‹ Scènes et proverbesChapitre 33 sur 47 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Ainsi soit-il.

ULRIC

Que chacun des chefs dise maintenant ce qu'il a résolu de faire. Je parlerai ensuite pour les étudiants et pour moi. (iiein-

rich Fritrlar monte à la chaire et se recueille, les mains croisées sur soa ventre.)

S A L A D 0 , bruyamment.

Ah I ah ! on n'entend pas ! plus haut !

ALIX. So/i

FRITZLAR, dédaigneux et solennel.

Dignes frères..,

Très-bien !

FRITZLAR

Tout le monde sait que maître Salado, autrement dit videbouteille, me poursuit de ses impertinences, depuis qu'il a rôdé six mois durant sous les fenêtres de mes filles, sans pouvoir obtenir d'elles la plus légère faveur.

SALADO.

Un mot vous confondra, bonhom.me. Vos aimables filles, d'un père charmant rejetons plus charmants encore, comme dit Flaccus, m'ont jeté un soir, je ne dirai pas un bouquet mais tout un arbuste en fleurs ; ah !

FRITZLAR

Oui, avec le pot! Vous oubliez le pot, mon jeune ami.

SALADO.

Un arbuste ne croît pas dans le creux de la main : en disant arbuste, je croyais suffisamment dire pot. Le pot était une faveur de plus.

ULRIC

Messieurs !

FRITZLAR

Je ferai, quant à moi, ce que j'ai promis. Aussitôt que les portes du château seront forcées, pas une minute avant, ^e

?o2 SCÈNES ET PROVERBES.

beffroi sonnera. Les corps de métiers en armes se réuniront sur la place du marché, et les syndics dans la grand'salle. Nous rédigerons une adresse à l'empereur pour implorer sa protection et reconnaître sa suzeraineté, moyennant la conservation de nos privilèges.

Excellent, mais contradictoire.

FRITZLAR, s'animant.

Toutefois, je crois devoir le dire, si Heinrich Fritzlar conserve voix au chapitre, la commune de Nuremberg décrétera sa première loi de police contre cette classe turbulente do jeunes insolents, qui, sous prétexte de se livrer à des études dont l'importance est loin d'équivaloir à l'inconvénient que le

séjour... (Murmures sur une partie des staUes.) SALADO.

Laissez 1 laissez I je le défie de finir sa phrase: continue,

puits de science. (Fritzlar descend de la chaire au milieu des rir*.) MUNI us, de sa place humblemenf.

Dignes maîtres, j'ai si peu de chose à dire...

SALADO.

A la chaire I

MUNIU3.

ie n'ai qne deux paroles...

ALIX. 253

SALADO.

C'est trop d'une. A la chaire I

M UNI us monto à la chaire.

Je n'ai qu'un mot à dire.

SALADO.

Dites-le.

MUNIUS.

Qu'il me tombe un œil de la tôte à chaque mensonge que je dirai! Nous marcherons, mes frères et moi, au secours des braves étudiants et des braves corps de métiers de la respectable ville de Nuremberg. Mais que je meure à l'instant et plutôt deux fois qu'une, si la pure vérité ne sort pas de mes lèvres : nous sommes de pauvres gens qui mourrons de faim avec nos pauvres enfants si on vient à piller nos pauvres maisons. ,

SALADO.

Thésaurus linguŒj trésor d'éloquence ! et veritalis, et de vérité ! Poursuivez, vierge de Sion.

MUNIUS.

C'est pourquoi nous voudrions être assurés d'une bonne protection pour nos logis pendant notre absence.

RANUCE DE BYZANCE, d'une Toix de stentor.

J6 m en charge ! (lI s'élance vers la chaire. Munius en descend précipitamment. Ranuce continue dans la chaire.) Je me charge, dJS-jC, de

veiller avec mes hommes sur les demeures des juifs. Je compte,

du reste, veiller un peu partout. J'ai Tintention de me couvrir de gloire, des pieds à la tôle, d'ici au lever du soleil. Won plan est fort simple; le voici. — Je place cent de mes drôles sûï* les derrières du château ; à peine s'aperçoivent-ils que le tumulte est au comble dans l'intérieur, ils s'élancent, achèvent la garnison et renversent les murailles dans les fossés. Cent autres de mes pendards, répandus avec discipline dans le quartier des juifs, se présenteront tour à tour sur le seuil de chaque porte, qu'on aura pris soin de laisser ouverte. Ils parcourront les maisons au pas militaire pour s'assurer que tout est tranquille, et principalement que les femmes obtiennent tous les égards désirables. Pendant ce temps, je fonds moi-même, à la tête de deux cents moustaches de choix, sur les quatre coins de la ville, une torche d'une main et de l'autre cette épée. Ayant un peu guerroyé çà et là dans ma vie et ayant assisté à mainte prise de ville, où, pour ainsi dire, nous avions, kommes et chevaux, du sang jusqu'aux genoux, il n'est pas à craindre que je manque de résolution. Il faut écumer le pot qui bout. C'était l'avis de ma grand'mère, c'est aussi le mien. Ennemis ou amis, je ne reconnais personne. Est-ce celui-ci ou celui-là ? Je ne sais. Se nomme-t-il de tel nom ou de tel autre? Je l'ignore. En de tels instants, on n'est plus un homme, on est le tranchant d'une lame. Le feu à ce toit ! un coup de pique à ce bourgeois ! Ça! ça! à moi! Ranuce I Ranuce ! tue ! pille ! à sac ! à sac!

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