JOURNAL DE JULIETTE
« 25 mai, — Une amie d'enfance me confessait, il y a deux ans, qu'elle écrivait chaque soir ses impressions de la journée; je, lui dis : « Mon Dieu! tu n'aimes donc plus ton mari, ma » pauvre Louise? — Ou il ne m'aime plus, » répondit-elle.
» Je fus convaincue, alors, que nous avions nommé les deux seules occasions où une femme puisse être tentée de prendre une plume à minuit, d'entr'ouvrir son secrétaire, et de griffonner furtivement.
» Je me trompais. Sans trahison d'aucune part, me voici à minuit devant un de mes vieux cahiers de pension, recueillant mes idées, et tremblante, Dieu saiti Je n'ose me regarder, tant je suis pâle.
» La vérité est qu'on a des pensées qu'on ne peut ni confier ni garder, et on les écrit pour en faire quelque chose. De ces pensées, il en est de bonnes, et d'autres qui sont extraordinaires; mais j'aurais autant de répugnance à dire les bonnes. Il n'existe pas dans l'amitié, ni même dans le mariage, une intimité qui puisse faire à ces pensées un lit assez doux pour les attirer. On les écrit, et encore pas toutes.
» J'ignore si les dévotes le sont au point de livrer à leur directeur toutes les clefs de chez elles, sans en excepter une seule petite ; quant à moi, je n'ai jamais dit à mon confesseur que ce qu'il me paraissait en état de comprendre, n'étant point chargée de compléter son éducation, et croyant d'ailleurs fermement qu'il y a des coins du cœur qu'il faut réserver pour Dieu tout seul.
» Et puis la langue fait défaut; nous ne pouvons le plus souvent nous parler à nous-mêmes nos pensées ; comment les dire aux autres? Ce sont des fantômes qui passent si vite, qu'on n'a pas le temps d'en faire le portrait. C'est heureux. Quel nom donner, par exemple, à ce malaise moral, à ce dégoût de mes habitudes, à cette inquiétude sans but, à ce mécontentement de moi et des autres, que j'éprouve depuis quelques mois?
» Mon mari est certainement le meilleur des hommes, il a de l'esprit par-dessus le marché; mais, quand il a dit : a Elle s'ennuie, » il croit avoir dit une merveille, et il s'en va tranquillement à son tribunal. Le fait est que je ne m'ennuie pas ; je suis
îmçiîement malheureuse. Je ne me retrouve plus : ce n'est plus moi, je m'irrite d'un rien. J'aime mon mari, Dieu merci, autant que l'an passé ; eh bien, il ne peut rien dire ni faire que je n'y trouve un sujet d'humeur. Ne me suis-je pas avisée de prendre en grippe les breloques de sa montre! Nous avons vécu en paix, ces breloques et moi, pendant dix ans, et puis, je ne sais pourquoi, un beau jour, nous voilà brouillées. Quand j'entends de loin leur petit cliquetis, c'est fait de moi. Justement mon mari a l'habitude de les faire sauter quand il parle, ce qui produit un carillon affreux. Hier, je n'ai pu y tenir; je lui ai dit : «Pour Dieu, laissez là vos breloques! » Mon pauvre mari a paru tout consterné de ce coup d'État, il s'est observé pendant la journée; mais, dès le soir, les breloques ont repris le dessus. J'y renonce.
