‹ Scénes et comédiesChapitre 45 sur 46 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

LE COMTE, seul; pois FRANÇOIS.

LE COMTE, stupéfait.

Quelle est cette femme? — Mon cerveau est troublé... J'ai eu trop de fatigues,... trop d'émotions,... je suis halluciné,... je suis visionnaire... Voyons, essayons de penser un peu de sangfroid. — Il y a quelque supercherie... Mais non! une telle femme ne peut être une aventurière,... une intrigante... Gela est plus absurde à supposer que tout le reste... Mais, au fait, il n'y a ici de miracle que dans ma pauvre tète... Ce prétendu rajeunissement n'est quMne illusion de mon demi-sommeil... Elle-même me le disait, c'est simplement und bonne vieille qui, me voyant malheureux, a eu pitié de moi, et qui essaye

de me guérir en caressant ma folie. (Entre François : U se tient droit; il a l'œil yif, le teint frais, ses chereux grisonnent h peine.)

FRANÇOIS, d*nne Toiz mâle.

Monsieur, votre serviteur.

LE COMTE

Qu'est-ce que o*est?... Qui es-tu?

386 SGËNES ET COMÉDIES.

FRANÇOIS

Je vfens offrir mes remerctments à M. le comte. Je suis le vieux François* J'étais captif sous le môme charme que ma maîtresse, et j'en ai été délivré en mèifte temps qu^elle. Tai encore cinquante ans, monsieur le comte; mais, quand vous aurez épousé mademoiselle, j^esfièra bien n'en avoir plus que trente.

LE COMTB.

Ah çàl... où diable suis-je ici? (n t*approehe.) (Tesl bien le môme visage... Mais ceci dépasse ma crédulité... Voyons, mon ami, tu te moques de moi ; mais je te le pardonne, et je fais plus, je t'enrichis, si tu m'apprends sans une minute de délai le mot d'une énigme — où mon esprit se perd, j'en conviens.

FRANÇOIS

Monsieur, vous ôtes trop initié aux mœurs de notre race pour que j'aie rien à vous apprendre. Je suis un pauvre diable de génie subalterne enchanté jadis par le pouvoir de Merlin aux côtés de la noble fée, ma maîtresse. Nous attendions dans cette forêt, depuis un siècle entier, la venue d'un jeune gentilhomme assez délicat pour préférer les solides qualités de rame aux grâces d'une beauté périssable : voilà pourquoi je vous ai accueilli tantôt avec une joie mal dissimulée, pressentant en vous un libérateur; voilà pourquoi je viens vous offrir rhommage de ma reconnaissance, ayant compris tout à l'heure, au changement agréable qui s'opérait en ma personne, que, grâce à vous, monsieur, les temps étaient accomplis.

LE GOMTB.

Ta n'as rien de plus à me dire?

FRANÇOIS

Rien.

LB GOMTB.

Eh bien, que Merlin te vienne en aidel car, de par le ciel,

ma patience est à bout I... (n yeut le taUlr au ooUet.)

FRANÇOIS, lui arrêtant le bras d'une puissante étreinte.

Silence I... écoutez!... (L'orchestre joae en sourdine l'air de la baUade. La porte latérale s'ouvre ; une lumière éclatante remplit le salon. Le comte se retourne.)

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