

« Regarde : déjà paraît la face de fa terre ; déjà les oiseaux (lu, matin remplissent les airs de leur doux ramage, et déjà le bosquet s’humecte des .gouttes de rosée. Eh bien! -mettons fin à nps plaisirs en portant à la ronde des coupes en. Fhon^ir du sourire àimable des fleurs après une dWce pluie. » *

« Cueille de l’amour les fruits que tu désires, et mêle , autant .que tu le pourras , là liqueur de ta coupe avec l’haleine embaumée d’unè belle aux prunelles plus meurtrières que l’épée d’Al-Faroük, d’une belle aux yeux noirs qui gagne des victoires avfec des paupières languissamment baissées. » ,

« Elle a rompu les noeuds de la cruauté , et, superbe, elle s’est avancée traînant la robe de l’unioil. J’âi dit alors ( et le bonheur que

je goûtais auprès de fna bien aimée était sans mélange}: O nuit, durant laquelle m’a visité et comblé de ses faveurs celle qui est le soleil du jour, puisses -tu vivre dans ma mémoire plils que les autres nuits rapidement écoulées dans là léthargie du sommeil! »'

L’itHèftR

Al-Mansoâr, poursuivant le grand dessin de sa vie, celui dé repdfeeu Croissant la Péninsule entière, et de donner les Pyrénées .pour limites à l’empire jde la Croix ^continuait avec la même ardeu> ct la même constance ses Opérations militaires, toujours brillantes, mais toujours i^fructueuses. Pour mener de front .son projet de enquête générale, sans confier iejaul autre«le som d’en partager l’accomplissejnent, il laissait une anûée de repos aux Chrétiens de la Castille-et deLéo.n , et tournait ses armes contré la Catalogne. C’était par ce chemin que l’Emyr Abdérame avait franelii les Pyrénées , lorsqu’il pénétra dans la terre d’Afranc; lorsqu ? il promena ses rapides

ao4 l’amour.

étendards sur les bords du Rhône , puis sur ceux de ïa Garonne, puis sur le rivage de l’Océaü, puis sur les rives dq la Loire , jusqu’aux champs de Tours , où il rencontra la hache de Ch&rles-Martel.- ^ -*%. • •

Le comte Borel , héritier des anciens ducs de Seplimanie, auxquels avait obéi la Gaule gothique, engloutie depuis dans le vaste empire de

Charlemagne, gouvernait alors à Barcelone. H

avait ^emandé des secours à son suzerain , le roi de France , et le maire Hugues Capet , qui régnait à cette époque pour Louis IV, comme le Hagib Al-Mansoûr pour Hescham II , lui avait envoyé quelques troupes de l'Aquitaine. Avec ce renfort, Borel s’était flatté de disputer aux Arabes le passage de l’Ebre. Mais, complètement battu dans une sanglante rencontre , il s’était réfugié au rmlieu des monts inaccessibles .qui séparent la Catalogne de l’Aragon , et l’armée d’ Al-Mansoûr , après avoir franchi le fleuve qui donna son nom à l’antique Ibérie , cheminait dans la longue et fertile plaine que resserrent entre elles les croupes des monbagnes et les vagues de la mer. •

l’amour.

Abd-AI-Malek , inséparable compagnon des entreprises et des travaux de son père, sous Exemple duquel il apprenait l’art de la guerre et l’ârt du gouvernement, commandait l’une des divisions de l’armée impériale. Suivant la coutume, il était accompagné par quelques jeunes hommes de son choix, qui , sous diverses. déno- initiations , non précisément dfe domesticité , mais toutefois de. sévices à la personne , for-'

maient comme sa maison,' sa famille et sa société. Au milieu d’eux , célui qu’il distinguait le plus, par estime et par affection , était son médecin Yézyd , jeune Arabe de Fez, . qui l’avait suivi d'Afrique à Cordoue j après sa victorieuse expédition contre les Berbères révoltés.

Studieux, modeste, d’une humeur toujours égale , mais toujours sérieuse , vivant dans la retraite', et fuyant, sans les blâmer, les divertissemens des hommes de son âge , Yézyd , grave avaiit le temps, se faisait à la fois aimer et plaindre. Ahd-Al-Malek ne lui préférait que so%frère d’arme» Al-Mondhyr. Il voyait avec peine la mélancolie profonde qui voilait sans cesse d’un

l’ AMOUR.

nuage de tristesse le noble regard de son favori ; mais il s’efforcait vainement, par les soins les plus' délicats , de ramener sur ses lèvres pâlies l’habituel sourire du jeupe âge. Nul ne savait le secret de cette mélancolie. En le voyant toujours recueilli , méditatif, ardemment livré aux études les plus ardues , on aurait pu croire qu’Yézyd poursuivait, dans le dédale de ces sciences chimériques nées avec la chifioie et l’astronomie, quelque mystère delà nature, quelque secret de , la terre ou des cieux. Et c’était même la plus commune opinion ; car, au milieu du penchant général des hommes de son état (i), il était plus naturel de supposer au jeune savant le goût des recherches cabalistiques , qu’un de ces chagrins profonds, irrémédiables, qui flétrissent la vie dès son printemps. . - •

Abd-Al-Malek laissait souvent les gais propos

1 l.éiaiu, disaient les alchimistes arabes , un a ^cni malade dç la lèpre ; le meréure , un argent frappé de paralysie’; le plomb, Siu or lépreux et brûlé; et le cuivre, un or cru.’ L’alchimiste, semblable à un médecin, remédie à cés maux par des moyens contriiires ou assnnilé$; ‘* ' lüj' V' V - < . * i- <*>

l’amour. # *07

de' ses cotppagrtons d’ermes pour les entretiens

solitaires et graves dé sôn médecin: Il trouvait

uh grand charmé dans la haute pensée, dans la

parole austère du jeune philosophe, 'qu’d'eroyÆît

aussi un adepte des sciences occultes. Ün joué ,

qu’après uné longue marche, l’armée prenait dn

repos , campée dans un frais vallon des bords

du Frâncoli , et qu’Al-Mansoûr s’amusait à lancer , • ,« * , ses fâucons sur des troupes de grues, le fils du

Hagib voulut provoquer son médecin au savant

combat des échecs. Il eritrà sous la tente d’Yé-

zjd , toujours dressée à côté dé la sienne. Elle

était ouverte , mais vide, et tout annonçait que

le studieux habitant de cette Cellule militaire ,

appelé sans doute au chevét de quelque soldat

blessé , avait été brusquement distrait de ses travaux; ~ • • • -

Sur lés longues pâgès d’un manuscrit, grec, •

était déroulée une Feuille de papier de soie , et la plume dé roseau (1), à peiné sèche, se trouvait encore étendue sur les dernières li-

( 1 ) Kalam .

ao8 • l’amour.