» Pendant que j'écris, j'entends M. de Marsan remonter sa montre dans sa chambre, et sautez breloques I
» Une autre manie qu'il a, c'est de prendre des deux mains les revers de son habit, et de leur imprimer une saccade de bas en haut pour remettre le collet d'aplomb; l'innocence de ce geste, la bonhomie avec laquelle il s'y adonne chaque fois qu'il va sortir, ne peuvent me calmer. Je souffre de ces misères, et, d'un autre côté, je m'en applaudis, car je vois dans cette naïveté d'allures la quiétude d'un homme qui, arrivé à un état heureux selon son gré, dépose toutes prétentions, et s'en tient à sa conquête ; mais c'est l'erreur des conquérants de se croire rois légitimes, et de désarmer. '
» Un contraste saisissant à cette sécurité démonstrative, c'est la manière d'être de ce M. Pierre. Celui-là n'a point d'habitudes prises ; il les prend à mesure qu'il s'aperçoit qu'elles
peuvent plaire. II ne fait pas un pas avant d'avoir jeté la sonde. Il a toutes les armes du monde, offensives et défensives, et toujours fourbies et luisantes pour la parade et pour la bataille., au gré des tenants. Je l'ai mis dans ma boîte en venant à la campagne, parce que j'étais curieuse d'étudier sur le vif l'espèce d'animal qu'on appelle un homme dangereux. Il paraît décidé à se laisser faire. C'est aimable de sa part. Il doit cependant arriver un moment où ce prudent nageur se hasarde à perdre pied. C'est là quo je l'attends.
» Encore M. de Marsan qui se promène! à une heure du matin I C'est une maladie. Grand bien lui fasse! moi, je vais dormir. Bonsoir, madame.
» 26 mai. — C'est un homme à pendre que ce M. Pierre, et à ne pas dépendre. Je crois qu'il m'a jugée. Il regarde, avec assez de tact, ma maison comme un palais enchanté où tout ce qui lui arrive est mystification. Une ou deux fois, comme je lui donnais des répliques dont il fallait toute ma bonne conscience pour me sauver la honte, il m'a regardé en souriant d'un air qui signifiait : «Non, non, vous avez beau faire; je » vois bien que vous ne mettez pas au jeu, et je ne veux pas » jouer à ce compte-là. »
» Etd'abord, dès le matin, je l'ai promené dans tout le parc; je l'ai égaré loin du monde connu; j'ai été jusqu'à feindre de ne pouvoir retrouver mon chemin, et rien n'a fondu les sept sceaux dont sa langue est scellée. Je l'ai mené au vieux château, et je l'ai prié de me conter la légende de ces ruines; il m'a improvisé sur-le-champ une légende très-amusante, c'est-àdire très-horrible, mais sans y introduire la moindre allusion ni à moi, ni à lui.
» De retour au château, je me suis mise au piano (car on s'acharne vraiment); et, comme mon bracelet clapotait sur les touches (j'ai aussi mes breloques), je l'ai prié de m'aider à le défaire. J'ai une bague qui a pour chaton une perle de toute beauté et assez incommode par parenthèse : il l'a remarquée; pour qu'il la vît mieux, je la lui ai mise sous le nez et ma main avec (je voulais en finir) : il n'a vu là qu'un prétexte à une histoire sur la pêche des perles, que je n'ai pas écoulée, mais qu'il a dû très-bien dire; car c'est son talent, non pas de pêcher des perles, mais de conter des histoires.
» Je l'avais bien décidément pris en haine ; car tant de frais perdus, c'est mort d'homme. Je l'ai donc épingle de toutes mes forces pendant le dîner, ce qui a paru divertir beaucoup
» Ce soir, j'ai saisi une minute de tête-à-lête pour lui dire : « Ah çà! confiez-moi la raison qui vous fait appeler par ces » dames un homme dangereux ? car je vois bien que jamais je ne » la découvrirai toute seule. — C'est que je n'avais jamais ren- » contré de femme qui fût dangereuse, » m'a-t-il répondu brutalement. Et il s'est remis à ses échecs avec mon mari, qui rentrait à point nommé pour me tirer du plus grand embarras où je me sois trouvée en toute ma vie; car, bien que la riposte méritât une verte semonce, je l'avais aussi poussé un peu trop.
» Je ne le lui dirai pas; mais j'entrevois à quels titres il mérite quasi sa sotte réputation : c'est un respect chevaleresque, entrecoupé d'impertinences qui lui donnent du relief; une préoccupation de plaire qui vous flatte, mêlée d'une sûreté de jugement qu'on redoute; une certaine hauteur de pensée qui vous domine, avec un reste d'enfantillage dans le cœur qui
vous rassure; c'est un homme de sang-froid, expérimenté, craignant le ridicule plus que la peste, maître de lui jusqu'au miracle; et plus il est tout cela, plus on doit être tenté de le croire vrai, quand il descend de sa réserve souveraine pour s'humilier par un aveu.
