‹ Scènes et portraitsChapitre 19 sur 51 · MORT DE MADAME DACIER, DE DANGCAU ET DE L'ABBÉ DE DANGEAU · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME DACIER, DE DANGCAU ET DE L'ABBÉ DE DANGEAU

La mort de Mme Dacier fut rejjrettée des savants et des honnêtes gens. Elle étoit fille d'un père qui étoit l'un et l'autre, et qui l'avoil inslruite. Il s'appeloit le Fèvre, étoit de Caen et protestant. Sa fille se fit catholique après sa mort, et i^e maria à Dacier, garde des livres du cabinet du Roi, qui éloif de toutes les Académies, savant en grec et en latin, auteur et traducteur. Sa femme passoit pour en savoir plus que lui en ces deux langues, en antiquités, en critique, et a laissé quantité d'ouvrai^es fort estimés. Elle n'éloît savante que dans son cabmet ou avec des savants, partout ailleurs simple, unie, avec de l'esprit, agréable dans la conversation, où on ne se scroit pas douté qu'elle sût rien de plus que les femmes les plus ordinaires. Elle mourut dans de grands sentiments de piété, h soixantehuit ans ; son mari, deux ans après elle, à soixante et onze ans.

Philippe de Courcillon, dit le marquis de Dangeau, mourut à Paris, à quatre-vingt-quatre ans, le 7 septembre; ce lut une espèce de personnage en détrempe, sur lequel, à l'occasion de ses singuliers Mémoires, la curiosité engage à s'étendre un peu ici. Sa noblesse étoit fort courte, du pays chartrain, et sa famille étoit huguenote. 11 se fit catholique de bonne heure, et s'occupa fort de percer et de faire fortune. Entre tant de profondes plaies que le ministère du cardmal Mazarin a faites et laissées à la France, le gros jeu et ses friponneries en fut une à laquelle il accoutuma bieniôt tout le n)onde, grands et petits. Ce fut une des sources où il puisa largement, et un des meilleurs moyens de ruiner les seigneurs, qu'il haïssoit et qu'il méprisoit, ainsi que toute la nation françoise, et dont il vouloit abattre tout ce qui étoit grand par soi-

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