gnes qu’elle y avait tracées. Abd-al-Malek approcha ; une curiosité d’instinct, plus prompte qpç toute réflexion , lui fit jeter les yeux- surcet écrîf , qui contenait sans doute, avec la preuve 1 des secrets travaux d’Yézyd, l’aveu des peines de son âme, et l’explication de sa, précoce austérité. Cependant les regards de l’indiscret ami ne rencontrèrent ni des figures cabalistiques d’astres ou d’animaux, ni des ealculs algébriques sur les propriétés des nombres, ni des noms accouplés de métaux et de plantes. L’image 4’*«?e même syllabe , reproduisant sur toute lu page Pu informe terminaison de lignes irrégulières , annonçait au premier coup-d’œil qu’il n’y avait d’autre magie, dans l’œuvre d’Yézyd , que la magie permise (i). Les vers ne sont point la’ langue épistoleire , celle des secrets sentimens et des intimes con-

fidences. Faits, par l’imagination et pour elle , ils ne traduisent guère d’autres pensées que

(i) Al-Sahr Al- Aid! , dénomination spéciale de la poésie chez les Arabes.

i.’awour. 20g

celles qu’il plaît au poète de livrer au inonde. Abd-al-Malek', un moment indécis, lut les vers dTézÿd :

« Le chagrin abat mon courage , et la fermeté d’âme le reliève ; mes- Alarmes „ tour à tour .obéissantes et rebelles , qèdent au combat de ces deux ^ affections contraires. ».

« Je suiâ comme la jeiine palme du JVfahgréb , qui , plantée sur les ..rives' fertiles du Grand-Fleuve (i) , élève jusqu’au ciel sa cime ondoyante, que balance et caresse le doux ?é- . phir des Alg^rves. » , -

« Un héros généreux, dont la droite ne s’buvre que pbur verser des bienfaits , en arrose incessamment les racines des pluies de sa munificence. » ' C \ •

. « Dans sa demeure, les vœux de ses hôtes et de ses serviteurs sont comblés $ on dirait que tous leurs instans sont des nuits fraîches' et embaumées.» • ’ . ' •

« Ah ! que. ne. suis-je insensible comme la

(l) Le Gludalqtitvir,

l’ AMOUR.

palme 'du Maheréb ! que n’.ai-je. perdu, comme elle, le souvenir de la terre qui m’a vu naître ! » •

«Je ne sentirais pas tomber sur mon cœur les pluies de dotdeur dont' il est sans cesse inondé, et -je, ne dirais point au sort n Pourquoi les larmes qui coulent de mes yeux, .né peù<vent-elles .éteindre le feu qui brûle mes entrailles? » • *■ • , - - •

« O toi, voÿagéur, qui, monté sur une cha- ’ melle vigoureuse , marches, au sortir de ton

vaisseau, sur le chemin de la grande ville de Fez, de la vill'e aux deux Aljamas bâties par des

femmes, . .

■ « Monte à la droite des trois montagnes, franchis des chemins escarpés , èt pénètre au sein 3’un vallon fleuri, que traverse un torrent qui roule des cailloux, et auquel, chaque année, ie ciel donne deùx moissons. »

« Puis, salue de ma part les habitans de ce lieu chéri , et dis-leur « Quand j’ai quitté votre ami , il soupirait après votre présence ;

.l’amour . - • ■211

son, corps voyage sur ks terres des infidèles , mais son cqeur reste dffljis Adjiad. »

« Oui , , j’en jure,' par les angles du tenaple et par. ses- voiles sacrés , par la pierre noire d’Ismaèl et par les monts Safah et Merwah, entre lesquels courent les fervens adorateurs, ,» •.

« Jamais le souffle du zéphir n’a fait incliner l’absinthe dés collines, sans, qu’il ne m’ait apporté d’ Adjiad des odeurs suaves et vivifiantes. •

« Adjiad ! Là , sont lés objets de ma tendresse. Là, ma mère m’allaita de ses margelles, et m’apprit à bégayer le nom du vrai Dieu. »

« Là , mes yèùx ont vu pour la première fois cette tendre gazelle dont mon cœur , est épris ; et’ quand l’éclat de sa beauté frappa mes regards, avant même d’éprouver de Pamotur, je.m’eCriai : C’en est fiait de moi. »

« Depuis lors, mon âme a passé dans j0n âme,, et les jours de ma vie- sont compt'S P ar les jours de sa vie. L’amour dont je ^ùle est

• L AMOUR

aussi pur que le visage éclatant de blancheur des élus. » .*&■ . ? *

« Si je vaque à la prière, mes lèvres , tandis que je parcoure le livre sacré , murmurent ses louanges ; et cesser un moment de songef à elle, me paraît un crime aussi grand que celui de rompre le jeûne. » '

<t Couverte du voile de sa chevelure , si elle s’avance à travers les ombres d’une nuit semblable aux boucles noires <le ses cheveux* l’éclatante blancheur de son front là dirigé - , et lui tient lieu des feux du firmament. »

« Si,- pendant la nuit, elle dirigeait ses f>as au milieu d’u"n jardin., vers les bords d’un étang où croît le nénuphar, trompées par l’é-, clat de ses charmes, les fleurs s’élèveraient’ sur l’onde, croyant le soleilde retour. »

« Quand ma bien-aimée soupire, « Oui , dit le musc, c’est de ^so fi haleine embaumée 1 que . j\ compose mes plus doux parfums. » '

* O rameau des sables du désert, ne te balance -çoint , lorsqu'elle foule d un pas léger l’herbe* ôes prairies. O éclair, garde-toi de bril-

, L AMOUR. . 21 3

1er, quand elle montre, pour sourire, la blancheur de ses dents. » : .

«Mais elle est tellement modeste, que- si le soleil, épris de sa beauté, descendait vers elle

par un excès d’amour., elle se retirerait^ l’pni-

bre pour e'viter sa présence. »*

«, Les années qu% j’ai passées près, d’elle s’écoulaient avec la rapidité d un jour- r et depuis que je suis privé de sa lumière ,, chaque jour passe lentement comme une année.»/

« Dieu soit loué ! Souvent mes sens ahusés

la retrouvent dans tout ce qui a dp la grâce et du charme; » ■ , fl , , , • „ -,

« Dans les sons harfppnieux de la lyre et de la flûte, lorsque ces deux instminens marient leurs accords ; » ‘ •'

« Dans les riantes vallées, où viennent, à la fraîcheur délicieuse du soir, et au lever de l’aurore, paître de timides gazelles ; » .

u. Dans les' lieux où le zéphir traîne les plis

de sa robe embaumée, quahd,. au léger crépuscide du matin , il "m’apporte les plus suaves odeurs. » " "•

2 IZj

L AMOl/'R.

« Vainéte illusions ! elles fuient devant la chaleur des yeux (i), comme l’ombre devant le sourire de l’aurore , quand le jour commence à déployer ses ailes à l’horizon du ciel; »

« Yézyd alors fait entendre des plaintes dou-, loureuses comme celles du rossignol qui voit cueillir sa rose favorite , et , retiré dans l’angle du désespoir, il s’abreuve à longs traits du ' poison de l'absence. » .