» Je crois que j'en sais assez sur lui, et que je le renverrai demain.
» 27 j deux heures après midi.—ie voulais lui donner congé dès l'aurore, c'est-à-dire en me levant; mais son courage, défaillant hier soir, s'était retrempé durant la nuit à un degré qui m'a déplu. Ce genre d'homme ne m'inspire aucune compassion. J'étais bien résolue à le renvoyer, mais vaincu. A cette heure, il a tout ce qu'il faut pour se mettre en roule.
» Donc, c'était par une belle matinée de printemps, et nous allions par les charmilles, cherchant le frais, lui herborisant à la Jean-Jacques, et moi secouant sur sa tête des gouttes de rosée du bout de mon ombrelle, par mégarde, bien entendu. A propos de simples, je l'interrogeai sur sa médecine... Y croyait- 1? C'était une illusion de sa jeunesse; il avait eu à ses débuts une fougue plaisante ; il en riait, et il me fit rire en me contant combien il fut mortifié la première fois que, venant voir un malade, il le trouva mort. Là-dessus, résolution de se faire trappiste ; puis retour à des sentiments moins inhumains, il avait oublié toutes ses études de l'école, pour en faire de nouvelles plus intelligentes et moins meurtrières. Dans un siècle sans croyances religieuses, le médecin a charge d'âmes, comme autrefois le directeur. Il entre partout; on le laisse pénétrer au fond de toute intimité, toute alcôve devient pour lui confessionnal ; tout le bien que cette position unique permet de
faire ou de tenter, les consolations qu'il trouvait dans ce rôle contre les déceptions de son art, le charme de certains souvenirs opposés à l'amertume de certaines cures, voilà ce qu'il me développa avec une telle élévation d'idées et de termes, que, de surprise, je m'écriai : « Et comment un homme de votre » talent, monsieur, s'abaisse-t-il aux niaiseries dont ces dames » se plaignent ? — Et dont vous avez daigné vouloir les ven- » ger, » dit-il entre sourire et grimace. « Il est inutile d'en » parler, » ai-je repris de bonne foi, « puisque je n'ai pas réussi. » — Au contraire, parlons-en : puisqu'il est dit que vous avez » fait une mauvaise action en votre vie, qu'il soit dit aussi » que vous avez su vous en repentir. » J'ai demandé à moitié une explication qu'il m'a donnée tout à fait. Il m'a conté qu'un sentiment d'étrange scrupule le tenait éloigné de moi depuis des années, appuyant ce récit de détails dont je ne pouvais nier l'apparence. Puis, après m'avoir laissé entendre qu'il n'y avait ni grand mérite ni grande générosité à tourner la tête d'un homme chez qui c'était une affaire faite tout naturellement dès longtemps, il a tout à coup quitté ce ton de légèreté pour en prendre un avec lequel il n'y avait plus moyen de marchander. « Savez-vous une chose? » lui ai-je dit de fort haut; « M. de Marsan vous croit son ami. » Il a pâli et a murmuré avec une expression inexplicable : « Je le sais^ oh! je le sais. » En même temps, j'ai vu poindre entre ses cils quelque chose comme une larme, en vérité. Le malheureux la sentait venir. Pendant une minute, il s'est tenu immobile, espérant que je ne l'avais pas vue, celte larme, et qu'elle ne tomberait pas; mais soudain elle s'est échappée et a glissé en triomphe le long de sa joue. Alors, il s'est détourné par un mouvement
brusque, comme ébloui par le soleil ; mais il était trop tard : il n'y avait rien gagné.
» ... N'y avait-il rien gagné?
» Minuit. — Jamais je n'ai passé une si cruelle soirée. Je voulais fermement lui signifier un congé devenu nécessaire; mais M. de Marsan, qui est toujours absent quand il devrait être là, a eu ce soir, par un heureux à-propos, un accès de jalousie, et n'a pas bougé de mes côtés. C'était spirituel.
