‹ Scénes et comédiesChapitre 31 sur 46 · SCÈNE IL Lbs Mêmes, MADËMOISELIaE DE KERDIC · texte numérisé non relu

SCÈNE IL Lbs Mêmes, MADËMOISELIaE DE KERDIC

s'arrétant à paiM eatréo.

LB COKTE, d*ixB ton bmiqao.

Ah! c'est bien... Madame, ou atademouelle... (u iiit wto»

■wni danx pat Tara eUo» et s'aixéte Umt à oaup. tomme frappé de la dia^ tinctioa et • de la digaité (jua révèlent las traita et U tenao de la Tiellle daou»; U s'JncUoe.)

BTA DEMOISELLE DM CERDIG.

Que veut monsieur, François?

MademoîselTe, il veut se noyer,

MAD-WOfSBLLR DK KVMDIG, éh» tn «aHirtl et digne.

Qu*eSt-Ce que c'est donc? (Le comte lea regarde tour à toar avae no mélange d'embarras et de surprise soupçonneuse.) MonsieUF, Une folS

rentrée chez moi, j'espérdis être k Tâbri d'une persécution... vraiffient inexplicable. J'ai beau rappeler mes souvenirs^ je ne vous connais pas.. • Que me YouJie&^Qœ? ^

LE COMTE

Mademoiselle, je ne puis concevoir,... il est impossible...

(n la regarde encore.)

MADEMOISELLE DE KBRDIC.

Votre extérieur, monsieur, semblé annoncer un homme dont Fesprît est sain, et cependant..*

LE COMTE, très-poli.

Bla conduite est aussi folle qu'inconvenante, n'est-il pas vrai? Mais veuillez me croire sur parole, mademoiselle, les circonstances singulières dont je suis le jouet, justifient ce qui vous parait être le plus inexcusable dans mes procédés. Il m'a suffi, au reste, - de vous voir en face un seul înstanC pour être assuré qu'une personne comme vous n'a jamais ti-empé dans une intrigue, et pour regretter amèrement l'Indiscrétion obstinée dont je me sfuis rendu coupable envers vous.

MADEMOISELLE DE KERDICt souriant légèrement.

Je crois, en effet, qu'il vous a suffi de me voir en face, pour éprouver un sincère regret de votre poursuite : bien des femmes, môme de mon ftge, monsieur, vous pardonneraient plus difficilement peut-être votre contrition d'à présent — que voire offense de tout à l'heure... Quant à moi. Dieu merci, je vous pardonne de grand cœur l'une et l'autre...

LE COMTE

Mademoiselle, vous me faites sérieusement injure, si vous croyez avoir été en butte à la galanterie banale d'un fat... Je

LA FÉE. 3û5.

suis, comme j'ai eu rhonneur de vous ie dire, le jouel de cir* constances vraiment extraordinaires au dernier point, et...

MADEMOISELLE DE KERDIG.

Il suf&t, monsieur : chacun a ses affaires. — Mais enfin, quel qu'en soit le motif, vous avez fait une course forcée : voulez-vous vous reposer un peu?

LE COMTE

Oh! je me garderai bien de vous gôner davantage.

MADEMOISELLE DE KERDIG.

Vous ne me gênez pas,... au contraire; on aime à voir de près, quand on est rassuré, les objets de son effroi, et j'avoue que vous m'avez fait grand'peur dans ce bois ;. restez doQc,... à moins que les rôles ne soient changés, et que ce ne soit moi maintenant qui vous...

LE COMTE, avec ua geste poli.

Permettez-moi du moins de me présenter à vous plus régulièrement : je me nomme le comte Henri de Comminges.

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Asseyez-vous donc, monsieur lie Comminges. (Eiie lui

montre ud fauteuil près de la cheminée , et t*a»olt de «on côté. — Franfiolii, ftepnis l'entrée de sa maltresse» suit la conversation avec un intérêt souriant; fi conserve en général cette attitude et cett<) physionomie pendant toute la pfèce; seulement, choque fois que ses services sont réclooiés, il sort de son

fxtase, et devient sombre.) Mais 110113 n'avoHS plus de feu... Fran* ^ois,... on gèle ici, mon ami, tu entends?

iii6 SCÈNES fiT COMÉDIES.

