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MORT DE DANGEAU

quelques princes en Allemagne, puis en Italie, Au mariage de Monseigneur le Dauphin, il fit si bien qu'il fut un de ses inenins, quoique tous les autres lussent de qualité distinguée. On a pu voir ici que Mme de Maintenon, qui vouloit environner la Dauphine de gens à elle, fil passer la duchesse de Richelieu, dame d'honneur de la Reine, à Madame la Dauphine, et que, pour adoucir cette complaisance, elle t'a donner la charge de chevalier d'honneur de cette princesse au duc de Richelieu, avec promesse qu'après l'avoir gardée quelque temps, il la vendroit tout ce qu'il la pourroit vendre à qui il voudroit qui seroit agréé. Il s'étoit élran^rement incommodé au jeu. Dangeau, déjà nienin et gouverneur de province, fut son homme; il en tira cinq cent mille livres. Dangeau devint ainsi chevalier d'honneur de Madame la Dauphine, et nécessairement [lar là chevalier de l'ordre, en la grande proujotion, trois ans après, le premier jour de l'an 1689.

Il a voit épousé en 1682 une fille fort riche, d'un partisan qu'on appeloit Morin le Juif, qui le fit beau-frère du maréchal d'Estrées, mari de l'autre. Dan^'eau en eut une fille unique, qu'il maria au duc de Monifort, fils aine du duc de Chevreuse, dont il se bouffit fort. Étant devenu veuf, il se trouva assez riche pour se remarier à une comtesse de Lôvenstein, fille d'honneor de Mad.ime la Dauphine, et fille d'une sœur du cardinal de Furstemb'^rg, lacjuelle avoit des sœurs grandement mariées en Allemagne, et des frères on grands emplois. On a vu ailleurs quels sont les Lôvenstein, et le bruit que fil Madame, et môme Madame la Dauphine, de voir les armes palatines accolées à celles de Courcillon, à la chaise de Mme de Dangeau, et combien il fut avec raison inutile. Mme de Dangeau n'avoit rien vaillant, mais elle étoit charmante de visage, de taille et de grâces. On en a parlé souvent ici ailleurs. G'étoit un plaisir de voir avec quel enchantement Dangeau se pavanoit en portant le deuil des parents de sa femme, et en débitoit les grandeurs. Enfin, à force de revêtements l'un sur l'autre, voilà un seigneur, et qui ea

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affectoit toutes les manières à faire mourir de rire. Aussi la Bruyère disoit-il, dans ses excellents Caractères de Théophrasle, que [>angeau n'étoit pas un seigneur, mais d'après un seigneur.

Je fus br.ouiilé avec lui longtemps, pour un fou rire qui partit malgré moi, et que j'ai eu lieu de croire qu'il ne m'a jamais bien pardonné. U faisoit magnifiijuement les honneurs de la cour, où sa maison et sa table, tous les jours grande et bonne, étoit ouverte à tous les étrangers de considération. 11 m'avoit piié à dîner. Plusieurs ambassadeurs et d'autres étrangers s'y trouvèrent, et le maréchal de Villeroy, qui étoit fort de ses amis, et chez qui sa noce s'étoit faite. 11 fit peu à peu tomber à table la conversation sur les gouvernements et les gouverneurs de province; puis, se balançant avec complaisance, se mit à dire à la compagnie : « 11 faut dire la vérité; de tous nous autres gouverneurs de provinces, il n'y a que Monsieur le maréchal, en regardant Villeroy, qui soit demeuré maître de la sienne. » Les yeux de Mme de Dange.iu et les mions se rencontrèrent dans cet instant; elle sourit, et Mioi je fis [lis, qnelque eflbrt que je pusse faire, car il etoit bon homme, et je ne voulois pas le fâcher, mais celle tatuité fut [ilus forte que moi. Un an après la mort de M. de Louvois, le Roi se lassa d'être grand maître des ordres de Saint-Lazare et de Notre-Dame du mont Carmel, dont Louvois avoit toute la gestion en (|ualilé de gi and vicaire, et donna cette grande maîtrise à Dangeau. L envie de s'en divertir eut grande part à ce choix. U traitoit bien Dangeau, mais il s'en moquoit volontiers. Il connoissoit ses fadeurs, sa vanité, sa fatuité. Cette grâce en devint une source. On a vu ici ailleurs avec quelle dignité il tâcha d'imiter le Roi donnant l'ordre du Saint- Lspril,en donnant celui de Samt-Lazare, combien le prié- Dieu étoii bien imité «lans Saint-Germain des Fiés, comment ses prêtres de l'ordre, placés comme le sont les évéques et les abbés au prié-Dieu du Roi, représentoient bien les cardinaux avec leurs soutanes et leurs camails

