I.A MARQUISE
Port bien! niee-le... Ni«t-le, Je vous en saiçKô) tIs^kvîs
300 SCÈNES £T GOVÉDIËS.
de cette glace qui De me laisse rien perdre de ce qui se passe sur la pelouse.
LE MARQUIS, insoaoiaiit.
AU reste, il est possible ; j'ai pu embrasser Lisette en passant, comme j'ai pu cueillir une marguerite sur le pré. Mais je n'en vois point, pour moi, la conséquence.
LA MARQUISE
La conséquence, c'est que je vous prie de sortir de mon appartement.
LE MARQUIS
Quoi! pour une distraction, marquise I pour une bluettel
pour une pure inadvertance !... (n fait des agaceries à l'oîseaa qui est perché sur la main de la marqalse.) Ta ta ta I petite I pStt !
LA MARQUISE
Bon I le voilà qui cherche quereUe à ma perruche maintenant !
LE MARQUIS
" A vous dire vrai, madame, je n'en veux pas tant à la perruche qu'au perchoir 1
LA MARQUISE, riant.
Vous allez vous faire mordre, et j'en serai ravie. — Mordsle, Fiammette !
LE MARQUIS, se reculant.
Décidément, qu'est-ce que je vous ai fait, marquise? Contez-
moi cela. Hier, vous me signaliez comme une proie sortable à Tattention de votre bon ami Médor^ qui ne Ta pas oublié, par parenthèse, car il a failli m'étrangler tout à Theure... Aujourd'hui, vous me recommandez aux gentillesses de Fiammette! Demain, ce sera sans doute à quelque appétit plus considérable. Bref, il vous faut de mon sang, — il vous en faut I et tout cela pourquoi? Non pas, — soyez franche, madame, — parce qu'il existe céans une Lisette dont vous ne vous souciez pas plus que moi, — mais parce que je vous aime, parce que je vous Tai dit, et que me voilà tout prôt à vous le dire encore !
LA UARQUISB.
Une chose que je persiste à ne pas comprendre, c'est la circonstance de cette visite dont vous m'honorez ce matin. Il y a là quelque chose qui m'échappe, car vous avez eu une idée, je suppose, en venant ici... Vous ne vous ôtes pas ingénié d'une démarche si neuve et si peu convenable sans être muni d'un prétexte plausible?... J'ai cru d'abord, moi, que vous alliez m'apprendre un) nouvelle d'£tat, me conter tout au moins quelque fait intéressant... Mais point du tout! vous êtes là, de* puis trois quarts d'heure, planté devant mon soleil, à me tenir des discours qui n'ont ni queue, ni tôte, ni pantoufles... EnGn qu'est-ce que vous voulez?
LE MARQUIS, plqaé.
Rien, madame.
LA MARQUISE
Eh bien , allez-vous-en. (Le marquis fait an «este da bras et se dirtg« rers la porte, pois il s*arTéte, se retourne et reprend d*an ton sérieux.)
De boûoe fof, madame, pensez-voas que ceci puisse durer éterttellementf
LA MAftQUISB.
Quoir
LB XABQVtS.
Il y en a bon nombre, madame, qui, à ma place, le pren* draiont moins gaiement que je ne veux bien le prendre.
LA MAAaUtSB.
Il y a bon nombre de sots dans le monde.
[LB MABQUI8.
Soit; mais enfin les tôrmds où nous voiHi, étant mariés Toq à Tantrè depuis six mois, sont d'une singularité véritablement fort extraordinaire. Vous m'avouerez bien cela, marquiset
LA HAIIQUISB*
Tolontieri« Je voui rtvouerai.
LE M ARQUI8| M rtpprochaBt
Eh bien, en oe cas,.*, tenez, ohôre marquisoi je voudrais pour beaucoup que la pensée vous fût venue, comme à moi| ce matin, de faire une petite excursion dans la campagne.
LA MARQUISB.
Pourquoi ce vœu?