VEaWÇOIS, wwrien.

On gèl6,«.. on gèle..* (n s*approche de la cheminée, et se courbe

péniblement pour «utow te iéB.j Qu'esl-ce que VOUS direz donc quand vous aurez mon âge?.*. Eh Seigneur! si ypus étiez forcée d'allumw le fèn pour les autres, vous ne gèleriez pas tant!

HADBM0I8ELLB DE KSRDIG, aTee dcaeeur.

Allons, tais-toi. (in eomte.) Yous n'êtes pas de ce pays, monsieur?

<Noii, mademoiselle : j'habite Paris. Je n'étais môme jamais venu en Bretagne.

FRANÇOIS, age&oamè Aérant le Cm.

Du bois vert, avec ça... Je vous l'avais bien dit^ qu^il :ne serait jamais sec pour l'hiver, votre bois... Mais, quand on est le maître, on a toujours nison — et puis, après ça, on flèie... & Seé^aewrl v«2àu

VADE moïse LLE DE KERDIG, tranqaillement.

Vous devenez terrible, "François 1 — Je vous demande pardon pour lui, monsieur de GommiBges, c'est un Tieux serviteur. (A François.) Voyons, ôte-toi âe Jà... Je vais vous faire bon feu;... un peu de patience. (EUe se lère.)

LE COMTE, se levant sans se dérider encore. '

Souffrez que je vous épargne ce soin, mademoiselle.

LÀ PtE. wr

]IA»BII0I8KL1.B BB XBE]>I«.

Non, vraiment... Vous n'êtes pas habitué à ees détails du ménage...

LB COMTB.

Je VOUS en prie!... à la guerre comme à la g«err0»«* (u m mt

à geooax graTemeat et accommode le fea.)

MADEM0I8BI.LB DB KERDIG, attlw.

Ainsi, monsieur, vous n'étiez jamais venu dans notre pays? Puisque vous ayiez le désir de visiter la Bretagne, permettezmoi de vous dire que vous avez mal choisi votre saison; là Bretagne, en plein hiver, offre de faibles agréments aux touristes.

LB COIITB» (oi|o«it afeMoItté.

Mon Dieu, mademoiselle, je ne suis pas un touriste; je n'ai

pas choisi ma saison, et je n'éprouvais aucun désir de visiter la Bretagne... —Vous avez des soufflets? Fort bienl... par-^ don... — Non;... des circonslances mystérieuses, et qui ne* sont pas sans une nuance de ridicule,. m'ont seules déterminé ^ ce voyage, auquel j'étais d'autant plus loin de penser, que fen méditais uu beaucoup plus sérieux... et plus lointain.

MADEMOISELLE DE KERDIG, simplement.

Dans le nouveau mcmde?

LE GOMTE, légèrement, en se rasseyant

Oui, dans un monde tout à fait nouveau... (changeant de ton.> Mais je suis honteux de vous entretenir si longtemps de ce

qui me concerne... Vous habitez mademoiselle^ un pays d'un aspect poétique... J*ai eu l'honneur de vous rencontrer, j§j je ne me trompe, dans un Heu que d'antiques légendes ont rendu populaire... Celle forêt de Brocelyande,... cette fontaine de Merlin ont joué autrefois un grand rôle dans votre mythologie nationale?

MADEMOISELLE DE KERDIG, souriante et dcacement ironique :

e*est son accent ordinaire. ,

En effet, monsieur : cela nous compose môme un voisinage assez incommode. Nous ne pouvons nous attarder dans les environs, mon vieux François et moi, sans nous exposer à d'étranges mortifications... La superstition localo, aidée du crépuscule, nous prèle une teinte merveilleuse, qui en général fait fuir les passants... Il est vrai ^sainant.) qu'elle les attire <]uelquefois, ce qui forme une agréable compensation.