« O liia mère! ô ma bièn-aimée! . Si jamais l’ange du destin...... » .

Ici s’était arretée la plume' du poète, confidente des peines de son cœur; ici se terminaient les aveux qu’il avait confiés au papier comme au cœur d’up ami. Abd-al-Malek remercia le ciel qui lui livrait ainsi le secret d’Yéfcytl.

CettQ habituelle mélancolie dont la pâleur couvrait les joues du jeune médecin, qè- n’était donc pas la révolte d’un -esprit orgueilleux contre les voiles dont la nature cache ses impénétra-

(i) chaleur des' yeux veut dire chagrin, comme Iraichevr des yeux, satisfaction".

l'l>IWR. 210

blés mystères ; c’était la' langueur d’urtë.âfne tendre el blessée. Il y avait peut-être des rfemèdes i» ce mal. •

Quand Yézyd revint dans sa tente, et qu’il vit Abd-al-Malek penché sur son écrit du ma*tin v U sentit comme un mouvement d’indignation coBtre. sa. propre négligence, et contre- la curiosité du visiteur indiscret. Mais le visage <!•’ Abd-al-Malek , lorsqu’il leva les yeux , exprimait tant de bienveillance-, tant de«compaftsion , tant de sympathie ; ses reproches lurent 'si tendres, en se plaignant d’un ami ‘qui souffrait dans le silence, et ne cherchait d’autre confident de ses peines que les muets instrument qui peignent la pensée ; ses prières furent si vives,

en le pressant de lui découvrir, dans mi aveu complet, le secret qu’il avait surpris, qu’en fin Yézyd, vaincu par la puissance dé k’qçnitié, consentit à cohfier au fils d’Al-Mansoùr l’entière et fidèle histoire de ses malheurs! Voici coumicut il la. conta :

« Ayoub, mon père, et son frère Youzef, tous deux fils de Thémym , de la tribu d’Azra

'ii 6 l’àjJouh.

dont les ’enfans furent toujours renommés |>our la fidélité de leurs affections , avaient pris' naissance à Féz, où les aïeux de leurs aïeux s’étaiènt fixés, lorsqu'au temps de Mouza , le Màhgréb fut conquis par les lances des enfans du Yémén.

Ils étaient comptés l’un et Pautre , corrimeofficiers de la garde arabe, parmi les premiers serviteurs des fils d’Edrys, lesquels régnaient alors sur les provinces d’Afrique y ayant pour protecteurs et pour suzerains les Khalyfes, fils d’Oméyah. S’élant fait honorer et” chérir, dâps l’é^ercicè de leur emploi , jouissant des droits de' leur^ noble race , et partageant l’abondance dp palais,' jl. ne manquait à/ leur bonheur que’ la- < bénédiction 'd’une nombreuse famille. J’étfis l’unique enfant quo ma mère Fathmé eût donné à .mon père; et la femme de mon oncle né lui . avait laissé qu’une fille , qu’elle ne put, l’infôrtunée! nourrir de son lait, car elle mourut-en lui donnant le jour. » ; . •

«Leïla(i),' plus jeune que moi de quelques

(i) Luln signifie la nuit, l'obscurité, le mystère.

5glc

l’aM'oüb. a 17'

• u n nées , partagea le? jeu* de ma première enfance , et. je l’aimai d’abord comme une petite sœur,, faible roseau ■que-ila nature confiait- à mà,. protection. Mais.. bientôt r l’âge - de l’adolescence apprçel]ta]nt , noos fumes séparés l’un de l’autre. Tandis que j’entrais jux écoles pour m’initier à toutes les connaissances qu’un homme de mon sang rie peut- ignorer $ - elle se retira dans là maison de son père , loin du • regard des hommes , pour 1 s’habituer au recueillement et à la pratique des soins' domestiques , qui sont lés devoirs d’une épouse et d’une tnère.

. « Lorsque j’eus passé quelques années au èollége impérial de Fez , où les jeûnes. Arabes , après avoir reçu l’instruction eotùmune de la Madrezph , pénètrent dans le sanctuaire des études réservées ; 'lorsque jé sus lire en leuç propre langage Ptolomée , EucHde , Hyppocrate , . et que. j’eus enrichi ma mémoire de la science de nos pères ajoutée à la science des anciens > alors mes parens réglèrent la place que je devais occuper dans le monde. Malgré les pleurs de ma mère , qui voyait -à regret l’unique fruit de ses entrai!-

l’amoiJb.

les livré aux hasards de la guerre, je lus destiné à la profession des armes. C’était celle qu’avaient embrassée tous mes aïeux, et le rang élevé qu’occupaient encore dans l’armée les deux chefs de ma famille, çn me donnant l’espoir d’y atteindre après eùx, détermina le choix de mon père. Je fus donc enrôlé dans la garde arabe de l’Emyr. J’aimais avec passiQn les chevaux, les armes , les tournois, et j'oubliai biehtôt, dans le tumulte des jeux militaires ^ les

studieuses veilles de mon adolescence.

■< Ce fut à l’époque même où j’entrais dans

cette troupe d’élite, que les peuplades berbères qui vivent au-delà des monts Daren , agitées par les prédications d’un imposteur qu’elles prirent pour un autre envoyé de Dieu , refusèrent le tribut à l’Emyr. Tu .gais , ô iils d’Al-Mausoûr , l’histoire de cette révolte impie que tou bras a châtiée. Tu sais que les tribus rebelles, oubliant à la fois l’obéissance due au chef des eroyaps et l’orthodoxie de leur foi , ameutèrent encore contre, les^ hommes de l'Orient, contre les bis du Yémen,' tous les hommes de FQc-

iAamour. à» 9

cident, dont nos pères ont vaincu les pères.

Ils étaient, nopibreux, et nous faibles; ils occupaient les montagnes, les plaines , les rivages , et nous u’ habitions que l’intérieur jles cités, Bientôt toute la nation , soulevée contre nous par. les haines du sang more , déclara au sang arabe une .guerre implacable. Bloqués dans nos remparts, notis ne pûmes recueillir les moissons que nous avions semées; nos champs lurent ravagés comme par la grêle du ciel , nos maisons incendiées, nos serviteurs égorgés , et la ville qui nous servait de refuge, investie enfin par* une

multitude ivre déjà de sang et de pillage. Je n’aflligerai point ton âme par le récit des maux . que nous fit endurer un long siège ; encore moins te peindrai-je les horreurs de cette nuit fatale, où dfes traîtres livrèrent un passage à leurs frères, qui , poussant des hurlemens de bétes fauves, se répandirent au milieu delà ville surprise, le glaive dans une main et la torche dans l’autre. Fidèle , même après tout espoir de salut, là garde arabe joncha de ses cadavres les degrés du pdais, que l’Ernyr, fier et brave, ne

220 LAMOfR. *

rendis aux rebelles qu’avec le dernier souffle de sa vie. Mon père et mon oncle périrent tous deux au premier rang, après avoir brisé leurs cimeterres sui' les crânes ennemi»’; moi-même je tombai près d’eux, baigné dans mon sang , et mes yeüx, que la mort sembla fermer aussi,, ne vitent pas du moins le triomphe des- tigres d’Afrique et le massacre de mes frères.

