MON EIES BIEN-AIMÉ
La tradition avait aussi consacré le souvenir de ce candidat madré qui, voyant l'officier rapporteur afficher un soir la proclamation électorale qui commençait par ces mots: Victoria, par la grâce de Dieu, etc., à tous ceux qui les présentes verront . . . Salut! s'était avisé de faire écrire son nom par le maître d'école, avec les mots et à mon fils bien-aimé, dans l'espace en blanc qui se trouvait entre le mot salut, et le reste fie la formule.
L'effet fut magique. Comment ne pas voter pour un homme si hautement recommandé, h qui la reine elle-même envoyait des saints en l'appelant son "fils bien-aimé?" L'adversaire fut roulé.
LE DEPUTE BEAUDOIX
Mais quelque chose de plus piquant encore, que rapporte la tradition, ce sont les discours d'un nommé Beaudoin, de St-Henri de Lauzon, qui fut député de sa division, à l'époque où les trois comtés de Lévis, de Beauce et de Dorchester ne constituaient qu'un seul et même collège.
Celui-là faisait ses discours en vers monorimes.
Je puis en citer un , grâce à la mémoire des vieux de l'endroit, avec qui les circonstances m'ont mis en rapport dans mon jeune temps; le voici:
— Messieurs les inlecteurs du comté de Dorchester, je vous remercie de tout mon cœur de l'honneur et de la faveur supérieure que vous m'avez fait jusqu'à c'te heure. Suivez votre serviteur chez la mère Yerboncceur pour prendre un petit verre de liqueur, à la santé du gouverneur. Demain le poil est à neuf heures.
Ça se bat pas ! disaient les gens.
Aussi, il paraît que jamais personne n'osa se présenter contre lui.
Je ne sais trop ce qu'il y a de vrai au fond de la chose, mais c'est à ce brave homme de père Beaudoin qu'on attribue quelquefois cette naïveté digne d'entrer dans le répertoire de Calino. Dans une réunion chez le gouverneur, où il avait été invité à titre de député, on lui présente une glace à la crème.
— Cristi ! dit-il, ça gèle les dents cette histoire-là! Je parie que si c'avait été pour un Anglais, va ! ils l'auraient bien fait chauffer.