‹ Scènes dramatiques du mariageChapitre 5 sur 23 · I.E ROMAN DE MADELEINE · texte numérisé non relu

I.E ROMAN DE MADELEINE

— Je vais me faire comprendre, la personne qu’il aime...

— Eh bien ?

— C’est vous, Madeleine.

— Moi! m’écriai-je en regardant fixement mon mari pour scruter sa pensée.

« 11 me vint un étrange soupçon.

— Cet homme, repris-je, est un débauché de la pire espèce, et je le méprise 1

— Ah ! dit ML Rhéal d’un ton goguenard, vous oubliez que c’est mon meilleur ami, madame !

« Puis il reprit avec une fermeté accentuée bizarrement :

— J’entends que vous le receviez bien, mais trèsbien, songez-y ; j’ai mes raisons pour cela, de graves raisons; je vous laisse, adieu!

«A. ces mots il sortit en fermant bruyamment la porte. J’avais à peine eu le temps de réfléchir à cette étrange scène, lorsque M. Forster entra. Je me promis de le bien recevoir.

« M. Forster était un riche négociant de la ville, ayant une quarantaine d’années, une physionomie sarcastique, un front dévasté par le travail et le dérèglement. Son abord avait un air de familiarité qui m’était insupportable. Ayant rarement vécu en dehors d’une certaine sphère où les femmes se montrent faciles, et d’autant plus faciles qu’elles sont abordées par des hommes opulents; expérience faite, il s’était

formé certains aphorismes peur honorables pour toutes, et qui, dans l’occasion, lui servaient de règle de conduite : ainsi, il ne craignait pas de proclamer que toutes les femmes étaient vénales, et que, pour les obtenir, il s’agissait tout bonnement de pouvoir leur présenter des hochets de prix. Il est vrai de dire qu’il n’avait pas une meilleure opinion des hommes. Je tenais de mon mari ces renseignements flatteurs.

« 11 commença par quelques compliments sur ce qu’il appelait ma beauté maladive, et vint s’asseoir sans façon sur le divan où j’étais assise. Je me reculai ; il ne parut point y avoir fait attention.

— En vérité, madame, dit-il, il est des émotions de jeunesse que l’on croyait à jamais éteintes, et qui se ravivent tout à coup comme le feu sous la cendre. Je tressaille, en ce moment, et je m’écrie avec le poêle : « Tu me trompais, mon cœur; je le croyais mort, lu n’étais qu’endormi ! »

— A merveille, monsieur! lui dis-je en m’efforçant d’être calme : vous lisez nos poètes, c’est fort édifiant. Je savais que M. Forster était renommé pour son esprit sceptique, mais j’ignorais qu’il pût être jamais atteint et convaincu de sentimentalité.

« Il parut légèrement déconcerté, mais il s’empressa de reprendre :

— Ah ! madame, c’est donc un crime qu’il est doux et facile de commettre près de vous. « 11 voulut me prendre la main, je la retirai vivement.

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