» 28maij cinq heures. — Je suis plus tranquille. J'ai trouvé un moyen, je crois, d'arranger tout. Ce matin, en l'abordant, j'ai vu à sa mine qu'il essayait de s'affermir contre une catastrophe; mais pas du tout: « Monsieur Pierre, » lui ai-je dit, » restez l'ami de mon mari et soyez le mien. » Il a pris vivement la main que je lui tendais, et je ne pense pas que jamais cadeau de reine à sujet ait été reçu de meilleure grâce. Nous voilà donc bons amis; nous avons vécu sur ce pied-là toute la journée : la gêne enlevée, nous avons été fort aimables tous deux. Allons, c'est une heureuse inspiration que j'ai eue.
» Minuit, — Ce qui me stupéfie, c'est M, de Marsan. A quoi pense-t-il? Il va, il vient, il ouvre les portes, il entre, et il sort, voilà sa vie. Il a un travail pressant et difficile, je le veux bien ; mais alors pourquoi ne pas s'y mettre ou ne pas y renoncer? Et puis ne s'avise-t-il pas d'acheter une meute! Une meute! je vous demande un peu! pour chasser quoi? N'a-t-il pas fait invasion dans mon boudoir avec tous ses chiens à la remorque pour m'en demander mon avis? Je lui ai dit qu'il était ridicule, et c'était vrai. La seule chose qu'il n'ait garde de remarquer, c'est que son ami est de trop ici,
et que c'est à lui, après tout, de le renvoyer. Je suis à bout d'expédients, quant à moi.
» Que la nuit tombante est mauvaise conseillère! Avec le soir viennent les lâches pensers, l'amollissement de l'âme, et je ne sais quelle énervante langueur où se noie toute la force d'une femme. Le soir, on ne hait plus qu'à moitié, et on n'aime pas à demi. 0 Desdémone! c'était le soir, n'est-ce pas, que le More te faisait ses ardents récits de batailles et de tempêtes?
» 20. — Malheureuse que je suis! qu'ai-je fait? quelle sera la fin ? Quand mon mari m'a embrassée ce soir, j'ai cru que mon cœur s'arrêtait ; j'ai eu froid dans les os. Oh ! ces femmes qui ont l'habitude de trahir, de quelle boue glacée sont-elles faites ? Mon Dieu ! je n'ai plus le droit, je n'ai plus même le droit de les mépriser I
» Mes enfants sont arrivés de chez leur grand'mère. Ils m'ont sauté au cou, et j'ai couru pleurer dans un coin. Il n'en sait rien, il ne se doute pas de ce que je souffre, car il est bon, et il s'en irait. Nous sommes retournés à cet endroit du parc où je lui tendis la main hier. Que m'a-t-il dit? que lui ai-je répondu? Je ne sais plus; mais, en me quittant, ses lèvres ont touché mes cheveux. Le petit Jules est venu, et a sauté sur le banc près de moi ; j'ai vu ses yeux se fixer avec une attention singulière sur ma tête, sur la place où, une minute auparavant... J'ai cru qu'il en voyait la trace!... Quelle honte et quelle folle peur ! C'était une fleur de lilas qui était tombée dans mes cheveux et qu'il aôtée. Pauvre enfant!
» Mon Dieu! Dieu bon! ce n'est qu'une étourderie, et c'est la première. Mon Dieu! donnez-moi la force d'une résolution.
» 30 mai. — Je ne pense plus, je n'existe plus; 'je fais un
rôve terrible et sans réveil. Je vois passer vaguement des formes connues, autrefois, hélas ! bien-aimées, mon mari, mes enfants, comme si j'étais déjà morte et dans un pays de visions lugubres. Oh ! ce bonheur que j'imaginais, quels rares, quels courts moments ! et, au bout, toujours une honte. Cette après-midi, j'ai sonné trois fois sans que personne vînt ; enfin Justine est arrivée sans se hâter. « Mademoiselle, ai-je dit, » voilà trois fois que je sonne. » Elle m'a regardée en face : « C'est que j'aidais John, le domestique de M. Dessoles, » at-elle répondu, « et j'ai pensé que madame me pardonnerait. » Cette misérable fille 1 je n'ai pas osé la comprendre. Je suis au pilori, et le premier passant peut me jeter son insulte. Et l'aimer! l'aimer malgré tout cela! Ne pouvoir lui dire « Partez ! » Ai-je bu un philtre ? Il doit venir cette nuit sous ma fenêtre ; je lui ai promis ce bouquet que j'ai porté tout le jour. Je suis abandonnée de tout le monde. M. de Marsan ne voit rien. — Cette glace me fait peur.