• Quand je revins à moi , oh ! je n’oublierai jamais la ravissante vision dont meS yeux furent éblouis. J’étais couché sur un léger hamac suspendu aux branches d’un platane, dont l’épais feuillage, légèrement agité par la brise, laissait pénétrer par intervalles des éclairs de soleil. A

droite, nia mère était assise , pressant une de mes mains dans ses mains. A gauche, - une jeune fille aux yeux noirs se tenait debout, et, penchée sur ma couche, elle agitait devant mon visage un éventail de plumes. Cette lumière soudaine qui frappait ma vue, ces rameaux verts qui me couvraient de leur ombre, ces deux femmes qui m’entouraient, dont l’une avait eu tonte ma tendresse dans ce monde, tandis que l’autre

aar

■ l'amour.

nrç .semblait une houri du ciel, ïoüs ; ces, objets ravirent mon âme en extase. Je crus que l’ange de la mort- avait rayé mon nom du livre de vie, et que jetais arrivé dans cette demeure bienheureuse qu’AUah promet à ceux qui meurent pour la foi. En tenant mes yeux fixés sur cette beauté céleste, en voyant tout-à-coüp bril : 1er sur ses lèvres un sourire de joie,- il me sembla bien retrouver dans ses traits je ne sais . quelle ressemblance confuse avec l’objet d’une affection passée j c’était le sourire, c’était le regard de ma jeune compâgne d’enfanee. .Mais , toujours possédé du même délire , j’imaginai que çelui des anges d’ Allah, devenu, mon ser-, viteur, et auquel était confié le soin.de mes plaisirs dans l’éternel séjour, avait voulu mêler quelque doux souvenir de la têrre à- ma félicité du ciel. ; : • . ’v. <

« J’étais encore au nombre des vivans. Après le sac du palais, ma mère était venue, avec d’autres- mères^* d’autres épouses,' relevér les cadavres de son époux et de son fils. En attachant ses lèvres à mes lèvres, elle reconnut qne je res-

l’amour .

pirais encorè. Cachant sa joie, elle me chargea sur- les épaules d’tirt serviteur fidèle qui m’enleva de ce lien de désolation. Nos demeures étaient saccagées, et je fus porté hors des murs de la ville, comme un raort qu’on niéne à la sépulture. Mais la pauvre veuve n’avait point oublié la pauvre orpheline. Elle arracha des décombres de 8a maison fumante la triste Leïla, qui àVait échap- -pé à la brutalité des vainqueurs , cachée dans une de ces retraites souterraines ,(.ï) dont nos demeures sont pourvues; et toutes deux m’accompagnèrent ab sortir de là cité. Mère et cou- .sine, elles avaient le droit de suivre mon cercueil. Echappant ainsi, à fa faveur d’une loi religieuse et toujours res[>ectée, aux mains des barbares dévastateurs de notre pays, nous parvînmes au vallon cf’Adjiad, où se troûvaieqtle jardin de mon père et sa maison des champs. »

« Ce fut là que je rouvris les yeux p ce' fut là que mes blessures furent lavées avec le suc des plantes balsamiques, et qu’elles fRermèrent

' l’ajjouk. aa3

squs ,Ja main bienfaisante de mes deux anges familiers (i). Mais'pe fut aussi là que mon cœur reçût une blessure qui ne se fermera qu’avec mes paupières. Quand Leïla n était, qu’une entant, enfant aussi, je l’avais aimée d’un amour de frère; maintenant que j’étais boipme, je retrouvais en elle une vierge digne de régner sur le harem des Khalyfes. Elle avait une taille élancée et flexible comme un jéune palmier qui n’a point encore porté <lë fruits, et sa démarche était celle d’un nuage qui traverse le ;ciel sans lenteur et sans vitesse. Sa longue chevelure noire, aurait pu lui. servir de vêtement, comme celle de notre mère Hewah, lorsqu’elle fût chassée du jardin d’Eden ; s»us. les arcs de ses .sourcils, à travers les plumes soyeuses de se» paupières, ses yeux-lançaient des regards plus doux que la figue mûrie, plus pénétrans que la flèche au. dard aigu, et ses lèvres de rubis semblaient dérouler deux colliers de perles, quand , pour sourire , elles s’épanouissaient, comme les feuil-

('i“ Les Musulmans ont conservé là erovauc’e des anges gardiens.

l’amour.

les d un bouton d’anémone & la rosée du ciel. Son cœur était aussi pur que Pair rafraîchi par l'orage, aussi tendre que la neige qui fond en ruisseaux entre les doigts qui la pressent. Douée d’un esprit fertile comme la terre des vallées , et que son père, soigneux jardinier d’intelligence r avait fécondé .des semences de la sagesse , .elle aurait pu lutter de savoir avec les vieillards de nos Divans. Quelquefois , lorsque ses mains délicates avaient couvert d’un baume rafraîchissant les blessures de ma poitrine, pour adoucir les ennuis d’une lopgue conval^cence , elle prenait un luth â sept cordes, et chantait, avec une voix plus douce et plus sonore que celle de l’oiseau du soir-, les vers de nos poètes qu’ell» ornait du rhythme de ses chants. D’autres fois, enlaçant d’un long voile, tantôt ses cheveux ondoyans , tantôt sa taille légère, tantôt ses pieds agiles, elle imitait, a^pc grâce et chasteté, les danses des filles de l’Orient.

«Mais, que fais-je, ô fils (l’Al-Mansoàr ? A quoi bon m efforcer de tracer à tes yeux un portrait que mon imagination petit bien concevoir

l’a-MOUR. - 22$ '

et peindre, mais dont ma langue ne saurait exprimer qu'une imparfaite image? N’as-tu pas compris déjà que 1 amitié des premiers ans, la reconnaissance, la solitude, sa beauté, ses vertus, avaient allumé dans mes entrailles eet incendie dévorant qu’on appelle amour? * •

Ayant prononcé ce mot, et les yeux baissés , comme s’il eût fait l’aveu d’une faute, Yézyd garda quelques momens le silence. Depuis qu’il parlait de Leda , sa voix était devenue forte et tremblante, ses lèvres s’étaient colorées, son regard brillait d’un feu inaccoutumé. Pressant sa main, en signe d’encouragement et de sympathie, Abd-al-Malek regardait en souriant le visage de^son médecin , austère et froid d habitude, mais où se peignait tout-à-coup la chaleur d’une âme ardente et long-temps concentrée, qui trouve enfin une autre âme où s’épancher. Yézyd, plus calme, continua de la sorte :

" Q»and tu débarquas au port de Tandjah (t), menant la glorieuse armée du- Rhalyfe, avec

