LE COMTE DE COMMINGES, FRANÇOIS
le Joar baisse. Un flambeaa è deux branehes brûle sur la cbeminée. Au lerer du rideau, Fkançois allume un autre flambeau placé sur la table. *— * Le comte de Comminges entre par le fond, & gauche : il entre broscpiement; Il est très-pàle; il promène rapidement ses regards autour du salon.
LE COMTE, apereerant Franijois.
ÂllI voici enfin un visage! (U regarde n-ancoîs, qui» & demi courbé^ le eonaldère de son c6té d'un œil curieux. le comte, pendant toute cette •cène et pendant la moitié de la scène suirante, conserve un front soucieux et
impassible, ne souriant jamaûi.) (à part.) Singulier petit vieillard 1
(Haat.) Pardon, monsieur, puia^je voua deiiander si vous êtes 'le propriétaire de cette maisonnette?
FRANÇOIS, greniat; réix lente et cassée
Hon! maisonnette I ~ Une habitation entre cour et jardin, avec dépaissance pour deux vaches, boulangerie, colombier, garenne et autres dépendances seigneuriales. Maisonnette 1 — Eh Seigneur I monsieur habite le palais des Tuileries, appa- Temment?
LE GOVTE.
Je n'ai pas prétoodu vous offetiser, monsieur. Êtefr-vous le propriétaire de ce petit château t
FRANÇOIS
Propriétaire?... Non, monsieur, je ne suis pas propriétaire; Je suis domestique... Je suis domestique, pour vous servir; — •c'est-à-dire pourvu que cela ne me gène pas trop, car je suis d'un âge à ne me gôner pour personne, monsieur, hormis pour ma miaftressé.
LB GOlITfl.
' C'est trop Juste, mon ami. Et Vôtre riiattresse est J)robabîement la dame voilée qui vient d'entrer dans cette naaisoni? J'aurais désiré lui présenter" mes excuses; je crains dé l'avoir •effrayée. Le hasard me l'à fait rencontrer, à I* nuit tombante, d,^ns la- forêt voisine, —, la>rôt de BrqçeJyiiDde, je crpis^ irprès de cette fameuse fontaine de$ Fée»,*,,. <Je MerliOy»,, je ne . 5ai& comment ioa l'appelle..* :
FRANÇAIS, ie^Hfidant.
La fonlaiQQ^.dQ Jierliay... de rencbiuateqr l|eiUiu«« Mtimis
endroit pour lea reiuxmtres, jeun» Iioiiiia^... Bh t th I. (a «ir m^
TittiUard.)
LB COMTE, à part.
Singulier vieillard I (Haat.) La supposant égarée, j'ai voulu
lui offrir mes services... •
François;
Âhl ah! jeune homme 1... Ëh Seîgneurl
LE COMTE
Elle a eu peur, je suppose, et ce malentendu nous a conduits jusqu'ici, elle se sauvant, moi la poursuivant... Pensezvous qu'elle consente à recevoir mes explications?
FRANÇOIS, très-gradeat.
Je le pense, jeune homme. Je m'en flatte. Eh! eh! (n Ht en
le regardant d'un air d'InteUigeno* et se dirige è dntt» T«ft \k poite lall^ raie.)
LE COMTE , è part.
Ce vieillard se moque-t-il de moi? Voyons donc. (Haut.) Dites-moi, mon ami, comment s'appelle votre maîtresse?
FRANÇOIS
Elle s'appelle mademoiselle Aurore de Kerdic, bien qu'on la nomme le plus souvent dans le pays la £â6 de Brocelyaodel^
340 SCÈNES BT COMÉDIES*
LB COMTE
La fééL.. (Apan.^ Voilà qai est bizarref... (Hant.) La fée, dis-tu ?•.• Et elle est jolie, f imagine» en qette qualité?
FRANÇOIS
Oh I charmante, monsieur, — du moins à mes yeux»
LE COMTE
Elle est jeune, n'est-ce pas?
FRANÇOIS
Oui, monsieur, elle est jeune, — du moins relativement.
LE COMTE
Relativement... à quoi?
FRANÇOIS
Relativement à moi.
ëéE COMTE.
Mais tu as au moins cent ans, toi?
FRANÇOIS
Soixante et dix-neuf seulement, monsieur, vienne la Noël.
LE COMTE
Et ta maîtresse se trouve avoir à ce compte...?
FRANÇOIS, fraelensement.
Cinquante-neuf ans, monsieur, viennent les roses.
LE COMTE, TfTement/mais areo grarité.
n est inutile de la déranger, mon amî. Toutes réflexions faites, elle n'a déjà que trop souffert de mon importunité.
(a part, deteeodant an peu la scène.) Est-CO une mystification?
est-ce un méchant caprice du hasard qui m'a conduit en présence de ce vieillard idiot et d'une vieille fille de province, à demi folle probablement?... Peu m'importe!.. Je ne: me donnerai pas l'ennui de pénétrer ce mystère... Ce qu'il y a de certain, c'est que je ne porterai pas plus loin le fardeau d'une existence odieuse... Elle ne tenait plus depuis trois mois qu'à un fil... — la curiosité... Le voilà rompu,... tout est dit. (A nrançoia, lai donnant de vargent.) Mon bonhomme, prendsceci ; prends, — et adieu, (n fou an pas et m retourne.) Dis-moi... (a part.) Oui, l'idée me plaît... (Haat.) Cette fontaine de Merlin est-elle profonde, que Ton sache?
F BANC G 18, le regardant en deeioas
Assez pour qu'un chien s'y noie.
LE COMTE , fixant sar lai an regard attentif
Que veux-tu dire?
FRANÇOIS; eon accent de TieiUard se marqae d'ane naanee de fermeté
dans cette fin de seène.
Qu'un chrétien qui se noie ne vaut pas mieux qu'un chien.
-liE COMTE, Tiolemment.
Comment sais-tu que je veux me noyer? Tu es aposté,.». tu es payé pour me dire cela!
3ilÈ SGÈNBS ET COMÉDIES.
FRANÇOIS
Vous VOUS parlez tout haut à vous-môme : il ne feut pas être sorcier pour deviner vos projets... Eh Seigneur! on a bien raison de le dire : «Chaque temps a ses mœurs... » Le grand-père et le père de monsieur se sont fait tuer sur quelque champ de bataille — pour leur pays, — et monsieur va se noyer dans une mare — pour' son plaisir... Voilà ce qu'ils appellent le progrès... Bhl ehl
Ilisérable vieillard l
piAifçeis.
Eh oui, sans doute, je suis un misérable vieillard,... un misérable vieillard qui a eu, dans sa longue carrière, plus d'une belle occasioo de maudire r^dstaoce et de jeter* sa -défroque sur la route , mais qui n'en a jamais eu la pensée, monsieur, parce que, s'il a manqué de pain quelquefois, il «n'a jamais manqué de coeur.
LE COMTB.
Drôle 1... Qui es-tu? Qui t'a payé» encore une fois, pour m& parler ainsi?... Mais tu n'es qu'un agent subalterne dans l'intrigue qui m'enveloi4>e..« Ce n^est pas à toi que je m^en prendrai ; j'irai jusqu'aux machinateurs de cette outrageante -comédie ; ils sauront qu'il en peut coûter cher de rire à mes <1^0ns*...Où est t^ maltresse?... Maintenant, je veux la Toirl...
LA. PÊE. 34»
- hdt yoici, jettne hoflame.
La porte latérale s'ouvre : mademoiielle de Kardio forait.