» Le lendemain. — Je ne sais plus le jour, ni le mois, ni rien. Peu m'importe, au reste. Ce matin, j'ai rencontré le jardinier dans la cour ; ma conscience est toujours inquiète ; je l'ai fait causer. « Et où allez-vous comme cela, Jérôme? — » Voir si on peut parler à monsieur, parce que la plate-bande » est toute foulée, et le mur comme égratigné sous les fenêtres » de madame ; et, comme il y a de mauvais gas dans le pays, je » vais avertir monsieur. — C'est inutile, je ferai votre com- » mission. — Ah! c'est diff'érent, » a repris ce garçon; « si » madame ne veut pas qu'on le dise à monsieur, on ne lui » dira pas. » J'ai feint de ne pas l'avoir , et je lui ai
mis de l'argent dans la main...
» Mais il y aura une expiation, et prochaine, je ne sais laquelle encore; ma tête est en feu; mais, certainement, il y aura une expiation. Il faudra laver tout cela. Je ne suis pas encore la dernière des femmes, pourtant, non! Mais quel fonds puis-je faire sur moi, à présent? Il est sept heures; il m'a suppliée de le recevoir ici, dans ma chambre, qui est celle que j'habitais avant d'être mariée ; je n'y ai pas vu de mal, pas plus de mal du moins qu'à tout le reste. M. de Marsan est à la ferme, et n'en doit revenir qu'à dix heures.
» Cela ne peut durer. J'ai comme un pressentiment que cette ligne est la dernière que j'écrirai... »
Dans le jardin : il est nuit.
LE DOCTEUR PIERRE se promène la tête penché*. M. DE MARSAN survient, et lui touche répaule.
M. DE MARSAN, à demi-Toix avec tristesse.
Tu me trompes, dis?
LE DOCTEUR
Non.
H. DE MARSAN
Tu médites de me tromper ?
LE DOCTEUR
C'est vrai I quand tu es arrivé, j'y pensais.
M. DE MARSAN
Tu l'aimes donc étrangement, si ta fière intelligence a pu comploter un instant les moyens de ruser avec l'honneur et la
foi jurée! Pierre, nous avons été fous, et voilà le châtiment ; mais, quoi que tu en puisses penser dans ce moment de passion, je suis de beaucoup le plus malheureux, et ce n'est que justice, ayant été le plus coupable. Je dis malheureux, je n'ai pas d'autre mot ; tu ne peux savoir, mon ami, non, tu ne peux soupçonner ce qui se passe là I (u se frappe le front.) Car elle t'aime, et au point de ne pouvoir le cacher, même à moi.
LE DOCTEUR
Écoute, de Marsan : cette minute est solennelle dans ma vie ; jamais je n'ai été si près de quelque résolution infâme. Si tu m'avais abordé la menace à la bouche, et je t'avoue que je m'y attendais, que je l'espérais peut-être, le mal l'emportait ; mais les âmes comme la tienne s'épurent, au lieu de s'aigrir, par la douleur. Tu es venu en ami, tu m'as parlé un langage plein d'équité et de bonté ; eh bien, tu m'as donné la force de tenir une parole que j'aurais voulu dégager au prix de mon sang, au prix d'un crime. Tiens, (u lui remet une lettre.)
M. DE MARSAN
Qu'est-ce que c'est que ça ?
LE DOCTEUR
Ça, c'est l'article 3. (n s'éioigne.)
Dans la chambre de Juliette.