" y d' ’’j tS'evui tuA >*j» >p. •

& fmpr.’ •• :-tf . .>

, l’amour-

ton départ de ma couche , et,

nOS rivage» , 3 sur k bras de ma «ère,

je commençais, pi y ^ au 80rt fr de son à hasarder, comm chancelans . Les upu-

berceau, q«^ ue9 1 ^ frères , de leurs

velles de la venue ^ qui frappa

succès rapides, ^ u xnagnauiunt* ,

nos ennemis de - P achevèrent de

quilM at

i ” , T:r^" r “"’ pour rei T r

triomphant 8 „ le» base» de >»

trône des bis reparaître a

force et de la ,’ ai „ qo e u r S , dans cette

ta suite, et pat enveloppe d’un

va. « ***“ TleTu d’un esclave, linceul et port * ce moment de publique

• CefUl ’;i a8 »’év.nouitmonbonl.eurd-u„

allégresse , que » ^ leïa , s

jour. ^ »°‘" s - ls p arl. science à

guérison, a.aie.1 P ^ io m , bien-aimée.

la tendresse de m \ a coub-bcn-Zar-

U „ célèbre médecin de F»,

l’amqvr. a»7

cariah, surnommé Al-Sthafi (i),,ami de mon père avant nos désastres, et respecté, pour sa grande renommée, par les Berbères eux-rnémes, était venu plusieurs fois me visiter en secret au vallon d’Adjiad. D’une main habile, il avait porté sur mes plaies, tour-à-tour la pointe d’un fer ardent , et des essences de sim-> . pies broyées. Mais, durant lés heures passées,

. à taon chevet, il avait vu Leila , dont lé re-

gard inquiet et suppliant épiait dans' ses yeux l’arrêt de ma vie ou de ma mort. Etqui peut * voir Leïla sans l’aimer?... » Yéayd ne pot . étouffer un long soupir , et s’interrompit encore une fois dans son ^écit.

« Un soir, reprit-il (c’était, celui du jour où j’avais vu les portes de Fez s’ouvrir devant toi), ma mère nous appela tous deux auprès d’elle , et nous demanda d’écouter attentivement ses j>aroles. A l’expression de son visage, grave et solennelle, il me fut aisé de comprendre qu’il s’agissait d’un objet important pour notre des-

(i) Csloi qui. ^cure ta sanlé. \ ■

228 l’amour.

tiirée, et moh.cœur s'étalât, car je lisais dans ses jeux encore plus d’affliction que de gravité.

• t< Elle nous dit : « Mes enfans , le sort de tous les humains est tracé d’avance sur le livre de vie, et c’est par des voies souvent détournées, mais toujours sûres, que s’accomplissent les arrêts du Tout-Puissant. Combien de fois Je g. mal de l’un 11’a-t-il pas produit le bien de l’autre? Notre ruine et tes douleurs, 6 mon fils , peuvent devenir , pour Leïla , le marche-pied de son élévation; et quand elle sera

montée sur la colline de la fortune, à son

tour , elle nous tendra la main. Le savant Yacoub, l’ami de mon époux et le sauveur de mon fils, m’a prise hier en secret , et m’a dit : »

« Veuve d’Ayoub, ta nièce Leïla compte déjà douze ans révolus; c’est l’âge où toute femme doit cesser de vivre dans le célibat. La religion et l’honneur lui font un devoir du mariage. Elle est belle, elle est douce, elle a toujours respecté ses parens. Heureux le père des enfans qu’elle mettra au monde, heureux les enfansrlont; elle sera

b’ amour. aai)

mère! je m’adresse à toi, devenue chef de ta *

famille , et chargée , dans ( leur inexpérience , de régler le sort de ses membres ; veux-tu me donner Leila pour épouse? J’ai maintenant trois femmes légitimes, que j’ai prises successivement, lorsque ma richesse s’est accrue , 'et, la loi du Prophète m’en accordant quatre, je pourrais, sans les perdre, acquérir encore ta nièce. Ma maison est assez vaste pour qu’elles y aient chacune un appartement séparé , et je suis assez riche pour donner à chacune sa nourriture, ses vetemens , ses esclave». Mais Leila méçite de posséder seule l’affection et les soins d’un maw.

Si tu me promets sa main, elle régnera sans pg.ç- , tage sur ma maison , car aussitôt je répudierai mes trois femmes actuelles. Tu sais qu’il suffit '■ d’un mot de ma' bouche , sans nul autre motif que ma volonté, pour briser les liens qui les attachent à moi. Je puis les répudier toutes ensemble, comme j’aurais pu les- épouser , toutes à m - la fois (i). Je leur rendrai les dots qu’elles

(.1), Çliez Tes Musutaians , la répudiation' est le droit dc^Ilitomnie ; mais la femme peut demander au juge le divorça.

î»3o l’ amour. ,

in’ont apportées, et j’y joindrai, pour leur consolation, urt don nuptial postérieur (i) assez considérable pour qu’elles trouvent aisément de nouveaux maris. Dès qu’elles auront passé les trois mois de retraite que la loi leur impose (a) , et pendant lesquels , pouvant reprendre les femmes répudiées, je ne puis en épouser aucune autre, je donnerai à Léila le bouquet de myrte et l’anneau. Alors je m’engagerai par serment écrit, devant les Kadhjs et les Jdaleh (3), à ne prendre aucune autre femme tant qu’elle sera la mienne. Et je ne veux de toi ni dot, ni présent. Dépouillée de toutes tes richesses, réduite au veuvage et à la pauvreté, que pourrais-tu m’offrir? à peine la dot qu'Aly, le saint en Dieu, reçut de Mahomet, avec sa fille Fatlimah (4)- La science et le travail m’ont enrichi, et chaque jour encore j’augmente ma fortune et ma re-

(t) Celui qui était fait à la dissolution du mariage.

(a) Ces trois mois se nommaient YlJdet ou V Attente.

(3) Notaires, témoins entre particuliers.

(4.) Un chameau, deux coussins de soplia, un seau de cuir, et 4oo miens (environ cent écus.)

, « s, . tir-i,

lamôiTr. (> ^

tUAi/t «dd^!.

J , e meltrai da ”* *» salles de s, „, ison taMd esclaves, eunuques etf e ,„ m e s , dans „ s

“ res, tant ( | c parure» et d étofe d( , roH

lant de colliers à son cou , tant d'anneaux à ses , J sps jambes , et sur sa table, tant de mets sucrés , que son sort fera 1’envie de toute, les

- I m é'? 1 ’ ' ° ** > ' tenl point le palais de Mé-

dynat-al-ZorAh. Réfléchi» ; n f«

’ -, , C '" s > lnf oime-toi, prends

eonsedde ta prudence ; et, dan, l-e S p ac e de sept

nuits (a), fais-moi part de la decision que le ciel taura dictëe. "

■ Ma mère, après ce récit, fut un moment silencieuse ; puis elle ajouta , d’une voix émue • Cest par votre bouche , 6 mes enfans q„ e j„

tends Perdre du ciel.. ’ ’ J

• Dès se, premiers mots , j’avais été frappe de la fondre. Q„ a „d «lie acheva , je voulus v.inement délier ma | a „ g „ c . fmmobüe,

J sentais la Iroide rosée de la terreur glacer mes

'TJIJpp ' -

(t) Cotiii-I^ ie nommai i antérieur.

