SAINT SIMON EMPÊCHE LA DESTRUCTION DE MARLY
Je me souviens d'avoir oublié chose qui mérite qu'on s'en souvienne pour la singularité du fait, et que je vais rétablir de peur qu'elle ne m'échappe encore. Une aprésdînée, comme nous allions nous asseoir en place au conseil de régence, le maréchal de Villars me tua à part, et me demanda si je savois qu'on alloit détruire Maiiy. Je lui dis que non, en effet je n'en avois pas ouï parler, et j'ajoutai que je ne pouvois le croire, c Vous ne l'approuvez
SAINT-SIMON EMPÊCHE LA DESTRUCTION DE MARLt. 153
donc pas, » reprit le maréchal. Je l'assurai que j'en élois for! éloiofné. Il me réitéra que la destruction étoit résolue, qu'il le savoit à n en pouvoir douter et que, si je la voulois empêcher je n'avoi? pas un moinenl à perdre, ,1e lépoiidis qu'on se nieltoit en place, que j'en pyrlerois incessaninieni à M. le duc d'Orléans. < Incessamment, reprit vivomeiit le maréchal, parlez-lui-en dans cet instant même, car l'ordre en est peut-être déjà donné. »
Comme tout le con^^eil étoit déjà assis en place, j'allai par derrière à M. le duc d'Orléans, à qui je dis à l'oreille ce que je venois d'apprendre sans nommer de qui; que je le suppliois, au cas que cela lût, de suspendre jusqu'à ce que je lui eusse [larlé, et que j'irois le trouver au Palais- Royal après le conseil. Il balbutia un peu, comme fâché d'être découvert, et convint pourtant de m'attendre. Je le dis en sortant ar( maréchal de Villars, et je m'en allai au Palais-Royal, où M. le duc d'Orléans ne disconvint point de la chose. Je lui dis que je ne lui demanderois point qui lui avoit donné un si pt-niicieux conseil. 11 voulut me le prouver bon par l'épargne de l'entretien, le produit de tant de conduites d'eau, de matériaux et d'autres choses qui se vendroient, et le désagrément de la situation d'un lieu où le Roi n'éloit pas en âge d'aller de plusieurs années, et qui avoit tant d'autres belles maisons à entretenir avec une si grande dépense, dont aucune ne pouvoit être susceptible de destruction. Je lui répondis qu'on lui avoit présenté là des raisons de tuteur d'un particulier, dont la conduite ne pouvoit ressembler en rien à celle d'un tuteur d'un roi de France; qu'il falloit avouer la nécessité de la dépense de l'entretien de Mai ly, mais convenir en même temps que sur celles du Roi c'étoit un point dans la carte, et s'ôter en même temps de la tête le profit des matériaux, qui se dissiperoit en dons et en pillage; mais que ce n'éloit pas ces petits objets qu'il devoit regarder, mais consi lérer combien de millions avoient été jetés dans cet ancien cloa(pie pour en l'aire un palais de fées, unique en toute l'Kurope en sa forme, unique encore par la beauté