‹ Scénes et comédiesChapitre 30 sur 46 · LE COMTE DE COMMINGES, FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LE COMTE DE COMMINGES, FRANÇOIS

le Joar baisse. Un flambeaa è deux branehes brûle sur la cbeminée. Au lerer du rideau, Fkançois allume un autre flambeau placé sur la table. *— * Le comte de Comminges entre par le fond, & gauche : il entre broscpiement; Il est très-pàle; il promène rapidement ses regards autour du salon.

LE COMTE, apereerant Franijois.

ÂllI voici enfin un visage! (U regarde n-ancoîs, qui» & demi courbé^ le eonaldère de son c6té d'un œil curieux. le comte, pendant toute cette •cène et pendant la moitié de la scène suirante, conserve un front soucieux et

impassible, ne souriant jamaûi.) (à part.) Singulier petit vieillard 1

(Haat.) Pardon, monsieur, puia^je voua deiiander si vous êtes 'le propriétaire de cette maisonnette?

FRANÇOIS, greniat; réix lente et cassée

Hon! maisonnette I ~ Une habitation entre cour et jardin, avec dépaissance pour deux vaches, boulangerie, colombier, garenne et autres dépendances seigneuriales. Maisonnette 1 — Eh Seigneur I monsieur habite le palais des Tuileries, appa- Temment?

LE GOVTE.

Je n'ai pas prétoodu vous offetiser, monsieur. Êtefr-vous le propriétaire de ce petit château t

FRANÇOIS

Propriétaire?... Non, monsieur, je ne suis pas propriétaire; Je suis domestique... Je suis domestique, pour vous servir; — •c'est-à-dire pourvu que cela ne me gène pas trop, car je suis d'un âge à ne me gôner pour personne, monsieur, hormis pour ma miaftressé.

LB GOlITfl.

' C'est trop Juste, mon ami. Et Vôtre riiattresse est J)robabîement la dame voilée qui vient d'entrer dans cette naaisoni? J'aurais désiré lui présenter" mes excuses; je crains dé l'avoir •effrayée. Le hasard me l'à fait rencontrer, à I* nuit tombante, d,^ns la- forêt voisine, —, la>rôt de BrqçeJyiiDde, je crpis^ irprès de cette fameuse fontaine de$ Fée»,*,,. <Je MerliOy»,, je ne . 5ai& comment ioa l'appelle..* :

FRANÇAIS, ie^Hfidant.

La fonlaiQQ^.dQ Jierliay... de rencbiuateqr l|eiUiu«« Mtimis

endroit pour lea reiuxmtres, jeun» Iioiiiia^... Bh t th I. (a «ir m^

TittiUard.)

LB COMTE, à part.

Singulier vieillard I (Haat.) La supposant égarée, j'ai voulu

lui offrir mes services... •

François;

Âhl ah! jeune homme 1... Ëh Seîgneurl

LE COMTE

Elle a eu peur, je suppose, et ce malentendu nous a conduits jusqu'ici, elle se sauvant, moi la poursuivant... Pensezvous qu'elle consente à recevoir mes explications?

FRANÇOIS, très-gradeat.

Je le pense, jeune homme. Je m'en flatte. Eh! eh! (n Ht en

le regardant d'un air d'InteUigeno* et se dirige è dntt» T«ft \k poite lall^ raie.)

LE COMTE , è part.

Ce vieillard se moque-t-il de moi? Voyons donc. (Haut.) Dites-moi, mon ami, comment s'appelle votre maîtresse?

FRANÇOIS

Elle s'appelle mademoiselle Aurore de Kerdic, bien qu'on la nomme le plus souvent dans le pays la £â6 de Brocelyaodel^

340 SCÈNES BT COMÉDIES*

LB COMTE

La fééL.. (Apan.^ Voilà qai est bizarref... (Hant.) La fée, dis-tu ?•.• Et elle est jolie, f imagine» en qette qualité?

FRANÇOIS

Oh I charmante, monsieur, — du moins à mes yeux»

LE COMTE

Elle est jeune, n'est-ce pas?

FRANÇOIS

Oui, monsieur, elle est jeune, — du moins relativement.

LE COMTE

Relativement... à quoi?

FRANÇOIS

Relativement à moi.

ëéE COMTE.

Mais tu as au moins cent ans, toi?

FRANÇOIS

Soixante et dix-neuf seulement, monsieur, vienne la Noël.

LE COMTE

Et ta maîtresse se trouve avoir à ce compte...?

FRANÇOIS, fraelensement.

Cinquante-neuf ans, monsieur, viennent les roses.

LE COMTE, TfTement/mais areo grarité.

n est inutile de la déranger, mon amî. Toutes réflexions faites, elle n'a déjà que trop souffert de mon importunité.

(a part, deteeodant an peu la scène.) Est-CO une mystification?

est-ce un méchant caprice du hasard qui m'a conduit en présence de ce vieillard idiot et d'une vieille fille de province, à demi folle probablement?... Peu m'importe!.. Je ne: me donnerai pas l'ennui de pénétrer ce mystère... Ce qu'il y a de certain, c'est que je ne porterai pas plus loin le fardeau d'une existence odieuse... Elle ne tenait plus depuis trois mois qu'à un fil... — la curiosité... Le voilà rompu,... tout est dit. (A nrançoia, lai donnant de vargent.) Mon bonhomme, prendsceci ; prends, — et adieu, (n fou an pas et m retourne.) Dis-moi... (a part.) Oui, l'idée me plaît... (Haat.) Cette fontaine de Merlin est-elle profonde, que Ton sache?

F BANC G 18, le regardant en deeioas

Assez pour qu'un chien s'y noie.

LE COMTE , fixant sar lai an regard attentif

Que veux-tu dire?

FRANÇOIS; eon accent de TieiUard se marqae d'ane naanee de fermeté

dans cette fin de seène.

Qu'un chrétien qui se noie ne vaut pas mieux qu'un chien.

-liE COMTE, Tiolemment.

Comment sais-tu que je veux me noyer? Tu es aposté,.». tu es payé pour me dire cela!

3ilÈ SGÈNBS ET COMÉDIES.

FRANÇOIS

Vous VOUS parlez tout haut à vous-môme : il ne feut pas être sorcier pour deviner vos projets... Eh Seigneur! on a bien raison de le dire : «Chaque temps a ses mœurs... » Le grand-père et le père de monsieur se sont fait tuer sur quelque champ de bataille — pour leur pays, — et monsieur va se noyer dans une mare — pour' son plaisir... Voilà ce qu'ils appellent le progrès... Bhl ehl

Ilisérable vieillard l

piAifçeis.

Eh oui, sans doute, je suis un misérable vieillard,... un misérable vieillard qui a eu, dans sa longue carrière, plus d'une belle occasioo de maudire r^dstaoce et de jeter* sa -défroque sur la route , mais qui n'en a jamais eu la pensée, monsieur, parce que, s'il a manqué de pain quelquefois, il «n'a jamais manqué de coeur.

LE COMTB.

Drôle 1... Qui es-tu? Qui t'a payé» encore une fois, pour m& parler ainsi?... Mais tu n'es qu'un agent subalterne dans l'intrigue qui m'enveloi4>e..« Ce n^est pas à toi que je m^en prendrai ; j'irai jusqu'aux machinateurs de cette outrageante -comédie ; ils sauront qu'il en peut coûter cher de rire à mes <1^0ns*...Où est t^ maltresse?... Maintenant, je veux la Toirl...

LA. PÊE. 34»

- hdt yoici, jettne hoflame.

La porte latérale s'ouvre : mademoiielle de Kardio forait.

Page 1