(>) Us Aisbes Pomp..i, ion, par nui,., bon par j.,, r .

Mt

aSs k 4 ,’akoijr;

tempes, et la main de l’angoisse, qui rue pressait la gorge, dtait tout passage à ma voix. Leïla, calme et sereine , ouvrit les lèvres pour répondre. Je préparai mon âme à la mort.

« Ma mère, dit-elle (car elle lui donnait aussi ce doux nom), la loi du Prophète permetelle le mariage entre les enfans des frères ? »

« Oui , ma fille, « reprit Fatlimé, avant d’avoir compris le sens de la question ; puis toutes deux se turent, rougissant et confuses d’avoir trahi d’un seul mot, l’une sa secrète tendresse, l’autre son plus cher désir. Moi,^e tombai à geuoux, et je posai mon front dans la poussière, devant les pieds de Leïla ; elle me releva, et me donna la pointe de son voile à baiser.

« J’avais passé sans intervalle de la septième souffrance de l’enfer à la huitième béatitude du paradis. Cependant ma joie était grave , car elle était chargée du poids de la reconnaissance, et je mesurais devant moi toute l’étendue du sentier de mon devoir.

« Leïla , m’écriai-je , en élevant les mains audessus de ma tête, comme celui qui prend le ciel

i.?A$foim. , a33 ,

à témoin de ses paroles , Leïla , j’acçepte ta foi et je t’engage la mienne. Mais je n’accepte pas ton sacrifice entier. Tu n’auras point pour époux un homme pauvre, inconnu , digne au plus de pitié, Celui auquel tu me préfères doit à la science sa richesse et sa renommée; eh bien! je laisserai l’armure du guerrier; j’irai aux écoles de l’Europe et de l’Asie , apprendre l’art bienfaisant de guérir les maux des hommes; je deviendrai célèbre, je deviendrai riche, et je t’offrirai ce qu’il t’offrait, et tu recevras de moi ce que tu as refusé de lui. ». ’.

« Ma mère avait pleuré de joie aux paroles de Leïla ; ses larmes coulèrent encore à mes paroles. Elle était fière que son fils ne se fût pas laissé vaincre én générosité , et sou orgueil maternel se i’ésignait noblement à partager mon sacrifice. Elle prit nos mains, les unit dans les siennes, et , priant pour nous le ciel , protecteur des généreux desseins , elle étendit sur nos tètes sa bénédiction. - •

« De eejnoment, notre sort fut décidé. Ÿaconb le. savant reçut pour réponse que mon père et ’

a 34 l'amour.

mon oncle s’étaient, dès notre naissance, mutuellement promis d’unir leurs enfans, et que nous avions ratifié l’engagement de nos pères. A cette époque, ô fils d’Al-Mansoûr, prêt à quitter le Mahgréb soumis et pacifié, tu proposais de ramener avec toi , dans la eapitale de l’empire , les fils des nobles Arabes morts sous les ruines du palais de Fez , et de doter ces orphelins d’un précieux patrimoine, l’instruction des célèbres écoles de Cordoue. Je m’offris parmi les plus empressés ; tu m’admis, pour le nom de mon père , avec distinction , et peu de jours après , le cœur résigné , mais les yeux gonflés des larmes du dernier adieu , je quittai la terre d’Afrique pour monter sur ton vaisseau. La veuve et l’orpheline étalent restées au vallon d’Adjiad.

* Tu sais le reste. Quelques succès, dus à la persévérance d’un travail sans distraction , m’ayant fait distinguer au milieu de mes compagnons d’étude, j’obtius, au sortir des écoles,

d’ëtre choisi pour ton médecin. Depuis ce mo-

ment , je t’accompagne dans tous les lieux où te conduit le Service de l’Etat. J’ai gagné ta con-

t’AMOUR. 2 35

fiance et ton amitié/ Ta générosité a ouvert sur

ma tête son inépuisable main ; tu as été pour moi prodigue de bienfaits , comme une nourrice est prodigue de caresses pour l’enfant qu’allaite son sein. Mon cœur reconnaissant s’est voué à te servir; je remplirai pieusement le devoir de la fidélité , et, comme une sentinelle attentive , je veillerai sur ta vie, précieux dépôt dont je dois compte à l’Empire. Mais ne trouve pas mauvais , ô mon bienfaiteur, que de cuisans regrets mêlent leur amertume aux parfums de gloire et de plaisir que je respire en ta compagnie. Chaque fois qu’un messager, parti de Fez, apporte à ton glorieux père des nouvelles de nos provinces d’Afrique , une lettre , discret dépositaire de douces et amères pensées, vient me rappeler ce que je n’oublie à nulle heure de mon existence, qu’audelà des montagnes et des mers , dans la solitude et l’abandon , gémissent inconsolables , une mère privée de son unique enfant , une vierge aux doux regards, volontaire victime d’un chaste et généreux amour. Songe que l’une est ma mère et l’autre ma bien-aimée. ; songe que je mesure

LAMGÜR.

aussi 1 espace qui nous sépafe , et que ^ souffrant ma propre affliction , je souffre encore leur affliction dont je suis la cause et l’objet ; songe enfin au. nombre de lunes qui ont delai ré nos nuits , depuis que le destin cruel nous tient condamnés aux ennuis de l’absence , à la honte du célibat ; et tu ne t’étonneras plus de trouver sur un visage qu’entoure à peine une barbe naissante, des lèvres pâles , des joues décolorées , des yeux éteints par l’insomnie et par les pleurs: »

Yézyd avait achevé l’histoire de ses peines ; un long silence succédait à son récit. Abd-al- Malek, fixant un regard attendri sur l’amant de Leila , et , de cet accent où l’amitié semble prophétique: « Fils d’Ayoub, lui dit-il, il est écrit : « Mets ta • confiance dans le Seigneur; jamais il ne trompe un juste espoir. »

Deux mois après cet entretien , l’armée d’Al- Mansoûr , ayant pénétré sans obstacle jusqu’aux pieds des remparts de Barcelone , avait emporté d’assaut cette capitale , et, traînant une foule de captifs chargés des dépouilles de leurs églises, elle reprenait le chemin des frontières.

t’ AMOUR. a | \n

• Le Hagib revint à Cordoue , avec son fils et leur suite. La campagne avait été aussi courte qu’heureuse , et l’on était encore aux belles journées de l’automne, quand Al-Mansoûr déposa la cuirasse du général pour revêtir la robe du ministre.

Le matin du premier Djowna qui suivit son retour à Cordoue, Ab-al-Malek fit appeler Y&yd. Ils étaient seuls. . .

