‹ Scénes et comédiesChapitre 4 sur 46 · DUPUIS^ MADA.ME DUPUIS, BOUVIÈRE · texte numérisé non relu

DUPUIS^ MADA.ME DUPUIS, BOUVIÈRE

MARIANNE

HAivAtfE Dirpuir.

(Test comme je vous Te dis, monsieur Rouvière, je Faî cru fou, entièrement fou... — A bas, Minette T.. . — II montait Tescalier quatre à quatre, en^eriaiil: « C^êst lom T c'est Tom Rouvièfet c'est ce dîablo deToml... »Par(ku),.moiiMearRouvi^, mais e'Mt son mety vous savezi: -^ Et moi, je le suivais clopin-clopant, en me tuant de lui dire que c'était bien plutôt

M. da Luc avec sa nouvelle calèche « car je savais par madame Le Rendu que M. du Luc dtnaît aujourd'hui à Sémon ville, et, comme il ne traverse jamais Saint-Sauveur sans nous dire un petit bonjour, j'étais bien fondée à croire...

DUPUIS

Mais, ma bonne amie, qu'est-ce que cela fait à Rouviére, tout cela? Il ne connaît pas plus M. du Luc que madame Le Rendu, n'est-ce pas?... D'ailleurs, tu sais que M. du Luc a ses chevaux et qu'il ne prend jamais la poste ; ce ne pouvait être lui» par conséquent.

MADAME DUPUIS

Enfin, mon ami, j'en étais convaincue, que veux-tu!

DUPUIS

Allons, c'est bien, ma chère... Prends donc garde à ta chatte,... elle taquine constamment Rouviére.

MADAME DUPUIS

A bas, Minette l Qu'est-ce que c'est donc que ça, mademoiselle?... — Tu m'avoueras toi-même, Dupuis, qu'il était plus naturel de m'attendre à voir M. du Luc, notre voisin de campagne, que M. Rouviére, que je ne connaissais pas, et dont tu n'avais pas eu de nouvelles depuis plus de trente ans... Là, franchement,... j'en fais juge monsieur.

ROUVIERE-, ëTidemment impatienté.

Vous avez raison, madame, dix mille fois raison I... Mais, Dieu me pardonne, madame Dupuis, je crois que vos côtelettes sont panées!

MADAME DUPU18.

Hélas! et c'est moi qui ai recommandé à Jeannette de les paner I... Tavais cm faire pour le mieux.

C'est une hérésie capitale, ma chère dame; on ne pane plus les côtelettes, — de môme qu*on ne porte plus de manches à gigot. Comment, diantre I la Providence vous accorde une des substances les plus précieuses que Ton connaisse en cuisine, — le pré-salé authentique, — le pur mouton de Miels, et vous le panez!... vous osez le paner I Parbleu! j'ai fait le tour du monde, mais il me fallait venir à Saint-Sauveur-Ie- Yicomte pour voir paner les moutons de Miels I

MADAME DUPUIS

Que je suis mortifiée ! Un peu de sole, monsieur Bouvière? Tfous n'avons la poissonnerie qu'une fois la semaine; mais, comme M. Dupuis aime beaucoup le poisson, j'ai fait un marché particulier avec un pécheur de Portbail; ce qui nous donne un petit plat d'extra tous les mercredis; et comme, Dieu merci, cela se trouvait aujourd'hui mercredi..

DUPUIS

Allons, Reine, c'est bieni quel intérêt peuvent avoir ces détails pour Rouvière, je te le demande? (Ayee expansion.) Dismoi, Tom, où étais-tu, il y a huit jours, à cette heure-ci?

ROUVIERE.

n y a huit jours, mon ami, j'étais à Dublin.

e SCÈNES ET GOHÉDIES.

A Dublin? voyez-vous cela!... ce diabto de Xoml

jaotrvjiAS* De Dublin à Londres, de Londres à Jersey, — et me voilà.

