ET LE PAPE INNOCENT
Il i
Henri V étant mort sans enfant, une diète réunie à Mayence chargea les princes les plus puissants de lui désigner un successeur; ces princes nommèrent le protégé des évêques, Lothaire deSupplimbourg, duc de Saxe, et le proclamèrent empereur en le portant sur leurs épaules.
Avant son couronnement, Lotliaire montra ses bonnes dispositions pour l'église, « la reine céleste » ; il abandonna toutes les prétentions de ses prédécesseurs au choix des dignitaires ecclésiastiques et décida que « l'Église aurait des élections libres, ni extorquées par la crainte du prince, ni contraintes comme auparavant par sa présence, ni influencées par aucune présentation ». L'empereur ne se réservait que le droit d'investir par le sceptre les évêques et les abbés après leur élection et leur consécration.
Conrad, duc de Franconie et Frédéric, duc de Souabe, protestèrent contre l'élection de Lothaire et Conrad se fit proclamer roi à Spire. Il y eut alors deux rois en Allemagne.
Dans le même temps, à Rome, il y eut deux papes.
Depuis longtemps deux puissantes familles romaines, les Frangipani et les Pierleoni, se disputaient l'élection des préfets et des papes. Les Frangipani étaient de noblesse féodale; longtemp ils avaient disputé Rome au pape; un de leurs ancêtres, Cencius, avait même emprisonné Grégoire VIL Les Pierleoni descendaient d'un Juif converti au temps du pape Léon IX; pendant la querelle des investitures ils avaient mis au service des papes leur influence et leur argent et l'un d'eux était devenu le conseiller le plus intime d'Urbain II qui lui avait donné le commandement du Château Saint-Ange. Mais le peuple les exécrait comme usuriers et les nobles les méprisaient comme parvenus; il y eut même un soulèvement dans Rome lorsque Pascal II fit nommer un Pier-
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leoni Préfet de la ville. Le fils de ce Préfet, après avoir terminé ses études à Paris, fut créé cardinal et envoyé comme légat en France, puis en Angleterre; il réussit très bien dans ces missions : rentré à Rome, il travailla à devenir être Pape. Il était très instruit et de manières affables; mais son teint olivâtre dénonçait son origine et les prêtres incriminaient ses mœurs.
Les Frangipani voulaient faire élire Pape le cardinal Grégoire, moine et abbé du monastère de Saint-Nicolas.
Quand Honorius II fut près de mourir, quelques cardinaux l'emmenèren^t dans le cloître de Saint-Grégoire, proche du château des Frangipani; aussitôt une partie du peuple voulut proclamer Pierleoni; mais on l'en empêcha en portant près d'une fenêtre le pape moribond.
Le lendemain Honorius mourut; les cardinaux de son entourage tinrent sa mort secrète et nommèrent Pape Grégoire, (jui prit le nom d'Innocent II. Le soir du même jour, les autres cardinaux, sous la présidence de leur doyen, se réunissaient dans l'église de Saint-Marc et proclamaient Pierleoni sous le nom d'Anaclet II. Innocent II n'avait pour lui que deux familles nobles, les Frangipani et les Corsi et seulement seize cardinaux; mais c'étaient les plus élevés en dignité et les plus actifs; le chancelier Aymeric et Jean de Crème les dirigeaient. Vingt-sept cardinaux, la plus grande partie des nobles et du
peuple, étaient pour Anaclet.
L'évêque de Porto, doyen des cardinaux, écrivit aux partisans d'Innocent : « Est-ce ainsi qu'on élit un pape, dans un coin, en cachette, dans les ténèbres.-^ vous qui êtes les plus jeunes et les moins nombreux, vous n'avez consulté ni votre doyen ni vos anciens; vous avez élu un pape sans nous, en nous faisant croire que le pape mort était encore vivant ».
Innocent se Ht sacrer à Saint-Jean de Latran, puis se retira dans le château des Frangipani qui résista à un assaut des Romains, mais bientôt presque tous ses partisans l'abandonnèrent. Les Frangipani et les Corsi euxmêmes se réconcilièrent avec les Pierleoni. Anaclet, sacré solennellement dans Saint-Pierre aux acclamations du peuple, excommunia son rival et déposa les cardinaux qui lui restaient fidèles. Innocent s'enfuit dans le quartier du Transtévère; puis, ne s'y sentant pas en sûreté, il s'embarqua sur le Tibre avec ses partisans, et, par mer, arriva à Pise.
Anaclet, maître de Rome, écrivit au roi Lothaire pour lui annoncer son élévation au siège apostolique; il l'invitait « à se défier des mensonges que répandaient le chancelier Aymeric, voleur et simoniaque, et l'infâme Jean