D1TP1TI
Ce diable de Tom!
MADAME DVPUI8.
Acceptez-vous une troisième bécassine, monsieur ilouvière? Je vois avec plaisir que vous les aimez.
ROUVIBRB.
Dix mille grâces, madame. Oui; j^aime les bécassines, je ne m'en défends pas; mais celles-ci ont un défaut, je ne puis vous le cacher : outre qu'elles sont trop fraîchement tuées, vous avez négligé de les faire saupoudrer légèrement de poivre fin, ce qui est quasiment indispensable à ce gibier... Ah çà ! excusez ma curiosité, mais rien ne m'a plus intrigué, je crois, dans tout le cours de ma vie que ce plat que voici sur ce réchaud... Au nom du bon Dieu et des saints, qu'est-co que c'est que cela?
DUPUIS
Mon ami, je l'ai fait mettre pour toi : c'est du macaroni.
*Q SCÈNBS ET C0MÉJ)1ES.
Du macaroni, ceci ?
MADAnC DVPtJIS.
Oui, monsieur Tom,... cTtîSt uwe attseirtioii *e Georg©;.,, il in*a rappelé que tous séjtmrniez -souvent ^en Itafie... J'ai «nvoyé en toute !i9te diez f épicier, qui avaît «ncore, par l^cnrbettr, cette petite provision tk macaroni, et, en m'aidant du Cuis^ nier royal, car leannette en perdait !a tftte, j'ai essayé de vous farranger à fîtaiienne.
ROUYIERE.
• À r italienne I Mais, ma pauvre chère 4ajne, ça n'a jamais été du macaroni à l'italienne, ça, — - jamais, jamais 1 — Au surplus, c'est peut-être bon tout de môme... Voyons.
DUPUIS, après une panse.
Eh bien, mon ami?
ROUVIÈRE, résolument.
Mon ami, autaot mâcher des tuyaux d'orgue! Oh I mais c'est prodigieux I àh çà! c'est ^onc du macaroni fossile, ossifié,... je ne sais pas quoi.! il faut faire arrêter l'épicier qui vous a vendu cela!;... U doit être affilié à quelque chose!
Marianne, vite une assiette à M. Rouvîère. Abl mon ami, quel triste dîner tu fais làî
ROUYIÈ RE , froidement.
Tu plaisantes! Ton vin est exquis, d'ailleurs.
VADAVB BVPVIS.
Moi... je ne sais plus que dire... J'en mourrai de chagrin... Monsieur Bouvière, goûtez au moins mon gâteau de riz, je vans M supplie à maiiu jointes.
ROUVIÈRE
Très-volontiers, madame L^ dès que J'aurai achevé cette conserve de pois, — qui serait parfaite si on y avait un peu plus
ménagé le beurre, (on «ntend le tintement d*ane cloch«.)
MiLDAMB DUPUIS.
Ehl déjà rA&gekiBl (EMe «e ure.) Pardon, monsieur Bouvière,... je vous quitte pour un instant; mais je serai revenue bien
avant l'heure de votre départ. (EUe ra prendre nne mante posée Bor
un meuble.)
R ou VIBRE.
Ganuoent! vous jorjkez, madame, d'un temps pareill il y a un pied de neige... Savez- vous cela?
DUPUIS
Ma femn:\e, mon ami, va tous les soirs à l'église quand l'Angelus sonne, quelque temps qu'il fasse, hiver comme été : c'est une habitude de cinquante ans; tu n'y changerais rien.
ROUVIÈBB.
Âhl très- bien... J'espère que vous êtes contente de votre curé, madame Dupuis?
MADAHB DUPUIS.
Oh! oui, monsieur; c'est un si digne homme! Tenez; si VOUS nous restiez seulement vingt-quatre heures, nous l'avons
i% SCÈNES ET COMÉDIES.
demain à dîner ; vous ne regretteriez certainement pas d'avoir fait sa connaissance.
ROUVIÈRE
J'en suis persjadé, madame Dupuis, je vous assure; mais ce sera pour une autre fois.
MADAUB DUPUIS.
George, insiste encore, je t'en prie, et n'oublie pas surtout que M. Rouvière m'a promis de goûter mon riz... Ah! monsieur Tom, je vous recommande aussi mes confitures... Je les fais moi-même, et c'est une de mes petites prétentions... Au revoir, mon cher monsieur.
Au revoir, madame, au revoir. (Madame Dopais sort.) Ahl ah I... hem 1 hem ! voyons donc ce riz. — Elle est un peu dévote, ta femme, hein?
DUPUIS
Oui, un peu... mais d'une dévotion qui n'a rien de gênant pour son entourage. Elle me laisse, moi, bien tranquille dans ma tiédeur. — Bois donc, mon ami, tu ne bois pas! (En baissant les yeax.) Dis-moi, Tom, tu Tas trouvée fièrement provinciale, ma femme, n'est-ce pas?
ROUVIÈRE
Mais non, mais non.
LE YILLAGB. 43