LA COMTESSE MARIE DE MONTEMERLI
Saluons l’avénement des plumes féminines! le délicat génie de la femme, personnifié déjà dans la Solitaire (le Nohant, veut conquérir le sceptre du romaji, du roman comme l’acceptent la saine morale et le bon goût.
Naguère, L’intelligent éditeur, élève du regretté Hachette, instruit à cette école à subodorer les succès, à distinguer d’un coup d’œil les ailes qui s’entrouvrent, nous révélait dans le pseudonyme André Léo une dame du meilleur monde, qui, pour essais et coup de maître sur coup de maître, nous donna deux romans qu’aurait signés George Sand; à l’heure où j’écris, tout le monde a lu un Mariage scandaleux et les Deux filles de M. Plichon.
' Et voilà qu 'après cette étoile scintille une étoile, de moindre grandeur peut-être, mais qui, d’après les promesses du début, brillera bientôt sur l’horizon littéraire.
Enfin, le môme éditeur a sous presse les Mystères de la maison, roman de M 0 " 1 Anaïs Ségai.as, bien connue déjà comme muse contemporaine et rivale de. l’adorable muse sitôt enlevée aux lettres, et qui veut, comme son modèle, marier les gloires du poète aux gloires du prosateur.
Entre deux femmes, par M m0 la comtesse Marie de Montemerli, n’est point un roman d’aventure ; dans ce livre, point de mise en scène d’événements écrits pour la curiosité. C’est un drame de la vie conjugale, une étude profondément touchée des passions coupables.
La s«ène se passe en Italie : deux natures d’élite s’éprennent violemment l'une de l'autre ; mais ces deux amours sont un double adultère : tout le livre, c’est, des deux parts, le remords incessant d’un bonheur illégitime ; les mille sensations, douces ou cruelles, éprouvées dans ces émouvantes péripéties d’une longue faute, les reproches de la raison comme les entraînements du cœur, sont décrits avec un rare sentiment du réalisme moral; on serait tenté de dire à la jeune romancière : Où avez-vous appris à un pareil degré cette science du cœur humain? la vérité de cette étude est parée debout ce que peut ajouter de charme au récit une phraséologie toujours élégante et chaste, malgré les périls du sujet.
Comme spécimen de la manière de l’écrivain, cueillons au hasard quelques lignes de ce charmant volume :
L’harmonie est la plus belle œuvre de Dieu... tout dans la nature s’harmonise ; l’homme a la physionomie du pays où il est nê : le Parisien ressemble à Paris ; l’Anglais A Londres ; l’Arabe ressemble au désert ; l'Égxjptien a le calme majestueux de ses ruines immenses; le Grec conserve je ne sais quoi de son ancienne royauté dans l’art; l’Italien personnifie les charmantes séductions de sa patrie L’auteur s’est peint sans le vouloir dans
ce dernier trait.
. Et plus loin, dans un autre ordre d’idées pour lesquelles, en terminant, je hasarderai des réserves :
Quelle grandeur dans les sacrifices que certaines passions savent s’imposer ! quelle magnifique expiation dans ces martyres volontaires ! quelles nobles réactions dans certains cœurs coupables ! Le monde, si prompt à blâmer, si inexorable, toujours prêt à déverser la honte sur la femme ; le monde, en présence de ces luttes généreuses, ne se sentirait-il pas pris de pitié ? N’y a-t-il donc qu’une seule expression pour caractériser toutes les fautes ?...
Oui, madame, il n’y a qu’une seule expression. Quels que soient le talent, le prestige avec lequel vous poétisez l’oubli du devoir, c’est là une absolution dangereuse : toute femme
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entraînée vers la faute par ses sens ou par la séduction se placera dans les exceptions dont vous faites une excuse. Après la vertu native, après la conscience, la faiblesse de la femme doit avoir pour sauvegarde la terreur des conséquences de toute nature, désorganisatrices de ce qu’il y a de plus sacré dans notre civilisation, la famille.....
Sachons gré à l’auteur de n’avoir pas pris pour héroïne une épouse mère. Le divin Législateur a dit de la femme adultère : II lui sera beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé ; il n’eût pas accordé cette circonstance atténuante à l’épouse des sociétés modernes.
Fourchambault, 15 avril 1SS5.