‹ Scénes et comédiesChapitre 39 sur 46 · LA FÉ · texte numérisé non relu

LA FÉ

HBOTOR.

Vous l'avez peut-être connu, madame?

MADEUOISELLE DE KERDIG

Peut-être.

HBGTOft.

£n ce cas, madame, il y a fort à parier que vous n'ignorez pas le genre d'intérêt qui m'amène ici ?

MADEMOISELLE DE KERDIG.

Fort possible, en efifet.

HEGTOR.

Quoi qu'il en soit, je vais vous le dire.

YVONNET, à d©ml-To!x.

C'est bien inutile, allez, monsieur.

HECTOR

Veux-tu té tàfre , toi I

YVONNET

Vous n'en serez pas le bon marchand, monsieur, croyezmoi. Je suis bas Breton de naissance, et je suis ferré à glace sur ces histoires-là... Monsieur, je vous en prie, la, raisonnons un peu ensemble... Je ne manque pas d'instruction, monsieur, tel que vous me voyez, et, si ce n^est la lecture et l'écriture à quoi je n'ai jamais pu mordre...

HECTOR

Animai

TVONNBT.

Sérieusemeot, monsieur, en conscience, j'ai remarqué une chose très-importante, (n le ure an pea à récart. } Monsieur, il y' a deux espèces de phénomènes dans la nature, ceux qui sont naturels — • et ceux qui ne sont pas naturels, (impatianœ d'Reotor. ) Eh bien, monsieur, tout ce que nous voyons ce soir n'est pas naturel. Cette sombre forêt, cette tempête effroyable, cette maison isolée, cette dame majestueuse qui £ait tranquillement de la tapisserie, -^ tenez, regardez comme ses yeux brillent, monsieur... A son âge, est-ce naturel, je vous b demande?... d'où je conclus.^,

HEGTOa.

Si tu ajoutes un mot, je te vais jeter par la fenêtre, et ce sera un phénomène naturel, celui-là. — Veuillez m'excuser, madame; je reprends... Un ami à moi, le meilleur de mes amis...

MADEMOISELLE DE KBRDIG.

M. Henri de Gomminges?

HECTOR

Oui, madame. (Sv cet entrefaltea, FraBQols eiit rentré sans bmit par la petite porte du fond et est Temi te placer diaerètenent à côte dTroime^.)

YVONNE T, rapercerant.

Monsieur,... monsieur,. .. regardez celui-là... Si ce n^est pas le vieux Merlin en personne, que je meure!... Croyez-moi, mon-

sieur, je suis bas Breton de naissance, je vous en donne ma parole d'iionneur... Remarquez, monsieur, qu'il a toutes ses dents... A son âge, ça n'est pas...

HBGTOR.

Morbleu t drôle, te tairas-tu! Va-fen, si tu as peuri

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Rassurez- VOUS, mon ami; ne voyez-vous pas que votre maître porte tout un arsenal à sa ceinture?... Et à ce propos, monsieur de Mauléon, — daignez excuser une provinciale peu au fait du bel usage, mais est-ce là le costume adopté maintenant à Paris pour emporter d'assaut les boudoirs et les cœurs? C'est commode;... cela simplifie les procédés...

FRANÇOIS, de sa Yoix décrépite.

Eh t eh ! c'est cavalier I ( n remonla un p«a U théâtre. Heetor les rcfarde aTeo anrprite. )

YVONNBT.

Ils se moquent des armes à feu, monsieur... Je les connais, vous dis-je... Je suis né, moi, dans le pays des sorciers et des fées.

FRANÇOIS, ao fond, d'une toIx mêle, en pliant nne terriette.

Vous y êtes.

HECTOR, te retournant virement.

Qui a parlé? (Mademoltelle de Kerdio traraUle tranquiUement.)

YVONNET

Monsieur, âllons-nous-en, — ou ma tête va en craquer.

370 SCÈNES BT COMÉDIES.

HECTOR, s'éehanffaBt.

Stupide poltron! — Je ne serai point dupe, madame, de pué* riles jongleries. Je ne partirai pas sans avoir revu sain et sauf un ami qui m'est cher... Je sais qu'il est entré dans cette maison il y a plus d'une heure...

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Et vous a-t-il chargé de l'y venir réclamer? S'il a trouvé ici le personnage mystérieux quMl espérait rencontrer, pensezvous qu'il vous sache gré de le troubler dans sa bonne fortune?

HECTOR

Le personnage mystérieux?... Eht madame, je ne crois ni aux fées, ni aux esprits, ni aux tables tournantes, je vous en avertis : il n'y a pas de fée ici, il y a une intrigue — dangereuse peut-être — et dont j'aurai le secret.

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Vous ne croyez pas aux fées, monsieur de Mauléon?... Si, cependant, je vous donnais la preuve irrécusable que vous êtes en présence d'un de ces êtres supérieurs à l'humanité, qu& diriez-vous?

YVONNET

La, monsieur! me croirez- vous maintenant? Elle l'avoue,... c'en est une I

HECTOR, le repoussant.

Je dirais, madame, je dirais... Eh! c'est impossible.

MADEMOISELLE DE KERDIG.

A deux pas d*ici, je vous donne cette preuve. Je Tépargne à ce garçon, qui n*y résisterait pas. (EUe prend lin flambeau.) Suivez-moi, si vous l'osez.

YVONNET, s'attachant à son maître.

N'y allez pas, monsieur! sur votre vie en ce monde et sur votre salut en l'autre, n'y allez pas! .

HECTOR, après un peu d'hésitation, repoussant violemment Tvonnet.

Je VOUS suis* ( MademolseUe de Kerdic sort par la porte latérale ; Hector la •ttit.)

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