DUPUL8«

Et c\est à Jersey que f'est venue cette pensée bienbeuieuse de relancer au ^Ue ton vieux compagnon xJLe jeunesse?

m^mriEEff,

Hier matin, mon ami. Il y avait dans le vestibule de mon hôtel une carte de 'Normandie; je la parcourais machinalement en attendant le déjeuner : le nom de ton village — Saint- Sauveur-le- Vicomte — a frappé mes yeux... « Tiens 1 me suisje dit, Saint-Sauveur4e-¥icomte4 mais c'était là, si je ne jn'abuse, que demeurait autrefois George Dupui^** J^on ami George! Eh bien, ma foi, s^il vît encore^ j'irai lui demander à dtner en passant... (U promène «et regurilf «or la table O!» air inquiet.)

XADAXB DUPUIS, «Tec empreuement.

Vous cherchez .quelque chose, monsieur Rouvièret

aonvuERE.

Ne XaûXes pas attention, je vous en prie... (ti«fant u luix.) Marianne I — N^est*ce pas Marianne que s'a^^Ue votre domestique? —Mariajaoe, ma bonne fiUe, n'anrieiz-v0iisfkas ma citronf cette sole en réclame.

XADAME DUPUIS, courant à on boiret.

Attendez, attendez, en voici un.

LE TILLAGB. 7

ItOTTYIERK,

Ahl mille pardons, madame.

MADAME DUPUIS

Ainsi, yoîlà trente ans, monsieur Houvière, que vous êtes toujours par voies et par chemins, comme le véritable Juif «rrautl

ROUVI&&B.

Positivement, «adame.

MADAME DUPUIS

Dieii, gue.je n'jaimerais pas celai

HOUVIÈRB.

Sans doute'; mais, moi, je suis un original, vous voyez.

JCADAMB DUPUIS.

Tous avez dû, monsieur Rouvière, dans le cours de vos voyages, manger des choses bien étrangest

ROUVJÈJRfi^ mangeant aTee suite, tout en portant.

Oes choses inouïes , madame ! — Ah I Marianne, ma bonne fille, appTodiezTin peu... Si j'en juge par Todeur qui se répand ici, on est en train de torréfier le café dans la cuisine : généralement, surtout en province, on le brûle trop, ce qui lui ôte la fleur de son arôme... Allez donc vite, Marianne, et dites bien à Jeannette... n'est-ce pas Jeannette que s'appelle ^otre camarade?... dites-lui bien que le café veutôtre roussi seulement, — roussi, vous entendez?

MARIANNE, à demi-YOix, eniortant,

HomI il n'aime rien comme un autre, celui-là I

BOUVIERE.

Ma chère dame, il est précisément arrivé à votre volaille Taccident que j'appréhendais pour le café de Jeannette : elle est trop cuite ou plutôt cuite trop rapidement. Gela est fâcheux, car la bête est de bonne race.

MADAME D U PU IS, aTM désolation.

Tous les malheurs à la fois I Je vous demande bien pardon, monsieur Rouvière,... mais voire arrivée a été si imprévue,.., nous avons eu si peu de temps devant nous... De grâce, aocordez-nous quelques jours, et vous serez mieux traité, je vous le promets.

Dix mille fois bonne, ma chère dame; mais, à neuf heures ce soir, sans une minute de délai, il faut que je roule... Oui, madame, vous pouvez le dire, j'ai mangé, chemin faisant, des choses inouïes! j'ai mangé tour à tour le couscoussou sous la tente de l'Arabe; — le curry, l'incendiaire curry, sur les bords du Gange; — à Java, le hideux tripang, qui est le hareng du pays; — en Chine, le fameux nid d'hirondelle à l'huile de ricin...

MADAME DUPUIS

Ocielî

ROUVIÈRE

A Panama, j'ai mangé du singe... Bahl il n'y a pas un aliment dans la création qui ne m'ait passé sous la dent!

DVPVIS.

Ce diable de Tom \

ROUYIÀRB.

Aussi, sMl existe sous le firmament un convive sans façon, j'ose me flatter que c'est moi... Les Indiens des Montagnes- Rocheuses,... ces sauvages sont doués véritablement d'une ^gacité extraordinaire!... les Indiens, dis-je, m'avaient donné dans leur langue un surnom qui signifiait textuellement « l'Estomac de bonne humeur... » Toujours content, — facile à vivre enfin!

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