LB MARQUIS
Parce qu'il y a stt fond de votre âme, j'en suis oertaioi de»
LTRNB. m
cordes endormies qui se fussent éveillées à Timpression de cette belie journée naissante, et qui auraient chanté soudain conàne des oiseaux. On découvre vraiment sous un ciel printanier, et parmi cette poussière lumineuse que soulève le char du soleil^ desa^ects qui entr'ouvrent le coeur malgré lui et le disposent à la bonté» —Moi, qui ne suis pas suspect d'humeur pastorale,. je me défendais à peine contre ces enchantements... J'attachailt un regard ravi sur le lointain bleuâtre et doré des horizons, sur les diamants que la nuit laisse au sein des prairies, — sur la* ÎTdàdbie verdure des parcs que je côtoyais çk et là, en ef!lett« rant de la tôte les grappes humides des cytises et les gerbe» parfumées des lilas... Tous mes sens étaient doucement cap-^ tivés... J'écoutais en rêvant, au petit pas de mon cheval, ce gai babillage et ces confuses rumeurs qu'une riante matinée fait éclata à toutes les fenêtres et sous diaque brin d'herbe. La vie^ l'espérance et la joie sont partout, — et partout l'amour 1 Pat un visage que n'embellisse un sourire, pas un verger qui n'ait sa chanson, -~ pas une fille qui n'ait un corset blanc!... Moi seul, madame, je me sentais étranger dans ce paradis; moi seul je n'étais point de la féteî
LA irAïai^ISB,
Vous n'aviez pas de corset blanc, du tnoins!
LE MARQUIS, s'animant peu à peu.
Ma tristesse était sincère, marquise; elle était profonde» J'étais accablé de la sofîtude 06 je me trouvais et de celle qui m'attendait an retour. « Que me nmqne^t-il, m^ disais-^je, pour être à ma place parmi t?u» ces ftettreuY et pour mêler ma voix.
à cette harmonie, — à cet hymne de reconnaissance qui s'élève de toutes parts vers le ciel bienveillant ?.•. Une main, — une main chérie dont l'émotion réponde à la mienne, ^ un seul mot de tendresse, un écho de bonheur murmuré à mon oreille, — un cœur, jeune comme le mien , qu'une commune pensée fasse palpiter dans le môme instant, qui se berce aux mômesL illusions et se fonde aux mômes ardeurs!... » Louise ! je songeais à vous, à votre éblouissante jeunesse, à votre beauté qui me trouble, à cette grâce mystérieuse qui vous entoure comme Fauréole d'un ange,— et je ne pouvais croire qu'une image si accomplie du bonheur n'en voulût être à jamais que la statue inanimée... Il me semblait môme alors, tant mon cœur me donnait de folle confiance, que, si j'étais près de vous, je trouverais dans mon âme des accents, dans mes yeux une étincelle, -—une larme peut-être, dont vous seriez touchée !... (ii aéchu i« cenou. ) Me suis-je trompé, marquise? dites-le-moi.
LA MARQUISE, après TaToir regardé an moment en clignant des yenx.
Mais... cela fait bien des affaires. — Je vais toujours me lever. Voulez-vous avoir l'obligeance de m'envoyer ma camériste?... Je dis ma camériste,... cette jolie fille en corset blanc;... vous la connaissez bien?
LE MARQUIS, se relerant brusqaement.
Oui, madame, oui. (u u saïae et sort.)
LA MARQUISE, seale, après an sHenee^
Mon Dieu, que je souffre! que je suis malheureuse! (Eiie fond en larmes.) Et ne pas savoir co quo j'ai seuleaient!
H est étrange qu'on me laisse périr comme cela sans secours... Mon médecin est une bête... A l'entendre, je n'ai rien dé dangereux... et le marquis s'empresse de le croire... C'est un débarras. — Non, non, je n'ai rien... Eh bien, on verra, — on verra! Je me sens bien, moi... J'éprouve au cerveau — et au cœur des choses dont on n'a pas l'idée... J'ai des veines rompues intérieurement, j'en suis sûre. Je deviendrai folle ou je mourrai. .. Jeune comme je suis I ... car je ne suis pour ainsi dire qu'une enfant... Mon Dieu, ayez pitié de moi, car, vous le voyez, mon Dieu, je suis abandonnée de l'univers entier!... Allons! un peu de courage, ma pauvre petite marquise, mar-
Chesina tniaf (sue m lère tout doaoement, ehaniie sm pantoufles, et un élégant peignoir. Entre Llaette.) Ahl c'CSt VOUS, mademoiselle?