LES CHASSES DE PHILIPPE V. 3M
rappeloit tout à fait le souvenir de don Quichotte. C'étoit l'homme le plus rompu à la cour, qui savoil le mieux les anciennes et les nouvelles étiquettes, les rangs, les droits, les règles, les cérémonies, les personnages distinjiués ou priiicipaux, les ressorts des fortunes et des chutes, avec de l'esprit et de la lecture, qui, tout discret qu'il fijl, le rendoieiit d'une très-aimable et utile conversation. 11 avoit passé sa vie dans un emploi qui letenoit presque toujours dans le palais, où il avuit été témoin de près d'une infinité de choses importantes et curieuses, toujours au milieu de la cour, en tous lieux, et parmi tous les changements de ministère, plus employé qu'aucun des majordomes à recevoir les ambassadeurs distingués, les princes et les personnes les plus considérables qui venoienf à Madrid, et que le roi vouloit honorer, M. le duc d'Orléans en particulier, au devant duquel il fut envoyé avec les équipages du roi, et qu'il reçut et accompagna toutes les fois qu'il alla à Madrid. Ces fonctions continuelles lui avoient acquis une grande familiarité avec le roi et la reine, qui se plai'^oienl quelquefois à causer avec lui en particulier, et avec qui il étoit fort libre, cela le faisoit compter par les courtisans les plus élevés, même par les minisires; ei comme il passoit sa vie au milieu de la cour pai des fonctions continuelles, il vivoit avec tout le monde avec beaucoup d'aisance et de familiarité. C'étoit. un homme tout fait pour l'emploi qu'il exerçoit, et un répertoire vivant au(|uel le roi, les ministres, les seigneurs avoient recours avec confiance sur les difficultés qui survenoient sur le cérémonial, ou d'autres matières que son expérience dans ses fonctions et dans les choses de la cour lui avoit apprises. C'étoit d'ailleurs un fort hotniêle homme, homme d'honneur et de bien, d'une conduite sans reproche à l'égard de la cour, et quoique assez pauvre, désintéressé et point du tout avide de grâces. Je me suis souvent étonné comment il étoit demeuré ensablé datis un emploi qui sert de passage aux fortunes de toute esjièce. Il y étoit si propre et si commode au roi, aux
ministres qui s'en servoionl et aux majordomes-majors pour l'exercice de leur charge, que j'ai toujouis cru que c'est ce ()ui l'y avoit arrêté. Je l'cii donc beaucoup fréquenté, et j'en ai tiré des choses utiles et curieuses. Nous nous étions pris tous deux d'amitié.