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MORT DE DA^GEAU

même, ainsi que sur ses documents on y a sans cesse Iravaillé depuis sa mort, jusqu'au parfait succès que l'on j voit aiijoiird'lmi, et qui présage si sûrement la fin et la' dissolution prochaine de cette monarchie. Le jeu éloit lonc extrêmement à la mode à la cour, à la ville et partout, quand Dangeau commença ;'i se produire.

G ètoit un grand homme fort bien fait, devenu gros avec l'âge, ayant toujours le visage agréable, mais qui promettoit ce qu'il tenoit, une fadeur à faire vomir. Il n'avoit rien, ou fort peu de chose ; il s'appliqua à savoir parfaitement tous les jeux qu'on jouait alors : le piquet, la bête, l'hombre, grande et petite prime, le hoc, le reversi, le brelan, et à approfondir toutes les combinaisons des jeux, et celles des cartes, qu'il parvint à posséder jusqu'à s'y tromper rarement, même au lansquenet et à la bassette, à les juger avec justesse et à charger celles qu'il trouvoit devoir gagner. Cette science lui valut beaucoup, et ses gains le mirent à portée de s'introduire dans les bonnes maisons, et peu à peu à la cour, dans les bonnes compagnies. Il étoit doux, complaisant, flatteur, avoit l'air, l'esprit, les manières du monde, de prompt et excellent compte au jeu, où quel(|ues gros gains qu'il y ait faits, et qui ont fait son grand bien et la base et les moyens de sa fortune jan ais il n'a été soupçonné, et sa réputation toujours entière et nette. La nécessité de trouver de fort gros joueurs pour le jeu du Koi et pour celui de Mme de Montespan, l'y fît admettre; et c'étoit de lui, quand il fui tout à fait initié, que Mme de Montespan disoit plaisamment qu'on ne poiivoit s'empêcher de l'aimer ni de s'en moquer, et cela ètoit parfaitement vrai. On l'ftimoit parci- qu'il ne lui écha(ipoit jamais rien contre personne, qu'il ètoit doux, complaisant, sûr dans le commorce. fort honnête homme, obligeant, honorable; mais r;iilieuis si plat, si f;ide, si grand admirateur de riens, IMMir u lue ces riens tinssent au Roi ou aux gens en pl.iCH ou en fiiveur, si bas adulateur des mêmes, et depuis qu'il s'éleva, si bouffi d'oigueil et de fadaises,

Saint-Simon. — Scènes et l'ortraits. H. — 1 '

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sans toutefois manquer â personne, ni être moins bas, si occupé de faire entendre et valoir ses prétendues distinctions, qu'on ne pouvoit pas s'empêchi.r d'en rire.

Établi dans les jeux, du Roi et de sa maîtresse, il en profita pour se décorer, et comprit qu'il ne le pouvoit qu'à force d'argent. Il en donna donc à M. de Vivonne, à ce qu'il me semble, car ce fait est de 1670, tout ce qu'il voulut du gouvernement de Tours et de Touraine, et il acheta, peu de mois après, une des deux charges de lecteur du Roi, parce qu'elles donnent les entrées, si rares et si utiles sous Louis XIV. Son argent commença donc à en faiie un homme du petit coucher, un gouverneur de province, et un familier dans les parties du Rui et de Mme de Montespan, qui jouoient presque tous les jours. Avec peu d'esprit, mais celui du grand monde et de savoir être toujours dans la bonne compagnie, il ne laissoit pas de rimailler. Le Roi s'amusoit quelquefois alors à donner des bouts-rimés à leraplii-. Dangeau souhaitoit ardemment un lugemeiit, qui étoient rares dans les premiers temps que le Roi s'établit à Versailles.

Un jour qu'il éloit au jeu avec Mme de Montespan, Dangeau soupiroit fademenl eu pailaut de son désir d'un logement à quelqu'un, assez haut pour que le Roi et Mme de Montespan le pussent entendre; ils l'entHU lirent effectivement et s'en divertirent, puis trouvèrent plaisant de mettre Dan<,^eau sur le gril, en lui composant sur-lechamp les bouts-rimés les plus étranges qu'ils pussent imaginer; les donnèrent à Uangeau, et comptant bien qu'il ne pourroit jamais en venir à bout, lui promirent un logement s'il les lemplissoit sans sortir du jeu et avant qu'il finît. Ce fut le Roi et Mme de Montespan qui en furent les dupes. Les Muses favorisèrent Dangeau; il conquit un logement, et en eut un sur-le-champ. Il avoit été capitaine de cavalerie; il obtint le régin.ent du Roi; puis la guerre étant moins son fait que la cour, non qu il ail été accusé de poltronnerie, il fut employé auprès de

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