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rouges; avec quelle grâce et quel air de satisfaction et de bonté Dangeau faisoit la roue au milieu df ceîti^ pnnipe et de toute la cour, hommes et femmes, qui y alloieni sur des échaiautls |>arés, et y rioient scandaleuseuient. Le Roi après s'auiusoit du récit qu'il lui en faisoit faire chez Mme de Mainteiion, et il éloit ou se montroil transiiorté de la privance de ses conversations et des applfudissements qu'il en recevoit. 11 est pourtant vrai qu'il faisoit un très-noble usage de sa commanderie magistrale, qui étoil bonne, et qu'd abandonna tout entière pour y élever de pauvres gentilshommes, qui y apprenoient gratuitement tout ce qui peut convenir à leur état, et y étoient fort honnêtement nourris et entretenus.

On a vu ici en son temps ce qui regarde le fils unique qu'il eut de sa seconde femme, qu'il maria à la fille unique du dernier de la maison de Pompadour et d'une fille de M. et de Mme de Navailles, par conséquent sœur de la duch sse d'Elbœuf, mèiede la deniièie duchesse de Mantoue. Je ne fais ici (jue renouveler le souvenir de toutes ces al lances de sa femme et de son fils, nécessaires à savoir avant de parler de ses Mémoires. En 1696 il fut conseiller d'État d'èpée. et on a vu ici en son lieu qu'au mariage de Mgr le duc de Bourgogne, le Roi lui rendit la charge de chevalier d'honneur qu'il avoit perdue à la mort de la Dauphine, et fît sa femme dame du palais, dont elle fut la première par la charge de son mari, n'y ayant point eu alors de duchesse, et on n'a pas oublié de remarquer les privances et la faveur de Mme de Dangenu auprès de Mme de Maintenon, qui lui attirèrent celles du Roi. Tout cla enfla Dangeau, et en augmenta merveilleusement les ridicules. 11 adoroit le Roi et Mme de Maintenon; il adoroit les ministres et le gouvernement; son culte, à force de le montrer, s'étoit glissé jusque dans ses moelles. Leurs goûts, leurs affections, leurs éloignenients, il se les adaptoit entièrement. Tout ce que le Roi fai>oit, en quelque genre que ce fût, cl quelquefois de plus étrange, transportoit Dangeau d'admiration, qui passoit du dehors

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jusqu'à l'intérieur. Il en étoil de même de tout ce qu'il voyoit que Mme de Maintenon aimoii,avançoit ou écartoit, et il s'incrusta si bien de toul cela qu'il en fit sa propre chose, même après leur mort. De là vient la pnrtialité que toute sa tremblante politique n*a pu cacher dans ses Mémoires contre M. le duc d'Orléans et pour les bâtards en général, et spécialement pour la personne du duc du Maine, et de tout ce que l'ambition, ou le mécontentement, ou l'aveuglement lui avoit attaché, et pour tout ce qui se montroit ou étoit contraire à M. le duc H'Orléans.

Par même raison, et par plusieurs autres, il étoil grand partisan du Parlement, des bâtards et des princes étrangers, vrais et faux ; grand ennemi de la dignité des ducs, avec l'ignorance la plus profonde jusqu'à être surprenante dans un homme qui avoit passé sa vie à la cour, en sorte qu'il n'a pu se retenir là-dessus dans ses Mémoires, jusqu'à y avoir sacrifié la vérité bien des fois à cet égard, et d'autres fois passé grossièrement à côté, n'osant hasarder les négatives, et d'autres fois omettant ce qui s'étoit passé sous ses yeux. Celte aversion des ducs lui venoit de celle de Mme de Maintenon, la mie ancienne et la protectrice des bâtards, (|ui, pour lenr ranger tout obstacle, eût voulu anéantir la première dignité dn royaume. Ainsi, tout ce qui s'opposoit à elle, en tout genre, pour nouveau et pour étrange qu'il fût, trouvoit apfiui en elle. Dangeau ne pouvoit se consoler de l'inulililé de tout ce qu'il avoit tenté pour se faire faire duc, et en avoit pris une haine particulière contre la dignité à laquelle il navoit pu atteindre; il croyoit ainsi s'en dédommager. Les alliances de sa femme, qui, en vraie Allemande, croyoit que rien ne pouvoit égaler un prince ni même un ancien comte de l'Empire, l'alliance de son fils, si proche avec les duchesses d'EIbœuf et de Mantoue, lui avoient tout à fait tourné la tète là-dessus. On a vu en son lieu l'étroile liaison de la comtesse de Furstemberg avec Mme de Soubise et la cause de cette union, et quelle étoit Mme de Soubise à l'égard du Roi et même de Mme de Maintenon. On a vu aussi queDe

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