« J’ai recours à ton amitié, lui dit le jeune d’un ton mystérieux; puis-je compter sur elle ?» . • •

« Qu’ordonnes-tu, répondit Yézyd? ce que peuvent atteindre des forces humaines , je me charge de l'entreprendre. »

« C est tç .science et ta- discrétion seules que je réclame, reprit Abd-al-Malek. Une dame, à laquelle m attache le plus tendre intérêt , se trouve dangereusement malade; mais, venue secrètement *- ■ à Cordoue, elle refuse les secours de la médecine , plutôt que de laisser connaître sa demeure, et, avec elle, sa famille et son nom. J’ni promis, pour vaincre des scrupules .# légitimes , que tu

l’ amour.

consentirais à être conduit auprès d’elle , et ramené jusqu’en ta maison, comme un aveugle, un bandeau sur les yeux. Ai-je trop présutpé de ta confiance et de ton dévouement ? »

« La promesse de ta bouche, dit Yézyd , est comme je serment de la mienne ;elle s’accomplira . »

« Je te rends grâces, 'reprit Abd-al-Malek. Au sortir du bain, pare-toi, de tes habits .de jpjte , assiste à la khotbah du Khalyfe, et, quand les croyans quitteront la mosquée , sors par la porte du Pardon. Là, tü trouveras un guide pour t& conduire. »

Yézyd suivit ponctuellement les instructions du fils d’Al-Mansoûr. Il quitta le temple, aussitôt que l’Imam, prononçant la formule du tekbir, eut fait le salut à droite et à gauche ; A peine franchissait-il le seuil de la mosquée , qu’un eunuque noir l’appela par son nom , et le saisissant au passage , sans prononcer une autre parole , il le fit monter dans un palanquin porté par six esclaves. L’eunuque s’assit à ses côtés , lui banda étroitement les yeux , après avoir fermé les épais rideaux de soie qtli couvraient ce lit portatif , et

l’amour. a3i)

commanda le départ. La course ne fut pas longue; mais de brusques détours, faits dans tous les sens, annonçaient au jeune médecin qu’on voulait déjouer jusqu’aux suppositions qu’il pourrait hasarder sur son itinéraire; d’ailleurs, le silence absolu de son guide rendait vaine toute espèce de question. Quand le palanquin s’arrêta, et quTézyd, mis à terre, revit la lumière du jour, il était au milieu de la cour intérieure d’une vaste et riche maison. Des colonnes de marbre blanc formaient, selon l’usage, la galerie carrée qui régnait au-devant des quatre ailes ; quelques arbustes précieux entouraient la fontaine d’eau vive qu’on entendait jaillir au centre de la cour, et des troupes d’oiseaux étrangers, au brillant plumage, à la voix harmonieuse , retenus captifs par les mailles d’un filet tendu sur les terrasses , s’ébattaient sous leurs rameaux fleuris. Tout, dans cette demeure , annonçait la noblesse , l’opulence et le bon goût.

Le muet compagnon d’Yézyd l’ayant mené par la main jusqu’à l’entrée d’une salle basse, dont il entrouvrit la porte avec précaution , lui

a/Jo l’amour.

fit signe d’entrer, et disparut. Cette pièce, assez vaste, n’était éclairée que par une fenêtre étroite, oblongue, tapissée d’étoffes de soie, et qui répandait un demi-jour d’une teinte douce et rosée. Yézyd, encore ébloui par la lumière extérieure, ne distingua que peu à peu les objets : un lit, d’abord, placé sur une riche estrade , puis, à côté, une femme assise, enveloppée d’un long voile. La malade et sa compagne gardaient ' un profond silence. Il s’approcha, muet aussi, et prit une main jeune et blanche qu’on lui tendait à travers de légers rideaux de mousseline. L’agitation du pouls était extrême, bien qu’elle ne fût pas irrégulière comme celle de la fièvre, et les doigts delà mafêde, pressant ceux du médecin, semblaient vouloir aussi compter, à cet écho lointain, les battemens de son cœur. Interdit, ému lui-même, Yézyd ccfmménçait à «balbutier une insignifiante question, quand, tout* à-coup, la femme voilée^» lève, étend les bras, se jette à son cou, et s’écrie : > Mon fils ! > C’etait Fathmé. A ce cri , les rideaux s’ouvrent , une femme paraît debout sur le bord- déîa eou-

• l’amou*. * a4i

r % ifc •* . . ^

die, murmura ni d’ une douce voix : « Mon bienaimé ! » , C’était Léïla. «

Le pauvre Yézyd, comme au sortir de sa léthargie, put croire eticore que le ciel s’était ouvert pour son âme, et qu’il goûtait la félicité des justes. Accablé Isous le poids de son «avissement, déchiré par les étreintes d’une joie convulsive, il se sentait mourir sous les caresses agentes, jalouses, que lui prodiguaientsa mère et son amante. La nature (die est secourable dans l’excès du plaisir et de la douleur) vint à son aide ; il se rappela confusément sa profession et l’objet de sa. visite : « Elle est malade ! A s’écria-t-il, avec un accent d’éfiroi. Mais un regard de Léïla, plein de vie, plein de bonheur, l’eut bientôt rassuré. Alors un autre doute vint assaillir son âme, Car le doute est le contrepoids de toutes les grandes émotions dont il amortit les Coups. Cette amante qu’il retrouve, n’est-ce pas la même femme à laquelle un tendre intérêt attache Abd-al-Malek ? Cette riche demeuré, comment s’y trouve-t-elle? Ces précautions , pourquoi . les avoir prises ? Toutes ces idées lui- •• *• • . ; - .16

d’un

a4a ' l’amour. '

sent à ses y<?ux comme les éclairs répet orage, et soudain, tel que le ver qui perce la datte jusqu’au noyau, le plus horrible soupçon glisse à travers ses joies, et va lui déchirer le cœur.

En fp moment, Abd-al-Malek parait, calme, affectueux, souriant :•

« Permets, ô fils d’AyouK, lui dit-il, permets à l’amitié qui -a partagé ta peine, de partager aussi ton bonheur. Le ciel a bien voulu que j’en fusse l’instrument. Tu avais quitté, pour me suivre , tous les objets . qui rendent la patrie chère. Je ne veutf point noji plus de ton sacrifice entier. Je te rends ta mère , celle .qui t’a donné deux fois la vie, et cette vierge, compagpe ; choisie par ton cœur, qui t’en fera bénir

tous les instans. Cette maison t’appartien,t avec

tout ce qu’elle renferme ; ce sera ton présent nuptial. Elle touche à la mienne , et tu pourras, comme naguère , dans nos tentes voisines , veiller sur la vie qui t’est confiée. J’exige une chose en retour : le jour de la Walima (\ quand

(i) Noce. % . , , • \

l’amour. a43

tes # amis, arrûés de leurs cannes d’ivoire et d’or, forceront pour toi le pavillon de la fiancée , défendu par ses jeunes compagnes, c’est moi qui commanderai leur joyeuse troupe ; puis , dès que Léïla t’aura rendu père, je présiderai à la fête des Bonnes Fées (i), et le premier né de tes fils portera mfln nom. » V.