LE COMTE, la regardant fixement.

Vous connaissez mon aventure, mademoiselle?

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Je ne connais pas votre aventure, monsieur, et j'ajoule quo je n'éprouve pas un désir très-particulier de la connaître. Mais il est évident, quelque peine que j'aie à concilier cette idée avec la parfaite raison dont vous me semblez douô, il est évident que vous avez cru suivre en ma personne je ne sais quelle apparition surnalurclle,... une fée sans doute... Ilclas! monsieur, pourquoi n'était-ce qu'une illusion! Vous ne le déplorez pas plus amèrement que moi... Les fées rajeunissaient.

LE COMTE, Mariant.

Mon Dieu, mademoiselle, je* ne suis ni d'un caractère ni dans une situation à débiter des fadeurs; vous pouvez donc me croire sincère, lorsque je vous dédare que plus je vous vois et plus je vous entends...

FRANÇOIS, 8*aTanoant.

L'heure du dîner de mademoiselle est sonnée.

MADEMOISELLE DE KERDIG.

Ahl François, ce n'est pas bien. Vous êtes indiscret «nvers monsieur le comte, et cruel envers moi... A mon âge, un compliment perdu ne se retrouve pas...

LE COMTE, qui 8*est loTé.

Mille pardons, mademoiselle,... je me retire... (Riant.) Mais vous n'y perdrez rien... Je voulais dire, mademoiselle, que vous me forcez de reconnaître une vérité dont j'avais douté jusqu'ici... C*est qu'il y a pour certaines femmes une jeunesse éternelle, qui se nomme la grâce... (ii la salue.)

MADEMOISELLE DE KERDIG, riant

Avez-vous faim, monsieur le comte?

LE COMTE

Moi, mademoiselle? Hélas! je n'ai jamais faim.

MADEMOISELLE DE KERDIG.

Tant mieux. Je n'hésite plus k vous proposer de partager un dîner d'crmîfe. Mets deux couverts, François.

no SCÈNES ET COMÉDIES.

Françoto, we serTlette sur le liras, -a €(91 posé -mae aappe sur la table qui t&BOl le «Mat éê la iiièea. n «arali satisistt ie «e flD*il «atoad; toot en «ssajaat lenteaMMI ne assiette, il s*est laissé f lisser «or an sléfe, et soit la eoaeerfilioa, en ■pplwé.iisaBt de la téta.

Je ne sais vérit aMwn g ut , lUA fl e a^ la dle , commeDt vous remercier d'un «Deaeil si dhi ièP — t flt«i fM ménêé,

VAOBHOISlfiLL'B DE KBRDIC.

Ke m^en remerciez donc pas, d'autant plus qu'il etttre, je vous Tavoue, un grain de curiosité dans ma politesse... — £h bien, François, est-ce que tu dors, mon ami?

PBANÇOIS se lèTe d*an air sonoienz; il Ta prendre, en grondant, des assiettes M des Terres dans le Ikofftft.

Eh Seigneur 1... il est triste, à mon âge, de ne pouvoir goûter une minute de repos... {Le comte dépose dans na coin aoB dUH peaa, sa canne et son paletot, comme, un liomme qui s'installe. Krançois, appnyé des deux mains sor la tableVpoarsait.) Il faut convenir qUB leS

riches sont heureux L^

Que veux-tu dire, voyons? Eïpffque-toi.

FRANÇOIS

Mademoiselle oublie que je ne suis pas, comme elle, au printemps de la vie; il ne faut pas exiger d'un octogénaire la force d'un portefaix et la vivacité d'un page.

lfABB]fQISK.LLS DB K.KEAIC.

Tu as raisoD, va. Laisse <^moi ûnk ta besogne ici» et iH^'eii voir si tout est prêt en bas. — Va doucement surtout.

FBANÇOIS.

Oui, mademoiselle. Soyez. tcaimmUe* (Yfte te retouroe et ajoata. ) Soyez sagos, jeunes gens I (U sort.)

IL Ml

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