Chaque parole qui sortait de là bouche d’Abdal-Malek tombait, comme une bienfaisante rosée, sur le cœur d’Yézyd, pour y éteindre les feux de la jalousie , et pour* rallumer ceux d’une ardente reconnaissance. Trop émus, trop pénétrés pour trouver, même dans leur langue riche et passionnée, des mots qui pussent traduire leurs sentimens, les trois heureux s’étaieut prosternés aux genôux d’Abd-abMalek ,

. et baignaient de douces larmes ses mains généreuses. Et le fils d’Al-Mansoûr répétait, en les pressant dans ses bras : « Qu’ Allah reçoive vos

(i) La fête des Bonnes Fées , où l’on nommait ^l’enfant , avait lieu le huitième jo„ après sa naissance. En présence de tous les pa-

reus, reunis à un banquet ». ob lui coupait les cheveux, et on en donnait le poids aux pauvres , en or, en argent , ou en cuivre.

L AMOUR

actions de grâces 1 N’est-ce pas «on Prophète qui a dit : « Mets ta confiance* dans le Seigneur ; jamais il ne trompe un juste espoir ? »

UE MAHDY (*)► 4

Il y avait plus d'une année (a) qu’ Alphonse V occupait , après le vieux Bermudo, le trône des Asturies et de Léon. Depuis qu’Al-Mansoûr gouvernait l’empire arabe , le royaume des fils djs Pelage avait été, presque chaque printemps , envahi , traversé , dévasté ; sa capitale et sa pole étaient tombées aux mains d’un ennemi jusque-là toujours, victorieux; ses villes fortes avaient été prisés et rasées , ses armées détruites , ses habitans traînés et^psclavage. Mais, loin de plier sous des désastres si multipliés , si rapides, les Chrétiens , opiniâtres et patiens , mettaient à

(i)' Littéralement , dirige ( bi’Uah , par Allah ) (fc) fcn iqoi..

■ 2^.6 LE MAHDT.

défendre leur culte et leur liberté. le même zèle infatigable r la même invincible Constance. Leur jeune roi préparait vigoureusement la défense du pays. Il avait relevé les murailles tant de fois abattues de Léon , de Toro , de Zamora ; il avait assemblé dans un Concile national (1) ses évêques et ses grands vassaux , afin de pourvoir 7 avec leur aide, aux pressantes nécessités d’ü ne situation suprême ; il avait appelé à son ban tout homme en âge de porter les armes ; enfin , il s’était assuré des alliances et des secours. Les Castillans , réduits à quelques lambeaux du comté deHernan-Gonzalez, étaient toujours , par intérêt, et par juste orgueil , au premier rang de l’arrace chrétienne ; Sancho de Navarre, que la frontière musulmane allait atteindre, sentait le besoin de prendre part à la lutte autrement que par l’envoi de quelque insignifiant corps auxiliaire, et de nombreux Volontaires de l’Aqui- • : . . .. .

taine passaient aussi les Pyrénées pour se sanctifier , s’enrichir et s’illustrer à la guerre sainte.

(i) Ancien nom des Corlè*.

. LI? MAHDÏ . *47

Centre et chef de cette confédération, Alphonse, entouré déjà de ses sujets des Asturies, de la" Galice et de Léon, réunissait, sous les murs de Burgos , la plus puissante armée qu’eussent encore composée les bannières réunies de l’Espagne chrétienne.

Al-Mansoûr connaissait la ligue et ses préparatifs; mais vingt-cinq années de victoires lui avaient donné tant de confiance en ses armes, que , sans augmenter la force des troupes qu’il avait coutume^de mener à ses expéditions , et croyant plus gagner par la rapidité de l’attaque que par le nombre des soldats, il s’était, cette fois encore , mis ep marche le premier. Les dix lustres qui blanchissaient sa tête , ses veilles , ses

fatigues, ses blessures , n’avaient vite de son corps ni l’énergie c

fit a

altéré ni l’acti-

corps ni l'énergie de son âme. Il [ , •

était , dans ses mouvemens et dans ses pensées , tussi ardent , aussi impétueux qu’au temps où, chef encore adolescent de l’empire , il marqua cès le début sa haute destinée , et fit taire la rivalité par l’admiration . Son but , pour la campigne qui s’ouvrait , n’était plus dé*pépétrer dans

.wr

les provinces (le la Catalogne ou de Léon pour reculer la frpntière chrétienne au-delà del’Èbreou du Duéro ; il voulait rompre lalliance des princes confédérés, et, pour en détacher le roi de Navarre, porter la guerre dans ses domaines, épargnés jusque-là. L’armée arabe avait franchi la sierra de^ylon, et s’avançait, entre la Castille et l’A- Wgon , sur les champs de l’ancienne Numance.

Déjà l’on était parvenu .dans la plaine où le Duéro naissant,- après avoir un moment suivi l’Ëbre , le quitte brusquement pour porter ses eaux , par une pente opposée , à la mer environnante (i). Un Kayd arabe marchait à la découverte avec un jparti de cavalerie. Tout-à-coup il entend des alandos de combat , et s’avance an galop pour porter secours à ses frères. Mais ce** qu’il avait pris pour des cris de guerre n’était que des cris de joie. Un autre parti de cavaliers berbères avait surpris , dans les ruines d’un» vieille tour, un avant-poste chrétien ; et la prise Jetait importante, car, au milieu de ces éclai- « . * *1 .

LM MAUDYï

reurs, f; se trouvait un évêque espagnol, sà„s doute général d’un corps de l’armée ennemie. ■ Uiffe.d'une mitre d’acier, et portant une oui- 4 r^se sur sa robe violette, l e prisonnier avait déjà les mains liées derrière le dos , et marchait , attaché par le cou à la queue d’un cheval , dans les rangs des Africains, dont son vêtement, moi», ^religieux, moitié militaire, excitait les rires • A ^. leS lnsultes - A Ia vue de ce traitement ignominieux et cruel, le %ajd arabe ordonna que les liens du captif fussent rompus; ajoutât qu’il se chargeait de le conduire lui-méme à h tente d'Al-Mansoûr qui voudrait sans doute l’interroger. Mais les Berbères refusèrent unanimement d'obéir : « Nous „ e recevons des ordres, durent. J 5 , que dç Mt „ chrfgÿ,^. c , w

; ‘ ‘ w . r,.” ous r ' mettrons ,e prU °" niw - • ■

« Mais Al-Mansoûr n’est-il pas j e chef dfis chefs (, ) ? reprenait vainement l’Arabe. „ » A So -

Sol - vm ‘" ’ ■ ■*■**«» » *™>* ,1,

Bei bores; et ils chassaient ^prisonnier devant

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